CHAPITRE XLIV Moyen de fermer ou d'aller sur les pas de côté
Nous devons pour obtenir ce mouvement balancer l'action des mains et des jambes, de façon que le cheval n'avance ni ne recule. Une fois mis en mouvement, on lui offre une liberté dans la direction qu'on veut suivre, en lui présentant une résistance du côté opposé. Ainsi, voulant appuyer de droite à gauche, on marque un arrêt de la bride, et l'on ferme les jambes pour rassembler le cheval et le mettre en action. Ce mouvement exécuté, on marque un arrêt et une pression de la rêne droite afin d'arrêter le mouvement de l'épaule droite ; cette épaule étant arrêtée agira nécessairement sur la hanche gauche, qui, au lieu de se porter en avant si l'on avait laissé la liberté à l'épaule, étant repoussée par elle, reculera ou s'échappera à gauche.
Dans ce mouvement, en fermant la jambe droite pour pousser la hanche droite à gauche, on déterminera le mouvement à gauche de la hanche gauche, déjà provoqué par l'arrêt de la rêne droite, et l'on mettra en mouvement l'épaule gauche, qui. trouvant une résistance dans la main et une pression lui venant de droite, ne pouvant se porter en avant, s'échappera a gauche, étant poussée par le mouvement de la hanche droite.
J04 TRAITÉ d'ÉQUITATION.
Une fois mis en mouvement dans cette nouvelle direction, ce sera au cavalier a balancer l'action de ses aides. Si le cheval pousse trop précipitamment ses hanches a droite, on atténuera ce mouvement par l'action de la jambe droite en diminuant celle de la gauche : si l'épaule ne se porte pas assez a droite, ou l'on écartera la rêne droite ou l'on portera la main gauche dans cette direction.
Il est bon, pour apprendre à un cheval à marcher ainsi, de le mettre vis-k-vis un mur; la tête étant maintenue, la main n'aura pas besoin d'une action aussi grande, et il recevra plus froidement cette leçon.
On peut môme commencer ce travail sans monter le cheval, afin qu'il apprenne à bien croiser ses jambes. Dans ce cas, voulant aller de gauche k droite, on tient le cheval par la bride de la main gauche en le maintenant la tête en face le mur, et en lui faisant appuyer les hanches en l'excitant avec une gaule ; k mesure que les hanches s'échapperont, on portera les épaules vis-a-vis des hanches.
Cette marche doit servir de préparation k toute espèce de travail oblique.
Avant de prendre les changements de main sur les hanches, il est bon de faire marcher son cheval soit en ligne droite, soit sur les cercles, en faisant porter les hanches tantôt en dedans de la ligne que l'on parcourt et tantôt en dehors.
Ainsi, par exemple, en marchant k main droite, si 1 on . veut laisser tomber les hanches en dedans, on marquera un arrêt égal de la bride pour rassembler le cheval et lui
TRAITÉ DEQUITATION. 105
maintenir les épaules dans la ligne que l'on suit ; la jambe gauche donne alors une pression assez forte pour jeter les hanches à droite et les faire dévier jusqu'au point que l'on croit nécessaire ; la jambe droite maintient la hanche droite, et l'on continue à marcher dans cette position jusqu'à ce que, le cheval étant assoupli de ce côté, on veuille alors porter les hanches en dehors ou bien changer de main pour exécuter du côté opposé. Dans ce travail, la main droite doit être fixe autant que possible, et l'on n'agit davantage sur une rêne que sur l'autre que lorsque l'on veut plier l'encolure ou redresser les hanches avec fa bride ; car l'efïet des rênes a une action assez directe sur les hanches, pour qu'il suffise aussi sur un cheval assoupli, pour le faire marcher obliquement sans le secours des jambes. En effet, nous savons que l'épaule gauche se met en miouvement avec la hanche droite ; nous avons expliqué que par leur position transversale, lorsque l'épaule gauche était restreinte et maintenue à gauche, la hanche droite devait s'échapper a droite ou reculer. Si la rêne gauche produit cet effet sur la hanche droite, la rêne droite produit ce même efPet sur la lianclie gauche ; alors il est aisé de comprendre que, lorsqu'un cheval échappe trop ses hanches a droite et que la jambe ne peut arrêter ce mouvement, l'action de la rêne droite pourra le maîtriser, puisqu'en disposant la hanche gauche a s'échapper à gauche elle arrêtera naturellement le mouvement contraire. Ainsi, par la résistance de la rêne sur le côté opposé où l'on veut fuir les hanches, et ensuite par la pression de
cette même rêne pour porter l'épaule vis-à-vis la hanche que l'on a engagée, nous voyons que l'on peut marcher obliquement sans le secours des jambes.