CHAPITRE XXIV
Du galop.
Dans le galop, les jambes marquent toujours leur appui diagonalement, mais elles agissent d'une manière différente : au lieu de venir alternativement en avant comme dans le pas et le trot, un seul côté agit toujours le premier : le cheval marche par des sauts répétés, qui font qu'à chaque temps il quitte terre.
Il résulte de l'ordre dans lequel les jambes se meuvent que le cheval marche toujours un peu de travers, puisqu'un côté est plus avancé que l'autre, et que deux jambes ont à supporter, pendant toute la durée des temps du galop, une plus grande partie de la masse.
TRAITÉ d'ÉQUITATTON. 6f)
Lorsqu'un cheval court a droite on conçoit que la jambe de devant qui entame le terrain, étant la plus élevée et la plus avancée, aura besoin pour conserver cette position de s'appuyer sur la jambe gauche de devant : mais à son tour celle-ci restant en arrière contribuera k reculer la partie gauche de l'arrière-main. et fera supporter à la jambe droite de derrière, qui s'appuie k terre avec elle, l'excédent du poids qui l'empêcherait d'agir. Le côté droit de derrière étant plus avancé, il est évident qu'il contribue plus que le gauche k pousser la masse en avant, puisque dans cette position il est plus près du centre de gravité et qu'il conserve cette position tant que dure le galop k cette main : dans ce cas le jarret aura une flexion plus grande, et dans son extension il portera plus que le gauche la masse en avant ; ce dernier aide soutient et maintient l'action du côté droit.
Quand le côté de l'arrière-main qui contribue le plus k porter la masse en avant se fatigue, le cheval cesse de le faire agir avec la même force : alors la partie qui était la plus reculée passe devant et remplit k son tour les fonctions de celle qui, ayant diminué son action, reste derrière. C'est ce qu'on remarque dans les chevaux qui ont de mauvais jarrets, et qui se désunissent k chaque instant pour soulager alternativement les parties souffrantes et trop chargées de leur arrière-main.
11 arrive encore que, pour soulager l'arrière-main qui est plus chargée en raison de ce qu'on ralentit les allures, le cheval, pour se soustraire k une trop forte sujétion, se
porte sur les épaules et de là sur la main, afin de reporter sur les parties antérieures une pesanteur qui surchargerait les parties postérieures. Dans ce cas, l'allure devient plus allongée, et le cheval prend la position expliquée dans le chapitre : De la position du cheval portant sur l'avantmain ; ou bien si la main rejette la masse en arrière, le cheval, pour éviter la sujétion, se traversera, c'est-a-dire iera tomber les hanches hors de la ligne des épaules.
Nous voyons que plus le galop est raccourci, plus le cheval est assis, et qu'alors l'arrière-main en fléchissant, faisant élever le devant, le rend par conséquent plus léger. Ainsi, lorsqu'on veut augmenter l'allure, il faut nécessairement porter sur lavant-main une portion du poids qui surcharge la partie postérieure, et l'empêche de se développer, en raison de la vitesse que l'on veut obtenir. Moins cette partie sera chargée, plus elle aura de force pour chasser le devant, qui alors se chargera a mesure que le derrière prendra de l'élévation.
Plus le galop se déploie, plus les jambes qui doivent rester en arrière se rapprochent de la ligne de celles qui entament le terrain ; alors le poids se partage plus également, et, dans la répétition des sauts qui marquent les temps de galop, les deux portions de la partie postérieure et de l'avant-main chassent ou reçoivent des poids presque égaux. Plus l'arrière-main chasse avec force, plus l'avantmain reçoit de pesanteur, et plus alors elle a besoin d'appui.