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CHAPITRE PREMIER

Les bons et longs services d'un cheval dépendent toujours de la manière dont il a été commencé. Il ne s'agit pas, sur un poulain, de se hâter d'exiger un travail servant k faire valoir l'adresse et ressortir la promptitude avec laquelle le cavalier peut le soumettre k ses exigences ; il faut, au contraire, user de patience pour donner au cheval le temps de se développer, avoir enfin le discernement de juger ce qu'il est en état de donner. Des exigences trop promptes peuvent faire sortir des tares, rompre les allures, faire naître la défense, engendrer des maladies inflammatoires, et venir ainsi, d'une manière désastreuse, influer pour toujours sur l'économie du cheval.

11 est possible que des chevaux du même âge difl'èrcnt dans leur force et dans leur énergie. Gela tient : i" k leur race ; y" k la manière dont ils ont été nourris dans le jeune âge; 3° k l'exercice auquel ils ont été soumis chez l'éleveur.

Cette éducation première influe nécessairement beaucoup sur le plus ou moins de promptitude avec laquelle on peut dresser un cheval. 11 faut donc savoir, quand on entreprend son dressage, s'il a été soumis à l'entraînement, s'il a été livré aux travaux de la terre, ou si, resté dans l'herbage, il n'a reçu aucune préparation, aucune nourriture d'écurie ; et l'on agit alors en conséquence.

Un cheval ayant été soumis à l'entraînement peut avoir plus de force qu'un autre; mais, cependant, il doit être commencé avec ménagement, non seulement pour rendre à ses allures une régularité qu'il a pu perdre dans les exercices et les épreuves, mais encore afin qu'il puisse rentrer en condition. Celui qui a travaillé a la terre a de même besoin d'être ménagé, non seulement pour lui faire reprendre des aplombs et des mouvements qu'un travail trop forcé aurait pu altérer, mais encore pour éviter les influences fâcheuses qu'entraîne après elle la nourriture surabondante et malsaine donnée à ces chevaux quand on les prépare pour le commerce. Enfin, le cheval n'étant pas sorti de l'herbage demande des ménagements, parce que. ignorant tout, n'ayant aucune force, trop d'exigences pourraient l'effrayer, le faire défendre et le rendre malade. Dans ces trois hypothèses, nous voyons la nécessité d'agir toujours avec prudence. Une autre raison très grave vient se joindre k celles-ci pour engager à mettre beaucoup de circonspection dans les premières exigences. Quel que soit le cheval auquel on s'adresse, il faut savoir que d'habitude il est livré au commerce a quatre ans; qu'à cet âge les

gourmes arrivent, la dentition est dans son travail le plus fort, et que leur influence fait perdre au cheval toute l'énergie dont précédemment il aurait pu être doué.

Les gourmes sont d'autant plus fortes et plus dangereuses qu'un cheval est tourmenté ; les transpirations trop abondantes, provoquées alors, peuvent amener la morve ou des fluxions de poitrine, qui reculent a tout jamais, ou pour longtemps, une éducation que l'on aurait voulu trop avancer.

L'école de Versailles, parfaitement convaincue de ce que je viens de dire, savait attendre ; lorsque, pour doter le pays d'un encouragement salutaire, elle achetait à trois ans les chevaux bruts chez l'éleveur, elle ne les mettait en service qu'à cinq ans.

Le jour où il a été nécessaire d'attaquer ou de tourner en ridicule les principes de cette école pour se faire valoir, il a bien fallu paraître ne pas comprendre tout ce qu'avait de logique et de sage cette manière d'agir. Quand on croit trouver des procédés capables de donner en trois semaines à tous les chevaux, quels que soient leur âge et leur construction, la même force, la même énergie, les mêmes qualités, comment ne pas condamner et répudier une équitation qui pouvait croire aux diflerences, et trouver quelquefois utile de ne rien forcer dans l'éducation du cheval ?

Quoi qu'on puisse dire, je ne pense pas qu'il existe de règles, de principes, de recettes en état de faire marcher les choses plus vite qu'elles ne peuvent aller.

Le résultat du système de Versailles était d'avoir pour les écuries royales des chevaux dont la durée était incalculable. Le renouvellement du service de la selle se faisait par quatorzième. Nous avions encore en i83o des chevaux achetés sous l'Empire ; et les écuries du roi actuel avaient, il y a deux ans, des chevaux provenant de nos écuries.

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