MILIEU HISTORIQUE
Le XIV® siècle marque le triomphe des bourgeoisies brabançonnes. Non seulement les cités jouissent d'une large émancipation politique intérieure, mais elles se sont immiscées dans le gouvernement du duché. La Charte de Cortenberg de 1312, la Charte renouvelée de 1372, la Joyeuse Entrée de 1356, consacrent officiellement la participation des villes aux affaires publiques. Le duc, d’ailleurs, s’aperçoit de bonne heure que l’élément urbain représente une force sociale puissante, sur laquelle il doit s’appuyer. Dégagé de toute préoccupation du côté de l’Empire, il se comporte en prince national et fusionne sa politique dynastique avec celle de son peuple. Souverain et sujets collaborent au bien-être général. Entre le duc et les villes n’existe aucune de ces causes profondes de dissentiment qui, en Flandre par exemple, opposent le prince aux bourgeoisies et engendrent une agitation qui met en péril, dès le xiv® siècle, la prospérité des communes. Au milieu des principautés qui morcellent les Pays-Bas, le duché apparaît comme un véritable petit État, régi par une constitution propre, la Joyeuse Entrée. Tandis que partout ailleurs des changements de dynastie influent sur la politique princière, en Brabant ^ la transmis-
I. Voir H. PiRENNE, Histoire de Belgique, I, page 299 : Les constitutions territoriales.
Fig. 141. Vue extérieure de l’église de Sainte-Gudule ; chœur du XIII® siècle avec contreforts et arcs-boutants; à droite, chapelle du Saint-Sacrement (xvi® siècle) ; à gauche, chapelle de la Vierge (xvii® siècle), toutes deux construites en].^hors-d’œuvre; le plan primitif était cruciforme (d’après une photo. Nels).
Fig. 142. Colonnes de la nef centrale de l’église de Sainte-Gudule (xiv® siècle).
Fig. 143. Colonnes de la grande nef et vue sur le collatéral droit de l’église de Sainte-Gudule. (xiv® siècle).
LE STYLE GOTHIQUE SECONDAIRE
sion ininterrompue de la couronne ducale en ligne directe favorise la réalisation d'un programme dynastique stable, essentiellement brabançon.
Dans cet État libre et autonome, les villes s’épanouissent pleinement et atteignent l’apogée de leur puissance politique et économique. Le travail de la laine les a enrichies au delà de toute espérance. Par les relations commerciales suivies qu’elles entretiennent avec l’Angleterre, la France et l’Italie, Louvain, Bruxelles, Malines et Anvers figurent avec honneur sur le marché international. Autour d’elles gravitent, comme autant de satellites, une pléiade de villes secondaires :Tirlemont, Léau, Haelen, Sichem, Diest, Lierre, Vilvorde, Hal, auxquelles se joignent des bourgs importants, tels que Merchtem, Assche et Overyssche.
Au milieu de cette constellation urbaine, Bruxelles brille d’un vif éclat. Déjà au xiv® siècle elle tend à devenir la capitale du duché de Brabant. Jeanne et Wenceslas ont quitté Louvain, où l’âpreté des luttes sociales a rendu l’atmosphère irrespirable, et sont venus séjourner au Coudenberg, jetant ainsi, inconsciemment peut-être, les bases de Bruxelles-capitale. Tandis que Louvain décline à partir de 1360, Bruxelles croît sans cesse et atteint vers 1400 l’apogée de sa splendeur économique. La présence des ducs contribue à son embellissement. Nos princes achèvent les travaux d’agrandissement de la Cour et de la chapelle palatine commencés sous le règne précédent. Les nobles qui les accompagnent, les Meldert, les Rotselaer, les Wesemael, les Duvenvoorde, élèvent leurs manoirs tout autour du palais ducal
De son côté, le magistrat entreprend une série de travaux. Il agrandit le marché, lui donne un alignement plus régulier et y bâtit de nouvelles maisons; il rectifie l’alignement des rues, entoure la ville d’une nouvelle enceinte et construit, eni353,uneHalleauxdrapsdontle luxe et le confort étonnent les villes voisines. On reprend les travaux interrompus de la collégiale de Sainte-Gudule dont on élève, dans la seconde moitié du xiv® siècle, le collatéral droit ainsi que la nef centrale jusqu’aux fenêtres supérieures.
I . Notre opuscule, La Nationalité belge et Bruxelles-Capitale. Bruxelles 1920.
L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE