Quelques expériences relatives à la machine de Holtz
— Pour mieux montrer le jeu des machines à réactions, comme celle de Holtz, et le parti que l'on peut tirer de ces instruments, nous indiquerons encore les dispositions qu'il convient d'adopter pour répéter les expériences générales d'électricité, et en même temps quelques phénomènes particuliers à ces nouvelles machines.
Ainsi, il est souvent utile d'avoir à sa disposition un conducteur électrisé à un potentiel très-élevé, comme les cylindres de la machine de Ramsden, afin d'électriser des corps de forme quelconque avec lesquels on le mettra en contact pendant un instant. La machine de Iloltz ne paraît pas convenir alors, parce qu'il se produit entre les deux pôles des étincelles fréquentes, même lorsque les boules de l'excitateur sont le plus éloignées, de sorte que l'état électrique du corps étranger que l'on a mis en communication avec l'un des pôles est très-différent, suivant qu'on le retire un peu avant ou après la production d'une étincelle. Il faut donc empêcher ces décharges brusques, en ménageant quelque part des fuites d'électricité qui équilibreront le débit de la machine. On peut relier l'un des pôles avec le sol et mettre l'autre en communication avec une pointe plus ou moins aiguë ; mais l'appareil permet une disposition plus simple. Il suffit d'enlever la petite boule qui termine la branche mobile de l'excitateur et d'écarter cette branche à une distance plus ou moins grande. Le pas de vis qui termine cette tige fait fonction de trop-plein électrique (481) et laisse échapper des aigrettes qui maintiennent une différence de potentiel constante entre les deux pôles. En isolant l'un ou l'autre, on aura ainsi à sa disposition un conducteur à un potentiel constant, positif ou négatif; quand on touchera, par exemple, celui des deux pôles qui reste isolé par le crochet d'une bouteille de Leyde que l'on tient à la main, on obtiendra sur cette bouteille, dans différentes expériences, une quantité d'électricité qui sera toujours sensiblement la môme.
Nous avons vu (850) qu'une machine peut se décharger ou même s'intervertir quand l'excitateur est ouvert, surtout si les pôles communiquent avec les armatures d'une batterie de grande surface ; on peut alors observer un phénomène curieux. Lorsque la batterie est fortement électrisée, on abandonne la machine à elle-même en faisant tomber la courroie qui commande les plateaux; on voit ces plateaux s'arrêter peu à peu, puis se mettre à tourner en sens contraire d'un mouvement accéléré, jusqu'à ce que la batterie soit déchargée. Si Ton pouvait enlever subitement les armures de papier, la décharge de la batterie pourrait entretenir la rotation du plateau dans un sens quel-
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conque, parla répulsion qu'exercent les peignessur les points du verre où ils ont versé de l'électricité ; mais les armures de papier se maintiennent électrisées, si les plateaux tournent dans le sens habituel, et s'opposent au mouvement, tandis qu'elles sont ramenées à l'état neutre et n'interviennent plus dans le phénomène quand la rotation est de sens contraire.
Ces expériences sont plus faciles à répéter avec deux machines. L'une d'elles étant ouverte et à l'état neutre, on met ses deux peignes en communication séparément avec les pôles d'une seconde machine en activité. Aussitôt les peignes de la première s'illuminent et le plateau se met à tourner en sens contraire de sa marche régulière ; l'une des machines dépense ce que l'autre produit. On peut dire encore, en se plaçant à un autre point de vue, que l'électricité sert alors à transmettre le mouvement de la seconde machine à la première.
Dans cette expérience, on peut remarquer que les deux machines sont réunies par leurs pôles de noms contraires, et que l'ensemble constitue un circuit qui est traversé dans un sens déterminé par un courant électrique continu.
Supposons maintenant que deux machines, marchant toutes deux dans le sens régulier, soient ainsi réunies par leurs pôles de noms contraires, le pôle négatif N de l'une avec le pôle positif P' de la suivante, et le pôle négatif N' de celle-ci avec le pôle positif P de la première. Dans ce cas, le débit d'électricité n'est pas modifié, puisque le courant passe par chacune des machines successivement, mais on peut obtenir une différence de potentiel beaucoup plus grande. Supposons, en effet, qu'on interrompe le conducteur NT jusqu'à la distance limite de production des étincelles. La première machine établit entre les pôles P et N une certaine différence de potentiel V; le conducteur NP' est à un potentiel sensiblement constant, et la seconde machine établit la môme différence de potentiel V entre les pôles P' et N'. Dans ce cas, la différence de potentiel entre les pôles P et N' pourra être égale à 2V. J'ai obtenu ainsi des étincelles de 52 centimètres, en accouplant deux machines doubles dont chacune ne pouvait donner d'étincelles plus longues que 20 centimètres; il est utile alors de relier avec le sol le conducteur intermédiaire NP', afin que les potentiels extrêmes se maintiennent égaux et de si-
gnes contraires. Malheureusement, l'isolement des différentes pièces de la machine n'est pas assez parfait pour que l'on puisse tirer un grand profit de cette disposition. Les plateaux mobiles laissent alors échapper des aigrettes de tous côtés, vers les bouteilles de condensation, les supports, les cordes de transmission, etc., de sorte que l'on est loin de doubler la différence de potentiel relative à chaque, machine.
Enfin, on peut aussi réunir deux machines par leurs pôles de même nom ; on obtient ainsi deux systèmes de conducteurs entre lesquels la différence de potentiel est la môme que pour une machine unique. Alors le jeu des appareils ne peut être entretenu que si les deux systèmes sont réunis par un conducteur ou par une série d'étincelles; la distance explosive n'est pas modifiée, mais le débit d'électricité est doublé. Les mêmes expériences pourraient être réalisées avec une machine électrique quelconque, telle qu'une machine de Nairne ou une machine de Ramsden à coussins isolés. Ces deux manières d'associer les appareils d'électricité statique correspondent exactement à la réunion des piles électriques en tension ou en quantité.