‹ Traité d'électricité statique (volume 2)Chapitre 79 sur 201 · PHENOMENES CALORIFIQUES ET MECANIQUES · texte numérisé non relu

PHENOMENES CALORIFIQUES ET MECANIQUES

546. Anneaux de Priestiey. — Nous réunirons ici un certain nombre d'expériences qu'il eûl été impossible de décrire jusqu'à présent sans interrompre la suite des raisonnements, mais qui rentrent dans les phénomènes étudiés au chapitre précédent. Nous avons vu déjà (452) plusieurs des effets dus à réchauffement des conducteurs ; décharges disruptives peuvent donner lieu aussi à des phénomènes de môme nature. On sait, par exemple, que lorsque la décharge d'une batterie de très-grande surface s'effectue entre deux conducteurs métalliques, l'étincelle a la forme d'un trait de feu entouré par une atmosphère incandescente due à la volatilisation de particules métalliques arrachées aux conducteurs. La surface des conducteurs est d'ailleurs altérée au point où s'est produite l'étincelle et, même à l'œil nu, on y reconnaît facilement des cavités et des gouttes de métal ayant subi la fusion. Priestiey (*), ayant observé ce phénomène sur une boule de cuivre poli, remarqua qu'à l'endroit de la décharge il restait une tache circulaire où la surface paraissait avoir été fondue en un grand nombre de points de plus en plus petits à mesure qu'ils étaient plus éloignés du centre. Cette tache était entourée d'un cercle de poussière noire adhérente ; mais la circonstance la plus remarquable fut que celte tache centrale était entourée à une certaine distance d'un cercle

(l) Histoire de l'électricité, t. 111, p. 325.

régulier de points brillants composés de parties fondues superficiellement. Des taches semblables, avec des cavités plus ou moins profondes et quelquefois de petites gouttelettes et des traits rayonnants, s'observèrent sur des métaux polis différents, que l'on peut ranger dans l'ordre suivant en commençant par ceux où les cavités sont plus profondes : Yétain, le plomb, le laiton, Y or, Y acier, le fer et Y argent.

En se servant d'une feuille d'étain, Priestley parvint à obtenir deux et même trois cercles concentriques autour de la tache centrale et il observa que le nombre et le diamètre de ces anneaux augmentent avec la surface de la batterie et la conductibilité du circuit. Il reconnut aussi que les anneaux s'élargissent dans l'air raréfié et se resserrent quand on augmente la pression. Priestley conclut de ces apparences « que la matière électrique sort en forme de cylindres creux et que ces cylindres sont formés par d'autres cylindres plus petits et solides, puisque tous les cercles sont composés de points ronds ». Il semble en effet résulter de là que la décharge a lieu sous forme de nappes concentriques.

547. Expériences de Fusinieri. — En même temps que la décharge fond et volatilise des parcelles arrachées aux conducteurs, elle en transporte aussi des fragments d'un conducteur à l'autre ; ce phénomène a été mis en évidence par les expériences de Fusinieri (l). Ce physicien observa que l'étincelle d'une bouteille de Leyde à bouton de cuivre reçue sur une plaque d'argent y laisse une tache jaune qui provient du cuivre. Pour bien démontrer qu'il y a transport de matière, il munit une batterie d'un bouton d'argent et produisit la décharge par un excitateur au travers d'une plaque de cuivre d'un tiers de millimètre d'épaisseur. Les deux faces de la lame de cuivre présentèrent des cavités et des perforations; la boule de l'excitateur était couverte de taches d'argent et oh trouvait des parcelles d'argent engagées dans les cavités de la lame interposée. Ces phénomènes de transport ne se font pas uniquement dans un sens déterminé, car si l'explosion a lieu entre une boule d'or et une boule d'argent, on trouve des traces d'argent sur la boule d'or et des traces d'or sur la boule d'argent.

(') Journal de Pavie 1825), [>. 405.

Priestlcy (*) avait déjà observe des phénomènes analogues. Ayant fait passer la décharge d'une batterie au travers d'une chaîne métallique posée sur une feuille de papier, il vit que le papier était marqué d'une tache noire partout où le métal l'avait touché ; mais, en examinant l'expérience de plus près, il reconnut que cette matière ne se produisait qu'aux points de contact des différents chaînons et qu'elle disparaissait quand le circuit ne présentait plus aucune solution de continuité.

Cette projection de matière s'explique aisément sans qu'il soit nécessaire de recourir à aucune hypothèse nouvelle : les particules de l'une des électrodes une fois fondues sont repoussées par ce conducteur et attirées par l'électrode opposée ; on conçoit aisément que ces particules soient lancées d'un conducteur à l'autre ou dispersées dans une direction quelconque. Van Marum a obtenu ainsi par la fusion du fer des globules qui s'élançaient parfois à plus de 50 pieds de dislance.

Page 1