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Traité d'astronomie

1 . En abordant les études scientifiques , un des premiers efforts du candidat doit être de préparer son esprit à la réception de la vérité , et il ne le peut qu'autant qu'il se débarrasse des idées qui , admises trop légèrement et saris réflexion, seraient capables de l'entraver ou de l'égarer. Il doit encore se fortifier par la résolution ferme d'admettre, dans leur pureté, les conséquences qui paraîtraient découler d'observations faites avec soin et basées sur des argumens avoués par la logique , dussent ces conséquences heurter des notions qui lui appartiendraient ou qu'il aurait adoptées sans examen , sur l'autorité d'autrui. Un pareil effort est déjà un heureux pronostic de cette disciphne intellectuelle , si nécessaire à l'étude des sciences ; il est pour notre esprit , ce que sont pour nos yeux certaines plantes médicinales , qui servent à les purger pour les mettre en état de recevoir et contempler , tels qu'ils sont , les traits de la vérité et de la nature.

2. 11 n'existe pas de science qui requière plus que l'astronomie une pareille préparation , ou qui entraîne avec autant d'ascendant cette libéralité intellectuelle , prête à adopter ce qui est démontré , ou à concéder tout ce qui porte un grand caractère de probabilité , quelque nouveaux et extraordinaires que soient les points de vue dans lesquels les objets les plus famihers peuvent par là se trouver placés. Presque toutes ses conclusions sont en contradiction ouverte et frappante , avec celles que fournissent les observations superficielles et vulgaires , et avec ce qui apparaît aux yeux de chacun de nous • jusqu'à ce que nous ayons compris et pesé les preuves du contraire , le témoignage le plus positif de nos sens. Ainsi , la terre sur laquelle nous sommes, et qui a servi pendant des siècles de fondement inébranlable aux plus solides constructions , soit de l'art , soit de la nature, est dépouillée par l'astronome de son attribut de fixité , et il la conçoit comme tournant rapidement sur son centre , et en même temps s' avançant dans l'espace avec une grande vitesse. Le soleil et la lune , qui, à des yeux ignorans , paraissent être des corps ronds , de fort petite grandeur, prennent dans son imagination la forme de vastes globes , l'un approchant en volume de la terre elle-même- l'autre la surpassant immensément. Les planètes, qui ne paraissent que comme des étoiles , un peu plus brillantes que les autres corps célestes , sont à ses yeux des mondes vastes et habitables ; plusieurs d'entr' elles beaucoup plus grandes et beaucoup plus propres à exciter la curiosité que la terre qu'il habite , comme il en est d'autres aussi qui le sont moins ; et les étoiles ellesmêmes, qui, à une conception ordinaire, ne présentent que des étincelles ou de brillans atomes , sont pour lui des soleils plus ou moins radieux , des centres brillans de vie et de lumière pour des myriades de mondes invisibles : en sorte que lorsqu' après avoir donné l'essor à ses pensées, pour comprendre la grandeur de ces idées que ses calculs ont mises en réveil , et avoir épuisé son imagination et les ressources du langage pour découvrir des comparaisons et des métaphores qui expliquent l'immensité de l'échelle sur laquelle son univers est construit , il se retire en tremblant dans sa sphère native , lie la trouve être , comparativement, qu un point tellement absorbé , même dans le système exigu auquel il appartient, qu'd est invisible à quelques-uns de SCS prinçipgiU5 mÇîûbres plus éloignés qui ne le soupçonaent mçnie pas.

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3. Il serait difficile de trouver quelque chose qui mît dans un plus grand jour le pouvoir de la vérité, inhérent à l'esprit de l'homme ( lorsqu'aucun motil d'intci'ct ou de passion ne la met en jeu ) , que la facilite parfaite avec laquelle toutes ces conclusions sont accueillies quand leur évidence est clairement constatée, et que cette ténacité qu'elles ont dans notre esprit, lorsqu'une fois elles sont admises. Aussi dans le cours de ce volume , regarderons-nous comme convenu , que notre lecteur est plus jaloux d'apprendre le système tel qu'il existe maintenant, que de lui susciter des objections ou d'en faire revivre, et qu'enfin il se met à la tâche avec un esprit bien disposé. Cela admis , non seulement nous nous épargnerons la peine d'entasser argumcns sur argumcns , pour convaincre l'incrédule ; mais en agissantainsi, nous faciliterons puissamment ses progrès réels, comme de son côté, il trouvera à la fois plus aisé et plus satisfaisant de suivre , dès le début , un sentier droit et déterminé , que d'avoir continuellement à marcher à côté , en s' égarant dans des circuits inextricables, qui , après tout , ne peuvent aboutir qu'à le mettre dans la nécessité de suivre notre route.

4. La méthode que nous nous proposons donc de suivre , n'est proprement, ni analytique , ni synthétique ; mais plutôt une telle combinaison des deux , en y faisant prédominer la dernière , qu'elle entre mieux dans l'esprit d'une composition didactique. Notre objet n'est point de convaincre ou de réfuter les détracteurs , ni d'aller à la trace , sous un faux semblant d'ignorance , de principes dont nous sommes en pleine possession j mais simplement d'enseigner ce que nous savons. Les bornes étroites d'un seul volume , et la nécessité , dans cette limite, de n'être pas trop sobre d'explications sur aucun des points à traiter, rendent cette marche à la fois praticable et utile. Praticable , parce qu'il n'y a aucun danger aujourd'hui qu'en astronomie il survienne de ces révolutions qui changent tous les jours les traits des sciences moins avancées , pour détruire toutes nos hypothèses , et jeter de la confusion dans nos argumens ; utile , parce que l'espace à consacrer , soit pour combattre des systèmes réfutés , soit pour faire avancer le lecteur , à pas lents et mesurés, du connu à l'inconnu, peut être plus avantageusement employé à des explications qui lui impriment un sentiment familier de l'cnchainement des phénomènes et de la manière dont ils sont produits. Nous ne rejetterons donc pas la marche analytique lorsqu'elle conduira plus aisément et plus directement dans nos voies ; en un mot , nous ne nous enchaînerons point par une rigoureuse pratique de la méthode. N'écrivant que pour être compris et pour communiquer le plus d'instruction dans le moindre espace possible , nous sommes en position de ne nous laisser maîtriser ni par le système , ni par la forme.

5. Avant de commencer, nous regarderons le système du monde selon Copernic, comme un point accordé, nous reposant sur l'explication aisée , frappante et naturelle qu'il offre de tous les phénomènes à mesure qu'ils sont décrits , pour entraîner la conviction du lecteur , sans recourir à la démonstration , ni pour cela nous abstenir de lui signaler , à mesure que l'occasion s'en offrira , le contraste que présente sa grande simplicité avec la complication des autres hypothèses.

6. Les connaissances préliminaires qu'il convient que le lecteur possède pour retirer un plus grand avantage des pages qui suivent , consistent dans la pratique familière de l'arithmétique décimale et sexagésimale , dans quelques notions de géométrie et de trigonométrie plane et sphérique ; dans les principes élémentaires de la mécanique , et dans ceux que fournit l'optique , pour comprendre la construction et l'usage du télescope, et de quelques autres instrumens plus simples. Il pourra se procurer ces lumières divei'ses , en consultant les autres ouvrages de cette encyclopédie , qui font de ces matières un objet spécial. Ainsi, plus ces livres lui fourniront de lumières , plus il lui sera facile de faire des progrès dans i'étude du nôtre ; mais nous tâcherons, dans tous les cas, autant que cela ne se ftîra point aux dépens de la clarté, et d'une indispensable concision, de rendre

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ce que nous avons à dire aussi indépendant que possible des œuvres d'autrui.

7. Du reste , nous devons avertir expressément ceux de nos lecteurs qui commencent ou terminent leurs études astronomiques par le présent ouvrage (quoique nous pensions que le nombre en soit peu considérable, du moins dans la dernière catégorie ), que notre prétention se borne à les placer sur le seuil de ce pavillon particulier du temple de la science , ou plutôt sur une éminence extérieure de cet édifice , d'où ils puissent obtenir un coup-d'œil général de sa structure. Leur succès sera d'autant mieux assuré , que leurs connaissances mathématiques seront plus étendues ; car c'est là le réservoir où il faudrait sans cesse puiser.

Ce n'est pas sans efforts que ceux qui possèdent cette science , peuvent s'entretenir sur de pareils sujets avec ceux qui y sont étrangers , et adapter leur langage et leurs explications aux exigences de pareilles communications. Des propositions qui pour tel individu sont presque identiques, sont des théorèmes importans et difficiles pour tel autre , et leur évidence n'est pas présentée dans le même jour pour celui-ci que pour celui-là. En enseignant de pareilles propositions, dans de telles circonstances, l'appel doit être fait, non à la pure et abstraite raison, mais ausens et à l'analogie, à la pratique et à l'expérience; il faut établir des principes et des modes d'action , non par des argumens directs tirés d'axiomes reconnus, mais en produisant, ets'appuyantsur eux, des exemples simples et familiers dans lesquels se montrent les mêmes principes et les mêmes modes d'action; tirant ainsi , en quelque sorte, pour chaque cas particulier , une induction séparée , et construisant à chaque pas un petit corps de science pour en suivre les lois. Quant à la méthode d'assertion , qui exige la foi aveugle de l'étudiant ( quoiqu' indispensable dans quelques cas complexes, où les explications en détruiraient le but, et deviendraient aussi ennuyeuses que pénibles pour le professeur comme pour l'auditeur ) nous sommes également éloignés de l'adopter nousmêmes et de la recommander aux autres.

8. D'un autre côté, quoique ce soit en quelque sorte une innovation que d'abandonner la route de la démonstration mathématique , en traitant des sujets qui en sont susceptibles , et d'enseigner une branche considérable de la science par la seule voie de l'explication et des comparaisons familières ; il n'est pas pour cela impossible que ceux qui sont déjà instruits de notre sujet, et dont les lumières ont été puisées dans cette pratique , à la fois plus transcendante et meilleure , qui est incompatible avec le but avoué du présent ouvrage , il n'est pas impossible , disons-nous , que cette lecture leur soit de quelque utilité , par la raison qu'il est toujours avantageux de présenter à l'esprit un corps quelconque de science , dans ime aussi grande variété de vues que possible. Les explications de ce genre ont cela de particulier, qu'elles ne frappent pas deux esprits de la même manière, ou avec la même force, parce qu'il n'y a pas deux esprits pourvus des mêmes images, ou dont les idées leur soient venues par les mêmes habitudes, 11 peut donc très bien arriver qu'une proposition , même pour celui qui la connaît le mieux , soit placée non seulement sous un aspect nouveau et avec plus de relief, mais encore sous un jour plus frappant et plus persuasif en suivant cette marche ; que telle obscurité soit dissipée , telle méprise intime redressée , et môme qu'un chaînon soit ajouté pour compléter la chaîne des rapports et des déductions dont on ne se doutait pas auparavant. Cette probabilité acquiert une nouvelle sanction lorsque , comme dans le cas actuel , les explications n'ont pas été puisées dans les livres ; mais sont telles qu'elles se sont présentées librement à l'esprit de l'auteur, comme étant le plus en harmonie avec ses propres vues ; aussi ne prétend-il assigner à aucune d'elles d'autres titres à l'originalité , que ceux qui peuvent réellement leur appartenir.

9. Au reste, il est des cas où quelque instruit que soit l'étudiant dans les prin

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cîpes de la mécanique , il ne laisse pas que d'y avoir quelque chose qui manque encore à son esprit, non sous le rapport de l'évidence, car il a examiné chaque chaînon , et il trouve que la chaine est complète -, non sous celui des principes , car ceux qu'il connaît très bien, sont trop solidement établis pour être ébranlés; mais c'est dans le mode d'action. Il a suivi un système de raisonnement d'après les règles de la logique et de l'art ; mais les signes qu'il a employés ne sont pas les portraits de la nature, ou ils ont perdu à ses yeux leur sens primitif.

10. D'après ce qui a été dit, on comprendra de reste que notre but n'est pas d'offrir au public un traité technique, où celui qui se voue à l'étude de l'astronomie pratique ou théorique, puisse trouver une description détaillée des méthodes d'observation , ou les formules préparées pour ses calculs , ou leurs démonstrations conduites dans tous les détails.

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