CONDUCTEUR
3^ En général^ le pouvoir conducteur d'une dissolution saline augmente avec la quantité de sel contenue dans la dissolution , mais cela n'a pas toujours lieu. Les dissolutions de sulfate de cuivre et de
(*) M. Pouiliet avait indiqué les nombres suivants pour la condactibilité comparative de divers liquides :
Dissolution saturée de sulfate de cuivre. . . 1
-^ de sulfate de zioc 0,417
Eau distillée 0,0025
^" ^vçc ^zhr décide azotique. ,...,... 0,0 là
l>Jlt£L\OMKiNËS GË^£HAliX. 93
chlorure de sodium sont des exemples de liquides dont la conductibilité croît avec le degré de concentration jusqu'au point de saturation. Mais il y a des sels déliquescents^ ou qui se dissolvent en grande quantité dans Teau^ dont le pouvoir conducteur augmente d'abord avec le degré de concentration , atteint bientôt un maximum^ puis diminue ensuite quand cette concentration augmente : le nitrate de cuivre et le sulfate de zinc sont dans ce cas. On peut donc avoir une solution saturée de ces derniers sels qui ont le même pouvoir conducteur qu'une solution très-étendue (E. Becquerel) (*).
A" L'élévation de température diminue beaucoup la résistance à la conductibilité des liquides, au lieu de l'augmenter comme dans les métaux; en outre, cette augmentation de conductibilité est beaucoup plus rapide. En effet, pour quelques-uns des liquides cités plus haut, les coefficients d'augmentation de conductibilité par suite d^une élévation de 1**, par rapport au pouvoir conducteur du liquide à 0°, sont :
, Solution saturée de sulfate de cuivre. . . . 0,0^6
Solution étendue de sulfate de zinc 0,02^23
Acide azotique ordinaire. ^ 0,0263
C'est-à-dire qu^en passant de à iO0°, ces dissolutions acquièrent une conductibilité environ trois fois et demi plus forte (en moyenne 1 -h 100 0,025).
Dans les métaux au contraire, comme on Fa vu page 87, la résislance augmente à peu près entre les mêmes limites de température dans le rapport de 10 à il pour le mercure, et de 10 à JG pourFétain. Ce sont les deux limites extrêmes; les autres métaux sont intermédiaires.
(•) Pour les prenMèics Riibslancos qui n*oiit pas de in.)\i:num de conductibilité, et même pour les aulK's «{uand elles sont très-étrndiiès, eiilre certaines limites , on peut établir une reUtion très-simple entre la résistance et la quantité de sel dissous à différents degrés de concentration. Cette relation est :
R est la résistance à la con4ucUbilitc de la dissolution ; q la quantité de sel dissous dans Punité de volume ; A , B, dcnx constantes pour un mCnie sel et une températare déterminée.
Cette formule ne doit pas être considérée conune exprimant la loi du changement de résistance» mais bien comme pouvant lier assez, approximativrment Us résultats donnés par l'expérience entre certaines limites (E. Becquerel).
94 ELBCTBICITE DYNAMIQUE.
5^ La conductibilité électrique des liquides semble liée au pouvoir que possède Télectricité de les décomposer; toutes les circonstances qui facilitent leur décomposition facilitent le passage de Télectricité. Mais nous ne pouvons actuellement traiter la question de savoir de quelle manière cette conductibilité peut s'opérer; nous ne nous occuperons de ce sujet que lors des décompositions chimiques dues à rélectricité.
Résistance des gaz. Si un certain nombre de corps solides et liquides laissent circuler l'électricité au travers de leur masse , les gaz, à la température ordinaire, sont rangés parmi les substances non conductrices. Les expériences sur lesquelles on se fonde pour établir ce fait sont les suivantes : si l'on dispose un ou plusieurs couples voltaïques isolés, et terminés par des conducteurs dont les deux extrémités sont placées en face Tune de l'autre, dans l'air ou dans un gaz , même à une distance fort petite , et que dans le circuit se trouve un galvanomètre extrêmement sensible, l'aiguille de celui-ci se maintient au zéro. En raréfiant le gaz de façon que les deux extrémités des conducteurs ne soient plus séparées que par un milieu très-raréfiié, il n'y a pas non plus de transmission d'électricité, et le galvanomètre n'accuse aucune déviation. On suppose, bien entendu , que la pile se compose d*un petit nombre d'éléments, et que l'électricité n'ait pas une tension suffisante pour donner lieu à une décharge et pour laisser établir l'arc voltaïque entre les extrémités des fils métalliques. On sait^ en effet, qu'avec un certain nombre de couples bien isolés^ et à une très-petite distance dans l'air, à la température ordinaire , il se produit des étincelles entre les deux extrémités des conducteurs; dans ce cas, c'est alors en vertu de l'excès de tension de l'électricité que les décharges ont lieu, et il ne s'opère pas une circulation continue dans le gaz, à la manière de celle qui s'établit dans les métaux et dans les liquides.
Sauf ces conditions particulières, on peut donc dire qu'à la température ordinaire et quelle que soit leur force élastique, les gaz ne permettent pas à un courant électrique provenant d'une pile à faible tension de passer au travers de leur masse; mais si l'on examine avec attention quel est le mode d'action de la chaleur sur les corps, on peut arriver à d'autres conclusions.
On a vu, en effet, que la chaleur agit puissamment pour modifier la conductibilité des différents corps, mais que son action dépend de leur état physique. Les métaux éprouvent une diminution de conductibilité par suite d'une élévation de température;
FHEMOMÈNBS GÉNÉRAUX. 9d
certains composés et les liquides, au contraire, donnent lieu ii une augmentation de pouvoir conducteur. 11 semble donc qu'en élevant la température des différents corps, leur pouvoir de conduire Vélectricité tend à devenir de moins en moins différent, puisque les métaux qui sont les meilleurs conducteurs offrent une résistance plus grande au passage du courant quand on les chauffe , tandis que les sels fusibles et les liquides , qui sont moins bons conducteurs que ceux-ci, conduisent d'autant mieux que leur température s'élève davantage.
Mais commetit les gaz sont-ils influencés par la chaleur? Sils sont isolants à la température ordinaire, livrent -ils passage à Télectricité à mesure que la température s'élève?
Ërman a montré le premier que les flammes conduisent Féleclricilé à faible tension, et il a même trouvé qu'il y a inégalité d'action lorsque le conducteur plongé dans la flamme est électrisé positivement ou négativement. Dans la plupart des flammes un conducteur touchant au pôle positif d'une pile voltaïque isolée est déchargé complètement, et le pôle négatif acquiert son maximum d'action sur un électroscope à feuilles d'or; dans la flamme du phosphore, au contraire, l'inverse a heu.
En plaçant dans la flamme deux petites spirales en platine, à une certaine distance l'une de l'autre et sur un même plan horizontal , afin qu'étant plongées toutes deux dans la flamme, et chacune d'elles communiquant à Fune des extrémités d'un couple voltaïque et d'un multiplicateur, l'électricité pût passer, au moyen de la flamme, entre les deux spirales, on est arrivé aux conséquences suivantes (Becquerel) :
l** Les deux spirales étant placées sur un même plan horizontal, dans la flamme d'une lampe à alcool , de façon à rougu* sensiblement delà même manière, on a une déviation qui montre que le courant électrique passe entre les deux spirales. En faisant passer le courant en sens inverse , Taiguille se dévie d'un même nombre de degrés dat^s Tautre sens.
2" Quand 3 à l'aide d'un chalumeau et d'une autre lampe à alcool que Ton tient à la main« on chauffe au rouge blanc une des spirales, si celle que l'on chauffe ainsi touche au pôle positif du couple , alors l'aiguille du multiplicateur se dévie beaucoup plus et marche vers 90 degrés; si la spirale surchauffée est négative, la déviation n'augmente que de quelques degrés.
3** Avec la flamme du soufre, un seul couple ne donné que i
1)0 ELkCTIilClTK DVWAMIQUK.
degré de déviation au galvanomètre; mais avec une pile à auge de trente éléments , on a une déviation de '.iO degrés.
4° La flamme d'une bougie donne le même effet que la flamme d*une lampe à alcool.
' 5** En brûlant de Falcool contenant du chlorure de strontium , on sait que la flamme présente une coloration rouge indiquant la présence de la slronliane; on a alors, dans les mêmes conditions que celles du n° i , une déviation par première impulsion de 4-5 degrés dans le galvanomètre, au lieu de 21 degrés que Ton observe quand Falcool est pur.
Ces expériences mettent donc en évidence , indépendamment du pouvoir conducteur des flammes, l'augmentation d'effet que Ton obtient quand elles renferment un corps étranger, et aussi quand le conducteur positif est échauffé davantage.
Cette propriété que possèdent les flammes de conduire Télectricité à faible tension appartient également aux fluides aériformes portés à des températures élevées.
Afin de pouvoir élever la température des gaz soumis à l'expérience, et modifier facilement leur pression, on a fait usage de l'appareil suivant (E. Becquerel) :
FIg. 48.
AB est un tube en platine tiré à la filière et sans soudure, ayant 05 centimètres de longueur et 1 centimètre de diamètre intérieur; sou épaisseur est telle, que Fon peut faire le vide dans lintérieur sans le déformer, même quand une partie de sa longueur
est portée à la température rouge-blanc. Ce tube est renfermé dans , un autre tube en terre A' B', qui traverse un fourneau horizontalement^ afin que le charbon ne touche pas au platine, et que ce métal ne soit pas altéré.
Cette disposition permet donc d'échaufTer un gaz au milieu du tube de platine; on peut en outre à Taide de tubes de verre munis de robinet /", /, faire circuler le courant de gaz ou le raréfier dans l'intérieur de ce cylindre métallique.
Le tube de platine a presque toujours servi de conducteur dans ces expériences, mais, comme il est nécessaire d'un second conducteur, on s'est arrêté aux dispositions suivantes :
Quand on opère sur Tair , on se sert d'un fil de platine tendu au moyen d*un petit poids et maintenu par deux supports isolants placés, chacun d'eux , à plus d'un mètre du foyer de chaleur et dans le prolongement de la direction AB; ce fil passe dans Taxe du tube de platine AB, de sorte que si ce tube communique à l'un des pôles tfune pile, et le fil à Tautre pôle, du moment ou une circulation d'électricité s'établit dans le circuit, elle ne peut avoir lieu que par Fiotermédiaire du gaz placé dans le tube, puisque, pendant tout le cours de l'expérience, le fil demeure parfaitement isolé, et que les supports isolants situés loin du Toyer de chaleur restent toujours dans les mêmes conditions de température. On a fait usage également de deux fils de platine isolés parallèles servant d'électrodes , et passant , sans le toucher , au milieu . d'un tube de porcelaine diauffé au rouge.
Quand on emploie d'autres gaz que Pair, tels que Toxygène, l'hydrogène, etc., on prend pour conducteur d'abord le tube de platine AB, puis, au lieu du fil tendu, une tige de platine ab, également placée dans l'axe du tube. Mais cette tige a une longueur telle, qu'elle n'arrive que jusqu'au milieu de AB; elle est formée de platine contenant un peu d'iridium, afin qu'elle soit assez rigide pour qu'une partie de sa longueur étant portée à la température rouge, elle ne puisse se courber. Elle est maintenue isolée dans l'axe du tube, d'abord par le tube de verre isolant e soudé en e, au milieu duquel elle passe, puis à l'aide d'un petit anneau de verre garni de gomme laque d, et placé dans le tube de platine à une distance telle du fourneau B" que la gomme laque ne soit pas altérée.
D'après cette dernière disposition, on ne peut craindre que la circulation de l'électricité s'établisse, à un moment donné, par le
08 KLECTAICITE DYNAMIQUE.
petit support d, dont la température s'élève ; car^ en opérant également avec le fil de platine isolé, on obtient les mômes effets.
La pile P se compose d'un ou de plusieurs couples suivant les expériences, mais elle doit toujours être posée sur un support isolant. En HH' se trouve un commutateur destiné à changer le sens du courant de la pile.
Un galvanomètre M à long fil (^»000 tours) , est placé à côté de la pile P. n est nécessaire de lui donner une extrême sensibilité pour ce genre d'expériences.
Près du galvanomètre, se trouve un rhéostat GG DD' d*une nature particulière, à cause de la grande résistance des gaz échauffés qu'il s'agit de mesurer. Ce rhéostat est formé simplement d'une colonne liquide d'un très-petit diamètre, dont on fait varier la longueur à volonté. U se compose d'abord d'un gros tube de v^rre CD' vertical, que l'on peut remplir de liquide. Un tube capilkûre eu, parfaitement calibré, d'égal diamètre dans toute sa longueur, et divisé sur verre par demi-millimètres comme une tige de thermomètre , plonge dans cette éprouvette de manière à en occuper Paxe. n est ouvert par les deux bouts, et se trouve maintenu à la partie supérieure G du gros tube par un bouchon de liège. On coaiprend aisément qu'à l'aide de cette disposition, le liquide placé dans l'éprouvette GD' pénètre dans le tube capillaire , et forme dans ce dernier une colonne d'égal diamètre dans toute sa longueur. Une lame métallique L de platine ou de cuivre, suivant les expériences, plonge dans Téprouvette et vient se présenter à la base du tube capillaire ; elle est attachée à un fil métallique K qui vient coomiuniquer au galvanomètre. Un long fil de platine STT', le plus rigide possible, est introduit dans le tube capillaire CD par la partie supérieure, de sorte qu'en l'enfonçant plus ou moins, on fait varier la longueur de la colonne liquide T' D comprise entre l'extrémité inférieure du fil de platine et la base B du tube capillaire. Le fil est attaché en S au support R, de manière qu'on peut interposer dans te circuit vol taïque, à l'aide des fils IK et SX, la colonne liquide TD variable de longueur.
Actuellement, il est facile de comprendre le mode d'expérimentation adopté :1e courant électrique développé dans P traverse le gatvanomètre M, le rhéostat CD', puis vient se présenter pour traverser l'intervalle qui sépare le tube de platine AB de la tige ab ou du fil tendu parallèlement suivant son axe. Si le gaz placé dan^ le tube transmet le courant électrique, le circuit se trouve fermé, et Tai-
. PHÉNOMÈNES GÉNIÎRAUX. 90
guille du galvanomètre »e dévie* La déviation ainsi observét. dépend de i^intensité de la pile, de la ré&i»tance du gaz renfermé dan# le tube de platine, et de la longueur de la petite colonne liquide T'D du rhéostat. 8t la pile et le gaz restent dan» le» même» conditions, on allonge ou Ton diminue cette colonne en élevant ou en enfonçant le fil dan» le tube de verre divisé CD; alors la déviation de l'aiguille aimantée diminue ou augmente.
Supposcms qu'au commencement d'une expérience on place un petit arc métallique en EE', alors le courant passe seulement (mr le galvanomètre et le rhéostat, et le gaz se trouve en dehors du circuit. La déviation de Taiguille aimantée, dans ce cas, peut être amenée ei maintenue à tel degré que l'on veut, en faisant varier la Iw gueur de la coimme liquide. Admettons, par e^temple, qu'on ait amené l'aiguille à vingt degrés : on note avec soin la position de Teitrémité T' du fil dans le tube de verre divisé. Si maintenant on ôte l'arc métallique EE', et qu'on introduise dans le circuit le» fil» métalliques F'G et FA, et le gaz intérieur qui transmet Télectricité^ alon la résistance du cnrcuit étant augmentée , la déviation de l'ai* guille aimantée diminue; mais on abaisse l'extrémité T' du long fil de platine du rhéostat dans le tube de verre divisé CD, et la déviation de l'aiguille aimantée augmente de nouveau» Lorsqu'on est arrivé à tm point tel, que la déviation de T aiguille est à vingt de-^ gré», comme précédemment, on est certain que, Fintensité du courant étant la même, la longueur de la cc^onne liquide comf^ise entre les deux iK)sitions de l'extrémité T' du fil est équivalente à la résistance du gaz contenu dans AB augmentée de la résistance au passage des fils métallique» P'G et FA dans le gaz, car la résistance (ffopre des fils situé» entre le fourneau et le commutateur n'est pas appréciable en présence des résistances que Ton évalue.
iy«ptèÈ cette méthode d'expértmenti^km, il est évident comme on ^ri«rt de le dire, que l'on a en même temps et la résistance prc^e dn gaz et la résistance au passage des conducteurs dans le gaz, en admettant que cette dernière soit nnesurablfi eu présence de la résis^ ^Anee du gaz.
Quand on opère ainsi, on trouve que tes gaz conduisent les courants électriques lorsqu'ils environnent des électrodes métalliques parfaitement isolées et que leur température est suffisamment élevée. Les gaz acquièrent cette faculté à la température rouge i^sissaDty et, à partir (k cette limite, ils transmettent d'autant mieux Pâectriehé que leur ten^iératare s'élève davantage ; ils livrent alors
passage même aux plus faibles courants électriques que l'on puisse produire à Taide d'un couple de petite dimension.
Cette propriété est générale à tous les fluides aériformes. En opérant avec Thydrogène, Foxygène, Tacide carbonique/razote, le chlore, la vapeur d'eau, etc., comme avec Pair, on observe des effets analogues, mais plus ou moins marqués suivant leur nature.
La chaleur agit dans le même sens sur chacun d'eux, et inégalement; à mesure que Ton chauffe les gaz davantage, les rapports des nombres qui expriment leur résistance au passage des courants tendent sans cesse à se rapprocher de Tunité.
Les dimensions relatives des électrodes en platine qui servent à transmettre les courants électriques au travers des gaz ont une influence telle, que la proportion d'électricité qui passe est plus grande quand on augmente la surface de Télectrode négative. On observe un effet du même genre lors du passage de Félectricité dans les liquides.
La résistance d'un gaz à la transmission de l'électricité varie avec le nombre de couples de la pile et avec l'intensité du courant électrique qui le traverse.
Au-dessous de la température rouge, il n'y a pas de différence appréciable entre un gaz raréfié et un gaz à 1^ pression ordinaire : l'électricité ne peut cheminer entre les électrodes métalliques isolées qui s'y trouvent plongées; au-dessus de cette limite, les différences conmiencent à se manifester, et le gaz dilaté transmet toujours mieux l'électricité.
Lorsqu'on diminue la forc^ élastique de l'air ou d'un gaz porté à la température rouge, sa résistance diminue, et, une fois arrivé au plus haut degré de raréfaction que puisse produire la machine pneumatique, le milieu gazeux ainsi raréfié atteint son minimum de résistance , qui néanmoins est encore facilement appréciable. La diminution de force élastique dans chaque gaz, à égalité de température, rend leur résistance de moins en moins différente l'une de l'autre, et, quand on arrive à une faible pression de trois ou quatre millimètres de mercure (au vide de la machine pneumatique), tous les gaz raréfiés transmettent également bien les courants électriques.
Ainsi la chaleur agit dans le même sens que la dimmution de pression pour donner aux gaz des pouvoirs conducteurs de moins en moins différents ; mais néanmoins elle a une action propre bien évidente, puisque à la température ordinaire, dans le vide le plus
PHÉNOMÈNES GÉNEAWX. 101
parfait que puissent produire les machines pneumatiques^ il n'y a pas de transmission électrique appréciable , tandis qu'à la température rouge, rélectricité peut traverser un gaz, même quand il est condensé^ alors que la masse soumise à Texpérience est plus grande.
11 est aisé de comprendre combien la comparaison des résistances des gaz est complexe, puisque ces résistances varient avec la température , la pression et l'intensité du courant qui passe dans le circuit; en outre, les résultats sont influencés par la nature des métaux qui servent à transmettre rélectricité dans les gaz, et il serait nécessaire d'éliminer la résistance au passage des électrodes, afin d'avoir l'action propre des gaz. Ne pouvant donner dans ce résumé les nombres relatifs aux différentes conditions des expériences, nous nous bornerons à citer, par ordre de résistance, les gaz qui ont servi aux observations faites à la température rouge blanc et à la pression de l'atmosphère lorsque les électrodes sont en platine, ainsi que les limites entre lesquelles ils sont compris (la résistance de l'air est prise pour unité) :
Hydrogène (la résistance est comprise entre 0,3 et 0,4 de celle de l'air, suivant les circonstances des expériences) ;
Hydrogène protocarboné ;
Oxygène (la résistance est comprise entre 0,5 et 0,7) ;
Chlore (la résistance ne dépasse pas 0,92);
Protoxyde d'azote j résistance peu différente de celle de l'air;
Azote I ^
Acide carbonique (résistance comprise entre 1, 2 et 2).
On peut se demander comment cette transmission des courants électriques au travers des gaz peut s'opérer ?
L^électricité ne peut traverser un milieu gazeux que par la conductibilité des particules fluides , ou à l'aide de décharges. Dans le premier cas, la résistance des gaz à la transmission des courants est toute physique et analogue à celle que les métaux et les conducteurs opposent au passage de l'électricité. Dans le second cas, cette résistance est en quelque sorte mécanique, et provient de ce que les molécules gazeuses font obstacle aux décharges électriques.
Il semble, de prime abord, que les résultats des observations soient difficiles à interpréter dans rhypoHièse de la transmission par conductibilité. En effet, dans Tétat aétuel de nos connaissances, on admet que. l'électricité ne chemine dans les corps conducteurs
f09 BLBCTBIGITÉ DYNAMIQUE.
que par rintermédiaire des particules matérielles; or, si les gaz transmettent Félectricité par conductibilité, comment se fait-il qu'en les raréfiant, alors qu^il y a moins de particules matérielles sur la route du courant , la conductibilité soit meilleure, et que, dans le vide, elle soit à son maximum? La quantité de matière étant moindre, la conductibilité devrait être également moindre.
Mais, si l'on adoptait Fhypothèse qui attribuerait le passage de rélectricité à des décharges au travers des gaz, il serait difficile de comprendre comment un très-faible courant électrique, qui ne franchit pas le milieu gazeux à la température ordinaire , se trouve transmis lorsque la température atteint le rouge. La force élastique du gaz étant la môme à froid et à chaud, et Texcès de tension électrique ne changeant pas, on serait alors dans la nécessité d'admettre que la chaleur facilite la transmission de rélectricité dans un espace, même lorsqu'il est privé de matière, ou bien que les électrodes métalliques portées à la température rouge laissent détacher des particules matérielles, alors que l'excès de tension électrique est très-faible, et que ces particules établissent une circulation continue d'électricité. Dans Tétat actuel de la science, Vune ou Pautre de ces deux conséquences ne paraissent pas admissibles, et surtout la seconde, car jusqu'ici aucune expérience ne justifie cette émission de particules métalliques de la part des électrodes.
D'un autre côté, la propagation par conductibilité moléculaire dans les gaz échauffés permet d'expliquer avec facilité non-seulement la transmission des courants au travers des flammes, mais encore ce résultat important, que les flammes interposées entre deux fils métalliques inégalement échauffés donnent Jieu à un courant thermo-électrique , comme le ferait un conducteur métallique en communication avec ces fils. Aussi, en rapprochant ces résultats de ceux qui se déduisent des observations précédentes, nous croyons plus probable Thypothèse qui consiste à expliquer la transmission de l'électricité an travers des gaz chauds par voie de conductibilité.
Résistance au passage ou perte au passage. Lorsqu'un courant électrique traverse un circuit mixte composé de métaux et de liquides, plusieurs causes tendent à diminuer la quantité d'électricité qui passe H® les résistance^ propres des solides et des liquides, ainsi que nous l'avons vu précédemment; ^ les résistances qui se produisent au changement de conducteur, et qui proviennent de leur
PHÉNOMÈNES OÉlfÉBAIJX, 103
différence de nature. Quand les conducteurs sont successivement solides et liquides , ces dernières proviennent en grande partie du transport des matières sur les lames, et principatemcnt des gaz, c'est-à-dire de la polarisation de ces lames^ Nous avons étudié les conductibilités propres des corps avec détail; il nous reste à dire quelques mots des résistances au passage oti pertes au passage.
La résistance au passage d'un courant électrique d'un corps solide dans un autre est accusée par des effets calorifiques dont nous parlerons plus loin , et comme le prouvent les effets produits dans les circuits métalliques composés^ aux points de contact des métaux. On verra, en effet, que Ton peut avoir une augmentation ou une diminution de tefnpérature aux surfaces de jonction. Mais les résistances ou pertes qui proviennent de la polarisation des électrodes sont toujours beaucoup plus grandes que les précédentes, et, en général, on les confond ensemble sous le nom de la résistances totales au changement de conducteur.
On peut montrer très-simplement combien cette résistance a d'influence pour diminuer la quantité d'électricité qui passe dans un circuit, en interposant des lames métalliques dans une colonne liquide faisant partie de ce circuit, de façon que le courant d'un ou de plusieurs couples traverse non-seulement le liquide divisé, mais encore chaque lame perpendiculairement à leur surface. On trouve alors que quoique la résistance propre du métal introduit dans le circuit soit bien faible comparativement à résistance totale, cependant le courant diminue beaucoup d'intensité.
Le changement d'intensité du courant peut provenir d'un courant secondaire dû à la polarisation des lames, dirigé en sens inverse du courant de la pile et diminuant la force électro-motrice de celle-ci (Ohm, Delarive, etc.) ; ou bien elle peut résulter d'une résistance analogue. à la résistance que le courant éprouve en parcourant un fil d'une longueur déterminée (Fechner, Poggendorf, etc.). Nous reviendrons, dans le livre suivant, sur ces deux hypothèses, à propos de la théorie des piles voltaïques; il nous suffit d'indiquer ici qu'en tout cas cette cause d'affaiblissement du courant peut être évaluée en longueur de fil (puisqu'en diminuant la longueur de la partie métallique du circuit dans les expériences précédentes on peut rendre au courant son intensité première) , mais on arrive alors à cette conséquence, qu'elle est fonction de l'intensité du courant électrique lui-même.
104 ÉLICTEIGITB DYNAMIQUE.
A Paide de ra{q[>areil déjà décrit page 89 et représenté figure 47, on peut facilement déterminer la résistance totale au passage lors des changements de conducteurs. Il suffit de placer en Y^ au
Fig. 47.
lieu d'un fil d'une longueur fixe, un rhéostat, afin de pouvoir introduire dans le circuit une longueur variable d'un fil métallique normal. On détermine alors la résistance d'une longueur déterminée de la colonne liquide ab en fonction du fil normal du rhéostat ; puis on enfonce la lame E jusqu'à c^ que les deux lames DL et E se touchent. On reconnaît, ainsi que la résista,nce du circuit mixte liquide et solide CDEF, est plus considérable que la résistance de la colonne liquide isolée EB, jointe à celle du conducteur métallique*. La différence indique la résistance au passage.
On peut également, à Faide d'une boussole des sinus ou des tangentes et en se servant d'un seul circuit voltaïque, mesurer Pintensité du courant dans chaque cas, et, à l'aide d'un rhéostat, ramener les déviations à la même intensité électrique; alors, à l'aide de la formule de la pile voltaïque qui sera donnée dans le livre suivant, on arrive à déterminer la valeur de la perte au passage ou force électro- motrice inverse, ainsi que l'ont fait les physiciens cités plus haut, auxquels il faut ajouter les noms de MM. Marianini, \^orselman de Herr, Lenz, Marié, etc...
D'après les résultats obtenus, on peut déduire les conséquences suivantes ;
!<* Lorsqu'un courant électrique passe d'un solide dans un liquide^ eivice versa, s'il n'y a pas de polarisation sur les lames (par exemple, si l'on opère avec le sulfate de cuivre en dissolution et deux lames de cuivre) et que la température ne change pas^ la résistance au changement de conducteur est peu appréciable ; mais si, par suite d'une polarisation, des gaz viennent se déposer à la surface de séparation des métaux et des liquides, alors la résistance acquiert immédiatement une valeur assez grande et facilement appréciable (E. Becquerel).
â"" La résistance ou perte an passage, dans ce dernier cas, est fonction de l'intensité du courant; elle diminue à mesure que celle-ci augmente, mais de manière que, toutes choses égales d'ailleurs, le produit de la résistance par l'intensité du courant n'est pas un nombre constant (E. Becquerel, Marié, etc.) (*).
2p Dans la polarisation, chaque électrode donne lieu à une résistance qui peut être différente, et dont la somme constitue la perte au passage (Poggendorf , Lenz et Saweljev).