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Traité d'histologie :

Le présent Traité d' Histologie comprendra deux volumes. Le premier, consacré à l’étude de la cellule en général et des cellules spéciales qui forment les divers tissus, paraît aujourd’hui sous le titre de Cytologie générale et spéciale. Le second, où seront étudiés les organes, et que nous appellerons Histologie et Anatomie microscopique, sera publié dans le courant de l’année 1905.

L’ordonnance méthodique des matériaux est celle d’un traité didactique. Mais nous avons eu le souci d’adoucir la sévérité du traité et d’en rompre la monotonie par des réflexions ou des comparaisons et en nous attardant quelque peu à certains passages descriptifs.

Le mot Histologie a conservé jusqu’à présent une signification si étroite dans les milieux universitaires et dans les programmes d’enseignement, qu’à feuilleter simplement notre ouvrage, beaucoup jugeront de prime abord qu’on y trouve bien des choses étrangères à l’Histologie et trop peu d’Histologie proprement dite. La substance des livres I, III et IYr, et des livres IX, X et XI n’entre pas en effet dans la constitution de la plupart des livres classiques d’Histologie. On n’a pas l’habitude, dans les ouvrages de ce genre, de se demander ce qu’est le protoplasma, la matière vivante, mais on la pose d’autorité comme une matière sui generis , comme une donnée irréductible. La recherche des problèmes n’est-elle pas proprement l’affaire du savant, la donnée classique et presque dogmatique, servilement consentie, n’est-elle pas tout ce qu’il faut à l’étudiant? De même, pense-t-on, les problèmes de la fécondation et de l’hérédité dominent de trop haut le niveau des

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étudiants, qui doivent demeurer dans le terre à terre des réalités du tissu conjonctif et des lobules hépatiques. Nous avons pensé autrement. Nous croyons qu’il est grandement temps d’intéresser les élèves à toutes les questions et de leur demander plus d’intérêt pour les grandes que pour les petites, qu’il faut retenir leur attention dans la mesure exigée par l’étendue des horizons et la profondeur des vues, et que point n’est besoin de leur faire fixer longuement et sans aucun recul un fait de médiocre dimension. C’est pourquoi nous nous sommes efforcés de donner dans ce livre une vue panoramique où se déroulent toutes les grandes questions, en même temps qu'une table d’orientation capable de guider les chercheurs qui débutent dans le choix des sujets dignes de les retenir. Les questions amples y sont traitées avec l’ampleur qui nous a paru leur convenir ; nombre de faits, au contraire, qu’on trouve cependant reproduits avec détails dans tous les ouvrages classiques d’histologie, sont ou simplement signalés ou même sacrifiés, comme plus ou moins dépourvus de valeur instructive. Il nous a paru insuffisant, pour justifier dans notre traité la présence d’un fait, la citation d’un document, que ce document soit certain, que ce fait existe ; il faut encore que la place qu’ils occupent dans l’exposition et dans la mémoire du lecteur soit méritée par leur importance. Pour prendre un exemple concret, emprunté aux tubes nerveux à myéline, la constitution fibrillaire du cylindre-axe, sur laquelle repose déjà toute une théorie explicative du fonctionnement du système nerveux, est de bien autre valeur que la production de la croix latine : fait plus facile à constater qu’à expliquer, qui demeure provisoirement une bizarrerie de la nature et une curiosité microscopique.

Tel est l’esprit général de cet ouvrage d'Histologie ; et voilà en quoi nous avons voulu qu’il différât de ceux qui l’ont précédé. Il nous faut répondre à présent au reproche spécial d’avoir introduit dans ce livre autre chose que de l’Histologie (au sens restreint qu’a cette science dans nos Facultés de Médecine), d’y avoir mis de l’Histologie' comparée, de la Physiologie, de la Chimie, de la Physiquç.

Nous nous défendons d’avoir voulu faire un traité d’Histologie comparée ; et si telle avait été notre intention, elle eût été bien incomplètement remplie. Il existe d’ailleurs, à l’étranger du moins, de fort bons ouvrages d’Histologie comparée, tels que le petit livre de Bergh, Vorlesungen iiber die Zelle und die einfaehen Gewebe , et que le gros volume si bien documenté et si personnel de C. Schneider, Lehrbuch der vergleichenden Histologie der Tiere ; en France même, on trouverait les renseignements désirables sur cette matière dans plusieurs ouvrages, par exemple dans les monographies qui forment Y Anatomie comparée pratique de Vogt et Yung, la Zoologie descriptive de Boutan, etc. Mais si nous n’avons pu songer à juxtaposer dans un volume — qu'il aurait fallu faire énorme — tous les faits intéressants de l’Histo-

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logie animale et même végétale, si nous n’avons même pas eu le souci de la comparaison des principaux d’entre ces faits intéressants, nous avons eu du moins trois préoccupations.

Nous avons voulu tout d’abord que les formations structurales, les espèces cellulaires les plus caractéristiques d’un groupe de la série animale soient indiquées et mises à la place qui leur convient : les éléments de la radula des Mollusques parmi les phanères dentaires, les cellules chloragogènes des Vers parmi les cellules spécialisées du mésoderme. Nous avons voulu ensuite que ces matériaux prennent place dans l’ensemble autant que possible avec leur valeur propre et leur importance relative, de façon à éviter dans notre traité l’erreur anthropomorphique dont toutes les sciences sont coutumières, et même l’erreur — que la crainte d’un barbarisme nous empêche d’appeler vertébro-morpliique — si fréquente dans les sciences d’observation, telles que l’Histologie. Cette erreur est due à ce que l'examen histologique des animaux invertébrés, malgré des monographies nombreuses et excellentes, et malgré des ouvrages généraux de la ve^ur documentaire de celui de Schneider, n’a pas été poussé assez loin, tandis que les moindres particularités de structure et de texture des Vertébrés ont été minutieusement étudiées et décrites. Cela tient à ce que, comme on l’a fait observer, le plus grand nombre des histologistes de profession sont sortis et sortent encore des Facultés de Médecine et que l’Histologie des Vertébrés est pour eux le champ d’investigation le plus proche et le plus directement abordable. Nous avons voulu réagir contre une tendance naturelle, véritablement déformatrice du tableau d’ensemble de l’Histologie générale ; elle consiste à aller au plus près, à mieux connaître ce qui nous entoure immédiatement que ce qui est plus éloigné de nous, ou à le connaître seul, et par conséquent à accorder aux choses voisines de nous une importance exagérée. Si nous avons décrit successivement les cellules visuelles à corps interne des Vers, les cellules visuelles à rhabdome des Arthropodes, les cellules visuelles à bâtonnet des Vertébrés, ce n’est pas seulement avec la préoccupation purement descriptive d’un zoologiste que nous l’avons fait. C’est pour que le lecteur sache bien que la cellule à bâtonnet de la Grenouille ou de l’Homme n’est qu’un des types principaux que peut revêtir l’élément de la vision, et pour qu’il mette cette cellule à sa vraie place parmi les autres.

Nous avons obéi enfin, très souvent, dans nos incursions sur le territoire de l’Histologie zoologique ou même botanique, à une autre préoccupation, qui paraîtra sans doute plus légitime encore. C’est celle d’aller chercher la description d’un phénomène général là où cette description a été le mieux faite, parce que l’espèce qui en est l’objet offre sous ce rapport la disposition la plus typique, la mieux propre à faire connaître les états plus compliqués réalisés chez des espèces

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supérieures telles que les Vertébrés. Il est bien évident, par exemple, que si, pour se faire une idée exacte des processus de la spermatogenèse ou du phénomène de la fécondation, on n’avait à sa disposition que les données obtenues par l’étude de l'Homme ou même du Rat, on demeurerait dans l'ignorance presque complète de la nature essentielle de ces phénomènes, dont il faut demander l’exemple et l’interprétation aux Ascarides et aux Oursins. « Les questions d’Histologie comparée, a dit Math. Duval, ne doivent être abordées, dans un ouvrage destiné essentiellement aux études médicales, que lorsqu’elles étendent, complètent et expliquent directement les faits histologiques ou histo-physiologiques relatifs à l’Homme et aux Mammifères. » C’est le cas, dans notre exemple ; et d'ailleurs nous n’avons pas encore dit que notre ouvrage ne s’adresse qu’aux étudiants en médecine.

Il nous faut justifier aussi les tendances physiologiques du premier volume de cet ouvrage. Nous n’avons pas eu ici à remonter un courant, mais nous avons pu céder à des tendances, bien naturelles d’ailleurs, de l’esprit en général, et spécialement de celui de l’étudiant. La description pure des formes en elles-mêmes et pour elles-mêmes ne suffit pas à retenir l'attention. C’est peu de savoir comment les choses sont, si l’on ne parvient pas à connaître pourquoi et comment elles se sont faites ainsi. C’est à cette idée de fonction que la raison accroche le fait purement formel et soulage ainsi la mémoire du poids d’une forme qui pèse d’autant plus lourdement sur l’esprit qu’elle est plus vide de sens. Tous les professeurs d’Histologie, et en général tous les pédagogues, savent combien la mémoire, déjà affaiblie par le jugement, d’un étudiant qui n’est plus un enfant, est rebelle à retenir le fait brut, la forme inexpliquée. C’est ce que certains auteurs ont bien compris, et c’est cette connaissance approfondie du public des cours et du lecteur qui a notamment poussé Math. Duval à faire dans son Précis cV Histologie une large place aux explications physiologiques. L’Histologie, pour être acceptée de l’étudiant, doit être une Histophgsiologie.

Telle est aussi la forme qui convient le mieux au génie français, celle que Robin, Ranvier, Rouget ont donnée à l'Histologie française, et que Math. Duval, Malassez et d’autres lui ont conservée. Nous considérons comme inséparables, dit en substance Math. Duval, certaines notions de constitution et de fonction des éléments anatomiques ; il n’est pas un seul de ceux-ci dont l’étude anatomique ne doive être complétée par l'indication de ses fonctions, ou du moins des modifications fonctionnelles que le microscope permet de constater.

Quant à l’introduction de la Physique et de la Chimie dans ce premier volume et à la présence d’un chimiste biologiste parmi nous, elle s’explique par les progrès même de l’Histo-physiologie, ou, si l’on

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aime mieux, par ceux de l’Histologie d’une part, de la Physiologie d’autre part. L’analyse microscopique, de plus en plus minutieuse et pénétrante, a amené l’Histologie à un point où, limitée désormais par les moyens optiques d’observation et par les difficultés croissantes de la technique, elle est obligée de faire appel à la Physique, de supposer au delà des structures microscopiques observables une structure physique hypothétique (Heidenhain), de se compléter et de se continuer par la Physique. De même, la Physiologie générale ne peut plus être qu’une Physiologie cellulaire, où les seuls facteurs de la fonction sont les énergies que la Physique distingue, les substances que la Chimie a classées. Matière vivante, énergie vitale, ne sont pas des entités étrangères à la Physique et à la Chimie, hors desquelles il ne peut y avoir ni substance, ni âme. Ce n’est pas trop s’avancer que de prétendre qu’on ne peut déjà plus écrire un ouvrage de Biologie et particulièrement d’Histologie, sans être physicien ou chimiste. De là la collaboration nécessaire de l’un de nous. Mais pour que cette collaboration fut efficace, il ne fallait pas que les données de la Physique et de la Chimie vinssent par surcroît et fussent séparées de la description histologique, ainsi qu’il en est dans l’ouvrage de Schiefferdecker et Kossel, Gewebelehre des menschlicheti Kôrpers , où chacun des deux auteurs a fait séparément sa partie. Il fallait que la présence de ces données physiques et chimiques fût rendue nécessaire, que l’analyse chimique commandât la description morphologique de la substance, que l’interprétation physique fût le dernier mot de l’explication biologique, qu’en un mot la collaboration fût aussi étroite qu’il nous a été possible de la rendre.

Etendue à toute la série animale, cherchant dans l’explication physiologique sa raison d’être, reposant sur la Physique et la Chimie, l’Histologie devient ainsi une Biologie cellulaire. Cette dénomination n’est pas pour nous déplaire, mais elle nous effraierait beaucoup. Nous voudrions avoir écrit, au point de vue histologique, un ouvrage de Biologie cellulaire; mais nous craindrions ce titre, qui nous engagerait trop et qui n’est pas mérité.

A défaut de résultats pour le justifier, nous avons du moins une intention ; on jugera de sa légitimité.

Il est temps, nous a-t-il paru, de faire comprendre au public scientifique que l’Hislologie n’est plus la « science des tissus » (de ictoç et Xoyoç) que nos pères ont cultivée et dont ils ont fait l’ornement bien plus que le substratum de leurs études biologiques, médicales ou autres ; qu’elle est la science des cellules, de la cellule en général, puisque les tissus se réduisent à des assemblages de cellules ; que la science de la cellule, la Cytologie, est provisoirement à la base de toutes les disciplines biologiques, de la morphologie aussi bien que de la physiologie, des sciences biologiques pures aussi bien que des

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sciences biologiques appliquées, telles que la Médecine ; que la Cytologie doit disparaître demain, abandonnant la place aux explications physiques et chimiques de la substance et de l’énergie chez les êtres vivants. Aucun enseignement, aucun programme ne représente actuellement cette Biologie cellulaire. Le livre d’O. Hertwig, la Cellule et les Tissas , les Leçons sur la Cellule d'HENNEGUY, 1 eProtoplasma et l'Hérédité de Delage, le Traité de Biologie de Le Dantec, et d’autres ouvrages d’un grand mérite, envisageant la Biologie cellulaire sous divers aspects et avec un esprit différent, auraient cependant dû préparer les esprits à une acception nouvelle et plus large de l’enseignement de l’Histologie, dans les Facultés de Médecine tout au moins, là où, devenue Biologie cellulaire, l’Histologie peut être le trait d’union entre des enseignements que des cloisons presque étanches séparent encore.

Ce traité aurait pu, aurait dû même, être qualifié d’ élémentaire ; avec ses deux volumes, forts de plus de 1.600 pages et illustrés de 1 .35o figures, il 11e renferme en effet rien de plus que les éléments de l’Histologie. Nous ferons remarquer d’abord que le premier volume de ce traité, le volume de Cytologie, représente dans notre pensée une Biologie cellulaire ; l’ampleur du point de vue n’allait pas sans l’allongement de cette partie de l’ouvrage, si réduite d’ordinaire dans les traités d’Histologie. Malgré cette étendue déjà considérable, la rédaction succincte des divers chapitres est bien celle d’un livre élémentaire, et l’on ne pouvait faire plus brièvement comprendre ce qu’est la chimie du noyau, quelle est la valeur morphologique d'un globule rouge du sang, en quoi consiste le processus de maturation de l’œuf. Nous avons eu l'intention de prendre des exemples à l’appui d’idées principales, plutôt que de décrire des séries de faits. Nous avons voulu rester sobres de bibliographie, et cela pour plusieurs raisons, dont les principales sont : l'impossibilité où nous aurions été de faire sur chaque question une bibliographie à peu près complète, et surtout le sentiment très net qu'a l'étudiant et que nous devons respecter — parce qu’il est très juste — de l'inutilité des listes étendues de citations d’auteurs dans un cours ou dans un ouvrage didactique. Avec raison, l’étudiant pense ou tout au moins éprouve ce sentiment que la science est impersonnelle, et que les mérites de chacun s’effacent sous l’intérêt des résultats scientifiques obtenus.

Pour enfermer notre ouvrage dans les limites d’un livre élémentaire, nous avons dû sacrifier, et l'avons fait sans regret, une foule de documents et de faits, personnels ou non. Nous avions accumulé, en effet, une quantité considérable de documents bibliographiques, d’observations personnelles et de dessins originaux, en vue de publier, en outre de ce traité, un ouvrage beaucoup plus considérable dé Cytologie générale et spéciale, comprenant autant de volumes distincts que ce

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premier tome du présent traité renferme de livres consacrés à l'étude générale de la cellule et à l’examen des diverses sortes de cellules, nerveuse, musculaire et autres. Les difficultés matérielles de toutes sortes qu’a présentées ce projet, le prix extraordinairement élevé de la publication, l’impossibilité de grouper autour de nous un nombre suffisant de collaborateurs compétents, et d’éviter ainsi les lenteurs de la publication, nous ont fait renoncer, ainsi que nos éditeurs, à cette entreprise gigantesque, et nous avons dû nous borner à rédiger cet ouvrage, qui devient ainsi élémentaire par rapport à l’autre, et qui en est le résumé.

Elémentaire, il l’est aussi d'ailleurs d’une façon absolue. Il ne renferme, en fait de cytologie végétale, que ce qu’un zoologiste et même un médecin sont obligés de connaître sur la cellule en général. Il ne contient, comme donnée histologique comparative, que ce qui est nécessaire à un médecin pour placer en un endroit convenable les éléments constitutifs de l’Homme et des autres Vertébrés. Nous croyons ainsi qu’il peut également convenir aux étudiants en sciences et aux étudiants en médecine. Néanmoins, nous l’avons orienté dans le sens des études médicales, en ce que les exemples sont empruntés avec prédilection aux tissus des Vertébrés. Cette orientation, déjà marquée dans le tome Ier, sera définitive dans le tome II, qui répondra spécialement aux besoins des étudiants en médecine.

Nous espérons donc que notre ouvrage ne méritera pas le reproche d’être trop développé, et qu’on lui conservera le qualificatif d’élémentaire, que nous sous-entendons. Ce serait faire injure à l’Histologie et méconnaître les progrès considérables qu’elle a faits dans ces dernières années, ignorer les nombreuses acquisitions que la Biologie lui doit, que de lui refuser de se faire connaître dans toute son ampleur, par un ouvrage plus important qu’un simple manuel. Ce serait la maintenir à un niveau au-dessus duquel se sont élevées déjà l’Anatomie et la Physiologie. Ces sciences sont en effet représentées à présent, dans la bibliothèque de l’étudiant en médecine, par d’importants ouvrages, le Traité T Anatomie de Poirier, celui de Testut, le Traité de Physiologie de Morat et Doyon. On ne voit pas pourquoi l’Histologie demeurerait avec un sort plus humble. Les deux volumes que nous lui consacrons nous paraissent tenir moins de place dans la bibliothèque de l’étudiant que les gros traités que nous venons de citer, en tenant compte surtout que l’Histologie s’est élargie dans notre ouvrage en une Biologie cellulaire.

Nous devons à présent donner quelques indications sur les principes qui nous guideront dans la rédaction du second tome de cet ouvrage.

Dans ce volume, qui traitera de l’Histologie et de l’Anatomie

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microscopique des organes, une place aussi large que possible sera faite à ceux de l’Homme, elles organes des autres Vertébrés ne seront employés que lorsqu’ils présenteront des dispositions schématiques capables de faire mieux comprendre celles plus compliquées de l’Homme. Ce serait certainement un grave tort que de se priver, par exemple, des lumières que peut projeter sur la morphologie de la capsule surrénale de l’Homme et sur la signification de ses deux substances corticale et médullaire l’examen sommaire des rapports qu’affectent chez les Amphibiens et les Oiseaux les cellules constitutives de ces deux substances ; de même la signification d’un placenta se comprend mieux si on a fait précéder l’étude du placenta humain de l’examen sommaire d’organes placentaires beaucoup plus simples, tels que celui du Porc.

L'étude succincte de l'histogenèse des organes sera toujours l’introduction nécessaire à la description de l'état adulte. Bien que la méthode qui relègue cette histogenèse à la fin de la description soit plus couramment adoptée parce qu'elle est d’application plus facile, nous préférons employer la méthode inverse, malgré les difficultés de son application pour nous et de la lecture pour les autres. Nous croyons en effet que l’histogenèse, pas plus que c’était le cas pour la Chimie et la Physique dans le premier volume, ne doit être un hors d’œuvre et un luxe, mais au contraire une base et un moyen d’arriver, avec le moins de secousses possibles, à une connaissance plus vraie. Pour amener cette histogenèse et nous fournir les ébauches que nous verrons se développer ensuite, un bref rappel de l’organogenèse générale sera placé dans le chapitre Ier, en tête du IIe volume. De ce point de vue, entièrement morphologique, nous pourrions dresser une classification embryologique des organes à étudier, qui se trouveraient ainsi répartis en groupes naturels correspondant à ceux que l’Anatomie, appuyée sur l’Embryologie, distingue dans le corps humain.

Il ne nous a pas semblé toutefois que ce point de vue unilatéral suffise pour classer histologiquement les organes, et qu’une classification embryologique s’impose en Histologie comme en Anatomie. Un autre élément de classification s’offre à nous, dont nous devons tenir grand compte. Quelle que soit l’origine embryologique d’une ébauche organique, cette ébauche subit dans la suite des modifications qui lui sont imprimées par sa fonction et qui peuvent être essentiellement les mêmes pour deux ébauches de provenance différente. Il en est ainsi, par exemple, pour l’uretère et le canal de Wharton, l’un et l’autre formés principalement d’une muqueuse avec son épithélium et d’une musculeuse. Parties d’une origine très éloignée, ces deux ébauches convergent vers une forme organique commune, celle de l’organe-conduit, à laquelle une adaptation analogue les a amenées. Nous les rapprocherons donc dans notre description ; nous décrirons un type commun et

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en quelque sorte concret du conduit, dont nous examinerons ensuite les' principales variétés histologiques représentées dans divers organes anatomiques.

Nous obtiendrons ainsi un tableau comprenant les èspèces irréductibles (bonnes espèces) d’organes, dont tous les organes de l’économie ne sont que des variétés histologiques. Dans chacun de ces types, il y a un élément, un tissu dominateur, auquel les autres sont subordonnés, et qui exerce sur eux une influence morphogène. C’est cet élément, ce tissu prépondérant, qu’il faudra chaque fois étudier tout d’abord avec le plus grand soin, car il sera la caractéristique du type morphologique de l’organe, du type concret.

A ces types morphologiques, à ces espèces d’organes, nous rattacherons tous les organes du corps, qui ne seront présentés que comme des variétés, des modifications plus ou moins profondes du type. Ce serait, à notre avis, faire œuvre stérile et fastidieuse d’encyclopédiste et de collectionneur que de parcourir toutes ces variétés, de décrire toutes ces modifications. La connaissance approfondie du type, de l’organe nerveux cortical, par exemple, permettra à l’étudiant de comprendre les nombreux cas particuliers et le mettra à même de les étudier, quand il en sera besoin. L’Histologie doit se borner à être pour des étudiants en médecine une Anatomie générale ; elle ne doit pas dégénérer en un compendium de cas spéciaux qui n’intéressent que l’histologiste de profession.

Ces types morphologiques concrets, ces espèces fondamentales seront par exemple : les glandes germinatives ou génitales ; l’esthète ou organe des sens, avec le tégument ; le centre nerveux ou organe nerveux producteur ; le nerf ou organe nerveux conducteur ; le muscle ; la membrane séreuse ; le vaisseau nourricier ; le tube digestif ; la glande ou parenchyme, viscère plein ; le viscère creux, conduit ou réservoir ; la pièce squelettique (tendon, os, etc.). Chacun de ces groupes d’organes sera étudié dans un livre distinct. Ce tableau n’est valable, bien entendu, que pour les Vertébrés supérieurs et pour l’Homme, et serait à remanier s’il devait servir en même temps pour une histologie des Vertébrés inférieurs et des Invertébrés. Comme toute œuvre de classification, il n’a, bien entendu, qu’un caractère absolument provisoire, et d’autres que nous pourront, le principe restant le même, le dresser autrement et mieux.

Toute préoccupation anatomique ou physiologique est étrangère à l’établissement de ces types, qui sont purement histologiques. Il n’y est tenu aucun compte des connexions anatomiques, des relations physiologiques des organes entre eux ; nous y négligeons totalement leur groupement en appareils, qui ne sont pas des entités fondées sur le principe histologique, et nous rapprochons ces organes uniquement selon leurs affinités histologiques. La notion d’appareil, en effet,

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que les livres classiques d’IIistologie ont seule adoptée jusqu’ici pour en faire la base de la division des chapitres, et qu’ils ont employée de la même façon que l’Anatomie et la Physiologie, est une notion anatomique et physiologique, qui n'a pas de sens histologique et que nous n’avons pas hésité à sacrifier. L’appareil est en effet ce complexe d’organes, pouvant être très différents les uns des autres par leur origine et leur structure, mais rapprochés dans l’espace ou même anatomiquement connexes, et concourant à un but physiologique commun : tels l’appareil delà vision, l’appareil génital, formés de parties, d’organes: la cornée, la rétine, le cristallin ; l’ovaire, l’utérus. Nous prendrons dans des appareils quelconques les organes qui nous paraissent devoir se rapporter à un même type commun. Ainsi le type «conduit » comprendra aussi bien l’uretère, pris dans l’appareil urinaire, que le canal de Wharton, emprunté à l’appareil digestif.

Cette classification ne nous a pas été dictée par le seul goût frivole de l’originalité et de la nouveauté et par le besoin de changer l'ordre classique. L’ordonnancement nouveau que nous adoptons a une double raison d’être : il est utile et il est logique.

Il est utile, en nous évitant des redites inutiles. Nous montrerons une fois pour toutes le type morphologique concret du viscère creux, sans avoir à reproduire chaque fois, à propos de chacun des organes construits selon ce type, l’exposé des relations qui existent entre l’épi thélium et le chorion de la muqueuse, l’étude de l’agencement des muscles. Nous n’aurons plus ensuite qu’à examiner brièvement, pour chaque organe rapporté à ce type, les différences morphologiques qui l’en séparent et qu'a déterminées la fonction spéciale qu’il remplit dans tel ou tel appareil.

Notre nouveau dispositif des matériaux d’étude du tome II est en outre logique; plus logique, il est aussi plus pratique, car on n’apprend vite et ne garde longtemps que ce que la raison accepte. Un seul exemple suffira à montrer ce nouvel avantage. L’usage veut que l’étude des divers organes qui forment l’appareil de la vision soit faite dans un même chapitre. Trouvés côte à côte par l’anatomiste, associés synergiquement par le physiologiste, ils ne sauraient être, croit-on, dissociés par l’histologiste. C’est cette dissociation que tout au contraire nous voulons opérer. (Juel non-sens histologique plus complet en effet que la réunion classique de la cornée, du cristallin et de la rétine en un même chapitre, et quoi de plus stérile et de plus désastreux pour l’instruction histologique de l’étudiant? On rapproche dans le temps ou dans l’espace, dans une série continue de cours ou dans un même chapitre, des choses qui ne sont que connexes et conséquentes mécaniquement. Et cependant le seul rapprochement autorisé ici est celui fondé sur la forme intérieure, sur la structure semblable. C’est comme si un mécanicien trouvait entre une roue et une courroie

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de transmission une analogie cle substance, parce qu’il les voit frotter l’une sur l’autre ; comme si un botaniste croyait à des ressemblances botaniques entre une tulipe et une pensée, pour les avoir cueillies dans le même carré de jardin. Supposons au contraire que, conformément à l’esprit synthétique de la science histologique, qui ne craint pas les comparaisons, les rapprochements à grande distance, et dont le devoir est de les opérer soit chez l’individu, soit à travers la série animale entière, supposons que nous rapprochions dans un même chapitre la cornée de la peau, qu’en résultera-t-il? Le plus heureux résultat pratique, au point de vue de l’instruction de l’étudiant, de la rapidité avec laquelle il apprendra le fait essentiel, de la profondeur de l’empreinte qu’il laissera dans le cerveau, de l’exactitude de la donnée scientifique et de sa juste localisation. L’étudiant ne retiendrait-il que ce point fondamental — la cornée c’est de la peau — que je le préférerais encore à celui qui, connaissant dans ses menus détails la structure de la cornée, ne se rendrait aucun compte des affinités histologiques de cet organe. Or, nous nous ferons le mieux comprendre si la peau et la cornée sont rapprochées dans un même chapitre, celle-ci présentée comme une modification de celle-là. Nous n’aurons plus qu’à ajouter ensuite, pour achever de nous faire comprendre, pourquoi et comment la cornée est de la peau modifiée. L'étudiant seul, qui aura de la cornée cette idée générale, corrigée par cette remarque particulière, pourra comprendre plus tard le caractère général et la forme spéciale des affections de la cornée.

Nous venons d'indiquer quel sera le principe de la division du tome II de cet ouvrage. Quant au présent volume, cette Cytologie générale et spéciale comprend trois parties. La première et la troisième forment la Cytologie générale, c’est-à-dire l’étude de la cellule ; dans la deuxième (Cytologie spéciale) sont étudiées les diverses sortes de cellules. La première partie comprend : le livre I (M. Prenant) avec la notion du protoplasma et de la cellule en général ; le livre II (M. Prenant), contenant la morphologie de la cellule; le livre III (M. Maillard), avec des principes de physiologie cellulaire; le livre IV (M. Prenant), indiquant les grandes lignes de la différenciation cellulaire et préparant ainsi les diverses sortes de cellules qui seront examinées dans la deuxième partie. Celle-ci, ou Cytologie spéciale (M. Prenant), comprend les livres V, VI, VII et VIII, spécialement consacrés à la cellule sensible, à la cellule musculaire, aux cellules nutritive et de soutien. La troisième partie (M. P. Bouin), qui revient à la Cytologie générale, étudie, dans les livres IX et XI la cellule en état de division, sa dégénérescence et sa mort. Le livre X (M. P. Bouin) contient la reproduction des individus ; on y trouvera exposée l’histoire des cellules germinales, la Morphologie et la Physiologie de la fécon-

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dation, les principales théories sur l’Hérédité. C’est à M. Maillard que sont dus en outre les paragraphes d’ordre chimique disséminés dans tout le volume.

Pour des raisons qu’il n’est pas nécessaire d’indiquer et que tout le monde comprend, nous avons abondamment illustré cet ouvrage de figures en noir et en couleurs, dont le plus grand nombre sont originales.

A ce propos, nous devons des remerciements chaleureux à nos éditeurs, MM. Schleicher frères et Cie, qui ont fait tout le nécessaire pour donnera cet ouvrage une grande perfection matérielle. Les nombreuses illustrations qu’ils nous ont permis d’insérer dans le texte ont été reproduites avec le plus grand soin, avec un souci réellement artistique de l’aspect réel et des couleurs exactes des préparations histologiques. M. A. Costes, chef de fabrication de la librairie, a droit aussi à notre reconnaissance pour le zèle intelligent avec lequel il a dirigé l’exécution matérielle de la publication.

Nous sommes heureux aussi de remercier publiquement tous ceux, collègues et amis, qui nous ont aidés de leurs conseils ou de leur habile pinceau, et qui nous ont permis de dessiner leurs belles préparations (1).

Nous espérons avoir justifié, par les considérations un peu longues qui précèdent, le caractère nouveau et quelque peu insolite de cet ouvrage ; il sera en même temps notre meilleure excuse pour les imperfections nombreuses que nous lui connaissons.

A. Prenant.

(i) Nous remercions spécialement MM. Limon, Mercier, Vernier, qui nous ont exécuté de nombreux dessins ; MM. les professeurs Heidenhain, Cuénot, van der Stricht, Le Monnier, Léger, Nicolas, Vuillemin, Saint-Remy, à qui nous devons des conseils ou qui nous ont communiqué quelques préparations à dessiner ; MM. les docteurs Maziarski, Ancel, Maurice Bouin, Ch. Garnier, G. Thiry, Maire, Potron, à qui nous devons aussi plusieurs préparations histologiques.

TABLE DES MATIÈRES

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