CHAPITRE III
ARTICLE I
DB L'iNFLUBNOB TONALB HBLATIVB DBS AOCOBCS 00N80NN AMTd.
Tout ce qui a été dit % 9. sur la tonalité en général va trouver son application dans la pratique des accords.
§ 59, Lorsqu'on fait entendre isolément un accord parfait, soit majeur, soit mineur, l'oreille l'accepte immédiatement comme accord de tonique. Mais si plusieurs accords dilTérenla se succèdent, il en résulte des rapports de sons qui déterminent plus ou moins promptement une sensation tonale laquelle, toutefois, ne se complète que quand l'oreille a pu saisir l'accora de tonique que cette succession d'accords coiiûrme ou prépare.
Les exemples suivants vont servir d'éclaircissements : A B C ^ ^? ^ ,
Dans Tex. A, le premier accord donne l'impression de la lotmlité d'Ut majeur; les accords qui lui succèdent, loin do détruin- cette tonalité, ne font que la confirmer, puisque les notes constitutives de ces divers accords appartiennent toutes à la gamme ù'Ut. — Dans l'ex. B, les mêmes raisons déterminent et maintiennent la tonalité de La mineur. — Le premier accord de l'ex. C donne la sensation de Fa majeur, et s'il n'élait suivi d'aucun autre accord, l'oreille s'arrêterait à la tonaliié de Fa; mais l'accord suivant {sot, si, ré,) vient détruire cette impression, puisque le si naturel n'appartient pas au ton de Fa ; or la relation des deux notes fa et n implique naturellement et forcément le ton d'W, et le sentiment musical n'est pleinement satisfait qu'après avoir entendu l'accord ii'ut qui est celui de la tonique résultant de la relation des deux accords précédents. Il en est de même de l'ex. I) qui commence par un accord de la mineur auquel succède l'accord {sol, si, ré,) qui implique le ton d'Ut majeur, le sol naturel n'appartenant pas à la gamme de La mineur.
De là on peut conclure: !• qu'en raison de l'impression lonaU immédiate il est générale, ment préférable de commenocr un morceau par l'accord du 1" degré; 2* qu'une succession d'accords différents n'est satisfaisante que lorsqu'il en résulte une sensation tonale précise: 3» que l'accord parfait sur la tonique doit être le but final et la con^-lusion detnnt mo'-cpau de maslque. Ainsi les deux ex^^mples A et B restent en suspens sur l'accord du 5» dfiffré qui fait désirer l'accord de la toniguê comme conclusion, tandis que dans les ex. G et D la sensation tonal» est parfaitement établie.
ARTICLE IL
IMPOBTAMOK BKLATIYB DBS DIFV^B 8MT8 DBQBifl
§ 60. Dorénavant, par le mot degré, on sous-entendra l'accord formé sur le degré qui lui sert de fondamentale ; ainsi, nommer le degré, c'est désigner la fondamentale de l'accord jous-entendu.
§ 61. Dans toute série d'accords concourant à une tonalité il est certains degrés sur lesquels on doit faire des retours plus fréquents que sur d'autres, sous peine de rendre l'effet tonal indécis ou peu satisfaisant. Les degrés qu'on emploie le plus fréquemment sont : \e premier (accord
de la tonique) et le cinquième (accord de la dominante); il existe un grand nombre de morceaux de musique dont l'harmonie ne renferme que ces deux accords. En associant le quatrième degré aux deux précédents l'effet tonal est complet puisque l'ensemble des accord> de ces trois degrés renferment toutes les notes de la gamme, ce que l'on peut vérifier en disposant ces accords ainsi qu'il suit :
domin. Ionique.
domin. tOHique.
(oiuHJoin. "" "" -"—■«"• ù'"
Miu-doin.
Ces trois degrés, dans les deux modes, comportent donc les accordspar excellence; on les appelle LES BONS DEGRÉS OU DEGRÉS DU PREMIER ORDRE. Mais de leur emploi exclusif ou de l'abus qu'on en fait généralement, naît la monotonie ; leur effet est d'autant plus grand qu'on sait les ménager et les opposer à d'autres degrés moindres comme importance tonale mais qui, par cela même, contrastent avec eux et les font mieux valoir. Ainsi le deuxième et le sixième degrés, dans les deux modes, sont d'un excellent effet lorsqu'on possède l'art de les placer; toutefois ils ont une valeur tonale moindre que les trois degrés de premier ordre, en ce qu'ils ne sont pas rigoureusement nécessaires pour constituer la tonalité, et que leur retour trop fréquent ou leur durée trop prolongée nuit à l'impression tonale; ces deux degrés (le 2' et le 6*) sont donc de second ordre. — Le troisième degré de la gamme majeure est faible comme effet tonal; on l'emploie assez rarement. — Le septième degré du mode majeur est plus faible encore que le précédent; on ne l'emploie que dans certaines conditions particulières dont il sera parlé dans le chapitre des marches harmoniques; provisoirement on s abstiendra absolument de s'en servir- En résumé le 3* et le 7' degré du mode majeur sont les degrés de TROISIÈME ORDRE; On Ics appelle aussi m.vuvais degrés — En ce qui concerne le 7* degré du mode mineur, son emploi, dans quelques conditions que ce soit, est, pour ainsi dire, nul. — Quant au 3' degré du mode mineur, on sait qu'il doit être considéré comme n'e'ïistantpas(S22).
BBMAHQHBa 8BKVANT DB OONOLUSIOM AU OHAPITBB III.
S 6-2, En réfléchissant à tout ce qui vient d'être exposé, et après avoir exécute lentemenV et avec précision, sur un instrument à clavier, toutes 'es leçons réalisées jusqu'ici, on devra être convaincu de cette vérité: que l'importance harmonique d'un accord, c'est-à dire l'impression plus ou moins parfaite qu'il produit, dépend entièrement de ses relations avec les accords qui l'avoisinent. On ne saurait assez se pénétrer de ce fait ; les exemples suivant! •ont achever de le mettre en évidence; E F
}«jf
L'tecord parfait mtneur qui sert de début à l'ex. E, accuse la tonalité de Ht mineur, et cette tonalité est confirmée par les accords suivants, de telle sorte que, ce premier accord attirant à lui toute la force tonale, l'oreille est irrésistiblement entraînée à l'accepter comme accord de tonique et à le désirer comme conclusion.— Or, dans la cinquième mesure do l'ex. F, se trauTe identiquement ce même accord; mais son effet est tout autre que dans l'ex E; il a quelque chose de faible et d'indécis, et l'oreille, loin de désirer s'y reposer, aspire à d'autres accords dont la plénitude tonale soit saisissante. D'où vient la faiblesse harmonique de cet accord qui, dans l'ex. E, avait une puissance tonale si forte 7 c'est que les accords qui le précèdent dans l'ex F, constituent la tonalité d'Ut majeur dont cet accord m», sol, si se trouve être le troisième degré ( degré faible § 61).
Ces exemples, ainsi que toutes les leçons réalisées précédemment, constatent donc qu'un mémeaccord, placé dans des conditions différentes, produit des effets différents et quelquefois entièrement opposés. On doit comprendre maintenant qu'il est utile et important de nommer les accords par l'ordre numérique des degrés qu'ils occupent dans la gamme, au lieu de les désigner simplement par le nom de leur fondamentale ; ainsi p. ex. accord d'ut majeur est une dénomination vague , car cet accord peut être le l" degré d'Ut majeur, ou le 5' de Fa majeur, ou 'b 5* de Fa mineur, ou le 4' do Sol majeur, ou le 6* de Ui mineur, et cet accord produit un effet très-différent dans chacun de ces cinq tons.