CHAPITRE XXI
Des allures.
Le pas, le trot et le galop sont les trois allures qu'on doit exiger aujourd'hui d'un cheval de selle.
C'est par l' arrière-main que la masse se porte en avant : l'avant-inain reçoit son action et se développe en raison de la plus ou moins grande extension des parties postérieures.
Les allures sont susceptibles d'augmentation et de dimi-
nutioii : ainsi on peut marcher le pas, le trot et le galop, d'aplomb ou assis, ou trop sur les épaules.
Les allures naturelles aux chevaux de selle sont le pas et le galop ; le trot n'est qu'une allure intermédiaire dont le cheval en liberté use peu ; elle ne lui sert qu'à passer du pas au galop, ou du galop au pas et au repos.
Nos habitudes et nos besoins nous ont fait rechercher l'allure du trot : aussi nous attachons-nous à présent à prendre, pour la reproduction, les chevaux qui la marquent le mieux, comme aussi nous travaillons k la rendre familière à nos jeunes chevaux.
Dans le moyen âge cette allure ne ressemblait en rien à ce qu'elle est de nos jours. L'espèce des chevaux, la pesanteur des armures et l'usage n'en donnèrent pas l'idée ; le trot était un pas tride et cadencé qu'on appelait le passage; cette allure, plus relevée que le pas, donnait du brillant aux destriers qu'on dressait pour les combats. Les règles de nos manèges, instituées d'après les besoins de la cavalerie de cette époque, ne font jamais mention du trot, et ne le désignent que sous ce nom de passage \
Ce n'est que depuis bien peu de temps que le trot allongé a été rangé au nombre des allures du cheval de
' Le destrier était le che\al de coinLat, et ne servait qu'à cet usage ; aussi étaitil dressé comme je l'indique. Les chevaliers hors de combat, ainsi (jne les femmes, avaient pour leurs courses le palefroi et la huqiienée. Ces chevaux, d'une espèce différente, marchaient une allure rapide et mélangée de trot et de galop qu'on appelait le pas relevé. Cette espèce s'est conservée dans la Normandie ; elle sert de monture aux cultivateurs de Cette province.
selle ; il n'avait jamais été considéré que comme propre aux chevaux d'attelage. Cette idée avait été poussée si loin, qu'en France les postillons de chaise et d'attelage, montés sur des chevaux de trait, ne trottaient jamais ; tant l'usage avait de force et tant on trouvait incompatible cette allure avec la posture et la commodité du cavalier.
Il n'y a que très peu de temps que l'on a réformé dans les attelages à la française l'usage de mettre le porteur au galop ; mais en changeant l'allure on n'a pas permis aux cavaliers de remédier aux inconvénients produits par les réactions. Nous avons l'exemple que depuis ce changement plusieurs postillons ont été estropiés ou sont morts de la poitrine ^ .
G^est de l'Angleterre que nous est venue cette allure allongée. Les Anglais, pour jouir des avantages de la rapidité, tout en cherchant à éviter les effets de réactions si fatigantes, ont imaginé, pour en user commodément, ce temps enlevé qui, en donnant le moyen de parer le contretemps, permet au cavalier de conserver la finesse de ses aides, la fl>fité et la justesse de sa niain; avantage qu'on ne peut obtenir lorsque, s'abandonnant à des secousses violentes, le cavalier est souvent obligé de prendre sur sa main et sur ses aides, pour se maintenir, des points d'appui brusques et inégaux, contribuant à dérégler le cheval.
* Cet ouvrage fut écrit en 1824, époque où nous avions encore dans les écuries du roi tous les attelages à la française; le temps et la mode ont fait depuis sentir l'inconvénient que je signale.
TRAITÉ d'ÉQUITATTON. 63