INTRODUCTION. XI
minerai venus de différents points du globe, et particulièrement du Mexique, du Pérou, de la Colombie, de l'Altaï, etc. Elles ont porté, 1^ sur la préparation à faire subir aux minerais pour transformer l'argent et le plomb en composés solubles dans l'eau salée au maximum de saturation ; 2® sur la séparation des métaux de leur dissolution les uns des autres au moyen de l'action chimique de l'électricité ; 3® sur un grand nombre de questions accessoires qui intéressent Télectfo- chimie en général , et la métallurgie des métaux précieux en particulier.
Les minerais du Mexique, vu leur abondance et leurs variétés ainsi que leur mode de traitement, ont attiré vivement l'attention, car il y avait nécessité d'établir une comparaison entre les modes de traitement en usage et celui qui est fondé sur l'action chimique de l'électricité.
On s'est appuyé, pour établir cette comparaison, sur les documents consignés dans l'intéressant ouvrage de M. Duport Saint-Clair, ayant pour titre : de la Production des métaux précieux au Mexique; Paris, 1843 (Didot). Un grand nombre de causes influent sur la production des métaux précieux dans cette contrée, r le mode d'exploitation en usage; 2* les moyens insuffisants employés pour l'épuisement des eaux, la vapeur n'ayant été appliquée jusqu'ici que dans très-peu d'établissements , à cause de la rareté de la houille, qui n'a encore été trouvée que sur les côtes, particulièrement près de Tampico. Les gîtes les plus importants, tels que Sombrerete, Zacatecas, etc., sur une .ligne de 160 kilomètres, ne reçoivent leur bois que de forêts de chêne vert mêlé de pin, et dont retendue est extrêmement limitée ; forêts dont la destruction progressive finirait par porter un coup fatal à l'exploitation minière, si l'administration mexicaine n'intervenait pas , car le bois est nécessaire non-seu-
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lement pour toute exploitation métallurgique, mais encore pour le boisage des travaux souterrains ; 3** la nécessité où l'on est de tirer en presque totalité de l'étranger le fer,, dont la dépense est importante ; 4® le prix élevé de la poudre ; 5® la sortie des capitaux du Mexique depuis 1820 à 1830, et Tintérêt très-élevé de l'argent, qui ont ralenti l'exploitation des mines; 6** enfin les non-succès des compagnies anglaises qui, depuis l'indépendance, ont voulu exploiter les principales mines.
Le traitement par la fonte est trop dispendieux au Mexique, à cause de la rareté du combustible, pour qu'on en fasse usage dans les grands établissements métallurgiques. Néanmoins ce traitement,^ dans les localités où il est pratiqué, peut recevoir de grandes améliorations, soit en apportant des perfectionnements dans la construction des fourneaux, soit dans le meilleur emploi du combustible, dont le prix est élevé, soit dans le choix de bons fondants. Le traitement par le mercure étant moins dispendieux que le précédent , a eu nécessairement la préféreace; aussi pense-t-on au Mexique que c'est du côté des procédés par la voie humide que l'on doit attendre des résultats plus économiques.
La dépense de la préparation mécanique^ du loyer et des frais généraux d'administration représente 0,t9 du montant de l'argent retiré, et 0,56 de la valeur du traitement; or, pour tout traitement par la voie humide, cette dépense est indispensable, et reste la même.
On admet que l'amalgamation au Mexique, sans y comprendre les frais de trituration, ne coûte en argent que 0,0005 du poids du minerai, et 0,0009, en y comprenant ces frais. En admettant une teneur moyenne en argent de 0,00150, la dépense s'élèverait donc aux trois cinquièmes de la teneur ; or, comme la perte en mercure s'élève au moins au poids de l'ar-
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gent retiré, on conçoit que le prix du mercure exerce une grande influence sur l'exploitation des mines du Mexique.
« Quelles seraient donc les conséquences du manque presque » complet de ce métal, dit M. Duport Saint-Clair (page 405 de « l'ouvrage cité), si, par un de ces événements peu probables « sans doute, mais cependant possibles, la mine d'Almaden ve- « naît à cesser de fournir du cinabre, soit par des éboulements, « soit par une trop grande abondance des eaux , soit enfin « parce que tout le minerai suffisamment riche eu mercure au- « rait été extrait? La production du vif-argent, limitée alors à « celle des mines de la Carniole, serait bien insuffisante pour « les besoins} il s'ensuivrait une hausse de prix telle qu'elle « équivaudrait en quelque sorte à une disette absolue. Que « deviendrait alors l'extraction de l'argent au Mexique? Il y a « quelques années, cette question eût été fort embarrassante à « résoudre ; car on ne connaissait aucun autre moyen d'extraire « l'argent du minerai que la fonte ou l'amalgamation. Les sa- 'i vantes recherches auxquelles s'est livré M. Becquerel, avec « toute la persévérance que demande toujours la première ap- « plication de la science à l'industrie , ont présenté un moyen « tout nouveau à la métallurgie par l'emploi des forces électrii ques. Initié par l'iaventeur lui-même dans tous les détails de « ce nouveau procédé, j'ai pu me convaincre de la possibilité « de son application industrielle sur les minerais du Mexique, « autaiit par des expériences faites sur 4,000 kilogrammes de « minerai des principaux districts , que j'avais fait venir à « Paris il y a trois ans, que par celles que j'ai répétées moi- « même sur les lieux. La possibilité de l'application sur une • grande échelle une fois constatée, la question se réduisait à « une comparaison de chiffres pour le coût des anciens et du « nouveau système; et les premières recherches que j'ai faites
XIV INTBODUCTION.
« sur la métallurgie de l'argent n'ont pas eu dans le principe « d'autres motifs; mais je n'ai pas tardé à leur donner plus de « développement, afin de donner aux métallurgistes un tableau « exact de l'état dans lequel se trouvent les divers traitements a au Mexique, et aux économistes des renseignements sur la « production présente et même future de l'argent, assez com- « plets pour établir avec quelque certitude des calculs sur la « valeur de ce métal, comparé à d'autres valeurs. Le résultat « de mes recherches a été favorable au procédé électro-chimi- « que pour un grand nombre de minerais, je ne dis pas seule- « ment dans l'hypothèse assez peu probable d'un manque ab- « solu de mercure, mais menue avec le haut prix actuel du « vif-argent. Dès lors on serait en droit de s'étonner que ce « procédé n'ait pas reçu un commencement d'application. Les « causes qui l'ont empêché ayant des caractères généraux as- « sez importants relativement à l'établissement de tout procédé « nouveau, j'entrerai à cette occasion dans quelques détails sur « ce sujet. La simplicité des appareils de l'amalgamation mexi- « caine est d'abord un obstacle pour toute innovation; vient « ensuite l'habitude d'un art pratiqué depuis trois siècles, et « dès lors parfaitement étudié sous le rapport économique ; la « nécessité d'opérer sur des masses considérables, pour qu'on <c ait foi au procédé, et l'obligation d'entrer de prime abord « dans des débours d'autant plus coûteux que toute construc- « tion industrielle est fort chère au Mexique , arrivent enfin « ébranler le zèle des novateurs.
« Le mercure étant le principal agent chimique employé « dans le travail actuel , son prix a tout naturellement une « grande portée sur la comparaison des procédés usités avec « ceux qu'on peut vouloir leur substituer, puisque, soit que « l'on emploie un peu de mercure, soit que l'on n'en emploie
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« pas da touty il y a évidemment tendance à diminuer les dece mandes de ce métal, et dès lors à en faire baisser le prix. « Cette chance de baisse sur une marchandise dont le prix dé- « pend, comme c'est assez généralement le cas, du coût de sa t production, offre peu de probabilité de variations très-consi- « dérables ; mais pour le mercure il en est tout autrement y « car, par suite du monopole, son prix actuel peut s'évaluer au « quadruple de son coût, et, à mesure que son emploi serait « moins considérable, le prix en pourrait baisser presque « spontanément d'une manière désastreuse pour les établisse- « ments destinés à remplacer le mercure ou à diminuer sa « perte , dans l'amalgamation , par quelque nouvelle inven- « tion. »
M. Duport fait remarquer encore qu'indépendamment des circonstances relatives au mercure , il faut aussi y joindre celles qui concernent le sel marin, qui forme la base du procédé électro-chimique, et dont la perte ne peut être négligée qu'autant que le prix de cette substance est très-peu élevé; or, c'est ce qui n'a pas lieu dans la plupart des localités du Mexique. Ces difficultés écartées, rien ne s'opposerait à l'emploi du procédé électrochimique pour le traitement des minerais d'arge^t dans cette contrée.
Dans toutes les régions de mine où le sel marin est à bas prix, il est toujours possible d'appliquer le procédé électro-chimique, pourvu toutefois que l'on puisse se procurer le combus« tible nécessaire pour le grillage du minerai, quand sa préparation par la voie humide ne peut être effectuée.
Nous dirons enfin qu'un des grands avantages du procédé nouveau est son emploi pour le traitement des minerais plombeux, de la galène même, et des minerais très-cuivreux, qui ont résisté jusqu'ici à l'amalgamation américaine ou freybérienne.
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L'exposé du traitement électro-chimique des minorais est divisé en deux parties : la première comprend les principes généraux, dont la connaissance est indispensable pour l'intelligence du procédé électro-chimique ; la seconde traite d'abord des divers modes de traitement des minerais d'argent, de cui- Tre et de plomb par la voie humide, en y comprenant Tamalgamation américaine, l'amalgamation freybérienne et l'amalgamation au cazo ou par la coction, lesquelles ont des rapports plus ou moins rapprochés avec le traitement électro-chimique , qui leur emprunte toutefois les mêmes préparations mécaniques et chimiques. Viennent ensuite les différentes méthodes électrochimiques à l'aide desquelles on retire à l'état métallique l'argent, le cuivre et le plomb de leurs minerais respectifs, méthodes qui permettent aussi de séparer l'argent du plomb, de la galène, sans avoir recours à la coupellalion; ou, si elle est nécessaire , elle n'a lieu que sur un plomb d'œuvre très-riche, et même on l'évite en employant le cazo, qui donne immédiatement l'argent dans un grand état de pureté, en faisant subir à la galène la même préparation que pour le traitement électrochimique.
On expose ensuite toutes les questions secondaires qui se rattachent à ces nouvelles méthodes de traitements métallurgiques. Si nous ne pouvons dire encore que ces méthodes seront adoptées sans difficulté par l'industrie, nous pensons néan- ^ moins que les travaux qui ont servi à les fonder contribueront à hâter le moment où elles seront appliquées utilement dans toutes les localités où le bois est rare et le sel ordinaire abondant.