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CHAPITRE II

De l'électricité des nuages ; de la formation et des effets des orages.

Lorsque le ciel n’est pas serein, Pélectricité de l'air est tantôt positive, tantôt négative. D’après des observations de Schubler, pendant les orages, lorsqu'il pleut ou qu’il neige, il en est de même : ainsi, pour 71 jours positifs, il y en a eu 69 de négatifs. Il arrive souvent que l'électricité change de signe dans la journée par le passage de nuages possédant l’une ou l’autre électricité.

Quelquefois la tension de l'électricité est tellement forte que la pluie est étincelante,

En général, tous les nuages sont électrisés, comme l'ont reconnu, en 4752, Dalibard et Franklin; ils ne diffèrent entre eux et ne se distinguent des nuages orageux que par la tension plus ou moins grande de l'électricité qu'ils renferment. Pour donner une idée de la haute puissance électrique de certains nuages, même lorsqu'ils ne lancent pas la foudre, nous rapporterons les résultats obtenus en 1757 par Romas, avec un cerf-volant de 2,33 de hauteur sur 1 mètre de large, élevé dans les nuages à une hauteur de 483 mètres avec une corde dans laquelle il avait enlacé un fil de métal (")

« Les effets électriques du même cerf-volant ont été bien autre « chose dans une expérience que je fis le 16 de ce mois, pendant «un orage que-j'ose dire n’avoir été que médiocre, puisqu'il ne « tonna presque pas, et que la pluie fut fort menue.

« Imaginez-vous de voir des lames de feu de 9 ou 10 pieds de lon-

.« gueuret def pouce de grosseur, qui faisaient autant ou plus de bruit

« que des coups de pistolet : en moins d’une heure, j’eus certaine- «ment trente lames de cette dimension, sans compter mille autres « de 7 pieds et au-dessous. Mais ce qui me donna le plus de

(+) Académie des sciences, savants élrangers, t. 11, p. 393, et t. IV, p. 514.

« satisfaction dans ce nouveau spectacle, c’est que les plus grandes « lames furent spontanées, et que, malgré l'abondance du feu qui «les formait, elles tombèrent constamment sur le corps non élec- « trique le plus voisin. Cette circonstance me donna tant de sécu- « rité, que je ne craignis pas d’exciter ce feu avec un excitateur « dans le même temps que l'orage était assez animé, et il arriva « que lorsque le verre dont cet instrument était construit n’eut que «2 pieds de long, je conduisis où je voulus, sans sentir à ma «main la plus petite commotion, des lames de feu de 6 à 7 pieds « avec la même facilité que je conduisais des lames qui n’avaient « que 7 à 8 pouces, »

Nuages orageuæ positifs. On explique sans difficulté l’électrisation positive des nuages. Considérons le nuage à l'instant où il se forme dans un air tranquille et possédant un excès d’électricité positive; cette électricité se réunit en couches très-minces à la surface de chaque globule vésiculaire que l'on peut considérer comme bon conducteur. Dans le cas où l'électricité est faible et où les globules sont peu rapprochés, il n’en résulte aucun effet particulier, et le nuage n’est pas encore orageux : seulement il paraît plus fortement électrisé que l’air environnant, parce qu'il est plus conducteur ; si le nuage est très-dense, les vésicules qui le composent sont plus rapprochées, et on peut alors le considérer comme un conducteur continu : toute l'électricité qui se trouvait dans l'intérieur autour des globules vésiculaires se porte donc à la surface où elle est tenue en équilibre par la pression de Fair ambiant. II suit de là que lorsqu'un nuage orageux se forme, il doit renfermer autant d'électricité que la masse d’air qui lui a fourni tous les globules de vapeur; ie nuage ayant une certaine étendue, on conçoit comment une quantité d'électricité dont l'intensité est faible en chaque point, quand elle est disséminée dans un grand espace, acquiert une tension énorme quand elle se porte à la surface du nuage. Tel est le mode de formation des nuages chargés d’électricité positive. Quand ces nuages sont poussés par les vents, ils perdent leur électricité dans leur course, et cessent alors d’être orageux.

Nuages orageux négatifs. Les effets électriques observés auprès des cascades indiquent un des modes de formation des nuages négatifs. Si l’on présente un électromètre atmosphérique armé de sa tige métallique à la pluie très-fine qui résulte de l’éparpillement de l’eau dans le voisinage d’une cascade, on obtient aussitôt des signes d'électricité négative.

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