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Cette influence de rallongement du barreau aimanté sur l'attraction magnétique, qui est très-manifeste, a néanmoins une limite, à partir de laquelle l’attraction diminue à mesure que la longueur augmente. M. Nicklès a aussi varié scs essais en employant des électro-aimants en fer à cheval avec une troisième branche latérale parallèle aux deux autres; les résultats un peu compliqués qu’il obtint sont conformes du reste aux principes que nous venons d’exposer. Nous y reviendrons dans la sixième partie, consacrée aux applications.
, Lf MonTcment» vibratoire* et effet* moléralatre* qne dAter*
‘ mine dan* le* corp* aiaKnétiqne* l'action de* conranU
électrlqnM.
M. Page, physicien américain, avait observé en 1837 que, en approchant le pôle d’un fort aimant d’une spirale plate traversée par un courant électrique, on produit un son. M. Delezenne, en France, avait réussi également en 1838 à produire un son en faisant tourner rapidement un armature de fer doux devant les pôles d’un aimant en fer à cheval. En 1843, j’avais moi-même remarqué que des lames ou des liges de fer rendent un son très-prononcé quand on les place dans l'intérieur d’une liélice dont le fil est traversé par un fort courant électrique, mais seulement au moment où le circuit est fermé et au moment où il est interrompu. M. Gassiol à Londres, cl .M. Marrian à Birmingham, avaient fait également une expérience analo-
gue en 1844. Attribuaul ce pbénuniéne eingulier à un changement que le magnétisme déterminerait dans la constitution moléculaire du corps aimanté, je fis un assez grand nombre d’expériences pour étudier ce sujet intéressant.
Avant tout, il est important, pour obtenir une série nombreuse de vibrations, d'avoir un moyen d’interrompre et de rétablir plusieurs fois, dans un temps très-court, le circuit dont fait partie le fil qui transmet le courant; de rendre, en d’autres termes, discontinu un courant continu. Je me servis dans ce but d’un de ces nombreux appareils nommés rhèotomes ou coupe-courants, et qui sont destinés, quand on les met dans le circuit, à rendre un courant discontinu. L’un des plus commodes (fig. 130) consiste dans une tige horizontale qui porte deux aiguilles en laiton implantées perpendiculairement et parallèlement entre elles, disposées de telle façon que quand elles plongent simultanément dans deux capsules remplies de mercure et isolées l’une de l’autre, le circuit est fermé, et que quand elles n’y plongent pas, il est ouvert. Un mouvement d'horlogerie ou simplement une manivelle mue par la main imprime à l’axe un mouvement de rotation d’où résulte que, dans un temiis donné, une seconde, par exemple, le circuit peut être fermé et interrompu un grand nombre de fois. L’appareil de la figure 130 présente quatre aiguilles au lieu de deux, cl par cousé-
Kif(. <30.
q<ient quatre compartiments correspondants aux quatre aiguilles. Nous aurons occasion de voir plus tard à quoi sert le second système des deux aiguille.<; pour le moment, un seul nous
DE l’aimantation i*ar l’êlectricitê DYNAMIOUE. 299 suffit, et par conséquent dans toutes les expériences qui vont suivre, on se servira indifféremment, pour le mettre dans le circuit, de celui qui est le plus rapproché du mouvement d’horlogerie ou de celui qui en ëst le plus éloigné. Le mercure ris(|ue d’être projeté lorsque le mouvement est troji rapide; il faut, pour prévenir cét inconvénient, recouvrir les capsules, les aiguilles et l’axe qui les porte d’un petit couvercle en verre. Lorsque le courant est très-fort, le mercure s’oxyde par l’effet des étincelles qui ont lieu au moment où les aiguilles en sortent; il est nécessaire dans ce cas d’enlever cet oxyde nu de changer le mercure, ftn peut se passer de mercure et le remplacer par deux lames niétalli(|ties élastiques qui s’appuient sur un cylindre ou sur la circonférence d’une roue en bois verni ou en ivoire, dans les contours desquelles sont incrustées de petites pièces métalliques qui communi(|uent ensemble Ooand les lames élastiques, par l’effet de la rotation du cylindre ou de la roue sur son axe, viennent en contact avec la partie métallique de la surface, le circuit est fermé; quand le contact avec cotte partie métallique vient h cesser, que c’est avec le bois ou l’ivoire qu’il a lieu, le circuit est ouvert. Il faut ([iie les deux lames soient ici, comme l’étaient les cases remplies de mercure dans le cas précédent, sur la route du courant qui doit traverser le fil de l’hélice, et (|u’elles appuient fortement contre la surface du contour. On peut encore interposer simplement, dans le trajet d’un courant, une roue dentée et une lame métallique élastique qui s’appuie sur les dents de la roue (fig. 131). Fn imprimant h la roue un mouvement sur son axe, on fait sauter la lame d’une dent à une autre ; chaque saut détermine une rupture du circuit, (|tii immédiatement après se trouve de nouveau fermé. Le ton musical que rend la lame donne exactement, lorsqu’on n’a pas d’autre moyen de le mesurer, le nombre de fois que dans une seconde le circuit a été ouvert et fermé , c’est-àdire interrompu. Je me suis étendu sur ces diverses espèces
Diyi* by i: *glc
300 MAGNÉTISME ET ÉLECTBO-DTNAMIQEE.
de rhêolomes, parce (|ue nous ferons souvenl usage des uns et des autres, l'our le moment, nous allons les appli(|uer à l'élude des mouvemcnls vibratoires qu'éprouvent les corps magnétiques sous riniluence des courants discontinus.
Ouand on place un corps magnétique, mais non aimanté, tel <jue le fer, l'acier, dans l'intérieur d'une bobine, ce corps éprouve des mouvements vibratoires très-remanjuables dès qu'on fait passer à travers le fil qui entoure la bobine une série de courants discontinus. Ces mouvements se manifestent sous la forme de sons très-prononcés, et variés quand le corps a une forme cylindrique ou même allongée. Le son est moins prononcé, mais plus aigu et plus mèlalUque. avec de l'acier qu'il ne l'est avec du fer doux. O'ielle que soit la forme ou la grandeur des morceaux de fer doux, on distingue toujours deux sons : l'un est une suite de coups ou de chocs plus ou moins secs assez analogues au bruit (jue fait la pluie en tombant sur un toit de métal ; ces coups correspondent exactement aux alternatives de passage et d'interruption dans le courant; l'autre son esUun son musical qui correspond à ceux que donnerait la masse de fer par l'eircl de vibrations transversales. 11 faut avoir soin de distinguer dans ces sons ceux qui sont dus à la simple action mécanique du courant sur le fer, action qui, s'exerçant sur l'ensemble de la masse, peut la déformer et produire par conséquent par sa discontinuité même une suite de vibrations. Cependant elle ne suffit pas pour expliquer tous les sons, et il faut admettre qu'il y a en outre une action moléculaire, c'est-àdire que l'aimantation déterminant un arrangement particulier des molécules du fer, une succession rapide d'aimantations et de désaimantations donne naissance à une série de vibrations. Comment explitjuer autrement, par exemple, le son musical très-clair et très-brillant que rend une masse de fer cylindrique de 10 centimètres de diamètre et du poids de 10 kilogrammes, ipiaud elle est placée dans l'intérieur de la grosse hélice (fig. 129), traversée par un courant discontinu? Des tiges de fer de un à plusieurs centimètres de diamètre fixées par leurs deux extrémités rendent aussi, sous la même influence, des sons tiés-pronoucés. Mais le sou le plus brillant est celui qu’on ob-
DB 1’AIMA!?TATI0N PAR l’ÉLECTRICITÉ DYNAMIQUE. 301 tient en tendant sur une table d'Imrmonie des fils de 1 à 2 millimètres de diamètre, bien recuits et longs de 1 à 2 mètres. Ils sont placés dans l’axe d’une ou plusieurs bobines, dont les fils sont traversés par les courants électriques, et ils produisent un ensemble de sons dont l’effet est surprenant et ressemble beaucoup à celui auquel donnent naissance plusieurs cloches d’église vibrant harmoniquement dans le lointain. 11 est nécessaire, pour obtenir cet effet, que la succession des courants ne soit pas trop rapide et que les fils ne soient pas trop tendus. Avec un fil de 1“,576 de longueur et 1 millimètre 8 de diamètre, j’ai trouvé que le maximum d’effet a lieu quand il est tendu par un poids de 26 à 53 kilogrammes s’il est recuit , et de 29 à 37 s’il est écroui. A partir de la limite, à mesure que la tension augmente, l’intensité totale et le nombre des sons différents diminuent notablement; et à un certain degré de tension, on n’entend plus aucun des sons dus aux vibrations transversales, mais seulement celui qui provient des vibrations longitudinales. L’inverse a lieu quand on détend le lil.
On peut produire des sons tout à fait analogues A ceux que nous venons de décrire, en faisant passer le courant électrique discontinu à travers le fil de fer lui-méme. On remarque également une série de coups secs correspondant aux interruptions du courant, et des sons musicaux plus forts et plus sonores dans quelques cas, que ceux qu’on obtient par l’aimantation du même fil. Cette supériorité d’effet se manifeste surtout quand le fil est très-recuit et d’un diamètre d’environ 2 millimètres; pour des diamètres plus considérables ou moindres, l’aimantation par l’hélice produit des effets plus intenses que ceux qui résultent de la transmission du courant. Du reste, les mêmes circonstances qui influent sur la nature et la force du son dans le premier cas exercent une influence semblable dans le second cas. La transmission du courant discontinu ne produit des sons que si elle a lieu à travers le fer, l’acier, l’argentane, et en général les corps magnétiques, mais à des degrt^ différents chez chacun, degrés dépendant de la force coercitive qui contrarie le phénomène. Des fils de cuivre, de platine, d’argent, et en général de métaux quelconques, hormis les magnétiques, ne dé-
302 MAfiNÉTlSME ET ÉlECTnO-DY>AMK(lE.
gilgoul aunin son, pas plus sous l'inllueiii e de courauls transmis que sous celle de courants ambiants, tels que les courants qui parcourent tes tours d'un fil enroulé eu hélice autour d’une bobine.
Le son qu’on produit quand on fait passer à travers un ül de fer un courant électrique discontinu explique un fait ojiservé depuis longtemps, et décrit déjà en 1 78ü par un chanoine, (Jottoin de Cômc, voisin et contemporain de Volta. Ce fait e.sl qu’un lit de fer tendu en plein air, d’une longueur au moins de 10 mètres, rend spontanément un son sous l’empire de certaines variations de l’état de l’atmosphère. Les circonstances qui accompagnent comme celles ijui favorisent la production du phénomène démontrent que c’est à la transmission de l'élecfricité atmosphérique qu’il faut l’attribuer. Cette transmission en effet n’a point lieu d’une manière continue, comme celle d’un courant, mais bien par une suite de décharges. Or, M. Beatson a démontré qu’une décharge d’une bouteille de Leyde à travers un fil de fer fait rendre un son à ce ül, pourvu qu’elle n’ait pas lieu trop brusquement, mais qu’elle soit un peu ralentie par son passageà travers un conducteurbumide,lcl qu’une ficelle mouillée.
Les sons que rendent, dans les circonstances que nous venons de décrire, le fer et les corps magnétiques semblent indiquer d’une manière évidente ijue l’aimantation opérée par l'influence d'un courant extérieur, aussi bien que la transmission directe d’un courant, déterminent chez eux une modification dans l’arrangemeiit de leurs particules, c’est-à-dire dans leur constitution moléculaire. Cette modification cesse et se reproduit constamment par rcffcl de la discontinuité du courant, d’où résulte la production d’une série de vibrations et par conséquent divers sons.
Un grand nombre d’observations faites par différents pliysiciens ont démontré en effet, d'une manière directe, l'influence de l’aimantation sur les propriétés moléculaires des coq)s magnétiques. M. de Wertbeim, dans un grand travail sur l'élasticité des métaux, avait déjà observé que l’aimantation opérée au moyen d’une hélice dont le ül est traversé par le courant électrique produit une dbninulion du coefficient d'élasticité dtuis
DE L'ilUÀMTATION PAB l'ÉLECTBICITt DYNAMIQUE. 303 le fer iIuua et uiâiiie dans l'acier; diminution qui, dans le dernier du moins, ]>ersisle en partie, même après l'interruption du courant. .M. Guillemin a également remarque plus tard qu'une barre de fer doux, fixée par une de ses extrémités tandis que l'autre eitt libre, et ({ui, au lieu de demeurer liorixontale, se courbe par l’effet de sou propre poids ou par celui d’un petit poids additionnel, se redresse immédiatement au mom^t où l'on fait passer un courant dans le fil d'une hélice dont elle est enveloppée, hélice qui, elle-même, se redresse avec la barre dentelle suit tous les mouvements, puis(]u'elle est enroulée autour d'elle. Cette expérience a ceci d'important, qu'elle montre que l'aimantation détermine une modification dans l'état moléculaire du fer, car elle ne peut s'expliquer par une action mécaniifue qui ne pourrait avoir heu qu'autant que l'hélice serait jndépendantede la barre. X
Il y a plus : un physicien anglais, M. Joule, est parvenu à déterminer l'influence que l'aimantation peut exercer sur les dimensions des corps. 11 s'est assuré d’abord, en plaçant une barre de fer doux dans un tube bien fermé, rempli d’eau et surmonté d'un tube capillaire, que cette barre n’éprouvait aucune variation de volume, quand on l’aimantait au moyen d’un fort courant électrique qui parcourait tous les tours d'une hélice enveloppante. En effet, la moindre variation de volume aurait été accusée par un changement de niveau de l'eau dans le tube capillaire; or on n’en observe aucun, quelle que soit la force de raimautation. Ce résultat est d'accord avec celui que M. (iay- Lussac avait trouvé autrefois, et avec celui qu’a également obtenu M. Wertbeim, en opérant à peu prés comme M. Joule. Mais si le volume total n’est point altéré, il n’en est point de même des dimensions relatives de la barre, qui, sous l’influence de raimautation, éprouve une augmentation de longueur en même temps qu’une diminution de diamètre, du moins entre certaines limitas. C'est au moyeu d’un appareil très-délicat, semblable au comparateur qui sert à mesurer la dilatiou des métaux, que M. Joule a trouvéqu’une barre de fer doux éprouve un allongement prononcé, <|ui est environ de sa longueur totale, au moment ou i’oQ établit le courant qui l’ainumte, et un
304 MACNf.TISMi: ET ÉLECTBO-DT'NAMIOIE.
racourcissement an moment où on l'interrompt. Le raccourcissement est moindre que rallongement, ce qui tient à ce que la barre conserve toujours un certain degré de magnétisme. 11 paraîtrait (juc l'allongement est proportionnel, dans une barre donnée, au carré de l’intensité du magnétisme qui y est développé. Quand au lieu de barres on fuit usage de fils de fer, il peut arriver que ce soit un raccourcissement et non plus un allongement qu’on übtienneaumomcntdcraimantation; cecliangement dans la nature de l'cU'el s’observe quand le degré de tension auquel le fil est soumis dépasse une certaine limite. Ainsi oin fil de fer de 32 centimètres de longueur sur 5 millimètres de diamètre s’allonge bien sous l’influence du magnétisme, tant qu’il n’est pas exposé à une tension supérieure à 350 kilos, mais d'autant moins cependant qu’on s’approche davantage de cette tension. A partir de celte limite et pour des tensions croissantes qui, dans une expérience, furent poussées jusqu’à 800 kilog., on vit constamment le fil se raccourcir au moment où il était aimanté. La tension n’exerce pas d’influence sur de l’acier fortement trempé ; aussi il n’y a jamais d’allongement, mais seulement un raccourcissement qui commence lorsque la force du courant surpasse celle qui est nécessaire pour aimanter le barreau à saturation.
M. Wertheim, de son côté, à la suite de recherches longues et minutieuses, est parvenu à analyser les effets mécaniques qui se manifestent dans l’aimantalion. Il a trouvé que, lorsqu’une barre de fer est encastrée par une de ses extrémités, et que la bobine est placée de manière que son axe coïncide avec celui de la barre, on n’observe pas de mouvement latéral, mais seulement un très-petit alongement qui dépasse rarement 0,002 millimètres. Cet alongement est d’autant plus fort que la bobine se trouve plus près de l’extrémité libre de la barre, et diminue à mesure qu’on la rapproche du point d’encastrement. Lorsque la barre n’est plus dans l’axe de la bobine, l’alongement subsiste toujours, mais il est accompagné d’un mouvement latéral dans le sens du rayon de la bobine. La bobine dont faisait usage M. Wertheim avait 25 centimètres de longueur et 18 millimètres de diamètre intérieur; des lunettes d’un gros-
DE l’aIMAUTATION PAB l’électricité DYMAMIQL'E. 305 sissement d’environ 20 diamètres, et renfermant deux fils en acier, servaient à mesurer l'allongement et le déplacement latéral. Ce déplacement, ou, ce qui revient au même, la flèche de courbure de la barre mesurée à son extrémité a été déterminée pour différentes intensités du courant, et il a paru qu’elle était en général proportionnelle à cette intensité; mais elle varie pour chaque position de la barre dans l’intérieur de la bobiue. Quoi qii’il en soit, ou peut trouver pour chacune de ces positions l’équivalent mécanique de l’unité d’intensité du courant, c’està-dire le poids qui, appliqué à l’extrémité de la barre, produirait la même flèche. Ainsi, par exemple, en appelant D la longueur de la partie du rayon comprise entre l’axe de la barre et l’axe de 1» bobine, /la flèche de courbure, et P le poids (|ui produirait la même flèche, on a obtenu les résultats suivants, en agissant successivement sur les trois barres de fer dont les masses respectives étaient 100*; 40, 30; et 2o, 00.
Pour D
Pour D
N°nE LA BARRE.
On calcule P d’après la formule P= dans laquelle
/ est la flèche de courbure, q le coefficient d’éleotrieité qui est de 19,000 kilogrammes par millimètre carré pour le fer doux, 6 et c la largeur et l’épaisseur de la barre, et L sa longueur depuis le point d’encastrement jusqu’à son extrémité libre, ttn déduit du tableau qui précède la valeur des forces mécaniques qui sont entre elles pour D= 80, comme 100 : 41, 71 ; 22, 81; et pour D = 50, comme 100 : 40, 50 : 23, 34. De sorte qu’on peut en conclure, puisque les masses des trois barres sont entre elles comme 100 : 40, 50 : 25, 50, que l’effet, qui est ici une attraction, est proportionnel à la masse du fer sur lequel le i. 20
306 MAGNÉTISMI ET ÉLECTRO-DTtAMIQCE.
courant agit. On trouve également qu'il est proportionnel à l'intensité du courant, ce qui rendrait facile de construire, d'après ce principe, un galvanomètre assez sensible, en se servant d'une bobine prismatique et d'une bande de fer large et mince.
Ainsi toutes les eïpériences que nous venons de rapporter conduisent à reconnaître qu'il se produit par l'effet de l'aimantation une traction mécanique due à une composante longitudinale et à une composante transversale, que celle-ci devient nulle lorsque la barre se trouve au centre de l'hélice, que l’une et l’autre sont proportionnelles à l’intensité du courant et à la masse du fer.
Il est plus difficile de constater l'effet du courant transmis que celui du courant extérieur qui produit l'aimantation. En effet, dans le premier cas l'effet mécanique du courant est trèsdifficile à séparer de soti ell'et calorifiijue. Cependant il résulte, de quelques expériences de .M. lleatson, qu’un fil de fer semble éprouver à l’instant où il est mis dans le circuit une petite expansion subite, et très-distincte de la dilatation qui résulte pour lui comme pour les autres métaux du réchauffement produit parle passage du courant.
Ces effets mécaniques une fois bien étudiés, nous pouvons revenir avec plus de connaissance de cause à l’élude même des sons qui accompagnent, soit l’aimantation, soit la transmission des courants.
M. >\ ertbeim a constaté, d’une manière parfaitement précise, l'existence d'un son longitudinal dans une barre de fer ou d’acier placée au centre d’hélices traversées par des courants discontinus; ce son, semblable à celui que produit le frottement, est dû, ainsi que l’expérience directe le prouve, à des vibrations qui se font réellement dans le sens de l'axe. .Avec des fils substitués aux barres, les effets sont les mêmes, sauf que, lorsque la tension diminue, on entend, outre le sou longitudinal, un bruit de ferraille tout particulier (jui semble courir le long du fil, ainsi que d'autres bruits particulieisj. Avec les courants transmis, on entend également le son longitudinal, et il demeure le même, à l’intensité près, que le courant traverse seulement une pai'lic de la barre, ou qu’il la traverse tout entière,
DE l’aimantation PAR l’ÉLKCTRICITÉ DYNAMIQUE. 307 preüve de l’analogie qui existe entre l’action du courant transmis et celle d'une autre force mécanique telle que le frottement; preuve également que le son n'est pas dû à des vibrations d'une espèce particulière engendrées par le courant. Le son longitudinal a lieu aussi dans des barres et daus des fils ; mais quand on opère avec les fils, s'ils ne sont pas bien tendus, le son longitudinal est accompagné des divers bruits dont nous avons parlé. Au reste, soit avec des barres, soit avec des fils, ou entend chaque fois que le courant est transmis, mais seulement daus les parties où il passe, un bruit sec, une crépitation semblable à celle de l'étincelle, et qui ne se transforme en un sou distinct que dans la portion tendue, si c'est un fil qui est dans le circuit.
Tels sont les faits établis par lesrccherclies de M. NVertlieiin ; ils sont de nature à confirmer la déduction que j'avais tirée avant lui, de l’élude seule des pliéiioinènes sonores, savoir que raimanlation ou le passage du courant électrique produisent un déi’angement moléculaire dans les corps magnétiques, et que les sons proviennent des oscillations ([u'éprouvent les particules des corps autour de leur position d’équilibre, sous Tinfluence des courants, soit extérieurs soit transmis. Mais quelle est maintenant la nature de ce dérangement moléculaire, et comment peut-il déterminer, soit les effets mécaniques, soit les effets sonores que nous avons décrits?
(juarid il s’agit de l'action îles courants extérieurs, on peut se faire une idée assez exacte de la nature du dérangement moléculaire que l’aimantation déterniiiie. Il n’y a qu’à, pour cela, remonter à l'expérience dans laquelle ou place, soit des liouts de fil, soit de la limaille du fer, dans l’intérieur d'une hélice dont Taxe est vertical. Aussitôt qu’on fait passer un courant par le fil de celte hélice, les bouts de fil de 1er se placent tous parallèlement à Taxe, c'est-à-dire verticalement , et la limaille se dispose en petites pyramides allongées dans le sens de Taxe, qui se détruisent et se reforment rapidement quand le courant est intcrmiltenl. L’action de Thélice sur la limaille consiste donc à la grouper sous forme de filets parallèles à Taxe, filets que la pesanteur seule empêche d'élre aussi longs que Thélice clle-
même. Celle exiiérience réussit aussi bien avec de la poudre de fer impalpalile qu'avec de la limaille; elle réussit également bien avec la poudre de nickel et de cobalt. Seulement, si le courant qui traverse l’hélice est discontinu, on observe des effets assez diiférents avec chacun de ces trois métaux, effets qui dépendent, quant à leur nature particulière, du nombre plus ou moins grand d’interruptions qu’éprouve le courant dans un temps donné. Les pyramides de limaille sont à leur maximum de hauteur ijuand le disque qui les porte est au milieu de l’hélice. Klles tournoient sous l’influence des courants discontinus, pourvu que la succession de ces courants ne soit pas trop rapide, de manière qu’il n’y en ait pas plus de 60 à 80 par seconde. Avec 160, il n’y a plus d’effet du tout. Ces différences tiennent sans doute à ce que le fer, même le plus doux , a enedre un peu de force coercitive, et qu’il lui faut un certain temps pour s’aimanter et se désaimanter. En comparant , sous ce rapport , le fer, le nickel et le cobalt, réduits tous en poudre impalpable et préparés par l’hydrogène, on trouve que le nickel manifeste encore des mouvements pour une vitesse de succession des courants à laquelle le fer n’en manifeste plus, et que le cobalt cesse au contraire d’en manifester avant le fer, ce qui est bien d’accord avec ce qu’on sait sur la force coercitive de ces trois métaux.
Voici encore une expérience de M. Grove, qui démontre d’une manière élégante cette tendance des particules des corps magnétiques à se grouper, sous l’influence de l’aimantation, dans une direction longitudinale ou axiale. Un tube de verre, fermé à ses deux extrémités par deux plaques de verre, est rempli d’eau, tenant en suspension une poudre fine d’un oxyde magnétique de fer. En regardant à travers ce tube des objets éloigné-s, on s’aperçoit qu’une proportion considérable de la lumière est interceptée par la dissémination irrégulière des particules solides dans l’eau. Mais dès qu’un courant électrique parcourt le fil d’une hélice dont le tube est entouré, les particules de l’oxyde se disposent d’une manière régulière et symétrique, de façon à permettre à la plus grande proportion de la lumière de passer. Les particules ne sont point ici des petits bouts de lil de
DE l’aQUKTATION PAR l'ÉLECTR1C(T£ DYNAMIQUE. 309 fer désagrégés artificiellement d'une masse plus considérable, mais du fer précipité chimiquement, et par conséquent dans son état moléculaire naturel , tel qu’il constitue par son agrégation le corps solide.
Cette disposition des particules du fer et des corps magnétiques à se rapprocher dans le sens transversal et à s'étendre dans le sens longitudinal, sous l’influence d’une aimantation extérieure qui tient probablement à la forme des molécules élémentaires et à la manière dont elles sont polarisées, est maintenant établie d’une manière irréfragable par des preuves directes et purement mécaniques.
11 est facile de voir qu’elle rend compte, de la manière la plus claire, de la production du son dans une barre ou dans un fil de fer soumis à l’influence du courant intermittent de l’hélice. Les particules luttant avec la cqhésion se disposent dans le sens longitudinal quand le courant agit , et reviennent à leur position primitive dès qu’il cesse; il en résulte une série d’oscillations isochrones avec l’intermittence du courant. Tous ces effets sont beaucoup plus prononcés dans le fer doux que dans l’acier ou le fer écroui , parce que les particules du fer doux sont beaucoup plus mobiles autour de leur position d’équilibre.
J’ai également observé que, soit le fer, soit l’acier, lorsqu’ils sont déjà aimantés d’une manière permanente par le courant transmis à travers une seconde bélice ou par l’action d’un aimant ordinaire, éprouvent des vibrations moins fortes quand le courant discontinu tend à les aimanter dans le sens où ils le sont déjà, et plus fortes dans le cas contraire, il est évident que, dans le premier cas, les particules ont déjà, d'une manière permanente, à peu près la position que l’action extérieure à laquelh elles sont soumises tend à leur imprimer, tandis que, dans h second cas, elles en sont plus éloignées qu’elles ne le sont dan. leur état naturel. 11 doit donc en résulter pour elles des oscilla tions bien plus fortes autour de leur position d’équilibre dan le second cas, et bien moins fortes dans le premier, que lors •qu’elles se trouvent dans leur position naturelle au moment oi le courant discontinu vient à exercer son aglion. '
310 HAG.NiTlSME ET ÉLECTRO-DT^AMIOCl ■
Les effets du courant transmis sont dus à une action du même ordre, mais agissant dans un sons différent. Pour bien analyser cette action, il faut étudier la distribution de la limaille de fer autour d’un lil de fer ou d’un métal quelconrpe traversé par un fort courant électrique. Cette limaille se place toujours de façon à former des lignes perpendiculaires à la direction du courant, et par conséquent parallèles entre elles. C’est ce (ju’on aperçoit très-bien en encastrant le fil conducteur dans une rainure pratiquée dans une planchette de bois recouverte d’une feuille de papier sur laquelle est la limaille. Celle-ci se dispose transversalement au-dessus du fil , quelle que soit la manière dont il est contourné, en formant de petits filets de 3 à 4 millimètres de longueur, (|ui présentent à leurs deux extrémités des pfdes opposés. Onand le fil conducteur est libre, ces filets, au lieu de rester rectilignes, se rejoignent par les deux bouts et enveloppent la surface du fil en formant autour d’elle une courbe fermée comme une espèce d'enveloppe composée d’anneaux qui se recouvrent et sont serrés les uns contre les autres. Or l'arrangemeut que les particules de limaille de fer affectent autour d’un fil conducteur quelconque, aussi bien de fer que de tout autre métal, lorsiju’il transmet un courant, les molécules de la surface même d’un fil de fer doux traversé lui-méme par un courant doivent l’affecter également sous l’influence du courant transmis par la masse entière du fib C’est d’ailleurs ce c|ue démontrent également les effets mécaniques étudiés par MM. Joule et lleatson. 11 en résulte donc que, lorsque le courant transmis est intermittent, les particules de la surface du fil de fer oscillent entre la position transversale et leur position naturelle, et (|u’il va, par cousé(|uenl, production de vibrations. Ces oscillations doivent être d’autant plus faciles, et par eon.sétjuent les vibrations d’autant plus fortes, que le fer est plus doux; avec le fer écroui , et surtout avec l'acier, il y a une plus grande résistance à vaincre, aussi l’effet est-il moins sensible. Si le lil iiui transmet le courant discontinu est lui-méme traversé par un courant dirigé dans le même sens que le discontinu, le mouvement oscillatoire doit être annulé, ou du moins diminué notablement, puisque la transmission du courant con-
DF, l'jUUANTATIOM PAH l'ÉLECTBICITÉ DTHA.MIQrE. 311 tinu imprime d'une manière permanente aux particules la position que tend à leur donner d’une manière temporaire le passage du courant discontinu. Aussi le son, dans ce cas, disparaît complètement ou diminue notablement. Si le fil est d'acier ou de fer bien écroui, le courant continu favorise au contraire, par sa présence, l’action oscillatrice du courant discontinu, parce qu’il dérange les particules de leur position normale, sans pouvoir néanmoins leur imprimer complètement la direction transversale, à cause de la trop grande résistance qu’elles offrent à un déplacement qui , dans le fer doux , s’opère très-facilement. Les deux courants réunis produisent ce qu’un seul ne pourrait faire ou ferait moins bien, et le son est alors renforcé, ainsi que le prouve l’expérience.
J’ai trouvé, à l’appui de l’explication que je viens de donner, qu’un fil de cuivre recouvert d’une enveloppe mince de fer qui lui est contiguë donne naissance aux mêmes effets, à l’intensité près, lorsque le courant discontinu le traverse, que s’il est entièrement de fer; le son est seulement moins musical, il ressemble à celui que M. Wertbeim a désigné sous le nom de bruit de ferraille. C.omme on pourrait attribuer ce résultat à ce qu’une partie du courant traverse l’enveloppe de fer elle-même, au lieu de circuler exclusivement à travers le fil de cuivre, j’isole ce dernier au moyen d’une couche de soie ou de cire, de façon que le cylindre de UMe qui l’entoure ne puisse communiquer métalliquement avec le cuivre. L’effet est exactement le même que dans le cas précédent; c’est-à-dire que le courant discontinu qui traverse le fil de cuivre détermine dans l’enveloppe de fer une série de vibrations, ce qui prouve qu’on peut admettre que le même effet est produit sur la surface d’un fil de fer qui luimême transmet le courant. Quant à l’enveloppe, on peut constater facilement qu’elle éprouve une aimantation transversale quand le fil de cuivre est dans le circuit voltaïque; car si on y ménage une petite fente longitudinale, on voit que la limaille de fer y est attirée sur les deux bords qui ont d’ailleurs une polarité opposée.
L’explication détaillée que nous venons de donner des phénomènes moléculaires qui accompagnent dans les corps magné-
312 lUGNÉTISME ET ÉLECTKO-DTNAMIQCE.
tfques l’action des courants, soit extérieurs, soit transmis, trouve une nouvelle confirmation dans l’observation de plusieurs faits de différents genres. Ainsi j’ai remarqué que l’aimantation permanente imprimée soit par l’action d’une hélice enveloppante, soit par l'influence d’un fort électro-aimant à une tige de fer doux, augmente d'une manière très-prononcée l’intensité des sons que cette tige rend quand elle est traversée ]>ar un courant disrontinu. Ce renforcement tient en effet évidemment à la lutte qui s’établit entre la direction longitudinale que l’influence de l’aimantation imprime aux particules du fer et la direction transversale que le passage du courant tend à leur donner. Les oscillations des particules doivent avoir nécessairement plus d’amplitude, puis(iu’elles ont lieu entre des positions plus extrêmes. L’effei est plus prononcé avec des tiges de fer doux qu’avec celles d’acier, et surtout d’acier trempé. M. Iteatson est arrivé à un résultat semblable par une tout autre méthode. 11 a observé que si un courant continu traverse un fil, et si en même temps il est soumis à l’action d’une hélice dans laquelle passe un courant discontinu, ce fil éprouve une série d’expansions et de contractions qui deviennent inappréciables si le courant continu cesse d’être transmis, lors même que l’hélice continue à agir de la même manière. L’auteur en tire la même conclusion que j’avais déduite des effets sonores; savoir, que l’action de l’hélice imprime aux particules du fer un état opposé à celui que produit l’action du courant transmis, et (jue l’une de ces actions a la tendance à intervertir dans les particules l’arrangement que l’autre tend à établir.
Un faitassez curieux, c’est que l’aimantation semble imprimer aux particules du fer doux un arrangement semblable à celui qu’elles possèdent dans l’acier trempé, même avant qu’il soit aimanté. Ce qui confirme l’exactitude de celte remarque, c’est que le son que le fer doux aimanté rend sous l’action du courant transmis, non-seulement est plus fort que lorsqu’il n’y a pas d’aimantation, mais acquiert aussi un ton sec particulier qui le fait ressembler à celui que rend l’acier sans être aimanté.
L’influence si remarquable de la tension qui, au delà d’une certaine limite, diminue dans les fils de for doux leur aptitude
DG l’àHUNTATION PÀH l'ÉLECTHICrri DTNAMlQtE. 313 *
à rendre des sons, est encore une conséquence de notre explication. En effet, les molécules éprouvent par l'effet de la tension un dérangement permanent dans leur position normale, et se trouvant par conséquent gênées dans leurs mouvements, ne peuvent plus exécuter au même degré, sous l’action de causes extérieures ou intérieures, les mouvements oscillatoires, et par conséquent les vibrations qui constituent le son.
Deux faits d’un genre tout différent de ceux qui précèdent viennent encore montrer que l’aimantation du fer est toujours accompagnée d’un changement moléculaire dans sa masse. Le premier de ces faits a été découvert par M. Grove; il consiste en ce qu’une armature de fer doux éprouve une élévation de température de plusieurs degrés, quand on l’aimante et qu’on la désaimante plusieurs fois de suite au moyen d’un électro-aimant ou d'uti aûnant ordinaire qu'on met en rotation devant elle. Le cobalt et le nickel présentent le même phénomène, mais à un degré un peu moindre; tandis que les métaux non magnétiques, placés exactement dans les mêmes circonstances, ne présentent pas la moindre trace d’effets calorifiques. Cette expérience ne peut s’expliquer qu'en admettant que le dégagement de la ehaleur provient des changements moléculaires qui accompagnent l'aimantation et la désaimantation. Le second fait, qui n’est pas moins important, est dû à M. Maggi, de Vérone, qui a démontré qu’une plaque circulaire d’un fer doux parfaitement homogène conduit la chaleur avec plus de facilité dans une direction que dans l’autre, quand elle est aimantée par un puissant électroaimant, tandis que dans son état naturel sa conductibilité est la même dans toutes les directions. La plaque est recouverte d’un enduit mince de cire fondue avec de l’huile, et la chaleur lui arrive à son centre par un tuyau qui la traverse et dans l’intérieur duquel chemine de la vapeur d’eau bouillante. La plaque est posée horizontalement sur les deux pèles d’un fort électro-aimant; plusieurs carions isolants empêchent le contact entre elle et le fer de l’électro-aimant. Tant qu’elle demeure dans son étal naturel, les courbes qui limitent la cire fondue prennent la ligure circulaire, ce qui indique une conductibilité uniforme pour la chaleur dans tous les sens. Mais, dès
314 MAGNÉTISME ET ÉLECTRO-DYNAMIQltE.
que l’éleclro-aimant est aimanté, les roiirbes se déforment et s’allongent toujours dans une direction perpendiculaire à la ligne qui joint les pèles magnétiques, ce qui prouve que la conductibilité est meilleure dans le sens perpendiculaire à l’axe magnétique que dans le sens de l'axe; résultat qui s’accorde avec le fait que nous avons établi que les particules du fer se rapprochent par l’effet de l’aimantation dans le sens perpendiculaire à la longueur de l’aimant, et s’éloignent dans le sens de cette longueur, qui est toujours l’axe maguétiijue.
Dans la théorie d’Ampère comme dans celle de Coulomb, nous avons admis que, soit les courants électriques, soit les deux magnétismes, préexistent dans les particules des corps magnétiques, et que l'aimantation consiste à imprimer à ces courants une direction uniforme ou à séparer les deux magnétismes en donnant à chacun d'eux une direction déterminée. Les phénomènes moléculaires que nous venons d'étudier sont de nature à nous faire présumer que, si l’on admet la théorie de Coulomb, les particules ont toujours une polarité magnétique, et que l’aimantation consiste à leur donner un arrangement qui mette eu évidence cette propriété dont elles sont douées et non à la développer chez elles. Dans la théoried’.Vmpère, il faut admettre que les courants ont dans chaque particule une direction invariable, de sorte que ce ne sont pas les courants, mais les particules elles-mêmes qui, par l’action d’une force extérieure, doivent prendre la nouvelle position qui constitue l’aimantation.
S it. Infloenre de* Rrtion* moK‘ralairc« «nr l’aimantation produite par l’élertrlclté dynamique.
L’intime liaison qui parait exister entre l’arrangement des particules des corps et leur magnétisme ne découle pas seulement des phénomènes qui démontrent l’inlluence de l’aimantation sur l’éiat moléculaire, mais aussi de ceux qui constatent l’inilucnce des forces moléculaires sur l’aimantation. Nous avons déjà vu, dans le chapitre 1", que la chaleur, la tension et les actions qui changent la position relative des particules.
DE l’aIMANTATIO!» PAR l’ÉLECTRICITÉ DYNAMIQUE. 315 modifient la capacité magnétique des corps. M. Lagehrjelm a observé que le fer, et surtout le fer doux, devient fortement magnétique par la rupture; et nous savons ipie les forces mécaniques peuvent faciliter l’aimantation, et en jiarticulior celle qui est produite par le globe terrestre. M. Matteucci a trouvé i|ue la tension, la percussion et les actions inécanùpies , non-seulement facilitent l’aimantation produite sur le fer doux par une hélice que traverse un fort courant, mais qu’elles contribuent aussi, quand le courant a cessé de passer, à détruire le magnétisme d’une manière très-rapide. Le même physicien a également observé que la torsion augmentait, quand elle ne dépassait pas certaines limites, l'aimantation opérée sur des aiguilles d’acier par des décharges de la bouteille de Leydc.
M. Marianini, qui a fait de nombreuses et intéressantes recherches sur l’aimautatinn, est parvenu à des ri-sultats curieux sur l’aptitude que des barreaux de fer peuvent acipiérir à être plus faeilemeut aimantés dans un sens que dans l’autre, et même à être peu ou beaucoup aimantés par l’influence de la même cause, (.luand un barreau de fer a été aimanté par un courant instantané qui circule autour de lui et qu’il a perdu celle aimaiilalion par l’action d'un courant contraire, il est plus apte a être de nouveau aimanté dans le pn-mier sens que dans le second. On peut, par des courants contraires, lui ilonner de même plus d’aptitude à être aimanté dans le second sens que dans le premier. L’augmentation d’aptitude ([u’il acquiert à être aimanté dans un sens est égale à la perle d’aptitude qu’il éprouve à être aimanté dans l’autre. Mais, en réitérant sur un même barreau l’action des courants, l’accroissement d’aptitude dans un sens et la diminution correspondante dans l’autre deviennent toujours de plus en plus faibles. Les modifications d’aptitude pour acquérir l’aimantation sont accompagnées de modifications dans l’aptitude à perdre cette aimantation, mais dans ce sens que celte dernière est inverse de la première.
Voulant pénétrer plus avant dans l'élude des ettels que nous venons de rappeler, M. Marianini a soumis du fer à diverses actions physiques et mécaniques. 11 s’est assuré préalablement que ni l’élévation de température, ni surtout le refroidissement
DiQitii ->j by C-Higic
316 1UGNÉTI8ME ET iLECTRO-DTMÀlUQUE.
qui la suit, ni la percussion, ni la torsion, ni un choc violent, ni aucune action mécanique, même la plus énergique, ne peuvent déterminer par elles-mêmes une aimantation ; la décharge d’une bouteille de Leyde, à travers un barreau de fer, ne l’aimante pas davantage. Mais ces diverses opérations, incapables d’aimanter, peuvent toutes servir à détruire la polarité des corps aimantés; la quantité de force magnétique qu’ils perdent ainsi, lorsque leur aptitude n'a point été altérée, est d'autant plus grande que l'aimanlation a été plus faible. Mais si, après avoir éprouvé l’une de ces actions, le barreau a conservé encore un peu de magnétisme, il ne pourra plus le perdre par cette action ni par une autre semblable.
Ce qu’il y a d’assez remarquable, c’est que, lorsqu’on a détruit raimantatioii d'un barreau en l’aimantant en sens contraire par une suite de courants instantanés, et de telle façon que son magnétisme soit nul, on peut lui reutlre son premier magnétisme au moyen d'un choc violent, en le laissant tomber sur le pavé d’une hauteur de deux mètres, par exemple. Plus est grande la hauteur dé la chute, plus le magnétisme qu’il récupère est fort. Ainsi, un barreau qui faisait dévier une aiguille de 00” ayant été amené, par une suite de décharges, à ne plus exercer qu’une déviation de 0”, en donna une de 14" en tombant d’une hauteur de 4 mètres, de lo” 30 en tontbant d’une hauteur de ü mètres, et de 21' en tombant d’une hauteur de 2 mètres. Sa polarité nouvelle était la même que la primitive.
Lors même qu’en détruisant l’aimantation primitive du barreau on a été jusqu’à lui en imprimer une nouvelle en sens contraire, on trouve qu’en le laissant tomber sur le pavé on lui rend la première iju il possédait. M. Marianini serait disposé à croire, d’après cette expérience et d'autres semblables, que le barreau avait gardé sa première aimantation , tout en en prenant une contraire, qui neutralise l’ell'et de la première ou le dépasse, et que le choc ne ferait que détruire la seconde en tout ou partie, ce qui permettrait à la première de reparaître. La flexion, le frottement, la chaleur ou une décharge électrique qui traverse directement le fer, peuvent remplacer le choc, en
DE l’aimantation PAR l’ÉLECTRICITÉ DYNAMIQUE. 317 particulier, quand il s’agit de fils de fer fins. L’acier donne les mêmes nisultats que le fer.
M. Marianini, pour expliquer les résultats de ses expériences, admet une différence entre ce qu’il nomme la polarité et le magnétisme. Ainsi le même aimant, quoique privé de polarité, peut très-bien conserver encore du magnétisme, lorsqu’aimanté à la fois en deux sens contraires, avec une force égale, il ne manifeste aucune action extérieure. 11 faut alors supposer que deux systèmes magnétiques contraires se faisant équilibre peuvent exister dans le fer, et que des forces extérieures, telles qu’un courant ou une action mécanique, n’agissent pas avec la même énergie sur les deux systèmes opposés. Cette opinion, qui ne nous parait pas reposer sur des faits encore assez nombreux, n’a rien cependant d’inadmissible ; rien ne s’oppose, en effet , à ce que, dans le même barreau , un certain nombre de particules soient disposées de façon à produire une aimantation dans un certain sens, et, d'autres, de façon à produire une aimantation en sens contraire; que, par exempte, les particules intérieures se trouvent, à cet égard , avoir une disposition opposée à celles de la surface, et que telle action extérieure agisse proportionnellement avec plus de force sur les unes que sur les autres. Ce point aurait besoin d’être éclairci par des observations ultérieures, et notamment par des expériences comparativement faites sur des barreaux de différentes formes et de dimensions diverses, sur des cylindres creux et pleins, par exemple.
Mais s’il règne encore quelque doute sur les conclusions que M. Marianini a tirées de ses expériences, il n’y en a pas sur la nouvelle preuve qu’elles apportent en faveur de la liaison entre les phénomènes magnétiques et les phénomènes moléculaires. Les différents degrés d’aptitude ({u’acquiert le fer, sous l’enjpire de certaines actions, à être plus facilement aimanté dans un sens que dans l’autre, sont tout à fait en harmonie avec la disposition que revêtent les particules des corps à s’arranger plus facilement dans une certaine direction que dans une autre. Cette perte de l’aptitude, après la répétition multipliée d’actions contraires, correspond avec rindill'éreuce à s'arranger, d’une manière ou d’une autre, que finissent par présenter les parti-
318 MAGNÉTISMB ET ÉLECTRO-DYNAMIQIE.
cuirs des corps après avoir éprouvé des dérangements nombreux en divers sens F.ntin, les ell'els remarquables du choc, de la ilexion, de la chaleur, eu un mol de toutes ces actions qui clmngenl la position relative des particules, viennent à l'appui du rapport (jue nous avons cherché à établir.
M. Wertheim vient encore récemment de démontrer l’action toute spéciale qu’exerce la torsion sur des tiges et des lils de fer dans le phénomène de l'aimaulalion, eu forçant les molécules matérielles à se disposer en spirales, et en donnant ainsi à la matière elle-mcine la forme qu’.\mpère a assignée aux courants moléculaires. 11 a trouvé que la torsion pioduil dos effets magnétiques temporaires lors([u’elle est temporaire, et permanents lorscpi'elle est permanente; et ces effets ne peuvent être reproduits par aucun autre modcd’actkin des forces mécaniques. L’aimantation, dans les expériences de M. ^Vertheim, était produite par un courant élcctriiiue circulant dans une hélice dont la tige de fer doux occupait l’axe ; et on pouvait constater l'influeni^e que la torsion et la détersion exerçaient sur le magnétisme de ce fer par un procédé très-délicat fondé sur le développemeutd’uncourantd'induction dans une seconde hélice dontleS deux extréinitéscomm’unuiuaienl avec le fil d’un galvanomètre; nousreviendronssurce point dans le ehapitrecinquièmeconsacré à rinduetiou. Toutefois nous pouvons déjà dire ici que, par ce procédé, M. Wertheim s’est assuré qu’une barre de fer aimantée à saturation se désaimante partiellement au moment où elle éprouve une torsion temporaire, et se réaimanle au moment de la délorsion. Si, au contraire, la barre de fer (ou un faisceau de lils de fer) a été aimantée sous Tempire d’une forte torsion permanente par le courant terrestre ou le courant de l'hélice, toute torsion ou délorsion temporaire qui agit sur elle dans le sens de sa torsion permanente produit une aimantation; toute torsion ou délorsion (pii agit en sens contraire produit une désaimantation. Ainsi, dans le premier cas, l’aimantation déjà existante est augmentée; dans le second elle est diminuée.
' On en a nn ceompte remarqii.itite dans ta frasilild que présente le fer quand Il a élé ipendanl toiiaiemps soumis à des viliralions rapides et fréquentes, cumule dans les essieux de» locomotive».
DE l’aimantation PAH l’électhicité dtnamiqi e. 319
L’aimantation semble donc intimement liée avec l'arrangement des molécules, ce qui est favorable à l’idée sur laquelle nous reviendrons, que ces molécules sont originellement aimantées et que raimanlalion ne consiste qu'cà les disposer de façon que leurs magnétismes, qui dans l'état naturel se dissimulent mutuellement, deviennent sensibles.
$ e. Considérations sur les électro^lmnnts.
Après avoir étudié tous les pbénomèucs qui accompagnent et les actions qui facilitent l'aiinanlalion opérée par les" courants électriques, nous devrions revenir sur les propriétés des électro-aimants, analyser les causes qui inlluenl sur leur intensité et les lois qui la régissent, et décrire les formes diverses qu'on leur a données. Ainsi nous aurions à exposer les lois des électro-aimants de Lenz et Jacobi, les recbercbcs de M. Feilzlich sur la pénétration de l'aimantation dans le fer doux, celles de M. Dub sur la force attractive des électro-aimants, celles de M. Poggendortf sur les propriétés des électro-aimants fermés, c'est-à-dire dont les pôles sont réunis par une armure, et enfin celles toutes récentes de M. Nicklès, sur les électro-aimants circulaires. Mais, outre que l'étude approfondie de ce sujet exige des connaissances que nous n'avons pas encore, il nous a paru que ces questions présentant surtout uii intérêt d'application, il y avait avantage à renvoyer leur examen au chapitre de notre sixième partie, oii nous nous occuperons des applications électro-magnétiques.
t.c* principaiiv travaux dont il e»l i|iipslion dans ce chapitre sont :
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