CHAPITRE IV PROPRIÉTÉS BACTÉRICIDES DU SÉRUM
Sérum des animaux sains. — C'est un fait d'observation, qu'm vivo^ le sang est pour les bactéries un milieu assez inhospitalier (Roger), sans parler de l'action mécanique qui entraîne les microbes dans les capillaires viscéraux à circulation ralentie, ceux-ci ont à compter avec l'action des phagocytes et avec les propriétés bactéricides des humeurs.
In vitro, comme l'ont montré Grohmann et Fodor\ puisFlugge'^ et ses élèves, NuttaP et Nissent, le sang atténue la vitalité des microbes qu'on y ensemence, en particulier celle de la bactéridie charbonneuse. Le sérum du rat blanc détermine même une véritable dissolution des bactéridies, introduites dans sa masse.
Le sérum du lapin et le sérum du cheval ont aussi des propriétés bactéricides très marquées vis-à-vis du bacille d'Eberlh et du vibrion cholérique, comme l'a montré Buchner'^
Le pouvoir bactéricide du sérum, pas plus que la propriété préventive ou antitoxique, n'est l'apanage du sérum des animaux réfractaires, comme on l'avait cru tout d'abord ; si le rat blanc, animal relativement réfractaire au charbon, a bien un sérum bactéricide, comme l'ont montré Nuttal, Behring, Metchnikoff et Roux, Sawschenko, le lapin si sensible cependant à l'infection par le bacillus anthracis, a également un sérum doué de propriétés bactéricides.
Le sérum d'un animal réfractaire à une espèce bactérienne peut, d'autre part, ne posséder aucune propriété bactéricide et fournir au microbe qu'on y ensemence un excellent terrain de culture (Behring et Nissen) ^.
1 FoDOR. Deutsche medicin. Wochens., 1886, p. S17 ; 1887, p. 745.
2 Flugge. Zeitsch. f. Ihjglene, 1888, t. IV, p. 208.
3 Nuttal. Zeilsch. f. Hygiène, 1888, t. IV, p. 353.
* BucHNER. Arch. f. Hyg., 1890, t. X. Centralhl. f. Bukl., 1889 et 1890. s Behiung et Nissen. Zeitsc/ir. /. Hygiène, 1890, t. VIII, p. 412.
PROPRIÉTÉS BACTÉRICIDIiS DU SÉRUM DES ANIMAUX.
La propriété bactéricide des sérums normaux vis-à-vis de certaines bactéries, comme la propriété toxique (sérum d'anguille), est une véritable qualité individuelle du sérum; ainsi, les sérums du cobaye et du chien se montrent inactifs vis-à-vis de la bactéridie, le sérum du pigeon peu nuisible, le sérum du rat et du cheval très dissolvants. On ne peut, dans l'état actuel de la science, déterminer la loi qui préside à l'apparition de cette propriété dans certains sérums.
Le pouvoir bactéricide du sérum se manifeste d'une façon variée, certains microbes sont tués sans changement de forme, d'autres sont transformés en granules, d'autres enfin, subissent une véritable dissolution — c'est ainsi que le sérum du rat blanc jouit de la propriété de dissoudre la bactéridie charbonneuse : en observant le mélange de sérum et de bacilles maintenu à 37", on constate après 10 à 15 minutes, que les bactéridies ont augmenté de volume et sont devenues granuleuses ; après une heure, il n'existe plus que des grains libres ; après 24 heures, le microscope ne révèle plus aucune forme visible.
Propriétés bactéricides du sérum des animaux inoculés avec des bactéries. — La propriété bactéricidese développe, d'autre part^ dans le sérum des animaux, à la suite de l'inoculation préalable de certaines espèces microbiennes. Le sérum de cobaye ne manifeste pas à l'état normal d'action bactéricide vis-à-vis du vibrion cholérique ; il acquiert au contraire cette propriété si l'animal a été soumis à l'inoculation préalable de vibrions cholériques, autrement dit s'il a été vacciné contre ce vibrion.
Behring et Nissen ont pensé qu'il s'agissait là d'une loi générale applicable à tous les cas. L'observation contredit cette généralisation ; le sérum des animaux immunisés contre la bactéridie charbonneuse, le pneumocoque, le streptocoque, le bacille du Hog-choléra ne jouit d'aucune propriété microbicide vis-à-vis du microbe pathogène correspondant. IsaefF a montré, pour le pneumocoque en particulier, que les propriétés bactéricides qu'on avait attribuées au sérum des lapins vaccinés contre ce microbe n'étaient qu'apparentes ; le pneumocoque qui a poussé dans le sérum des animaux vaccinés n'est pas atténué dans sa virulence, comme semblerait le démontrer l'absence de toute action pathogène déterminée par l'inoculation de la culture