CHAPITRE IV
Rapports des cellules musculaires. Le muscle.
Article premier. — RAPPORTS DES CELLULES MUSCULAIRES ENTRE ELLES
Les éléments musculaires sont rarement isolés. Le plus souvent, ils se réunissent en grand nombre en faisceaux, ou s’anastomosent en réseau, pour constituer des organes premiers, les muscles.
Les fibres musculaires striées de la musculature volontaire des Vertébrés offrent l'arrangement le plus simple ; elles sont seulement juxtaposées en faisceaux à l’intérieur du muscle, séparées les unes des autres par du tissu conjonctif (fig. 398).
Ces faisceaux musculaires se groupent à leur tour en faisceaux plus volumineux, dont la réunion forme le muscle.
Les fibres musculaires lisses des Vertébrés et des Invertébrés, qui sont quelquefois isolées, sont le plus souvent groupées. Elles sont alors disposées parallèlement et réunies en petits faisceaux , en lames , ou même en organes massifs. Dans la vessie des Batraciens, par exemple (fig. 3q4), ce sont de petits faisceaux qu'on observe ; si l’on juxtapose de semblables faisceaux sur un même plan et dans une direction parallèle, on obtient des lames ou membranes telles que celles qui forment la paroi musculaire de l’estomac ou de l’intestin d’une Grenouille ou d'un Lapin; si l’on intrique de tels faisceaux les uns dans les autres^ et dans tous les sens, on réalise une masse compacte, très dense, un organe massif, comme, par exemple, le muscle utérin de la Femme ou comme le pied d’un Escargot.
La façon dont les fibres lisses s’unissent entre elles, élément à élément, pour constituer des faisceaux musculaires, a donné lieu à de nombreuses études qui ont porté surtout sur les muscles lisses des Vertébrés. Ranvier avait admis entre ces fibres l'existence d’un ciment intercelîulaire, Colombie par le nitrate d’argent, qui dessine ainsi en noir les limites des fibres (fig. 3q5). Barfurth et beaucoup d’auteurs à sa suite décrivirent entre les fibres contiguës de délicates anastomoses, figurant des ponts intercellulaires (fig. 396). Mais plusieurs observateurs (de Bruyne d’abord et surtout ensuite Schaffer) montrèrent que ce sont des éléments conjonctifs qui, en s’insinuant entre deux fibres lisses voisines sur lesquelles ils fixent leurs prolongements, donnent ainsi l'illusion d’une anastomose directe des
CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE
deux fibres et l’aspect de véritables ponts intercellulaires jetés entre elles
Pour terminer cette question des connexions des éléments musculaires entre eux, nous savons encore que dans plusieurs cas (encore insuffisamment étudiés d’ailleurs, ceux par exemple des muscles viscéraux d’insectes,
de ceux de la paroi digestive des Sangsues, de la gelée du corps de Beroë et dans beaucoup d’autres), les éléments musculaires s’anastomosent en réseau.
Dans les réseaux musculaires striés des Insectes, l’union des fibres se fait soit par de petits tendons conjonctifs ou chiti neux, soit par des fibrilles musculaires striées non accompagnées de sarco plasme (van Gehuchten, Ide). Nous savons que le muscle cardiaque des Vertébrés est considéré classiquementcomme formé par des cellules courtes unies en un réseau. Le mode d union des cellules entre elles a été diversement décrit. Ici, comme pour les muscles lisses, on avait d’abord observé entre les extrémités des cellules qui composent une même travée, un ciment intercellulaire (Eberth, Weismann, Ranvier) (fig.391, A), dont la destruction par des réactifs dissociants permettait d’isoler les cellules musculaires cardiaques (fig. 390). Plusieurs auteurs ensuite, et tout d’abord Przewski, ont figuré, au niveau même du ciment et de la limite cellulaire, des pouls intercellulaires d’union réunissant les extrémités contiguësdes cellules. Si, avec Heidenhain et d’autres, on se refuse à admettre la réalité de cellules dans le réseau musculaire cardiaque, il ne peut plus dès lors y être question de ponts intercellulaires, et ces formations prennent dès lors une signification tout autre, par exemple celles de « pièces intercalaires » (fig. 398) servant à l’accroissement du muscle (Heidenhain).
Fig.
— Deux fibres musculaires voisines
du muscle grand adducteur du Chien.
m, fibre musculaire. — n, noyaux. — sc, sarcolemme. — e,e, espaces vides produits par la rétraction de la substance musculaire à l’intérieur de la gaine de sarcolemme. D’après Ranvier.
Article 2. — RAPPORTS DES CELLULES MUSCULAIRES AVEC LES ÉLÉMENTS