CHAPITRE PREMIER
Caractères généraux et développement des éléments sensibles.
Article premier. — CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES ÉLÉMENTS SENSIRLES I. IRRITABILITÉ ET SENSIBILITE
L’irritabilité ou excitabilité est cette propriété générale du protoplasma objectivement manifestée par une réponse réactionnelle aux actions du monde extérieur. De cette irritabilité on peut faire, si l’on veut, une propriété subjective de la matière vivante, des êtres vivants, qu’on appellera sensibilité aux divers excitants ou irritants. Ayant pour base la composition chimique même de la matière vivante, l’irritabilité, la sensibilité aux excitants ne fait défaut à aucune cellule. Mais cette sensibilité, qui est banale, est en même temps faible et obscurément confuse.
Chez un grand nombre d’êtres unicellulaires, l’irritabilité du protoplasme s’exalte, se spécialise en un point de la masse du corps, où la matière vivante, par suite d’une modification dans sa composition chimique ou même dans sa constitution physique, devient plus sensible à certaines excitations. Qu’estce, en effet, que cette tache rouge, cette tache pigmentaire, qui, pareille à un œil, semble éclairer la marche de l'Euglène, sinon une véritable plaque sensible de la cellule, qui prend conscience du milieu par la modification imprimée à cette petite portion d’elle-même ? Qu’est-ce encore que le fouet et le cil vibratile, sinon un filament protoplasmique dont la structure particulière le rend apte non seulement à effectuer des mouvements, mais encore à ressentir les ébranlements du milieu extérieur ? Ce sont là non plus de simples parties irritables, mais de véritables organes de sensibilité de la cellule.
Chez les organismes pluricellulaires, on voit aussi l’irritabilité du protoplasme s’exagérer en se localisant dans certaines cellules. Celles-ci ne sont évidemment plus irritables que les autres que parce qu’elles ont une composition chimique différente et sans doute une constitution physique particulière. La sensibilité plus grande et spéciale qu’elles ont acquise n’est plus une propriété générale, mais une fonction, la sensibilité; elles sont devenues des cellules sensibles. La sensibilité n’est que l’irritabilité du protoplasma spécialisée, comme Cl. Bernard l’a établi autrefois et ainsi que l’ont vérifié les expériences récentes, celles de J. Loeb par exemple.