‹ Traité d'électricité et de magnétisme, t.3Chapitre 63 sur 73 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

recouverts de gutta-percha et en relation avec les multiplicateurs ou la boussole des sinus, distants de 20 mètres ou de 100 mètres du puits sur lequel on opérait; la cave n’en était éloignée que de 5 mètres. Toutes les précautions avaient été prises pour que l’électricité ne s’écoulât pas dans le sol par les points d’attache. Les choses disposées ainsi, on a obtenu les résultats suivants : -

En opérant avec deux lames de platine, l’une placée dans un puits, l’autre dans la cave, la première a pris Pélectricité négative contrairement à ce que l’on avait obtenu avec le cours d'eau; il en a été de même avec deux plaques de charbon de cornue. En changeant de place les deux lames de platine ou les deux plaques de charbon, les résultats ont été semblales, avec cette différence toutefois qu’avec les lames de platine, leur polarisation immédiate n’a pas permis de mesurer l'intensité des courants produits, tandis qu’avec les plaques de charbon, la polarisation a été lente à s’effectuer, comme on pourra en juger par les résultats obtenus avec les plaques présentant chacune une surface de 11 centimètres carrés et un multiplicateur ordinaire :

Déviation de l’aiguille aimantée, dans les premiers instants. 849,75

Une heure après... REC den et RETEUL de-6i026000; 00 Idem Sen Tee HA. RERERe 22010950 Idem: #7. RARES AMIE, ROAD SV FAUNE rt: 199,00

Dix-sept heures après. .:.......... RC crie u eee 1800

On voit que pendant 20 heures le courant est resté sensiblement constant.

En faisant fonctionner simultanément avec le multiplicateur la boussole des sinus, on a eu dans les mêmes circonstances :

La diminution la plus forte dans l’intensité du courant a donc eu ieu dans la première heure; dans les dix-huit dernières heures, elle a été à peine sensible.

Les expériences dont on vient de rapporter les résultats ont été répétées un grand nombre de fois, sans que l’on ait trouvé de gran-

. des différences entre eux. Elles montrent que les effets électri-

ques produits au contact des eaux des puits du jardin des Plantes et des terres adjacentes sont inverses de ceux qui ont été obtenus en opérant dans une rivière et dans une terre contiguë. Doit-on admettre que le platine ait été attaqué par l’eau de puits, ainsi -que le charbon bien préparé, à raison du fer qu’on n'a pu lui enlever? Nous en doutons; car les effets ont été encore les mêmes avec des lames d’or pur entourées ou non entourées de charbon de sucre candi. Il vaut mieux toutefois opérer avec ces dernières qu'avec les autres. ë

Tout tend donc à prouver qu’il existe dans la nature des sources d'électricité à peu près constantes ; nous disons à peu près, parce qu’en ouvrant le circuit pendant quelques heures, le courant redevient ce qu'il était primitivement. Ces sources, dont on ne connaît pas encore toute la puissance, serviront peut-être à jeter quel: que jour sur plusieurs points encore obscurs de la formation des nuages Orageux.

L’eau étant tantôt dans un état RTE tantôt dans un état négatif, suivant la nature des substances qu’elle tient en solution , et la terre dans un état contraire, quelle que soit la distance du cours d’eau ou de la source où l’on place l’électrode, pourvu que la terre soit humide , l’eau en s’évaporant doit verser continuellement dans l'air un excès d'électricité positive ou négative , tandis que la terre laisse échapper par l'intermédiaire de la vapeur qui en sort un excès d’électricité contraire ; ces excès d'électricité doivent intervenir sur la distribution de et répandus dans l’atmosphère.

Voyons maintenant quels sont les faits observés touchant l’électricité fournie par la terre:

Peltier à essayé de mettre en évidence, avec un multiplicateur, l'électricité libre de la terre ; il a placé à cet effet l’un des bouts du fil conducteur dans un lieu humide, et l’autre dans une position sèche d’un terrain ou d’un bâtiment contigu. L’aiguille aimantée a été déviée aussitôt dans un sens tel que la partie humide fournissait l'électricité négative, et la partie sèche ainsi que le bâtiment, l'électricité positive. De là il a conclu que la terre était constamment négative et l'air dans un état positif, Or Peltier, n'ayant pas fait attention que deux terrains qui ne sont pas dans un même état d’humidité se constituent dans deux états électriques contraires par leur contact mutuel , a dû être conduit nécessairement à une conséquence qui n’est pas exacte. On a pris effectivement. deux lames de

platine ayant chacune 96 centimètres carrés de surface ; l’une a été

posée sur le sol humide , très-près du bord de Ja rivière , et l’autre sur le sol d’une cave : on a obtenu une déviation de 6 degrés, dont le sens indiquait que le terrain humide avait pris un excès d'électricité positive dans son contact avec uñ terrain sec ou beaucoup moins humide. En opérant comme Pa fait Peltier, on doit avoir les effets électriques produits au contact de deux terrains non identiques dans leur composition. On ne saurait donc admettre la conséquence qu’il a tirée de son expérience.

Nous citerons encore d’autres faits qui viennent à l’appui de ceux que nous avons observés. Volta rapporte dans ses œuvres (t. Il, p. 239) une expérience intéressante de Tralles, dont il a constaté lui-même l'exactitude : se trouvant un jour dans les Alpes, vis-à-vis de la cascade de Staubach, près de Lauterbrunn, Tralles présenta son électromètre atmosphérique, non armé de la tige métallique, à la pluie très-fine qui résultait de l’éparpillement de Peau ; il obtint aussitôt des signes d'électricité négative. Il en fut encore de même à la cascade de Reïchenbach. Volta répéta cette expérience avec succès, non-seulement au-dessus de grandes cascades, mais encore au-dessus des ruisseaux qui se brisaient en tombant sur des rochers. IL obtint également des signes d'électricité négative en se plaçant, avec son électromètre, sur les bords d’un torrent parcourant un ravin, là où il était le plus impétueux.

L’eau, étant positive, en touchant le rocher perdait sonélectricité, laquelle était neutralisée par l'électricité négative de la terre ; en s'éparpillant elle prenait ensuite à celle-ci un excès d'électricité négative qu’elle transmettait à l’électromètre.

Saussure, avant Tralles et Volta, était parvenu à un résultat à peu près semblable. I1 se trouvait, le 29 juin 1766, sur le sommet du môle, à dix heures du matin; le vent venait du sud, le temps était serein, à l'exception de quelques légers nuages répandus çà et là. Il avait remarqué que le soleil, dont les rayons frappaient la montagne, faisait sortir de son pied et des: prairies adjacentes de petits nuages blancs qui s’élevaient et se dissipaient bientôt après, et allaient rejoindre d’autres nuages qui flottaient au-dessus de sa tête. Quand aucun nuage ne passait auprès du conducteur de son électromètre, il n’observait aucun signe d'électricité; il en était encore de même lorsqu'un de ces nuages était assez grand pour envelopper tout le conducteur depuis sa pointe jusqu’à la terre; mais, aussitôt qu’il venait raser la pointe du conducteur, ou même passer un peu au-dessous sans toucher en même temps à la

terre, il'obtenait des signes d’électricité, faibles à la vérité, mais non équivoques. Les nuages ne donnaient aucun signe d'électricité quand ils communiquaient avec la terre, les décharges s’opérant immédiatement par Pintermédiaire de celle-ci. Ces faits indiquent que des nuages qui s'élèvent de la terre sont quelquefois électrisés. Volta ne dit pas quelle était la nature de cette électricité. Si ces nuages étaient formés de la vapeur s’élevant d’une nappe ou d’un cours d’eau, ils étaient positifs ou négatifs, suivant la nature du terrain; s’ils provenaient de Phumiditél de la terre, ils étaient électrisés contrairement.

L’eau et la terre adjacente étant constamment dans deux états électriques contraires, quelle que soit leur superficie, il s’ensuit qu’une vaste étendue de l’une ou de l’autre possède une énorme quantité d'électricité à l’état de dissémination. S'il était possible de réunir cette quantité, on disposerait d’une puissance dont il est difficile de se faire une idée. C'est ainsi que lexcès d'électricité que possède ordinairement l'air, et dont la tension est très-faible, produit la foudre quand les nuages orageux sont constitués. A linstant où ce nuage se forme, l'électricité libre se réunit à la surface de chaque globule vésiculaire que l’on peut considérer comme bon conducteur. Quand l'électricité est faible et que les globules sont peu rapprochés, elle n’éprouve aucun changement; mais aussitôt que le nuage est devenu tès-dense, les vésicules qui le composent étant plus rapprochées, on peut le considérer comme un conducteur continu ; toute l'électricité qui se trouvait auparavant dans l'intérieur du nuage se porte à sa surface, où elle est tenue en équilibre par la pression de l'air ambiant. Si le nuage a une certaine étendue, on conçoit comment une très-grande quantité d'électricité, d’abord disséminée dans un grand espace; acquiert une tension énorme quand elle se porte à la surface du nuage. Voilà ce qu’il faudrait tâcher d’imiter pour s’emparer de l'électricité libre que possèdent de grandes étendues d’eau et de terre.

Quoi qu'il en soit, les phénomènes que nous venons d’exposer met-

tent bien en évidence un fait général qui intéresse la physique terrestre. Que se passe-t-ilau contact de l’eau et de la terre ? L’eau se mêle avec les liquides qui l’humectent; elle dissout les matières solubles, et agit par l'intermédiaire de Pair en dissolution sur les hace organiques contenues dans la terre. Toutes ces réactions dégagent de lélectricité, et nous n'avons seulement que la résultante des effets produits.

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Une foule de questions, au surplus, restent à résoudre sur les effets électriques produits au contact de l’eau et des terres, questions qui sont très-complexes à raison même des causes diverses qui interviennent dans la production de ces effets.

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