‹ Traite D'Artillerie Theorique et PratiqueChapitre 19 sur 113 · MOYENS D^ ASSURER LA DIRECTION DU TTR · texte numérisé non relu

MOYENS D^ ASSURER LA DIRECTION DU TTR

82. Causes de Vincertitude du tir. On a vu (78), que les armes à feu ont , dans le tir^ une tendance à un mouvement de rotation qui fait relever la partie antérieure, surtout lorsqu'elles sont légères ou fortement chargées, ^t quoique, dans les cas ordinaires, le recul ne soit pas assez fort pour produire des accidens par le relèvement de Farme , néanmoins il peut Tétre assez pour déranger la érection du tir. Si un pareil mouvement avait lieu atant la sortie de la balle par une cause quelconque , tçUe que par la pression du doigt sur la gâchette, la direction serait changée sans aucun doute ] mais il peut en être différemment dans le cas où la cause n'agit que pendant l'explosion , et son action , quoiqu'existante , peut être insensible et négligeable dans la pratique 5 en effet, la vitesse que prend le fiisil ordinaire n'est pas la centième partie de celle que prend k balle, il ne parcourt ainsi qu'environ un demi-calibre quand la balle parcourt la longueur «du canon depuis la charge jusqu'à la bouche, 'et «durant ce faible mouvement suivant l'axe , le mouvement de rotation ne peut être qu'extrêmement petit; aussi son action ne se montre pas dans des circonstances où l'effet de rotation de Tarme devrait être bien plus sensible que dans le tir ordinaire duiusil.

Ces déviations peuvent avoir lieu dans deux sens , soit de bas en haut^ par suite de la position de Taxe au-dessus du point d'appui, soit latéralement, parce que l'arme s^appuyant sur l'épaule hors de la verticale du centre de gravité de l'homme, peut faire tourner celui-ci sur lui-même.

Un fusil fixé sur le côté d'un plateau carré , librement suspendu par quatre cordons se réunissant en un seul point , porte la balle dans la direction primitive de l'axe , malgré la grande mobilité de l'appareil y le même effet doit

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avoir lieu^ à plus forte raison, dans le cas où Tarmc est maintenue par un homme ; mais Teffet de déviation de la balle peut devenir sensible , quand le fusil est forcé , pour reculer y de tourner autour des points fixes : ainsi , lorsque, comme dans rexpérience- faite par Cassini fils, de-' Tant les membres de FAcadémie des sciences (*), un canon de fusil est fixé sur une planche de forme triangulaire , perpendiculairement à Tun des côtés , dont les extrémités peuvent être rendues fixes à volonté , il prend un mouvement de rotation autour de celle des deux qu^on a laissée fixe , et la balle porte toujours du côté laissé libre»

Ces effets deviennent d^autant plus sensibles que le poids du projectile augmente , et varient avec celui de la charge : aussi-, dans des expériences du même genre, faites à la direction des poudres , avec un canon de fusil , la déviation a été jusqu^à o^jôo et o^j^S pour des distances de 5", 10 et de 5", 20 ; mais dans cette expérience, le projectile pesait 820% et. les charges 3**,5o et 4%^^.

Ces différences dans les résultats obtenus, lorsque le recul est ou n'est pas libre , c'est-à-dire , lorsque le mouvement n'est pas forcé autour de points fixes , ou qu'il l'est, expliquent pourquoi il arrive que le tir à l'épaule peut avoir plus de justesse que lorsque l'arme est liée à un système fixe.

83. Par l'examen du tableau de la probabilité du tir (80), on voit que les balles perdent beaucoup de leur effet quand la distance du but augmente. Cette diminution d'efficacité s'accroît encore par l'incertitude du tir, et à la distance de 35o*^, { seulement des coups atteignent un but d'une étendue égale à celle que présente une division d'infanterie.

Les déviations qui ont lieu pendant le trajet de la balle et qu'indique la diminution du nombre des coups

(*) Mémeires de- rAcademîe des sciences, année 1703.

qui touchent , croissent très-rapidement^ à mesure que la distance augmente ; elles proviennent de plusieurs causes qui agissent , soit avant , soit après la sortie de la balle du canon.

84. Si la balle, dans Tintérieur du canon a un certain jeu, la ligne, suivant laquelle elle se meut, ri^est pas nécessairement parallèle à Taxe ; die peut être inclinée , et comme la déviation a lieu tantôt dW côté , tantôt de Tautre , il en peut résulter entre deux coups , une différence du double de cette inclinaison.

83. Mouvement de rotation. Si la balle rencontre dans son mouvement les parois intérieures du canon , die ricoche suivant une direction oblique à Taxe, et éprouve une semblable déviation; de plus, le frotte-^ ment produit sur la balle par suite de la pression qui , à cause de la grande vitesse , peut être fort considérable , quoique Pindinaison soit très-petite , retarde le mouvement des points qui ont touché, et donne à la balle, à sa sortie, un mouvement de rotation qu'elle conserve durant son trajet dans Tair. Par suite de ce mouvement de rotation qui , à T^rigine , a lieu suivant un axe pcrpen-^ diculaire à la trajectoire, Tair fait éprouver à la balle des résistances qui ne sont plus égales , de part et d'autre de la direction de son mouvement ; par conséquent, la résultante est oblique , et non-seulement elle diminue la vitesse de la balle , mais encore elle la fait dévier de la trajectoire qu'elle aurait décrite, si cette résistance eût été directement opposée au mouvement de translation.

Le point de l'àme choqué par la balle , variant géné- Icment d'un coup à l'autre, le mouvement de rotation qui est parallèle au plan passant par ce point et par l'axe du canon , variera également en direction et en intensité , et les déviations dues à ce mouvement pourront avoir lieu dans tous les sens et avec des intensités différentes.

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Depuis Robîns , qui le premier a attribué les déviations au mouvement de rotation que les projectiles possèdent à leur sortie du canon ^ on n^a considéré les causes déviatrices que conime si les déviations ne pouvaient avoir lieu que dans un sens seulement , lorsque Taxe de rotation conserve la même direction par rapport à la trajectoire ; mais Tefiet produit par la rotation de la balle est plus complexe qu^on n^est disposé à Tadmettre.

Si Pou suppose , par exemple , Taxe de rotation vertical et le mouvement de la partie antérieure du projectile de droite à gauche , on voit que le mouvement de translation condensant Pair sur la partie antérieure^ et le raréfiant dans la partie postérieure, les pressions sur les deux hémisphères , et par suite les frottemens qui en résultent, sont différons ; celui qui a lieu sur la partie antérieure, et qui taid à porter le projectile à droite , Temporte sur Tautre, et détermine le sens de la déviation. La vitesse de translation diminuant beaucoup plus rapidement que celle de rotation, cette cause de déviation va en diminuant.

D^un autre côté , si Ton considère ce qui se passe sur la surface de rhémisphèrc situe à droite de la trajectoire , et dont les élémens se mouvant dans le sens de la translation , rencontrent Pair avec une vitesse plus grande que celle de ce mouvement, tandis que le contraire a lieu pour Fhémisphère de gauche , on voit que les différences des vitesses relative^ et des densités de Tair à la surface des deux hémisphères , tend à porter le projectile à gauche; le mouvement de rotation diminuant moins rapidement que celui de translation , cette influence va en augmentant.

Par rcnsemble de ces faits, on voit que deux causes tendent à faire dévier le projectile dans deux sens opposés , et comme Finfluence de Tune diminue et que celle de Fautre augmente, quand le mouvement du mobile se ralentit, elles peuvent, lorsque la vitesse initiale est grande.

faire dévier le projectile d^abord dans le sens du mouvement de Télément postérieur et ensuite dans le sens opposé.

Le dernier effet de déviation est très-sensible, même à Tœil , lorsquW se trouve placé dans le plan vertical de tir d^un gros projectile de faible densité. Le projectile qui parait d^abord rester dans un même plan , s'en écarte tout-à-coup vers la fin de sa trajectoire; malgré cette apparence, la première partie de cette courbe est à double courbure; si elle parait plane, c'est qu^elle s'éloigne peu d^un plan vertical, passant par la bouche du canon et près du point d'inflexion de la courbe, qui la coupe en trois points.

L^angle qu^elle fait avec le plan en le traversant la troisième fois, fait juger le changement de direction du projectile plus grand qu^il n^est réellement. Ces mêmes effets sont plus visibles encore sur une paume lancée avec une raquette.

Ces effets, quoique non perceptibles pour les petits projectiles , ont néanmoins lieu et produisent , dans le tir du fusil , des déviations considérables.

86. Ce qui précède s'applique à des projectiles sphériques et homogènes ; quand ces deux conditions ne sont pas satisfaites , les causes de déviation sont plus grandes , et d'autant plus que le centre de gravité s'éloigne davantage du centre de figure.

Par suite du mode ordinaire de fabrication des balles de fusil , la condition d'homogénéité n'est pas remplie ; après la coulée, ces balles se refroidissent d'abord vers la surface extérieure en contact avec la masse du métal du moule. Le plomb, par suite, se solidifie de couche en couche , et il en résulte une contraction; lorsque le jet est solidifié, il ne peut plus fournir de métal , et il se forme un vide qui , par l'effet de la pesanteur, est placé au-dessus du centre; on sVst assuré par des expériences spéciales avec des balles

Moyens d assueeh la dieegtion du tir.

sans vide, que cette cause de déviation était rendue inappréciable par rinfluence des autres.

87. Moyens de diminuer les déi^iations. Pour diminuer ou empêcher les déviations qui peuvent provenir du jeu des balles dans le canon, on a employé des balles dhin calibre se rapprochant davantage de celui du canon, et même on peu plus fort , en les y faisant entrer de force.

88. La diminution du vent ou sa suppression totale augmente en effet la justesse du tir, mais comme il est déjà aussi petit que le permet la condition de tirer au moins 5o coups sans nettoyer le canon , pour le diminuer encore, il faudrait que la balle pût s^introduire par la culasse , mode de chargement qui constitue un système dWmes dont il sera question plus loin.

Le tableau suivant, déduit des expériences faites à Metz en 1817 et 1818, montre Tinfluence de la diminution du vent sur la justesse du tir.

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