‹ Traité d'électricité théorique et appliquée. 3Chapitre 14 sur 47 · STI · texte numérisé non relu

STI

Anoee.

$ C. OriflM 4« l’éleetrIcttS ataiespliérIvM.

Voila et de Saussure avaient cru pouvoir attribuer l’électricité atmosphérique à l'évaporation qui a lieq sur la surface .de la terre. De Saussure en particulier avait montré par un * grand nombre d'expériences que toutes les fois qu'on projette de l'eau pure ou plus ou moins salée, acide ou alcaline, but un • creuset de métal chauffé au rouge , l’évaporation qui a lieu est accompagnée d’un fort dégagement d’électricité. Mais hoîis avons fait voir que ce dégagement n'est pas dû à l'évaporation,

iLKÉTSICITÉ- ATMOSrHiaiQOB.-- ' 189

mais bien à une action chimique. M. Pouillet a montré que si le creuset est de platine elle liquide projeté de l’eau distillée, il n’y a pas d’électricité produite'. Il n’en est plus de même, suivant lui, si l’eau est salée; dans ce cas, il y a une désagrégation chimique, même avec le creuset de platine, ’et il y a dégagement d’électricité. Or , comme l’immense proportion de l’eau qui s’évapore à la surface de la terre , l’eau des mers ■qui est salée, M. Pouillet est disposé à voir dans cette évaporation de l'eau de mer la source de l’éleclrieité atmosphérique. Il y ajoute comme seconde source la végétation qui a lieu sur la partie solide de la surface du globe ,* laquelle , suivant lui, fournit à l’air de l’électricité positive, tandis qu'elle donne au sol de -la négative. Mais nous avons vu que le dégagement de ' l’électricité dans l’acte de la végétation est plus ou moins contestable et en tout cas bien faible et bien insuffisant pour rendre compte de la charge électrique considérable de l’alm.osphère. Quant à l’évaporation de l’eau de mer il paraîtrait , d’après quelques expériences de M< Riess, qué c’est au frotteinBol des gouttelettes. d’eau entraînées avec la vapeur., contre les parois du vase de platine' où s’opère l’évaporation , plutôt qu’à l’évaporation elle-même qne serait dû le dégagement d'élec-^ tricité, qui ainsi ne résulterait pas de la ségrégation chimique.

11 semble donc nécessaire de recourir à- des causes plus générales pour trouver Porigine de l’élèctricité atmosphérique. On avait eu l’idée de la chercher dans l’action calorifique du soleil sur l’atmosphère et dans la distribution de la température qui en est la conséquence ; mais jusqu’ici l’expérience n’a jamacis pu démontrer dans les gaz et les vapeurs la moindre trace de thermo-électricité. Ce résultat négatif est une conséquence nécessaire de la théorie des phénomènes thermo-électriques telle qu’elle ressort des travaux de Magnus; d’ailleurs les liquides eui-mémes n’étant pas susceptibles de devenir électriques par la chaleür les vapeurs et les gaz doivent l’ètre encore nuÛDS.

• C’est encore dans l’action des rayons solaires que M. Schoen-

• Tome ll, page 687. ■ . • ■ •

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190 RAPPORTS DF. l»'jil,ECTRlC(X& AVE& LU PHil^OMÈNES NATIRELS. bein veut trouver, la ca^e de r^élecCrLoilé alinosphériquê; mais c’est dans leur actiup cliimique et Don dans leur action calorüique. Après avoir prouvé que sous l’influence <de la lu- Qiière, l’oxygène çst susceptible d’exercer une aclipn chimique, cpmme s'il 'était ozone , Al.. .Schoenbein estime que l’oxygène de l'air, sous l’influence .des rayons solaires, dèvieul capable d'agir électro-cbimiquement-fiur les molécules d'eau,, li en résulte une polarisation électrique des tilete.-de particules d’eau qui composent lus nuages, et par copséquenl une tension électrique^ Mais cette théorie aurait besoin pour être justiflée de s’appuyer sur des ei^périeoces directes et.positives,. et d’ailleurs elle ne rendrait compte que des manilestalions éleoiriquas des nuages orageux et non de celles de l’air atmosphérique à l’état normal. . -

M. Becquerel le père, à la suite de recherches sur le dégage* ment de 1 électricité qui a lieu au contact du $ol et Ü’une nappe ou d'un'cours d'eau, dégagement qu'il. est. parvenu.à rendre très-sensible ' , s'est demandé si l'ou ne pourrait pas trouver dans celle produolion, d'électricité .rurigine de celle qui charge l’atmosphère.- Quand Veau s'évapore ^it d’uu cours d'eau , soit de la terre ^ elle doit nécessair.em.ept-. emporter, .avec elle un excès d’éléclricUé dojqalure semblable à celle que .possède la surface d'oa elle s'évapore, lequel se répand dans, l’almosiilièse. Cette électricité peut provenir non-seulement de la réaction de Veau de la rivière sur celle qui surmople ie.sel, mais encore de la- décomposition des matières organiipié&i dans ce dernier cas la vapeur est toujours positive, qu’elle

• • I.p* appareils empinyés aox recherches de M. Becquerel lé coiniwsen't : dtaphrattnes en porcelaine poreu.su ou de petila sacs en toile à voile', contenant chacun une lame d’ot on de pieline dépolarUée, cntoutre<le-«berbop, de sucie candi, aOn de rendre les/:ITels éliK'lriqucs constants pendant jjuclqucs- Instantp pour les mesurer; 3* des buussoice des sinus, d'une asset grande^ aensiblli'td, ■ppropri^es t ce genre d''«xpèrience ; 3°d'^rclrom(tres atmosphériquce'desünés à recueillir i'électiicMé dea vapeurs se formant au-dessite de l'edu ou. du sol; 4* de divers accessoires, tels que'bobines de résistance, Dis conducteurs reoon refis de gutta-pereba^ eic. Comme on le conçoit facilement, oe sont les vases foreux qu'on place datig l'eau et dans le aol.

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■î' - iLUCTlUCITi -ATMOSPnfRtOIIB.' f. • • 191

provienne de la rivière ou du sokoii>s'ï)pèrè la décomposition; dans le premier les deux v^ieursrsonl de si^e contraire; les effets sont alors complexes^ - . . •: ,*v ••

Il y a dans la lliéorie de M> Beequerel un point qui nous par ntt parfaitement plausible, c'est que*.la vapeur d'eau csl le véhicule qui porte -dans ^'atmosphère l'éleclrieilé dont , est chargé le liquide d’eh elle, émane. Mais la causé' à laquelle il attribue- la production même de l'éleetricilÀ ne nous-paratt ni. assez générale, ni aâSe^ constante soipdanarintansilé , soit dans la nature -de ses manifestations j pour. ponvoir être eonsidérée comme k véritable et unique source' de l'élecificiié atmosphérique. -

Noué estimons donc qu'il Jaut-^bereher jeUe'sDurès dan» qnelque action naturel le d'un ordre supérieur à celles que nous avons indiquées. Nous -ne pouvons -trouver une action de ce genre que -dans l'influence -du soleil sur. k ten« eu dans k terne ellomème.- Noué avons exclu l'action chimique du soleil; quant- à. son action directe, elle- pourrait -peut>étre donner -naissance à des courants foi'més constituant le 'magnétisme, mais BOUS ne voyons pas cominenl elle pourrait développer sur notre giohédo l'iHectricité.'Slatujue , et en particulier rhargêr en même- temps la terre elle-même d’électricité négative et son atmosphère d'électricité positive. C'est donc dans(]U€lque*grand . phénomène naturel s'opérant à la surface ou-près de la surface du globe terrestre, qu’il' nous semble que doit se trouver l'origiqe de l'éleclrieilé atmosphérique, et ce pliénomène nossparuU être l'action chimique continue qui a lieu-Suc k surface intérieure de TéCorce solide du globe là où est la limite entre la porlipn déjà solidifiée et celle qui est encore à l'état de liquidité incandescente,. Cette action chimique provient évidemment non-setrlement d'actions locales ', mais aussi des inlillrations de l'eau de la mer, et il doit en résulter, d’après les lois connues

. ' L'ëlectririté engendrée por cet actions localei ne teraîl-elle point liée arec les tremhteménts de ferre? c’ett ce que Eembleralcnl. faire présumer les liTiiitt ■oelentiins tsee» seAibUblm aux foulemenlt du tunderre, qui précèdent drdl- BsireaMDt et «outrent. SeeoiopeÿieDt tes terte tremblemeott de terte. . .

192 HAPP0RT8.de L'^UfTfMCITÉ AVEC LES PHAMOUÈNES MATVRELS. du dégagement de r-èlectrioité dans les actions chimiques, que cette eau se charge d'électriché positive, tandis que la partie solide de la terre se charge d'électricité négative. Les vapeurs qui s'élèvent de la nu<r 'emporteraient donc constamment avecollos dans l'atmosphère de l'électricité positive, tandis que le globe garderait', là où il n'y a pas de'mer, l’électricité négative. Mais c'est surtout dans les régions tropicales où l'évaporation est beaucoup plus active, que l’atmosphère recevrait de la mer ces vapeurs positives, lesquellfes, après s’être élevées plus ou moins verticalement, seraient chassées dans les deux hémisphères par. te courant tropical des hautes régions de l’atmosphère. Cheminant d’abord horizontalement, ce courant d’air chargé des vapeurs positives se rapprocherait toujours plus de la surface du sol à ntesure qu’il se refroidirait davantage eh s’éloignant des régbns équatoriales ; et aux pdles mêmes de la terre ou dans leur voisinage il viendrmt presque en contact avec le sol négatif , -produisant ainsi , comme nous le verrous dans le chapitre suivant, le phénomène des 'aurores polaires, ün conçoit également dans cette théorie que l'atmosphère doive renfermer beaucoup plus de vapeufs positives dans • l’hémisphère où se trouve le soleil que dans l'hémisphère où il n'est plus , puisque l'évaporation y est beaucoup plus -forte ; .que dès lors c’èst entre l’équinoïc du printemps et celui.de l'automne que doivent avoir lieu le plus grand nombre d’o- . ragesdans l’hémisphère boréal, tandis que ce doit être l'inverse dans l’austral; quant aux régions équatoriales, il doit yen avoir toute l'année également. Par contre les vapeurs' doivent être beaucoup plus surbaissées dans l'hémisphère boréal que dans l'austral, entre l’équinoxe d’automng et celui 'du printemps, et réciproquement pour l'hémisphère austral; donnant naissance ainsi non plus à des orages, du moins très-rare-' ment, mais essentiellement à des brouillards toujours positifs • qui recouvrent en grande partie alors la surface de la terre. \ côté de ces yapeurs positives qui s’élèvent constamment de. la mer et qui donnent à l’almosphèrc son électricité ‘positive, il. part de la terre solide eile-mème ou plutôt de l’egu qu'elle renlerme Çàet là et qui est -eu contact avec elle , des vapeurs

Pi.

ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQL'E. 193

négatives qui surtout en été où l'évaporation est plus active , neutralisent en partie en s'élevant dans l'atmosphère son électricité positive, du moins dans la région la plus rapprochée de la terre. Ce sont de ces vapeurs négatives qui s'élèvent du sol que proviennent les nuages négatifs inférieurs dont la présence contribue essentiellement aux orages d'été et en particulier à la production de la grêle, lorsque très-épais et très-denses, ils attirent les nuages positifs des hautes régions de l'atmosphère remplis des particules glacées qui deviennent les noyaux des grêlons ou ceux des grosses gouttes de pluie, si la température n’est pas assez basse. 11 est vrai que , pour que ces phénomènes SC manifestent dans toute leur intensité, il faut que les vents locaux qui sont dus surtout à l'action calorifique des rayons solaires sur un sol découpé de mille manières, accumulent les nuages inférieurs dans une même portion de l’atmosphère, ce qui détermine également par l’attraction qu’ils exercent sur les nuages supérieurs positifs, l'accumulation de ces derniers dans les mêmes régions.

L’absence de ces nuages négatifs qui s'élèvent du sol, dans les régions de l’atmosphère situées au-dessus delà pleine mer, à de grandes distances des côtes, explique la rareté des orages dans ces parages, que nous avons constatée dans le ^ 3.

Ajoutons encore que la diflérence de nature dans l’électricité des vapeurs qui s'élèvent de la mer et de celles moins abondantes qui s'échappent du sol, rend compte d'une manière trés-satisfaisante non-seulement, comme nous l’avons vu, des orages, mais des divers étals électriques de l’atmosphère dans ses différentes régions et des variations que cet étal éprouve. Ainsi on trouve rarement de l’électricité négative dans l’air pendant les mois froids où l'évaporation provenant du sol est nulle ou trèsfaible. Ainsi encore on comprend pourquoi l'humidité de l’air, dans la portion de l'atmosphère la plus rapprochée de la terre, augmente l’intensité de son étal électriqueen hiver et la diminue en été ; c’est qu’en hiver celle humidité provient essentiellement des vapeurs dont l’air lui-même est chargé et qui sont positives, tandis qu’en été elle provient des vapeurs qui s’élèvent du sol et qui, étant négatives, neutralisent une certaine proportion de

ni.

194 RAPPORTS DE l'ÉLECTBICJTÊ AVEC LES PHÉNOMÈNES NATCRELS. l’électricilé naturellemenl positive de l'alraosphère. Les époques des maxima et des minima diurnes n)ensuels d'électricité sont également une conséquence de la quantité plus ou moins grande de vapeurs dont l’air est imprégné, et de la proportion de ces vapeurs fournie par l'air et par le sol, c'esU-à-dire par refroidissement et par évaporation.

Il nous reste maintenant à donner des preuves à l’appui de notre hypothèse sur l’origine même de l’électricité. Nous les trouvons d'abord dans le fait que l’eau de mer est positive, tandis que la surface du sol est négative; ce point établi par de nombreuses observations et en particulier par celles de M. Peltier en ce qui concerne la terre, celles toutes récentes de M. Becquerel eu ce qui concerne la mer , explique pourquoi l’air est déjà positif dans celle de ses couches qui est en contact avec la surface de la mer, tandis que ce n’est qu’à une certaine distance du sol qu’il commence à le devenir dans les plaines éloignées des mers. Il rend compte également de l'attraction exercée par les montagnes nécessairement négatives sur les nuages traînants, ainsi que du phénomène désigné sous le nom de fumage des montagnes. Mais rien ne montre mieux la différence qui existe entre l’état électrique du globe terrestre et celui que possède son atmosphère, grâce aux vapeurs positives qu’elle renferme, que les phénomènes souterrains remarquables qui ont lieu quelquefois à l’approche des orages. Nous empruntons à M. Arago, qui en cite un grand nombre, la description de quelques-uns de ces phénomènes. Dans les collines du Vicentin, il existe une fontaine qui, même après une longue sécheresse, môme aux époques où elle est complètement à sec, déborde subitement quand un orage se prépare, et remplit un canal large d’une eau très-trouble, qui se répand dans les vallées voisines. On avait foré à quelque distance de Perpignan un puits artésien qui fournissait à l’origine une grande quantité d’eau jaillissante ; cette eau diminua rapidement, ce que tous les habitants attribuèrent à l’accumulation de matières vers la partie inférieure du trou; il arriva un jour où le ciel était couvert de nuages fortement orageux, qu’on entendit sous terre un bouillonnement sourd , suivi bientôt d’une explosion à la suite de laquelle la

fontaine artésienne fournit la même quantité d’eau qu'auparavant. En octobre 1735 *, une inondation subite produisit d’immenses ravages dans la plupart des vallées du Piémont; le désastre fut précédé d'horribles tonnerres, suivant Beccaria, à qui ou doit cette relation; et d’après l’asseulimcnt unanime, il eut pour cause principale riinineuse volume d’eau souterraine qui tout à coup, pendant l’orage, sortit du sein des montagnes par de nouvelles ouvertures. Un a remarqué ijue presque toutes les sources thermales éprouvent, à l’approche des orages, une agitation particulière qui se manifeste par un bouillonnement extraordinaire ou par d’autres symptômes, ce qui montre l’étal électrique des lieux profonds d’où elles proviennent et auxquels elles l’ont probablement emprunté.

Il existe donc dans l’écorce solide de notre globe, toujours essentiellement négative, des portions qui de temps à autre le sont plus les unes que les autres; et il en résulte des phénomènes locaux tels que ceux que nous venons d’indiquer , tels encore que les trombes, cl autres dans lesquels se manifeste évidemment l’intluence locale du sol. Ces dill'érences dans l’état négatif des différentes parties de la terre, soit à sa surface, soit à une certaine profondeur, sont une conséquence toute naturelle des différences de conductibilité et des variations dans l’action cliimique intérieure , soit quant aux points mômes où elle a lieu, soit quant à son intensité En ce qui concerne cette action chimique elle-même , nous avons une preuve de l’énorme quantité d’électricité qu’elle produit dans celle dont sont chargées les vapeurs et les cendres qui sortent des volcans. Nous avons déjà cité l’orage électrique si violent qui accompagna l’énuplion du Vésuve de 1794; tout dernièrement une nouvelle éruption volcanique qui a eu lieu dans la mer

' C'était l'année du tremblement de terre de Lisbonne.

• On conçoit en effet que la présence d'eaux souterraines puisse déterminer une plus grande et une plus prompte accumulation d'électricité dans les parties du sol qui en sont voisines; on conçoit de nicuie que des Dlons inélalliipies ou des roches conductrices qui péuètrciit à du grandes profondeurs puissent amener aussi aux points auxquels ils correspondent une plus grande charge électrique ; ce dont nous avons cité de nombreux exemples.

196 BAPP0RT8 DE l’ÉLECTBICITÉ AVEC tES PITÉNOMÈBES NATDBELS.

des Célèbes a également donné naissance à des effets électriques, éclairs , tonnerres, etc., tels que ceux qu’engendre un orage ordinaire. M. Palmieri a observé que les vapeurs qui s’élèvent du cratère du Vésuve sont toujours chargées d’une forte électricilé positive; et le fameux brouillard sec de 1783, qui couvrit assez longtemps une bonne partie de l’Europe et dont l’électricité positive donna naissance à de fréquents orages, avait évidemment une origine volcanique, car son apparition suivit les violents tremblements de terre qui eurent lieu en Calabre au commencement de la même année, et il fut précédé dans les régions septentrionales de l’Europe par un vent du midi ou du sud-est. Un phénomène semblable avait déjà été observé en Perse en 1721, après le grand tremblement de terre qui détruisit la ville de Tauris la même année.

Quand on voit qu’il suffit d’une seule éruption volcanique pour charger l’air d’une quantité aussi considérable d'électricité positive, on conçoit facilement comment l’eau de mer qui est en communication avec les lieux souterrains où s’élaborent ces éruptions ' est constamment électrisée positivement. Il existe très-probablement un nombre considérable de volcans sousmarins constamment en activité; les soulèvements d* certaines côtes, l'apparition de temps à autre de quelques-uns de ces volcans à la surface de la mer en sont autant de preuves. L’eau de mer une fois positive, les vapeurs qui s’en élèvent le sont aussi, et voilà, comme nous l’avons déjà dit, l’explication de l’électricité positive dont notre atmosphère est chargée.

Nous voyons donc que la théorie que nous avons exposée rend compte d’uue manière satisfaisante, jusque dans leurs plus petits détails , de tous les phénomènes de 1a météorologie électrique ; il n'en est qu’un qui, il faut le reconnaître, échappe

‘ La prtsence si abondante des chlorures et des vapeurs hydrochloriques dans les produits des éruptions volcaniques, le nombre proportionnellement si grand de volcans rapprochés de la mer ou sous-marins, sont des preuves frappantes de l'action de l'eau du mer sur les matières incandescentes souterraines ; toutefois un fait assez remarquable observé par M. Sainte-Claire Deville, c'est l'absence de vapeur d'eau, et par contre l’abondance de vapeurs de chlorure de sodium dans les émanations volcaniques.

ÉLF.CTBIC1TÉ ATMOSPHÉBIQIE. 197

complètement à notre intelligence , c’est celui des éclairs en boule. Voici cependant une explication de ce singulier météore que nous nous hasardons à présenter avec toute réserve. Ne se pourrait-il point que par l’etfet de la propagation considérable d’électricité qui s’opère dans les nuages pendant un orage, l’eau fût décomposée comme elle l’est toutes les fois qu’il y a propagation d’électricité, et que de l’hydrogèiie mélangé avec une portion d’air atmosphérique renfermé dans une espèce d’enveloppe d’eau par une cause qui nous échappe, mais de même nature que celle qui détermine l’étai de l’eau dans les nuages, déterminât la formation de ces boules qui sont comme des espèces de ballons qui flottent plus ou moins haut dans l’air? L’épouvantable bruit qui accompagne leur explosion serait dû à la combinaison de l’hydrogène et de l’oxygène qui aurait lieu au moment de la décharge des deux électricités contraires sur la route desquelles elles se trouveraient; la direction de la route même que suivent ces boules dépendrait, comme celle des coups de foudre, des nombreuses circonstances qui déterminent le chemin que parcourent les deux électricités dans leur tendance à se neutraliser. Quant à leur apparence lumineuse qui n’est pas accompagnée de chaleur sensible, elle proviendrait du rayonnement électrique de l’enveloppe aqueuse sortie du nuage avec une forte charge d’électricité ; rayonnement qui se changerait en explosion au moment où le départ de cette électricité serait plus vivement sollicité par l’action de l’électricité contraire des corps ambiants.

Sans attacher plus d’importance quelle n’en mérite à l’explication que nous venons d’essayer et qui aurait besoin, pour prendre de la consistance, d’être appuyée sur des observations bien faites et sur des expériences directes , je ne puis m’empêcher cependant de remarquer qu’il ne serait pas impossible que la décomposition de l’eau et la présence de l’hydrogène qui en résulte, jouassent dans les phénomènes des orages électriques, un rôle plus grand qu’on ne le pense communément '. Qui sait

• C'e*t Ici que pourraient trouver leur application , le* considéraUons de II. Seboenbein aur i’inOuence de l'oiygène ozone qui existe en grande quantité

198 nAPPORTs DE l'électricité avec les phénomènes naturels. en particulier si le bruit m^mc qui accompagne l’explosion électrique et qui constitue l’élément du tonnerre , ne serait point dû à la recomposition de l’eau décomposée par la propagation de l’électricité dans le nuage? Cette décomposition et cette recomposition pourraient se suivre immédiatement sans laisser d’autres traces que le bruit provenant de la combinaison de l’oxygène et de l’hydrogène. Et ce n’est pas là une vaine hypothèse; car nous avons une preuve directe que les choses peuvent se passer ainsi dans le bruit effrayant qui accompagne le passage de l’étincelle électrique de l’appareil d’induction de Uuhmkorff, à travers de l’eau distillée qui en même temps est légèrement décomposée. Du reste, que ce bruit provienne de la décomposition et de la recomposition de l’eau, qu’il provienne simplement de la vibration imprimée directement à l’eau par le passage de la décharge, il n’en fournit pas moins une explication parfaitement plausible du bruit du tonnerre avec lequel il a la plus grande analogie, sauf qu’il a une intensité absolue naturellement bien moindre et qu’il n’est pas accompagné du roulement; différences qui sont une conséquence nécessaire des circonstances bien dissemblables dans lesquelles il est produit. Ajoutons en faveur de l'analogie que nous venons d’indiquer, que M. Dumoncel en faisant passer l’étincelle d’induétion de Ruhmkorff à travers de minces couches d'eau divisées par flaques sur une surface vernie, a vu le trait de feu, par lequel l’étincelle se manifeste en traversant l’eau, se terminer par une boule rouge, semblable, sauf la grandeur, à celle qui constitue le tonnerre en boule.

dans l'air en temps d'orage ; on conçoit facitement que eetle inpuence pourrait contribuer d’une manière notable à la décomposition de l'eau.

Liste des principaux travaux relatll» aux sujets traités dans cè chapitre :

De Saussure. — Électromètre et électricité atmosphérique. — Voyage dans tea Alpes, tn-4. NcuchMct, 1784. T. ii, p. 164 et 172.

Peltier. — Kleetromètre atmosphérique. — Ann. de ch. et de phys. {.\ouvelle série). T. iv, p. 385. — Ucicorologie électrique. — Arch. de V éleclricUc. T. iv, p. 17 3. — Observations et recherches sur la formation des trombes, t vol. ln-8, Paris, 1810. — Koticc sur les travaux scientifiques de Peltier, 1 vol. In-S, Paris, 1847.

0«fff/cL — Ëleclriciléde Pair.— Rapports de l'Immidité avec l'électricfté. —

ÉI.ECTRIC1TÉ AT>IOSPIIÉmQtIE. 199

Mémoires de l’Académie de Bruielles, I840-IS!>4. — Arch. des te. phys. ,

T. XI, p. m, cl T. XXVII, p. S. T. Il (1810), p. aa, et t. xui (I829J, P, 203.

Schübler. — Electricité atmosphérique. — Bibl. rnin.T. ii, p. 93; et t. xlii, p. 203.

Birl. — OliservatioDS d'électricité atmosphérique à Kew. — Arch. des te. phys.

T. XII, p. 224.

Plantamour. — Idem. — Arch. d’électricité. T. i, p. 200.

Romerthausen. — Appareil pour l'électricité atmosphérique. — Arch. des te. phys. T. X, p. 179.

Palmieri. — Électricité atmosphérique. — Arch. des sc. phys. T. xxvi, p. 105.

Arago. — Orages, tonnerre, éclairs, etc. — Kotices scientifiques. T.-i (OEu- Tres complètes).

Voila. — Retour périodique des orages. — Ann.de ch, et de phys, T. iv, p. 245.

Cay-Lustac, — Formation des nuages orageux. — Ann. de ch. et de phys.

T. VIII, p. 1 58. — instruction sur les paratonnerres. — Ann. de ch. et de phys.

T. XXVI, p. 258. — Formation des tubes fulminaires. — Idem.T. xxxvii. p. 319.

Baer. — Fréquence des oragesdans les 'réglons polaires. — Bibl. unie. T. xxx (1840), p. 407.

Pouillet, — Instruction de l'Académie des Sciences sur les paratonnerres.—

Comptes rendutde l’Académie des Sciences de Paris. T. xxxix(i854), p. 1142.

Blanchet. — Mémoire sur un orage et sur la grêle. — Annuaire métérologigue de France (1852).

Detpine. — Grêles tombées en 1840 en Piémont et en Savoie. — Académie des sciences de Tiirin. T. vu {Deuxième série).

Lecoq. — Formation de la grêle. — Ann. de ch. et de phys. T. lxi, p. 202, * -

et£iê/. univ. T. iv(l83G), p. 217.

Boisgiraud. — Formation de la grêle. — Ann. de ch. et de phys. T. lxii, p. 91.

Schoeiibein. — Origine de l’électricité des nuages. — T. xv, p. 89.

Becquerel. — Origine de l'électricité atmosphérique. — Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris. T. xui (1856), p. OGI.

Kirwan. — Électricité positive du hrouillard sec de 17 83. — Bibl. Brit. T. xxii , p. 235.

Oersted. — Trombes. — Bibl'. unie. (1840). T, xxiii, p. 145. ^

Waller. — Observations microscopiques sur la grêle. — Arch. des te. phys.

• T. ni, p. 30'.

t Le« obterrtliûDi d« H. Waller, que noui aroof omit de citer, cooArmeot en ploiieurt pototi ee que noutavoni dit anr la formation de la preéfe. Aroti il a trouvé que la f^^le a une températnre de 8 à 4*, et qu'elle reoferme une quantité d'air ooatiderable qu'elle abaodô^uie en fondant,' preuve quee*ett bien l'eau detnuai^et qui t'ett eon^elée. Il a réuui en faitant ^eler de la vapeur d'eau aor ttoe'plaque de verre tout le microaoope, à obteoir quand il opérait eu hiver det erblaut rrfuliert et peu de globulea, laodit qu'eo ete let crittaui étaient peu nombreux et eoufui, et lea k1ü« . j

bolet trèt-aboodaoU. C*e«t exactement ce que preiente la nature ; double résultat qui s'explique ^ :

par le peu d'abondance de la vapeur dans le premier cas et la lenteur de la coudcnsatiooi tandis j

que dans le seeond les elrconstances sont précitt-meai inverses. • ^ I

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