CHAPITRE III
Les cellules nutritives.
Nous avons à présent à passer en revue les principales espèces de cellules nutritives. Il est bien entendu que, pour beaucoup de ces espèces cellulaires, la fonction nutritive n’est pas exclusive et qu’elles remplissent dans l’organisme d’autres rôles encore, notamment un rôle de soutien. Il va de soi, que, vu le grand nombre et la diversité des espèces cellulaires nutritives, notre description ne saurait être complète.
Quant à la classification de ce grand groupe d’éléments cellulaires, le plus simple sera d’en emprunter le principe à l’embryologie. Nous séparerons tout d’abord deux catégories principales : les cellules nutritives épithéliales et les cellules nutritives mésenchymateuses. Puis dans la première subdivision, nous distinguerons, toujours d’après leur origine, des cellules entodermiques , ectodermiques et mésodermiques.
1° Cellules nutritives épithéliales.
Article premier. — CELLULES ÉPITHÉLIALES ENTODERMIQUES. LA CELLULE INTESTINALE ET GLANDULAIRE.
I. Cellules du tube intestinal. — L’épithélium entodermique, intestinal ou digestif, est caractérisé sous ces trois dénominations au triple point de vue embryologique, anatomique et histo-physiologique. Il n’est pas besoin de revenir sur la qualification embryologique de cet épithélium. En tant qu’épithélium intestinal, il est défini anatomiquement le revêtement de la surface intérieure du corps, de la cavité intestinale, ainsi que de tous les diverticules de cette cavité. Par le qualificatif de digestif, on entend qu’il sert à la digestion des aliments en donnant lieu à des produits figurés qu’on peut caractériser histologiquement. Il s’en faut d’ailleurs que ces expressions coïncident. Celle d’entodermique est évidemment la plus large, puisqu’elle comprend non seulement le tube intestinal, mais encore ses annexes ; le terme épithéliumintestinal est déjà moins étendu, puisqu’il ne comprend que l’épithélium du tube intestinal ; l’épithélium digestif, si on excepte les glandes annexées au tube intestinal et remplissant un rôle dans la diges-
CELLULES NUTRITIVES
tion, n’est enfin qu'une partie souvent très restreinte de l’épithélium intestinal, car, chez certains animaux, le véritable intestin digestif est très court par rapport à la longueur totale du canal intestinal.
Dès son apparition chez les organismes les plus inférieurs jusqu’au terme de son évolution chez les représentants les plus élevés de la série animale, et presque depuis son ébauche chez l’embryon jusqu’à son complet développement chez l’adulte, la cellule épithéliale de l’intestin digestif, bref la cellule intestinale ou digestive, se distingue histologiquement par un attribut qui révèle sa fonction : ses cellules contiennent des enclaves qu'elles ont fabriquées elles-mêmes aux dépens de matériaux alimentaires venus du dehors et qui serviront à la nutrition de l’être.
L’entoderme d’un Polype hydraire se compose, comme le montre la coupe figurée cicontre (fig. 423), de hautes cellules bourrées de grains sécrétés par elles, qui témoignent de la nature glandulaire de ces cellules. Voici d’autre part des cellules intestinales de l’embryon, des cellules entodermiques, chez un embryon de Poulet (fig. 424)*
Elles sont farcies de boules et de grains de nature diverse, qui forment le vitellus et qui seront consommés par l’embryon en voie d’accroissement. Il en serait de même, à des degrés divers, pour les cellules entodermiques de germes embryondans l'œuf des Mammi-
Fig. 423. — Coupe longitudinale d’une Hydre d’eau douce (Hydra viridis L.).
ec, ectoderme. — en, entoderme. — Is , lame de soutien entre les deux feuillets. — t, tentacule. X 180.
t1 ig. 424- — Cellules entodermiques d'un embryon de Poulet de vingt-quatre heures après le début de l’incubation.
Au voisinage du bourrelet entodermo-vitellin. X 5oo.
naires autres que celui du Poulet ; ainsi, même
CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE
fères qui ne renferme pas de vitellus, les cellules entodermiques du germe ébauchent une formation de matériaux vitellins, par une sorte d’aptitude héréditaire à cette fonction (Henneguy).
Voici maintenant des cellules de l’intestin d’animaux adultes, la Blatte, l’Ascaride, le Ver de terre, la Salamandre. Ces cellules se distinguent toutes par leur forme qui, ici comme dans la plupart des épithéliums intestinaux, est allongée perpendiculairement à la surface de l’intestin, cylindrique ou cylindro-conique. La cellule intestinale de la Blatte (hg. 42b) offre à sa
base ou surface interne un plateau strié, équivalent d’une garniture de cils vibrai des ; au-dessous du plateau règne une bande de structure spéciale. Dans la partie superficielle du corps cellulaire, de nombreux grains noirs représentent autant de particules graisseuses que la cellule a formées par un mécanisme qui n’est pas à discuter ici, prenant la matière première dans les aliments contenus dans l’intestin, élaborant ensuite cette matière, en un mot absorbant et sécrétant. Dans lintestin des Nématodes (fîg. 42^), les cellules intestinales sont de hauts éléments cylindriques, comprenant plusieurs parties superposées :
d’abord un épais plateau strié, formé de cils agglutinés par une matière interstitielle; une bande colorable semée de grains qui représentent les corpuscules basaux des cils agglutinés ; une zone homogène où sont enclavés quelques granules semblables à ceux de la partie suivante ; une partie très considérable, riche en granules de sécrétion ; enfin, la zone basale de la cellule, contenant le noyau et de l’ergastoplasme. Dans l’épithélium intestinal du Ver de terre (fig. 427)i on distingue deux sortes d’éléments. Les uns, coniques, très étroits, à noyau allongé, portent à leur base une garniture de cils vibratiles ; leur protoplasma peut contenir des granulations graisseuses (oléine et glycérides d’acides gras) en quantité variable selon l’état de la nutrition (Willem et Minne). Les autres, cylindriques, plus larges, à noyau arrondi ou anguleux, se terminent du côté de la cavité intestinale au niveau d’un petit pore ménagé entre les bases des cellules précédentes ; leur protoplasma est remarquable par l’existence de nombreuses sphérules colorables comprises dans les mailles d un réticulum. Les premières sont des cellules absorbantes et renferment les
Fig. ^25. — Cellules épithéliales de l’intestin moyen d’une Blatte (Periplaneta orientalis L.). X 75o.
CELLULES NUTRITIVES
matériaux alimentaires, absorbés puis élaborés par elles. Les autres sont des cellules sécrétantes, à proprement parler glandulaires, car leurs enclaves sphérulaires sont des grains de ferments qui saccharifient l’amidon^ et diffèrent la fibrine. Comme
mm
le précédent, l’épithélium intestinal de la Salamandre (fig. 428) offre aussi deux sortes de cellules. Les unes, plus nombreuses, de forme cylindrique, à noyau elliptique, offrent à leur base un plateau strié, vestige d’une garniture ciliée dont les cils seraient soudés ; dans leur protoplasma sont disséminés des boules et des grains, qui représentent les matériaux élémentaires extraits par la cellule du contenu intestinal, absorbés puis chimiquement modifiés, c’est-à-dire en somme sécrétés.
Les substances graisseuses sont celles dont l’absorption peut être le plus aisément saisie sur le fait, dans les cellules intestinales des Vertébrés, parce que les graisses neutres se déposent sous forme de gouttelettes qu’on peut colorer en noir par l’acide osmique et rendre ainsi visibles ; il est probable, d’après les recherches de Nicolas, que les graisses traversent la cellule intestinale à l’état de solutions, dédoublées en acides gras et glycérine, et que la cellule intestinale, par un véritable acte sécrétoire, reconstitue synthétiquement les graisses neutres, au niveau de granules qu’on peut considérer comme des espèces de ferments. L’absorption des autres substances alimentaires (sels, albumine, sucre) a été étudiée par de Waele, qui a pu en particulier déceler dans les cellules intestinales le sucre (dextrine) sous la forme Cytologie. 32
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