Q, QC
F1G. 295. — Coupe longitudinale du pouce
sur un fœtus mâle de Gare
première phalange. Une couche cornée apparaît au niveau
peu à peu à toute la matrice. Au début du sixième mois,la substance onychogène remplace partout la kératine, la matrice définitive s’est substituée à la matrice primitive et forme des couches unguéales nouvelles dont l’ensemble constitue l'ongle définitif. Celui-ci s'accroît, comme l'ongle primitif, d’avant en arrière et atteint le fond de la gouttière unguéale vers le neuvième mois. Sa croissance se fait ensuite en sens inverse.
2° STRUCTURE DE L'ONGLE. — L'ongle est une plaque cornée qui recouvre la face dorsale de la moitié terminale des phalangettes. Cette plaque ou « limbe » est enchâssée dans un repli cutané qui recouvre partiellement ses bords latéraux et son bord postérieur. C’est le repli sus-unguéal ou manteau. Le limbe est formé de deux parties : 1° la racine ou partie du limbe cachée sous le repli sus-unguéal postérieur. Elle se termine en arrière par un bord mince, la racine étant taillée en biseau aux dépens de sa face profonde ; 2° le corps de l’ongle qui occupe tout le reste de la partie adhérente du limbe. La région postérieure du corps de l’ongle présente une surface ovalaire, blanchâtre, à grand axe transversal qui se prolonge dans la racine : c'est la lunule de l’ongle. Le fond du large siilon cutané semi-lunaire sur lequel le limbe repose porte le nom de « lit de l’ongle » ; la zone postérieure
du lit de l’ongle qui répond à la racine et à la lunule est la « matrice de
l’ongle ». Enfin on désigne sous le nom de «gouttière » ou « rainure unguéale » l'angle formé par le repli sus-unguéal et le lit de l’ongle. C’est dans le fond de cette gouttière que se trouvent sertis les bords du limbe unguéal.
Le lit de l'ongle et les parois de la gouttière unguéale sont tapissés par un reflet de l’ectoderme cutané qui conserve au niveau de cette région sa structure fondamentale : une couche profonde génératrice et une couche superficielle cornée. Mais celle-ci a pris un développement particulier et s'est modifiée pour édifier le limbe unguéal.
A. Limbe unguéal. — Il apparaît sur une coupe antéro-postérieure comme une lame mince à bords parallèles. Le bord supérieur s'enfonce jusqu'au fond de la gouttière postérieure. Le bord inférieur fait avec le bord supérieur un bec tranchant qui regarde le fond de cette même gouttière et donne à la racine du limbe la forme d'un biseau très allongé. La racine augmente d'épaisseur d’arrière en avant jusqu'au bord antérieur de la lunule ; puis les deux faces du limbe deviennent parallèles à parlir de celte zone (fig. 296).
La coupe transversale du limbe figure une lame incurvée à bords parallèles, dont les extrémités latérales s'engagent au-dessous des replis susunguéaux jusqu'au fond de la gouttière. Elles s’amincissent rapidement et se terminent par un bord tranchant.
Les coupes longitudinales el transversales du limbe, étudiées à un grossissement moyen, montrent qu’il est composé de lamelles imbriquées les unes sur les autres. Les coupes longitudinales font voir qu'elles sont orientées obliquement de haut en bas et d'arrière en avant, c'est-à-dire à peu près parallèlement au bord inférieur de la racine. Les coupes transversales montrent que ces lamelles sont dirigées parallèlement à la surface du corps du limbe. Quand celui-ci montre des crêtes longitudinales, la disposi-
tion des lamelles est plus compliquée. Elles dessinent des replis convexes du côté dorsal et reprennent peu à peu latéralement une direction horizontale. On peut aussi observer des lamelles disposées en couches concentriques autour d’un axe qui court parallèlement à la surface unguéale et à une certaine distance de ce dernier (lamelles en couches conaxiales) (V. Brun). La description de la matrice de l’ongle expliquera ces anomalies.
Le limbe est constitué par des cellules aplaties en forme d’éeailles. Elles renferment un noyau petit et ratatiné. Leur protoplasme a subi la transformation cornée; il présente dans la région périnucléaire des grains pigmentaires réfringents qui paraissent noirs dans les préparations non colorées (Renaur). Ces cellules sont étroitement appliquées les unes contre les autres et disposées en lits superposés. Elles ne subissent pas la desquamation superficielle comme les cellules cornées du tégument externe. On trouve souvent entre les écailles du limbe unguéal de fines bulles
TE Ee CHU DS F1G. 296. — Coupe antéro-postérieure de l'ongle.
0, limbe unguéal. — BO, son bord libre — CMU, corps muqueux unguéal dont la partie postérieure épaissie représente la matrice. — DSU, derme sous-unguéal. — RSU, repli sus-unguéal avec en VC, son versant cutané et en VO son versant unguéal. — P, périonyx. D'après BRANCA.
d'air disséminées dans toute son épaisseur et dans toute son étendue. Quand elles s’amassent en certains endroits, elles déterminent l'apparition de taches blanchâtres ou blanches que l'on désigne sous le nom d’« albugo » de l’ongle.
B. Lit unguéal. — Le lit de l'ongle comprend un derme ou chorion et une couche ectodermique qui est un reflet de l’'ectoderme tégumentaire.
a) Le chorion ou derme est couvert de papilles et de crêtes plus ou moins développées suivant les régions. Le chorion de la matrice présente au niveau de sa partie postérieure un grand nombre de papilles dont la plupart sont assez basses. Elles disparaissent vers le milieu de la matrice et le chorion prend un aspect planiforme sur une certaine étendue. Des crêtes basses, étroites, serrées les unes contre les autres, se soulèvent en avant de cette zone planiforme. Ce sont les « crêtes de Henle ». Elles augmentent brusquement de hauteur à partir de la lunule, se fusionnent les unes avec les autres, deux par deux ou trois par trois, et deviennent de plus en plus hautes et de plus en plus espacées. Les plus volumineuses peuvent se délaminer en deux ou trois feuillets ou crêtes secondaires. La face inférieure de la couche ectodermique répond en sens inverse à la dispo=
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sition du derme unguéal. Ce chorion présente une structure d’une grande régularité. Ses faisceaux conjonclifs sont orientés suivant deux directions principales. Les uns sont dirigés parallèlement à la surface du lit unguéal; ce sont les fibres longitudinales. Les autres ont une direction perpendiculaire à la précédente ; elles partent du périoste de la phalange avec lequel elles se continuent et vont vers la superficie où elles se prolongent dans les crêtes; ce sont les fibres verticales. Celles-ci sont d'autant plus abondantes qu'on se repproche plus de la périphérie; les fibres longitudinales disparaissent complètement au niveau de la base des crêtes de Henle. Un réseau élastique très serré existe dans toute l'étendue du chorion unguéal (SPERINo).
b) L'ectoderme unguéal possède une structure identique à celle de l’ectoderme tégumentaire. On y retrouve toutes les couches ectodermiques. Le stratum granulosum se distingue par l'existence dans ses cellules d’une substance spéciale, analogue à l’éléidine, la matière onychogène. Le stratum lucidum, remarquable par son épaisseur, forme le limbe unguéal dont nous connaissons la structure. Il représente le terme évolutif des cellules de l'ectoderme unguéal (fig. 297).
L'ectoderme du lit unguéal est séparé du derme sous-jacent par une membrane vitrée très mince qui continue la vitrée de l’épiderme. Il montre
des caractères différents dans la région du corps de l'ongle et dans la-région
de sa racine.
Au niveau du corps de l'ongle, l'ectoderme est constitué tout d’abord par une assise de cellules cylindriques. Elles sont implantées sur la vitrée d’avant en arriére, en sens inverse de la poussée de l'ongle. Elles sont très allongées au fond des sillons qui séparent les crêtes chotidleb et sont beaucoup plus courtes sur le sommet de ces crêtes. Leur extrémité profonde émet des denticulations très étendues qui s'engrènent avec des denticulations de la vitrée ectodermique. Un grand nombre de cellules polyédriques s’étagent au-dessus de cette assise basilaire. Elles forment 10 à 15 couches dans les intervalles des crêles de HENLE, et 4 à 5 sur le sommet de ces mêines crèles. Elles sont allongées longitudinalement et leur grand axe se trouve dirigé obliquement vers la face inférieure du limbe. Les cellules les plus superficielles sont aplaties et subissent la kératinisation quand elles sont arrivées au terme de leur évolution. RENAuT a signalé une disposition particulière dans les invaginations ectodermiques qui séparent les crêtes de Henle. On remarque à ce niveau des cellules claires, volumineuses, globuleuses « qui constituent une sorte de stratum vésiculeux » et qui renferment un petit noyau arrondi entouré d’un cytoplasme réfringent; elles sont limilées par une écorce exoplasmique épaisse qui émet de tous côtés des filaments unitifs beaucoup plus puissants que les filaments homologues qui réunissent les autres cellules polyédriques. Ces cellules globuleuses et volumineuses dépriment les éléments voisins qui s’aplatissent plus ou moins. Des filaments issus de la face profonde du limbe pénètrent entre les cellules les plus superficielles de cet épithélium pavimenteux et s’insinuent dans les espaces intercellulaires. Ils sont produits par la kératinisation de l’assise la plus superficielle de l’ectoderme unguéal.
Cette kératinisation commence dans les espaces intercellulaires et gagne peu à peu tout le corps cellulaire sans déterminer la dégénérescence complète du noyau. Ces éléments kératinisés s'engagent d'arrière en avant dans le limbe sans perdre leurs filaments d'union.
L'épiderme unguéal s’épaissit en une matrice au niveau de la racine, car c'est à ce niveau que le limbe se différencie et s'accroît. Il estformé également par des cellules cylindriques basales et par 5 à 6 couches de cellules polyédriques. Celles-ci sont recouvertes par 5 à 10 couches d'éléments aplatis et sombres, qui se continuent peu à peu avec la substance de la racine. Ces éléments ont un aspect particulier parce qu'ils renferment de la matière onychogène (Ranvier). Ils le doivent aussi au développement considérable des ponts intercellulaires, d’après KôL- LIKER, et à la fibrillation de leur cytoplasme , d’après V. Bruxx. La fibrillation du cytoplasme disparait peu à peu avec les progrès de la kératinisation. Celleci s’avance de l’extrémilé distale de la cellule versson extrémité proximale en
F1G. 297. — Coupe totale de l'ongle. D'après SzcymoNowicz. contournant souvent CrH, crête de Henle. — cb, couche basilaire. — Dsu, derme sous-un- f latéral à guéal. — Si, stratum lucidum. — Sg, stratum granulosum. — Vs, $€S Iaces latérales ; vaisseau. s aussi voil-on la sub-
stance de l’ongle s'introduire dans la couche des cellules fibrillaires sous forme de pointes dirigées en bas et en arrière.
V. BruNx a signalé l'importance des rapports de la matrice avec l’extrémilé postérieure du limbe au sujet du mode de stratificalion des lamelles unguéales. D'après lui, l’épithélium de la matrice peut constituer : 1° une lame plate qui s'étend sur la face inférieure du limbe seulement jusqu’à son bord postérieur ; 20 une lame qui déborde le bord postérieur et se prolonge plus ou moins sur le côté dorsal de la racine de l'ongle; 3° une lame festonnée qui, au niveau et à partir de la matrice, revêt les dentelures postérieures du limbe dans toute leur étendue. Comme les couches unguéales se forment à la surface de la matrice, elles en épousent la forme. Dans le premier cas, les couches du limbe seront parallèles à la surface de la matrice et seront dirigées de haut en bas et d'arrière en avant. Dans le deuxième cas, les couches seront parallèles à la surface de la matrice infléchie en goutlière. Les coupes longitudinales montrent alors qu’elles dessinent des lignes obliques avec leur extrémité supérieure et postérieure incurvée en hamecçon. Dans le troisième cas, comme la matrice enve loppe à la manière d'un doigt de gant chaque saillie du bord postérieur, la substance de l'ongle sera formée de lamelles imbriquées l’une dans l'autre,
en forme de doigts de gant, et ouvertes du côté proximal. Ces lamelles imbriquées figurent des stralificalions concentriques sur coupes transversales du limbe. D'autre part, la matrice produit à sa surface des lamelles plissées dont les concavités sont situées sous les cylindres conaxiaux qui prolongent les saillies, et dont les convexilés sont comprises entre ces cylindres. Dans le cas de plissement très accentué de la matrice, les parties convexes des lamelles s'élèvent plus haut que les voisines et figurent des crêtes longitudinales. La disposition de la matrice et des lamelles dont elle modèle la forme et les rapports peut être encore plus compliquée (v. Brun).
C. Repli sus-unguéal. — Le repli sus-unguéal sertit le limbe dans le lit de l’ongle au niveau de son bord supérieur et de ses bords latéraux. Le
Ep.fs.
Ep.fp+ +
Ch.
Dsu.
F1G. 298. — Coupe de la racine de l'ongle et du repli sus-unguéal. D'après Szcymonowi1cz.
0, ongle. — épo, éponychium. — M, matrice de la racine de l’ongle.— Dsu, derme sous-ungual. — Epfp, épiderme du feuillet profond du repli sus-unguéal., — Epfs, épiderme du feuillet superficiel.
repli sus-unguéal supérieur est formé par une couche dermique aplatie et une couche épidermique qui se continue avec l'épithélium de la matrice. La face dorsale du repli présente une structure semblable à celle du revêtement cutané ; le chorion se relève en nombreuses papilles vasculaires et nerveuses el l’épiderme est muni de glandes sébacées et sudoripares. La face profonde du repli est composée par un épithélium pavimenteux stratifié avec un stratum granulosum (rès mince, un stratum lucidum et un stratum cor
neum. Ces trois dernières couches disparaissent au niveau du point où l’épithélium du repli sus-unguéal se continue avec celui de la matrice. La couche cornée de l’épiderme s’épaissit au niveau du bord libre du repli sus-unguéal supérieur, empièle sur le dos du limbe et forme l « épidermicule » ou « périonyx » qui représente le reste de l’éponychium embryonnaire (fig. 298).
Les replis latéraux ont également la structure fondamentale de la peau avec peu de modifications. Leur face interne orientée vers la face dorsale du limbe est tapissée par un stratum lucidum particulièrement épais. Celui-ci s'arrête nettement au niveau des bords du limbe unguéal ; dans la partie postérieure du sillon latéral, la couche cornée s’arrêle exactement au niveau du bord du limbe ; dans la partie antérieure, elle se prolonge sur sa face inférieure suivant une faible étendue.
D. Vaisseaux et nerîs de l'ongle. — Les vaisseaux sanguins de la matrice et du repli sus-unguéal, feuillet profond, sont formés de capillaires anastomosés en mailles serrées qui s'étalent en un réseau planiforme, ces régions n'ayant pas de papilles. Toutefois, dans la partie antérieure de la matrice, le réseau vasculaire se soulève en boucles simples dirigées obliquement en avant. Dans la région du lit, le syslème vasculaire est formé d'ar-
térioles volumineuses, anastomosées, qui aboutissent à un réseau superficiel
élalé à la base des crêtes de Henle. Des anses capillaires se détachent à ce niveau et s’introduisent dans les crêtes. Les plus voisines de la matrice sont obliques en arrière; les plus antérieures sont longues, grêles el verticales. Dans la région la plus antérieure du lit, le réseau vasculaire est redevenu planiforme et sous-épidermique.
Les nerfs sont nombreux dans le derme sous-unguéal et cheminent parallèlement aux crêtes de Henle. On n’a pas conslalé de lerminaïsons nerveuses dans l'appareil unguéal.