I.'ti Kl.LCTKIUTK STATlylt
i[ue dans I cxpcrienre que nous avons rapportée la couche de gomme lacpie était moins épaisse que celle d’air à laquelle on la comparait. Faraday a trouvé qu’en supposant l’épaisseur la même, le pouvoir inductif de la gomme laque devait être 2 et non \ , 55.
M. Harris a complété les expériences de Faraday; il donnait à chaque substance la forme d’un disque de même épaisseur, et il le recouvrait sur chaque face d’un disque d'un diamètre moitié moindre, fait avec une feuille d’étain. C’étaient de véritables tableaux magiipies avec des substances isolantes de nature différente. 11 a dressé, en opérant ainsi , le tableau suivant du pouvoir inductif de ces substances :
Air 1.00 Cire (riiheilics. . . . l.Hti
rtésiiie 1.77 Verre l.!K)
l’oiv 1.80 Goinmc-laqiie. . . . l.'J.'i
Faraday a trouvé parmi les liquides que cevix qui sont les meilleurs isolants, tels que la térébenthine et le naphte rectifié, ont une capacité inductive supérieure aussi à celle de l’air; mais il faut dans les expériences avec les liquides, n’opérer que sur ceux qui ne possèdent par eux-mêmes aucun pouvoir conducteur, propriété qui troublerait les résultats.
Les difl'érenls gaz ont tous été soumis également à l’expérience ; on les a comparés deux à deux, en mettant l’un dans un appareil, l’autre dans le second appareil. Puis on a comparé également l’effet de l’air plus ou moins raréfié avec celui de l’air maintenu à la pression normale, celui de l’air maintenu à Ü”, avec celui de l’air chauffé graduellement de 50" à 200". Un est parvenu à reconnaître, à la suite de ces expériences multipliées, que tous les gaz ont le même pouvoir et possèdent la même capacité inductive, et que les variations dans la pression ou dans la température et par conséquent dans la densité, ne produisent non plus aucun effet. 11 arrive seulement que lorsque la raréfaction du gaz parvient à un certain point, la décharge s’opère entre les deux armures; maisjusqu’àcemoment-
TaÉORIES DE l’électricité STATIQL'E. f.'to
là, il n'y a aucun changement dans sa propriété diélertrique.
On peut même donner à l’appareil une charge assez faible pour * que la décharge n’ait pas lieu, et on constate ainsi que, quel que soit le degré de raréfaction de l’air, sa capacité inductive reste la même.
J e. PobtriMllon de* dléleetrl«aea et théorie melérelalre de l’iBdoetlOB.
Il résulte donc des expériences que nous venons de rapporter, que la nature du milieu isolant ou coïbent ' à travers lequel l’induction s’opère, exerce une influence marquée sur le phénomène, et que ce nouvel élément doit être ajouté à ceux qu’on savait déjà influer sur son intensité, tels que la grandeur de la charge électrique, la distance du corps induit et celle du corps inducteur. C’est un effet qui tient à une action propre des corps; mais quelle est cette action? Faraday admet qu’elle consiste dans la génération de couches moléculaires alternativement négatives et positives qui se succèdent dans le diélectrique et qui constituent ce qu’il appelle sa polarisation. Cependant, quelques faits observés déjà par Beccaria et d'autres physiciens et étudiés déplus près par Faraday lui-même, en montrant que les charges électriques peuvent pénétrer jusqu’à une certaine j profondeur dans les colbents eux-mêmes, semblent peu favora- i blés à cette hypothèse. Ainsi, deux disques de spermaceti, soit , de blanc de baleine, après avoir été mis l’un sur l’autre furent armés de lames métalliques de manière à faire un tableau magique. Le système fut électrisé, puis déchargé ; et les deux disques de spermaceti ayant été séparés, on trouva que celui sur lequel était placée l’armure positive, avait de l’électricité positiveetquel’autreétaitnégatifcommel’armurequi le recouvrait. Cette expérience prouvait d’une manière évidente le fait de la pénétration; il est vrai de dire que le blanc de baleine n’est pas un isolant parfait et que cettecirconstance peut expliquer jusqu’à '
' Nous emploierons sourent ce mot qui exprime mieux l'idée d'un corps qui agit d'une certaine manière sur rélertricitè, que le mut isolant qui n'indiqua qu'un état passif ou négatif.
I3(î ÉLECTBICITÉ STATiyiK.
un certain point comment les deux électricités, fortement attirées l'une vers l'autre, l'ont pénétré en partie.
Nous avons déjà vu dans le fait de la possibilité d'enlever les deux armures d'une bouteille de Leyde sans la décharger, la preuve de l’adhérence ou de la pénétration dans le verre des électricités que possèdent les corps en contact avec lui; nous pouvons tirer la même conclusion en ce qui concerne la résine, de l'expérience des figures de Liclilemberg. Toutefois, ces faits en démontrant que l'électricité acrumulée sur la surface d'un corps isolant peut y pénétrer jusqu'à une certaine profondeur plus ou moins considérable, suivant la nature de ce corps, ne sont pas concluants contre la possibilité de sa polarisation.
Voici, par contre, une expérience de M. Matteucei qui semble prouver d'une manière positive la polarisation des eolbents. Plusieurs lames très-minces de mica sont superposées et fortement pressées; on applique sur les deux faces opposées de cette espèce de pile, deux armures d'étain, de manière à en faire un tableau magique. Après l'avoir chargé, on enlève les armures avec un manche isolant, puis on détache successivement les unes des autres les diverses lames de mica. On trouve que chacune d'elles a l'une de ses faces positive et l'autre négative, la face en contact avec l'armure positive étant positive, et celle qui a été en contact avec l'armure négative étant négative. L'intensité des charges électriques va en diminuant des lames extrêmes où elles sont à leur maximum, aux lames du milieu où elles sont à leur minimum, cette différence tient peutêtre à ce que les surfaces des lames se trouvent être plus grandes aux extrémités qu'au centre du système. Il faut avoir soin, en séparant les lames les unes des autres, d’éviter tout frottement; on s'assure directement que le simple fait de les détacher ne les constitue pas dans un état électrique. La polarisation des corps isolants soit eolbents, semble être prouvée par l'expérience que nous venons de rapporter et elle peut avoir également lieu lors même que leur pouvoir isolant n'est pas assez fort pour empêcher qu'ils soient pénétrés jusqu'à une certaine profondeur par l'électricité d'une armure appliquée sur leur surface.
M. Faraday, partant du principe que tous les corps isolants
THÉORIES DE L KI Ef.TRir.lTÉ STATIQIE. K17
soûl susoeplibles d'èlre polarisés, en ilédiiil la consêijneiice (|up r’esl par leur intermédiaire que s’opèrent tous les phénomènes de l’induction et qu’il n’y a point d'aclion à distance, ou loul au moins à une distance plus grande que celle qui sépare deux molécules qui se suivent immédiatement. Le plus ordinairement, c’est l’air dont les particules sont polarisées, comme le sont les lames de mica dans l’expérience précédente, qui transmet d’un corps électrisé à un qui ne l’est pas l’effet inductif du premier. Ce peut être également un autre gaz ou un corps isolant quelconque, mais alors l’effet se transmet plus ou moins bien suivant le pouvoir inductif du corps. Cette manière d’envisager les phénomènes diffère essentiellement de celle que nous avons adoptée jusqu’ici, en ce que dans celte dernière les corps isolants soit colbents, ne jouent qu’un rôle passif qui consiste uniquement à empêcher la réunion des électricités opposées sans qu’eux-mêmes éprouvent aucune modification dans l’état électrique de leur masse.
Pour rendre visible la polarisation moléculaire des particules contiguës d’un corps diélectrique, qui ne peut l’être lorsqu’il s’agit de l’air, on se sert de l’essence de térébenthine dans laquelle on a placé des filaments de soie de trois à quatre millimètres de longueur. Le fond du va.se dans lequel est l’es.sence, est en métal et communique avec le conducteur chargé d’une machine électrique ; aucun effet ne se manifeste jusqu’au moment où l’on approche de la surface du liquide un conducteur qu’on tient à la main. Mais on voit au moment où celte approche a lieu, les filaments de soie se dresser de toutes parts et se réunir bout à bout de manière à former une chaîne non interrompue entre le fond métallique et le conducteur extérieur vers lequel ils tendent sans le toucher.
Ces particules adhèrent fortement les unes aux autres, ainsi qu’on peut s’en assurer en les touchant avec un tube de verre; mais aussitôt qu'on a déchargé le conducteur de la machine, elles tombent et vont au fond du vase. Les filaments de soie représentent les particules de l'essence dans laquelle ils flottent, et l’état polaire qu’ils prennent est semblable à celui des conducteurs isolés les uns des autres et placés dans les mêmes cir-
i38 ÉLKCTKICITÉ STATIQIE.
constances. A la place des filaments de soie, on j)eut mettre dans le vase de la poudre de sucre dont les particules forment également une chaîne qui indique leur é[at polaire. On y a mis encore de petites particules d’or battu qui s'arrangent de même, mais qui, vu leur nature conductrice, se déchargent les uns les autres, comm» l’indiquent de petites étincelles qu’on voit briller entre elles.
Si l’on considère l’ensemble d’un diélectrique placé près d’un corps électrisé, on remarquera que chacune de ses particules doit, d’après la théorie qui précède, être en rapport actif, nonseulement avec les particules qui la précèdent, mais encore avec toutes celles qui l’entourent dans toutes les directions ; il en résulte une diffusion des forces en tout sens, et les lignes de l'action inductrice suivant lesquelles s'opère la polarisation quand elles ne rencontrent pas d’obstacle, tendent à se propager de chaque particule comme d'un centre ; elles peuvent niême prendre une direction curviligne <juand quelque^obstacle .s’oppose à leur lilire projiagalion.
Faraday a essayé de vérifier l’exactitude de cette dernière conséquence en prouvant directement par l’expérience que l’induction pouvait s’exercer en ligne courhe. Il a pris dans ce but un cylindre dégommé la([uc de Ibà 18 centimètres de longueur et de 2à 3 de diamètre. 11 l’a fixé verticalement sur un pied en bois et aplacésur sonextrémité supérieure rendue concave dans ce but une sphère métallique d’un diamètre égal au moins à celui des cylindres. Puis ayant frotté la gomme laque avec une flanelle chaude pour l’électriser, sans toucher le conducteur il a touché avec le plan d’épreuve les divers points de la sphère métallique électrisée par l’influence de l’électricité négative de la gomme laque. Le plan d'épreuve s’est chargé toujours de l’électricité positive en quelque point de la surface du conducteur qu'on l’ait placé, preuve qu’aucune partie de ce conducteur ne prend à la gomme laque par communication son électricité négative, et que c’est bien par induction qu’il est partout électrisé. 11 faut toujours avoir soin de toucher le plan d’épreuve pendant qu’il est en contact avec la surface sphérique ; mais, suivant les points de cette surface avec lesquels on le met
TnKoniEs w; l'élki'.thicité statioie. 139
eu contact, il prend une charge plus ou moins forte. Ainsi, si l’on touche la partie sphérique très-près du cylindre sur lequel elle est placée, il y a une charge de ;il2°; en la touchant au sommet, la charge n’est plus que de 130°, et elle est de 270* si le contact a lieu à un point également distant du sommet et du point même où la sphère repose sur le cyUndre de gomme laque. Ces différences dans l’intensité de l’électricité induite aux différents points de la sphère ne pouvant, suivant M. Faraday, s’expliquer qu’en admettant que l’induction ayant lieu par l’intermédiaire des particules d’air, elle est nécessairement plus faible aux points sur lesquels elle ne peut s’exercer que suivant des lignes courbes, tels que le sommet et les parties environnantes, qu’aux points plus rapprochés sur lesquels elle s’exerce suivant des lignes droites ou d’une courbure très-faible.
On obtient des résultats analogues et encore plus frappants en plaçant sur le cylindre, au lieu d’une sphère, une demisphère ou un disque métallique dont le diamètre soit plus grand que celui du cylindre (au moins le double ). Si l’on louclie les différents points de la demi-sphère avec le plan d’épreuve, on trouve que la charge qu’il prend est moindre sur les points de la surface plane circulaire qui le termine suj>érieurement que sur les parties latérales de la surface courbe, et qu’elle est au n^imum au centre de cette surface plane. Mais si on élève le plan d’épreuve lui-même verticalement audessus de ce centre, la charge induite qu’il prend devient plus considéxable jusqu’à une certaine hauteur, à partir de laquelle elle décroît. Quand c’est un disque qui est placé sur le cylindre (le gonlme laque, on n’obtient aucun signe d'électricité induite en le touchant à son centre, tandis que le plan d’épreuve s’électrise par induction si on l’élève au-dessus de ce centre.
Il résulte de ces diverses expériences, et surtout de la dernière , que l’induction ne se fait pas à travers le métal, (pa’elle s’opère donc par l’intermédiaire des molécules d’air et suivant des lignes qui, parlant des divers points du cylindre de gomme laque, se courbent plus ou moins autour de la sphère, de la demi-sphère ou du disque, pour arriver jusqu’au point où le plan étant au centre même du disque, la courbure de
141) Kl F.CmiUTÉ STATIQFE.
la ligne d’iudiiciion est trop furie pour ijue rhiduclion puisse
s’y propager.
Les effets demeurent les mêmes quand le corps métallique qui repose sur le cylindre de gomme laque communique avec le sol par l'intermédiaire d'un til de métal qui passe à travers l’axe du cylindre. Par contre , si on entoure entièrement la gomme laque d’une enveloppe métallique communiquant avec le sol, tous les effets cessent d’avoir lieu.
Sans nous dissimuler l’importance des expériences qui précèdent, nous ne pouvons pas cependant les regarder comme conduisant nécessairement à la conclusion que leur auteur en lire, savoir que l’induction s’opère par l’intermédiaire des particules d’air disposées suivant des lignes courbes ou droites. Eu effet, il ne serait pas impossible, ce nous semble, d’expliquer par les théories reçues de l’induction, et en nous basant sur les principes que nous avons établis dans les premiers chapitres de cette seconde partie, l’état électrique des surfaces métalliques placées sur le cylindre de gomme laque tel que les accuse le plan d’épreuve. Nous reconnaissons cependant qu’il y a un point nouveau acquis à la science, c’est celui de la polarisation du corps isolant. A cet égard, les premières expériences de Faraday et celles de Malteucci, que nou^, avous rapportées plus haut, l’établissent d’une manière positive, sinon pour l’air et les gaz, du moins pour les solides et les liquides. Quant à l’air et aux gaz, nous trouverons dans des phénomènes d’un autre ordre, savoir ceux qui sont relatifs aux décharges, une démonstration, sinon directe, du moins assez probante, de l’existence chez eux de cette polarisation.
^ 9. Théorie ffénérole de Pemdej sur Pélecirlclté •ietiqae.
Partant des faits qui précèdent, M. Faraday pose en principe qu’un état électrique absolu, soit positif, soit négatif, ne peut pas exister dans un corps, mais que tout corps électrisé trouve toujours près de lui, soit dans les corps isolants,! soit dans les corps conducteurs dont il est entouré, un étal électrique contraire au sien; ce qui fait de l’induction un phénomène général.
THÉORIES DE L ÉLECTIHCnf STATIQIE. 141
Cette condition générale, à laquelle sont soumis tous les phénomènes électriques, a une grande analogie avec le fait de l'action et de la réaction des corps élastiques. Ainsi un ressort d’acier nous présente l’exemple d'un corps susceptible de susciter une force dès qu’un agent extérieur la met en évidence. La condition à laquelle l’action du ressort doit obéir, c’est de s'exercer au meme degré dans deux directions opposées. Si nous comprimons ou si nous étendons le ressort , nous sentons son action et sa réaction, non-seulement nous constatons ainsi l’existence de deux forces opposées à ses deux extrémités, dont l’une peut être regardée comme positive , l’autre comme négative, mais nous apercevons que chaque section intermédiaire de la spirale est dans un état semblable d’action et de réaction, ou, ce qui revient au même, dans une espèce d’état polaire. En estimant la somme des forces, nous la mesurons dans une certaine direction, et nous admettons forcément que la somme de ces forces dans la direction opposée est égale à la première. Il en doit être de même pour l’électricité. Tous les phénomènes des électricités positive et négative peuvent probablement être expliqués par l’action et la réaction d’une force capable d’être manifestée, à divers degrés, dans différentes substances, plus simplement ■;.que par l’hypothèse des fluides impondérables. Les deux forces opposées de l’électricité ressemblent en fait à l’action et à la réaction en ce qu’elles s’accompagnent toujours.
Voici une expérience qui montre qu’en effet l’électricité développée par induction est contraire et parfaitement égale en intensité à celle qui la développe. Une boule isolée et électrisée est placée dans l’intérieur d’un bocal cylindrique dont les dimensions sont très-grandes par rapport à celles de la boule (fig. 68). Le bocal communique avec un électroscope à feuilles d’or qui diverge aussitôt que la boule électrisée est intro-
I i2 . ÉLECTRICITÉ STATIQI E.
duite intérieuremenl; on fait toucher le bocal par la boule; celle-ci perd son électricité, et l'électroscope ne diverge ni plus ni moins qu’avant. Cette expérience prouve que l'électricité qui est indnile par la boule et celle qu’elle possède sont exactement éi|iiivalenleseii quantité et en puissance. Quelle que soit la position de la boule dans l'intérieur du bocal, qu’elle soit plus ou moins rapprochée du fond ou des cétés, la divergence de l’électroscope est la même. Au lieu d’un seul bocal on peut en placer trois ou quatre concentriques, isolés les uns des autres par des plaques de gomme laque qui séparent le fond de chacun d’eux du fond du bocal suivant (fig. 69), l'électroscope communiquant toujours avec la surface extérieure du bocal extérieur; l’effet est exactement le ' même que lorsqu’il n’yavaitqu’un seul
I bocal; ilestencorelemêmesilesqualre
\ bocaux communiquent entre eux mé-
i^'ig lalliquement. Lorsqu’on introduit à la
place des bocaux intérieurs un bocal de gomme laque et de soufre, en laissant toujours un bocal métallique extérieurement et la boule électrisée au centre, il n'en résulte pas le moindre cliangemenl dans la divergence des feuilles d’or de l’électroscope du bocal extérieur. Ou voit donc par cette expérience que le principe posé plus haut de l’égalité des deux forces qui constituent les deux électricités est général , car il se vérilic dans des cas bien différents, et notamtnent dans des diélectriques tels que la gomme laque et le soufre^ d’un pouvoir inductif bien différent de celui de l’air. Une autre manière de dé- ^montrer le même principe, c’est d’introduire une petite sphère électrisée au centre d’une sphère creuse non électrisée et isolée. L’électricité que cette dernière prend par induction est, ainsi que le montrent les indications d’un électroscope, exactement égale à celle qu’elle prend par communication en étant mise en contact avec le petit globe intérieur qui est resté électrisé.
THÉORIES DE l'ÉLECTHICITÉ STATIQUE. 14.T
Appliquant ses idées théoriques aux autres phénomènes divers de l’électricité statique, Faraday est conduit à admettre que la tendance de l’électricité de se porter à la surface dns corps conducteurs est plus apparente que réelle, et que les expériences qui constatent qu’il n’y a en effet d’électricité libre qu’à leur surface s’expliquent facilement d’une autre manière. Aucune charge électrique d'après sa théorie ne peut se manifester dans l’intérieur d’un coqis à cause des directions opposées des électricités dans chacune des particules intérieures d’où résulte un effet nul; tandis que l’induction exercée par les corps extérieurs rend sensible l’électricité à la surface. D’après cette manière de voir, l'électricité doit se montrer seulement à la surface d’une enveloppe conductrice quelle que soit sa conductibilité ou la faculté isolante de la substance placée intérieurement. C’est ce que Faraday a en effet démontré eu électrisant fortement de l’essence de térébenthine placée dans un vase de métal. 11 n’y avait d’électricité apparente qu’à la surface extérieure du vase. 11 a même construit une chambre cubique ^ i d’un mètre de côté dont les parois en bois étaient recouvertes extérieurement de feuilles de plomb; il l’a isolée, puis après y avoir introduit des électroscopes et autres objets il a électrisé l’air intérieur avec une forte machine. Aucune trace d’électricité ne s’est manifestée au dedans, tandis que des étincelles considérables et des aigrettes lumineuses partaient dans tous les sens de la surface extérieure. Ces expériences, eu complétant celles de Coulomb dans lesquelles il ne s’agissait que de corps condacteurs, rendent peu probable l’explication qu'on en donnait vu qu’elle était basée sur la libre propagation de l’électricité dans la masse conductrice , d'où résultait que cette électricité se portait toute à la surface. Une fois que le phénomène a lieu de la même manière avec des corps isolants placés intérieurement cette explication n’est pas soutenable.
Quant à l'influence de la forme sué la quantité d’électricité accumulée à la surface des corps non sphériques, elle dépendrait toujours, d’après la théorie de Faraday, de ce que parmi les points de la surface, les uns seraient exposés à une somme plus grande de forces inductrices que les autres ; ainsi les extrémités
144 ÉL>XrIUClTÉ STATIQUE,
d'un cylindre ou d'un ellipsoïde allongé seraient plus fortement électrisées que le reste de la surface parce qu’il en part un plus grand nombre de fdets de particules polarisées établissant avec lesconducteurs environnants la communication nécessaire pour l'induction. Une pointe est encore supérieure à cet égard, car elle est le centre d’où émanent dans toutes les directions les lignes de force inductive qui se trouvent, par exemple, lorsqu'il s'agit d’une boule, réparties sur une plus grande étendue et partir non pas d'un seul point, mais de tous les points de sa surface également.
Dans la théorie que nous venons d’exposer, la répulsion mutuelle des corps chargés de la même électricité n’est qu’apparente; elle provient de ce qu’il n’y a pas d’électricité sur les surfaces les plus rapprochées et de ce que chacun des deux corps est attiré dans des directions opposées par les corps conducteurs environnants chez lesquels l’induction détermine un état électrique dissemblable au leur. On peut en effet constater au moyen du plan d’épreuve que les deux feuilles d’or d’un électroscope n’ont, quand elles divergent, aucune charge électrique sur leur surface intérieure, tandis qu’elles sont fortement électrisées extérieurement , (juelque minces qu’elles soient du reste. ^a répulsion est encore expliquée en l’attribuant à l’attraction exercée sur chacune des deux feuilles d’or par l’électricité contraire que l’induction a développée dans les couches d’air en contact avec leur surface extérieure. Ce mode d’action de l’air est bien plus naturel et plus probable que celui dans lequel on l’envisage comme déterminant la répulsion par la pression plus grande de dedans en dehors que de dehors en dedans qu’il exerce sur les corps électrisés. Toutefois, les expériences qui montrent que dans le vide la répulsion a lieu aussi bien que dans l’air, sembleraient être également contraires à ces deux explications; à moins que dans la première on n’admette l’effet par induction des corps ambiants lors même qu’ils sont placés à une grande distance.
Faraday ne s’est pas contenté de suivre les conséquences de sa théorie dans ce qui concerne les phénomènes de l’électricité statique; il les a également suivies dans les effets de l’électri-
THÉORIES BE l’ÉLECTRICITÉ STATIQUE. 145
cité ilynamique où il en a fait les applications les plus heureuses. Il a étudié et classé les différents modes suivant lesquels s’opèrent les décharges entre les corps chargés d’une électricité différente. Il a fait voir en particulier que le retour à l’équilibre, sous le rapport électrique, des particules polarisées de corps diélectriques soit colbents, constitue la décharge et est l’origine de la plupart des phénomènes qui l’accompagnent, tels en particulier que la nipture de ces corps. 11 a montré que, quoique la capacité inductive ne soit nullement encore modifiée chez les gaz par une différence dans leur nature ou leur densité, la distance à laquelle la décharge avec étincelle peut s’opérer est extrêmement influencée par l’état physique du milieu comme par sa nature chimique. La densité en particulier influe en ce sens que la limite de la charge que peut prendre un corps conducteur isolé dépend du nombre des particules du diélectrique ambiant auxquelles cette charge doit être eommuni({uée par induction; moins il y en a, plus on arrive promptement à la limite. Il paraît aussi qu’en nombre égal les particules éprouvent plus ou moins rapidement, suivant leur nature, les effets de l'induction. Mais ce sujet et tous les détails qui s’y rattachent seront traités dans la ({uatrième partie; nous ne nous y arrêterons pas davantage pour le moment.
Nous venons d’exposer la théorie de M. Faraday sur les phénomènes de l’électricité statique. Quoiqu’elle ait encore besoin d’étre mieux précisée, elle mérite cependant diqàdans son état actuel d’attirer l’attention sérieuse des physiciens. Klle a en sa faveur d’étahlir, comme on le verra, un lien plus intime entre' les phénomènes de l’électricité statique et ceux de l’électricité dynamique; elle semble reposer sur un principe juste, celui que les actions électriques ne se manifestent jamais que par l’intermédiaire des particules matérielles. Knfin elle tend à opérer un rapprochement remarquable entre les forces électriques et les autres forces de la nature. Déjà un savant mathématicien, M. Mossotti, a réussi, par l’application du calcul et des lois de la mécanique, à expliquer dans cette théorie d’une manière satisfaisante les lois trouvées par Coulomb et que Poisson avait rattachées à la théorie des deux fluides impondérables.