INTRODUCTION
La ri5sonnance d'une corde ou d'un tube sonore est incontestablement le principe physique et matériel de notre musique. Plusieurs thf^oricien^ même ont préteniu, à tort, il est vrai, on va le démontrer tout à l'heure, que de là provenait notre systènae harmonique et mélodique tout entier. Nous croyons donc devoir donner ici un exposé succinct des effets de ce phénomène acoustique sur leqnrl s'appuient certaines combinaisons harmoniques et mélodiques.
Lorsqu'on fait vibrer une note grave, par exemple Vul grave soit d'un violoncelle soit d'un piano, et qu'on approche l'oreille en écoutant attentivement la résonnance, outre le son grave ttt, on ne tarde pas à entendre distinctement des sons accessoires appelés sons concomitants ou aliquotes ou harmoniques de ce son fondamental. Voici l'effet produit tout d'abord :
'JZzz:^izzz'i- Toute oreille un peu exercée, si elle ne peut apprécier les différentes octa-
VOS doubles, friti luira au moins l'eff-'t suivant : —/ a , c'est-à-dire l'octor* du son
g'ave, sa douzième ou quinte j:is.'e, et si di.r-srpti':me ou tierce majeure. De plus, è mesure que la vibration de la corde devient plus faible, l'oreille distinguera, à l'aigu, la septième mineure, puis enfin la neuvième rrajeure. Afin de mieux se rendre compte de l'accord on peut resserrer ces différentes notes dans la disposition suivai
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Les vibrations de la colonne d'air contenue dans un tube ouvert, tel que le cor ou la trompette, donnent successivement et invariablement, selon l'intensité du souffl; qui les produit," ou selon la pression des lèvres, une série de sons dont les rapports sont exprimés dans l'échelle suivante (*)
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Mais tous les sons de celte échelle ne sont pas d'une justesse rigoureuse; le si\f est un peu trop bss et le fa est trop haut; d'ailleurs il se présente encore une objection, bien plus importante, au système qui prétend fonder notre musique tout entière sur les divisions naturelles des corps sonores, c'est que l'ensemble des parties aliquotes d'aucun tube ni d'aucune corde qu'on fait résonner ne nous donne l'impression du mode mineur; cependant notre âme et nos sens sont tout aussi accessibles aux impressions de ce mode qu'à celles du mode majeur.
Ce qui vient d'être énoncé doit mener simplement à cette conclusion : que le mode majeur est le plus parfait en ce qu'il se rapproche le plus de la sonorité naturelle. Cette vérité se fera sentir et trouvera son application dans plusieurs parties de cet ouvrage, c'est pourquoi on a cru devoir la consigner ici. En dehors de ce fait évident tout ce qu'on veut appeler Ihhiie naturelle n'a jamais produit que des dissertations sans résultats pour l'art. Que les données qui ser-
(') On ne donne ici que Ictendue la plus restreinte et la plus ordinaire de cette éclielle qui, selon la nature de l'instrument, peut souvent être dépassée, soit au grave, soit à l'aigu.
fenl (le base au système musical moderne soient naturelles ou conventionnelles, ii faut les accepter comme on ncccpte une révélation ; notre sentiment et nos habitudes musicales en sont la conséquence; le raisonnement ne les modifiera pas, et ce iraité n'a d'autre but que de rechercher, d'analyser et d'exposer le pi is clairement possible toutes les ressourças renferméer <jms l'harmonie telle qu'on la pratique de nos jours.
La musique, envisagée au point de vue moderao, comprend trois éléments : le rhylHme, la mélodie et l'harmonie.
Le liHTTHME est la sensation détermméc par les rapports do durée relative soit de dilTérents sons consécutifs, soit des diverses répercussions ou répétitions d'un môme son ou d'un bruit, soit des diverses impulsions que reçoit un objet quelconque; il naît de la division du temps, è condition, toutefois, que les différentes divisions en soient assez courtes pour permettre à la sensation et à l'esprit de les comparer. La durée plus ou moins longue des sons, leur interruption périodique ou irrégulicre, la symétrie ou l'irré^'ularité de leurs nombres, enfin toutes les combinaisons possibles de valeurs sont autant de causes produisant des rhythmes différents plus ou moins entraînants ou incisifs, plus ou moins vagues ou languissants.
La .MÉLODiK est l'émission successive d'un nombre indéterminé de sons dilTérents; ainsi il suffit que deux sons différents se succèdent immédiatement pour qu'il y ait mouvemenl nétodique.
L'Haiîmonie, dans le sens absolu du mot, consiste dans l'émission simultanée de plusieurs sons différents.
Chacun de ces trois éléments a une influence spéciale, mais leur union est nécessaire à toute œuvre musicale complète
Le lihythme peut exister sans mélodie ni harmonie, car il peut être produit par le moyen de toute espèce d'instrument de percussion. Des trois éléments musicaux le rhythme est le plus indispensable; il est aussi celui dont l'effet est le plus infaillible en ce qu'il est le plus matériel et que, par cette raison, il agit sur les organisations même les plus grossières.
La Mélodie ne peut se passer de rhyihme ; mais elle peut exister et charmer sans le secours de l'harmonie ; son origine est dans h^s inflexions de la voix humaine traduisant les diverses affections de l'âme. Le rhythme et la mélodie sont les deux éléments de la musique des civilisations antiques.
L'Harmonie, dans le sens de son application à l'art, no peut se passer de rhythme ni de mélodie, à moins de supposer une émission simultanée de sons immuables ; car dès 1 instant qu'une mutation quelconque s'effectue dans les sons il en résulte un rhythme et une mélodie. Ainsi l'Harmonie , dans l'acception la plus étendue du mot, embrasse la musique tout entière; mais, do fait, elle forme une branche distincte et spéciale do l'art ; elle traite particulièrement des conditions et des lois qui régissent la concordance des sons. Il est donc évident que le cadre d'un traité consacré spécialement à l'étude déjà si complexe de l'Harmonie proprement dite ne perm-^t pas d'approfondir et de déveloitper l'élément rhythmique ni l'élément mélodique; cependant leur influence, dans l'Harmonie, est considérable et constante, et cette influence a été signalée autant que possible dans tout le cours de cet ouvrage ; mais, dans un grand nombre de cas, c'est plutôt au senliiiient musical à deviner et à apprécier cette influence ; l'élève qui n'en aurait pas l'intuition n'est pas né musicien, et, dès à présent, doit fermer ce livre.