‹ Traité d'horlogerie moderneChapitre 539 sur 553 · R K S S O R T AVEC OU SANS FUSÉE · texte numérisé non relu

R K S S O R T AVEC OU SANS FUSÉE

temps en temps sur l’eau et nous oblige ainsi à nous occuper d’elle. On nous pardonnera quelques redites.

Au Congrès chronométrique tenu à Paris en 1889, un fabricant de montres de Besançon a soutenu cette thèse :

« La fusée auxiliaire avait des raisons d’être et nous en fussions resté ferme partisan, aussi longtemps que les ressorts moteurs, par suite d’une fabrication par trop rudimentaire (1), n’eussent offert aucune des qualités d’élasticité, d’homogénéité et de développement régulier sans lesquelles il n’y a rien de bon à attendre de ces moteurs Mais aujourd'hui, où les ressorts moteurs ont acquis toutes ces qualités et ne se développent pas moins concentriquement que les spiraux, la fusée n’apparaît plus à beaucoup de bons esprits que comme une superfétation. Si cet appendice coûteux et compliqué, susceptible à son tojr d’occasionner l’arrêt du mouvement, n’est môme plus la condition essentielle de l’isochronisme, que vient-il faire dans les montres? A nos yeux, le spiral est seul générateur d’isochronisme, et nous aimerions à voir reporter en soins généraux l’économie résultant de la suppression de ce mécanisme suranné, d’autant que la fusée, quelques qualités qu’on lui attribue, n’empêche ni les pelotonnements, ni les accolements de spires, ce qui démontre bien qu’elle n’est qu’un palliatif. »

En réponse ît cette communication faite au Congrès, nous lui avons demandé qu'il en finît avec cette question discutée depuis plus d’un siècle, sans qu’on apportât pour motiver la suppression de la fusée, autre chose que des affirmations dénuées de raisons probantes.

f <»:îO. En effet, tout horloger sait, de reste, qu’on peut faire des chronomètres de bord sans fusée. Le premier chronomètre qui donna la longitude en France, celui de Pierre Le Roy, n avait pas de fusée; les dimensions de l’ensemble du mécanisme étaient celles d’un mouvement de nos pendules ordinaires, mais la faible étendue des arcs d’oscillation de son énorme balancier et le mode de suspension de ce balancier à une lame d’acier, dont l’isochronisme apportait un élément à ajouter à l’isochronisme du spiral, mettaient ce chronomètre dans des conditions absolument différentes de celles où se trouvent nos chronomètres modernes.

M. Jurgensen a fait un chronomètre à barillet denté (naturellement sans fusée), renfermant un ressort de 11 pieds de long et cofitant 55 francs. Le fabricant n’avait pas réussi un premier ressort; il en fit un second, mais en avertissant qu'en cas d’insuccès, il se refuserait à en faire un troisième.

Enfin, de nos jours, Henri Robert refit, mais en petit nombre, des chronomètres à barillet denté.

11 prétendait avoir découvert dans une disposition particulière du ressort moteur, une fusée cachée (1229). 11 n’a pas eu d’imitateurs.

Son chronomètre 80 fut, à peu près, le seul qui fournit une marche assurée pendant quelques années; tous les autres, acquis par la marine de l’État, descendirent promptement au rôle encore utile, mais modeste, de compteurs.

(I) L’auteur «le celle assertion n’a, sans aucun doute, jamais vu ni tenu un de ces beaux et bons ressorls i|ue Vincent fabriquait à Paris vers 1820.

LE CHRONOMETRE A ANCRE.

Voilà ce que nous enseigne l’expérience des chronomètres sans fusée. Passons maintenant aux chronomètres pourvus d’une fusée.

1631. La fusée ne garantit une égalité suffisante de la force. motrice, qu’autant que l 'état moléculaire du ressort-moteur ne change pas (c’est également ce qui a lieu quand on emploie le barillet denté), et c’est l’une des raisons qui expliquent pourquoi les chronométriers experts ne présentent (autant que possible) leurs chronomètres aux Concours de la marine, qu’après qu’ils ont été soumis, un temps suffisant, à des températures diverses et capables d’amener le ressort-moteur et le spiral à un état moléculaire stable ; ce que d’ailleurs P. Le Roy conseillait déjà il y a cent vingt ans.

Il n’est pas sans exemple que des chronométriers inexpérimentés, ayant réglé des chronomètres pourvus de ressorts sortant du laminoir, se soient vus dans la nécessité ou de changer le ressort ou bien de retoucher la fusée au bout de quelque temps.

Les inconvénients d’un changement d’état moléculaire sont, nous le répétons, communs aux chronomètres ayant ou n’ayant pas de fusée.

1632. Mais ce qu’il faut surtout remarquer en faveur de la fusée, c’est que le grand avantage qu’offre son emploi, réside principalement dans ce fait qu’elle permet l’usage du ressort dit en fouet (1201), que nos bons fabricants de ressorts savent très bien confectionner. Si ce ressort est armé au point convenable, toutes ses spires sont espacées et leur développement a lieu sans contact entre elles et sans que l’ensemble se gonfle ou se jette de côté de façon à frotter fortement soit contre le fond, soit contre le couvercle du barillet; défaut que présentent les longs- ressorts dont on n’utilise qu’un petit nombre de tours.

Il offre bien un défaut, mais qui n’est que relatif: c’est que la force motrice qu’il produit est plus différente du haut en bas de sa bande ou armure, qu'elle n’est avec un ressort d’une égalité parfaite sur toute sa longueur.

Cette différence qui n’est, comme il vient d’être dit, qu’un défaut relatif, disparaît complètement par l’adjonction de la fusée, et alors le ressort ne présente plus que les qualités énumérées plus haut.

Quant à la rupture possible de la chaîne, et à l’économie qui résulte d’une suppression de fusée (10 francs environ sur une pièce du prix de 600 à 1200 francs), ce n’est vraiment pas la peine d’en parler.

Nous n’ignorons pas qu’on a imaginé et essayé un genre de ressort-moteur à courbes terminales, comme celles proposées pour le spiral plat, mais l’expérience n’a pas encore dit son dernier mot sur ces deux sujets. Nous les traiterons avec détails, dans notre publication qui va suivre celle-ci (1647).

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