ÉLECTROTIIERAI'IE SPECIALE
à Y électrothérapie spéciale, dans l'intérêt de laquelle nous avons fait toutes nos recherches antérieures et toutes nos observations.
J'ai dû, dans mes dernières leçons, vous expliquer que, grâce à nos nos connaissances électrophysiologiques, de nombreuses expériences et une étude approfondie des phénomènes pathologiques, comme de l'action des courants électriques, nous avons conquis de nombreux points d'appui qui nous permettent d'attendre de l'électricité des guérisonstrès variées; mais j'ai dû ajouter qu'il ne saurait être question de la certitude de nos théories, ni d'espérances conçues à priori. Nous sommes au contraire placés encore plus ou moins sur le terrain de l'empirisme pur et nous devons déclarer que Y électro-thérapie proprement dite plonge encore toujours ses racines dans le terrain de l'expérience.
De là résulte pour nous, avant toutes choses, la tâche d'examiner le plus consciencieusement possible les observations électrothérapiques que nous possédons, de voir si ces faits permettent de croire à des guérisons tout à fait certaines, s'ils résistent victorieusement au contrôle de la méthode de recherche inductive et s'ilsdoivent être ainsi utilisés comme base de la fixation des indications thérapeutiques?
Cela veut dire, ni plus ni moins, que le critique doit tamiser toutes les observations accumulées, aussi bien les siennes que celles qui figurent dans la bibliographie de tous les autres spécialistes, c'est là en effet une tâche difficile à surmonter, surtout quand nous songeons aux obstacles qui, sur ce terrain, peut-être encore plus que sur tous les autres, s'opposent à la constatation de faits thérapeutiques irrécusables ! Abstraction faite de l'élément subjectif qui s'attache, sous bien des rapports à ces découvertes, abstraction faite des idées préconçues dont la plupart des spécialistes sont envahis à l'égard de leurs méthodes de guérison, des illusions plus ou moins inconscientes auxquelles les spécialistes sont exposés si souvent, il s'agit précisément ici, et d'une façon prépondérante, des formes de maladies au sujet desquelles l'observateur le plus consciencieux et le plus défiant peut devenir la proie des erreurs les plus grossières. Dans les maladies nerveuses et spécialement dans les névroses fonctionnelles si nombreuses, bien des changements sont possibles ; bien des améliorations en apparence spontanées, bien des guérirons remarquables se manifestent, l'impulsion psychologique, beaucoup d'autres actions extérieures et en partie presque entièrement inconnues, jouent souvent ici un si grand rôle que le posl hoc, ergo propter hoc entraîne très souvent la conviction sur des voies trompeuses. — Dans d'autres cas, il s'agit de processus morbides si longs, d'une durée de traitement si prolongée qu'avec la possibilité de rémissions et d'améliorations spontanées, le jugement sur le résultat thérapeutique est aisément troublé. Ou bien, comme d'autres médi-
calions simultanées ne sont pas exclues, leurs résultats favorables, les conséquences d'autres cures (bains, etc.), peuvent à tort être attribuées à l'électricité. C'est ainsi que se dressent de tous côtés des obstacles presque invincibles contre l'acquisition d'expériences thérapeutiques certaines ; le recueil statistique de grandes séries d'expériences luimême permet à peine une conclusion positive, vu que les cas distincts sont ordinairement très différents les uns des autres, même quand ils portent le même pavillon diagnostique ; c'est au point qu'ici encore se manifestent de grandes sources d'illusion. Sous ce rapport, il n'y a que les séries d'expériences recueillies par des observateurs scrupuleux qui puissent revendiquer une plus grande valeur.
Si, malgré ces difficultés, le savant, d'une grande expérience, ne perd pas tout à fait l'espérance de sortir de cet océan d'erreurs, cela tient à ce que, précisément quand on a une grande expérience, il se manileste tant de causes de joie et d'émulation, tant de preuves, d'une nature, il est vrai, plutôt subjective en faveur des effets bienfaisants de l'électricité, qu'il en naît une impulsion incessante pour des travaux et recherches ultérieures, sur ce terrain si difficile.
Mais pour la fixation des résultats, pour la construction lente et presque insensible des bases d'une électrothérapie scientifique, il faut assurément faire un choix aussi judicieux que possible parmi les expériences ; dans cette riche collection de cas, on ne doit et on ne peut choisir que ceux qui reposent sur une observation positive et exacte et dans lesquels, par la promptitude et la grandeur du résultat, par l'emploi exclusif de l'électricité et par toutes les circonstances concomitantes, on peut établir, avec le plus de certitude possible, que le résultat thérapeutique doit être attribué réellement à l'électricité seule et non pas au hasard, ni à d'autres influences simultanées. Une pareille quantité de cas, tamisée avec discernement, est encore, sous bien des points de vue, un pium desiderium ; c'est ce qui ne fait pas mystère pour le savant compétent. Compléter autant que possible, et seulement avec des observations choisies, cette quantitéd'observations est encore toujours la tâche principale de l'électrothérapie scientifique.
Une deuxième tâche importante est aussi le choix définitif des méthodes, d après lesquelles le traitement électrique doit se faire le plus logiquement, dans les différents cas distincts. Ce choix, comme on vous l'a dit antérieurement, ne peut pas s'effectuer à priori, en vertu de notre connaissance des différentes actions physiologiques des courants, bien que ces actions doivent nous servir de guides dans nos recherches ; au contraire, cela n'est possible qu'en vertu d'une expérience riche et tamisée logiquement. Indubitablement, une méthode exacte et basée sur la science peut seule nous conduire au but ; des expériences faites au hasard, sans système, sans choix judicieux, ne fourniront jamais de
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matériaux utilisables. Celui qui, dans le traitement d'une myélite dorsale, place un pôle sur un pied et l'autre sur la main du même côté, ou celui qui cherche à guérir une atrophie musculaire progressive, à l'aide du pinceau faradique et autres méprises semblables (j'en ai vu de mes propres yeux !), celui-là ne pourra jamais se flatter de recueillir, dans ses expériences, des matériaux importants. Avant tout, il faut que des théories physiques, claires et précises, forment les bases d'une bonne méthode. D'ailleurs, cette méthode doit tout d'abord être déterminée et dirigée par notre expérience physiologique, par notre connaissance des effets les plus importants des courants ; si ces secours lui font défaut, elle peut naturellement rester sur le terrain empirique ; mais toujours l'expérience doit prononcer l'arrêt décisif et péremptoire ; c'est ainsi seulement que nous arriverons peu à peu à une méthode claire et perfectionnée.
C'est d'après ces principes que je me suis efforcé d'élaborer une électrothérapie spéciale; mais plus je m'occupais de cette tâche, plus jetais forcé d'avouer qu'il existe sous ce rapport de grandes lacunes dans nos connaissances. Malheureusement les faits exacts et positifs nous font encore bien des fois défaut et je reconnais franchement que mes propres expériences, mes propres et nombreuses observations renferment encore beaucoup de défectuosités, beaucoup de lacunes, désagréments dont je souffre vivement, sans que j'y puisse porter un remède efficace. 11 faudra donc encore travailler beaucoup dans ce sens d'après les méthodes scientifiques les plus strictes et les plus rigoureuses. Il faut encore ajouter que pour moi le devoir de l'électrothérapie ne me paraît pas d'attirer le plus grand nombre de maladies possibles dans la sphère de son activité ; il ne faut pas recourir à elle, partout où elle peut être un peu utile, mais seulement quand elle est préférable à d'autres médications, quand son efficacité est prépondérante. Dans les cas où nous possédons d'autres médicaments plus efficaces, nous pouvons nous passer d'elle ; ainsi je regarderais comme déraisonnable de vouloir traiter la fièvre périodique avec le courant électrique (bien cependant que ce courant ne soit pas tout à fait inefficace contre cette maladie), au lieu d'employer la quinine ; on pécherait de même si l'on voulait traiter le rhumatisme articulaire aigu à l'aide du pinceau faradique, au lieu de le traiter avec l'acide salycilique ou si l'on voulait assignera l'électricité une place importante dans la thérapeutique des maladies cutanées et autres affections. On peut naturellement biffer sans remords des conseils semblables, quelque intéressant et justifiable que soit, en fin de compte, l'examen scientifique de la sphère d'activité des courants électriques, même dans ces directions diverses. La science n'est pas forcée de se délimiter elle-même sous ce rapport: mais l'éleclrothérapie pratique a cependant pour tâche de