V. — Pression
On a calculé que la pression atmosphérique supportée par l’homme adulte I équivaut à 17 990 kilogrammes; et c’est ce degré de pression représenté sur i le baromètre par une colonne mercurielle de 756 millimètres, qui convient le mieux à sa santé. Loin de fléchir sous le poids énorme de 1 atmosphère, il n’en a pas conscience, et il exerce en toute liberté les mouvements nécessaires [ à la vie ; la raison de cet équilibre est dans l’égale distribution de la pression atmosphérique sur tous les points de la surface du corps, de telle sorte que la colonne d’air qui pousse de haut en bas un membre étendu, est contre-balancée par celle qui le pousse de bas en haut; de plus, les organes sont pénétrés de liquides incompressibles ou contiennent des fluides élastiques dont la tension égale celle de l’air extérieur. C’est par le bénéfice de ces conditions que des poissons vivent dans la mer, à 3000 pieds au-dessous de la surface de 1 eau, et qu’ils s’y meuvent avec autant d’agilité que dans la couche deau la plus superficielle, quoiqu’ils soient chargés d’un poids 9U fois plus lourd que le poids de l’atmosphère.
La pression atmosphérique agit immédiatement sur 1 enfant dès qu il sort de l’utérus; il est même probable qu’il commence à la sentir directement aussitôt que, par la rupture de la poche des eaux, il cesse d’être plongé dans le liquide amniotique. La tête une fois sortie, tandis que la poitrine reste encore engagée dans le vagin, la respiration s’établit et la pression se fait, sentir dans les poumons, par conséquent aussi dans l’appareil circulatoire; le cœur est refoulé de haut en bas par l’abaissement du diaphragme, et à gauche par l’ampliation plus considérable du poumon droit.
Suivant Mende, l’air se précipite, dès la naissance, dans l’estomac et même dans la partie supérieure du duodénum; il est porté avec le sang dans toutes
privée]
VTMOSPHÉRE. — PRESSION.
les parties et jusque dans l’épaisseur de certains os (frontal, elhmoïde, sphénoïde, apophyse mastoïde). En même temps, la pression atmosphérique agit à la surlace extérieure du nouveau-né, elle réduit presque instantanément l'afflux sanguin qui s’opérait vers la peau pendant la vie fœtale et que l’accouchement avait encore augmenté ; la rougeur se dissipe en quelques jours ; la bouffissure de lajpeau, l’enflure des téguments de la tête, disparaissent vingt-quatre heures après la naissance. Pendant la vie extra-utérine, la pression de l’air retient les lluides dans les vaisseaux et les empêche de s’en échapper; elle joue un rôle dans la circulation veineuse; l’influence des mouvements respirateurs sur la circulation avait fait penser à un médecin anglais, Barry, que la pression atmosphérique était à la fois la cause qui faisait mouvoir le sang dans les veines et celle qui préside aux absorptions. L’inspiration, dit-il, produit dans la poitrine un grand vide qui a pour effet l’afflux énergique de tout le sang veineux, et comme le système de ce nom présente un canal partout continu, cette action aspiratoire s’exerce non-seulement sur les troncs veineux les plus rapprochés du cœur, mais encore jusque sur les radicules de ce système ; or a quelle cause attribuer cet appel du sang veineux, si ce n’est à la pression de I atmosphère sur la surface du corps, pression qui cesse alors d’être contrebalancée ? Déjà cet appel du sang au cœur avait été indiqué par Haller et démontré expérimentalement par Magendie, qui le nomme inspiration du sanveineux ; l’état anatomique des veines du thorax, signalé par Bérard aîné (IL vient à l’appui des conclusions de Barry (2). Toutefois elles vont trop loin ; PoiSeuille a démontré que la pression atmosphérique et les mouvements respiratoires sont des causes accessoires au cours du sang et dans les veines et dans les arteres (3); ses expériences l’ont conduit à admettre, avec Barrv que la poitrine aspire au moment de l’inspiration, dans les gros troncs veineux nu 'elle
Z721 ™,,eS r S>ï rell<tat ; ",ais “ a l,rouvé < I ™ cette aspira-
il n est point la cause principale du mouvement du sang veineux car elle
^muegradueHement à mesure que l’on s’éloigne de fa poi S
semble dans les veines brachiales, elle devient tout à fait nulle à une certaine
stance de la poitrine, même dans les plus grands efforts d’inspiration et
expiration ; enfin la circulation se maintient, lors même qu’on ouvre la noi
raie et qu’on entretient la vie par une respiration artificie le. Vn Z riem r
e M agendie infirme en apparence tous les résultats observés ^an "
nencede la pression : une grenouille est fixée dans le porte-objet Lieu
*"» <«* " «* q»-o„ ï accumule ^ pulmonaires- ,n I, I er u" ™P‘ paS u"
poit.î“ë elte a»a o lt , "? -T" C°mmC e" sa
. eue avale I air par une véritable déglutition; elle vit même mnV
■ achemeut de ses poumons, « W. Edwards, ayant scellé dans le pBlrc
« b""" ïé; iTi°a Pari,, 1830, t. XXIII,
U Barry, Recherches sur les mouvements du sang. Paris, 1825
l Z u’ mm0irC 'Wr lU Cirmlatim Paris, 1839, in-/,.
*• levï. Hygiène, 5e ÉDIT.
DES MODIFICATEURS. — C1RCUMFUSA.
quelques-uns de ces animaux, les y trouva vivants après plusieurs heures d’incarcération. Un des résultats les plus intéressants des recherches de Poiseuille, c’est l’explication de l’intégrité de la circulation, toutes choses égales d’ailleurs, chez les animaux qui, par la nature du milieu qu’ils habitent, supportent une pression plus ou moins considérable ; la couche immobile de sérum qui revêt les parois capillaires, ne varie point d’épaisseur, et les contractions du cœur conservent leur rhythme , quelle que soit la pression
ambiante.
1» Effets de V augmentation de pression atmosphérique.
Des expériences plus directes, puisqu’elles portent sur l’homme lu.-même, ont mis en évidence les effets physiologiques que détermine l’augmentation ou la diminution de la pression atmosphérique. On connaissait peu jusqu en ces derniers temps les phénomènes qui résultent de l’augmentation de dens.te de l’air ambiant; l’observation vulgaire avait constaté une coïncidence entre l’élévation du baromètre et une sensation de bien-être et d’energie vila e AV Edwards a fait voir que l’altération de l’air expiré augmente en généra avec la pression de l’air et le froid, et diminue avec la chaleur et la dilatation qu’elle détermine : des oiseaux, emprisonnés dans un volume d’air limite en consomment plus l’hiver que l’été. Crawford, ayant placé des cochons d Inde dans de l'air à 8 degrés et à 55 degrés, a recueilli, après le meme laps de temps, plus d'acide carbonique dans le premier cas. D'apres ces lads ou peu affirmer que par une forte pression, mais qui ne dépassé point ,/6, Ja
piration devient plus grande, plus aisée, plus edicace pour la Muguiacanon de là pour tous les organes un surcroît d'incitation et de force, une repara lion plus prompte des pertes qu'ils éprouvent, une plus grande ap itude auv mouvements une énergie supérieure de réaction. Mais comment agit
colonne d'ail plus pesante que celle qui élève “S.
rvm 76î C’est là ce qu’on ignorait avant les recherches de Junod, Tabat ic Prl a"(H ca d ns les mi es et autres localités situées au-dessous du niveau L ia mer où l'air plus comprimé devrai, présenter, sous un volume égal un plus riche’ aliment a la respiration, les avantages de la densité du ' fluide : atmo sphérique son. annihilés par un certain nombre d' influences Méte es I mute fois l'application de l'air comprimé au creusement des puits des fondations d^ piles de ponts, des mines, a donné lieu a des observât, ons muluphées don.
nous profiterons ici (2). l’Mninsnhèrc sur le
Lorsqu'on augmente de moitié la pression naturelle de 1 atmosphuc .
(1) Pta„, Essai sur l’emploi de l’air comprimé. Paris, 1850. - Berlin, SW. * !
nique de l'emploi du tain d’ air comprimé- tam,
,2) voj. dans dm aies d'Iojgiine, V s .ne, I. 1, 1854, ******
A Note sur les ,ffU> physiologique, et pottotoji pm de la i, eompn 1
A. Guérard.
ATMOSPHÈRE. — PRESSION
privée]
corps de l’homme placé à l’intérieur du récipient de l’appareil inventé par le docteur Junod.on observe les phénomènes suivants. La membrane du tympan, refoulée vers l’oreille interne, devient le siège d’une pression incommode qui se dissipe graduellement à mesure que l’équilibre se rétablit, sans doute par la pénétration de l’air condensé dans la caisse du tympan à travers la trompe gutturale. La respiration s’exécute avec une facilité nouvelle ; les inspirations sont grandes et moins fréquentes que dans l’état ordinaire; au bout de quinze minutes, on éprouve dans la poitrine une chaleur agréable : on dirait que les vésicules pulmonaires, qui depuis longtemps étaient devenues étrangères à laii, se dilatent de nouveau pour 1 admettre, et toute l’économie puise dans chaque inspiration une nouvelle dose de vigueur. Toutefois, d’après les recherches de Paul Hervier (1), l’exhalation de l’acide carbonique dans le bain d’air comprimé ne s’élève au-dessus des proportions de l’état normal que jusqu’à la pression de 773 millimètres; au-dessus de cette limite, le poumon exhale moins d’acide carbonique qu’avant le bain; mais au sortir du bain d’air comprime, 1 acide carbonique est expiré en quantité plus forte qu’à l’état normal, et avec cet effet qui dure pendant plusieurs heures, coïncident l’exaltation de a puissance musculaire et une remarquable augmentation de l’appétit Le pouls est plein, résistant, fréquent : le calibre des vaisseaux veineux superficies diminue et peut même s’effacer complètement, de sorte que le sang ans son retour vers le cœur, suit la direction des veines profondes; il se porte en plus grande abondance vers le système artériel, ainsi que vers les principaux centres nerveux, notamment au cerveau, qui est soustrait par la résisance de sa boite osseuse à toute pression directe de l’atmosphère : aussi les fonctions intellectuelles sont-elles excitées; l’imagination est vive, et chez
Sema"iteste Ul,e SMe <Ie Mre- d’ivresse. Les mouve- Ton Z ’ ener«"lues et semblent plus assurés. Les actes de la diges-
tion, tou es les sécrétions, et particulièrement celles de la salive et de l’urine
taZu Ted1 r,Cdai iSa,,Ce' 0,1 dil ail le poids du corps es. diminué dl *n“”appareif "10'“S SC"SiUi°n 'lU’é'’rOU,e la Paonne renfermée
la LoTre tter 17-7' d’“" P“kS de mine élabli a“ des alluvions de
Loue, Hi„ei a du taire opérer Its ouvriers dans un air comprimé à trois
ingénieux* eV Inrdi à" 'T' “ aPpliqM P°m' la Première fois ce procédé
g eux et haï di dans les mines de charbon situées près de flnlnnn^
™ 1 *!?6’ “ “P10^ a,cc «P^oe» modifications dans les
Voici la marché LipLi;^Zésa-été ‘ 4
q s est élevé de quelques pouces dans le manomètre, c’cst-à-
*- l'air emprmé ( Ga-.,U ,
y ’ i849)’ ~ Annuaire de chimie. Paris, 1849, p. 598.
340 DES? MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène
dire dès que l’équilibre de pression s’esl établi entre l’air comprimé de 1 appareil et l’air renfermé dans l’oreille moyenne (Triger) : aussi les mouvements de déglutition de la salive la font disparaître en faisant arriver de l air dans la cavité du tympan par la trompe d’Eustache. La transition de 1 aii comprimé h l’air libre peut ramener cette douleur; 1 air comprimé, en s échappant par la trompe, y entraîne le mucus qu il avaiL refoulé dans la caisse du tympan lors du passage de l’air libre à l’air comprimé; de là l’idée conçue par le docteur Hamel, réalisée par Pravaz, de guérir par l’usage des bains d’air comprimé les cas de surdité dus à l’obstruction de ce conduit : le succès a couronné ces tentatives. Pravaz remarque que l’air comprimé ne refoule pas seulement la membrane du tympan, mais qu’il exerce aussi une action déplétive sur le réseau capillaire de la membrane muqueuse de la trompe et de la caisse. La densité plus grande de l’air rend la voix plus retentissante et lui imprime un timbre métallique; sous une pression de 3 atmosphères, la faculté de siffler fait défaut et la voix devient nasonnée; chez quelques individus le goût et l’odorat diminuent et même se perdent; le toucher a moins de précision et de finesse. Du côté de la peau, Foley (1) a noté chez les ouvriers du pont d’Argenteuil une sensation de chaleur générale, agréable et passagère, ou plus intense et suivie de sueurs; parfois une chaleur sèche et mordicante qui finit par une transpiration profuse; enfin, dans les cas de grande compression de l’air, un prurit pénible, brûlant, intolérable, qui les oblige a se gratter à deux mains avec anxiété, fureur, délire. Les ouvriers nomment puces cette horrible souffrance qui rarement se dissipe sans l’intervention d’une sorte de suette. La circulation se ralentit et se régularise, d’après Tabarié et Pravaz, sous une pression augmentée de 3/4 d’atmosphère; le dernier estime a l/a la réduction de la vitesse des battements. Pol n’a constaté sur lui-meme, apres une heure de séjour dans un air comprimé à 2,6 atmosphères, qu une légère diminution du pouls; le contraste entre la petitesse du pouls et la coloration plus forte de la peau s’explique par la dilatation des réseaux capillaires et 1 oxygénation plus complète du sang. Pendant la construction du pont de kehl, des accidents divers ont fourni l’occasion de constater que le sang des veines est aussi rutilant que celui des artères. Le développement de la cavité du thorax est secondé par l’inspiration souvent répétée de l’air comprime. Frava*. qui a mis ce fait en évidence, résume ainsi ses observations : 1° L étenc ue ce l’inspiration forcée, ou le développement du poumon, croît avec la pression | atmosphérique jusqu’à une certaine limite qui paraît déterminée en général par la vigueur des sujets; la pression atmosphérique cesse de favorise. 1 ain pliation des organes respiratoires, lorsqu’elle arrive à dépasser la toujours décroissante qui existe entre l’effort des muscles inspirateur e L/' ticité des parois thoraciques. Sous une pression de trois atmosphères, Ti 0 a vu les ouvriers de Chalonnes s’essouffler moins qu’à 1 air libre en montant
(1) Foley, Du travail dam l'air comprimé. Paris, 1863, grand in-8 avec atlas.
pRlvte| ATMOSPHÈRE. — PRESSION.
échelles. Les faits observés à Doucliy tendent à prouver l’accroissement de la combustion interstitielle (Guérard); plusieurs ouvriers ont perdu de leur embonpoint, tout en prenant des forces et des couleurs. Hervier et Saint-Sager ont constaté que la quantité d’acide carbonique expectoré dans le bain d’air comprimé, dépasse la limite normale jusqu’à la pression de 10 à 12 centimètres ; au-dessus de cette limite, elle est moindre qu'avant le bain. 2° A la sortie du bain d’air comprimé l'exhalation de l’acide carbonique augmente pendant plusieurs heures et n’atteint son maximum qu’un certain temps après le bain. La musculation est plus facile ; à Douchy, à Chalonnes, les ouvriers se font remarquer par leur agilité ; le docteur Hamel admirait l’adresse des ouvriers travaillant au fond de la mer. Quant aux douleurs rhumatoïdes accusées par beaucoup de personnes qui ont pénétré dans les mines précitées, il faut se rappeler qu’au moment de la détente de l’air dans le sas, un brouillard épais se manifeste et donne lieu à une sensation de froid glacial. D’après Foley, un travail meme médiocre sous une pression modérée, est suivie de courbature; sous une pression plus forte et à la suite d’un travail spécialisé, des douleurs occupent les muscles les plus exercés. Si la pression atteint 3 al-
Imosphères, on voit survenir ce qu’il appelle l’empâtement péri-articulaire avec douleur étrange, conquassante, puces au coude, à l’épaule, au jarret, suivant le genre de travail.
Les conclusions suivantes découlent des observations de Pol, de Watelle, du docteur François (1), de Foley : 1° Le séjour dans un air modérément comprimé profite aux chlorotiques, aux anémiques, aux sujets qui ont la poitrine faible, la respiration incomplète, etc. 2° L’air comprimé à k \ /k atmosphères, est aisément supporté, et beaucoup mieux qu’un air raréfié dans une proportion notablement moins forte. 3° Le danger est dans le retour à la pression normale, retour souvent accompagné de troubles graves et quelquefois suivi de mort subite ; ce danger est en raison directe de la rapidité de la transition, on le diminue en graduant la décompression. Li° Les mineurs qui ont péri en sortant des puits comprimés ont présenté des congestions viscérales, et en première ligne, des congestions pulmonaires et cérébrales. 5° On y est d’autant plus exposé qu’on est plus avancé en âge ; c’est de dix-huit à vingt-six ans qu’on résiste le mieux aux effets de la décompression. 6° Certains symptômes (toux, phénomènes gastriques) qui affectent les mineurs dans les puits comprimés, sont dus à la fumée des lampes. Au pont de Kohl, les ouvriers travaillaient munis de bottes imperméables, car ils étaient dans l’eau jusqu’à mi-jambe, el il s agit ici d une expérience dans l’air comprimé el humide : bourdonnements d oieilles, olalgie, obtusion de l’ouïe /pendant les premières minutes; respira-
(1) Voy. François, Annales d'hygiène publique et de médecine légale, octobre 1860, P- -JO. Le docteur François n’indique pas le degré de condensation atmosphérique dans les chambres ou travaillaient les ouvriers ; mais il résulte de son exposé que la pression a été portée à 3 atmosphères.
342 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène
tion aisée, plus profonde, moins fréquente, ampliation de la capacité pulmonaire; circulation d’abord accélérée, puis ralentie; au début, augmentation, et plus tard, par une pression plus forte, diminution de l’appétit chez la plupart des ouvriers ; amaigrissement chez eux et chez les employés qui descendaient souvent et séjournaient longtemps dans les piles. A la sortie des caissons (éclusement), ils éprouvaient une sensation de froid, un bruit de glouglou lent dans le conduit auditif et dû à l’échappement de l’air condensé, des otalgies parfois intolérables, des douleurs musculaires et arthritiques, des prurits incommodes, des congestions vers la tête, des hémoptysies, des épistaxis, etc. Les congestions surviennent non immédiatement après l’éclusement, mais au bout de quelques heures ; des ouvriers qui venaient d’être soumis au maximum de pression ont pu parcourir une distance de plusieurs centaines de mètres, et i tombaient ensuite comme par sidération. Ces accidents se passaient assez ra- J pidement; ils ont cependant coûté la vie à un ouvrier. C’est la sortie des caissons qui, d’après le docteur François, est le moment le plus critique, le plus fertile en effets morbides (1 sur 8), non pour les employés supérieurs, toujours circonspects, mais pour les ouvriers qui ne savaient ou ne voulaient point graduer leur retour à l’air libre. Un d’eux, travaillant sous une pression de 2 atmosphères 3 dixièmes, fut pris, au sortir des caissons, d’un bégayement. qui cessait dans l’air comprimé et dans son lit, et qui s’est dissipé spontanément en quelques jours. Au nombre des accidents consécutifs au séjour dans les tubes à air comprimé, Foley signale des douleurs très-aiguës dans le conduit auditif externe, de la surdité ou l’exagération de l’ouïe, la tuméfaction des fosses nasales jugée par des coryzas, celle des amygdales, des cordes vocales avec enrouement plus ou moins complet. — Tous les observateurs s’accordent à ne signaler comme périlleux que le moment du retour à l’air libre, et ce danger consiste dans une congestion trop violente, et c’est vers la peau que, d’après Foley, se fait sentir le premier effet du choc en retour qui succède à la décompression du système circulatoire; tendance heureuse qu’il convient de favoriser en activant la diaphorèse ; aussi repousse-t-il les affusions froides conseillées par François contre les douleurs articulaires et musculaires.
Le plus sûr moyen de prévenir ou d’atténuer ces troubles et ces accidents, est de graduer la décompression, de la rendre d’autant moins prompte quelle a élé plus forte; Foley trouve qu’un travail de huit heures par jour en deux séances, sous une forte pression, dépasse la durée hygiénique, et il limite à six semaines la période totale du séjour des ouvriers dans les tubes.
L’air comprimé des caissons a élé analysé : il avait sa composition normale sans trace d’ozone. C’est entre dix-huit cl vingt-cinq ans qu’ils supportent le mieux l’air comprimé; les lymphatiques et les scrofuleux s’y adaptent plus facilement et en profitent ; les sanguins, les congestionnés, les gens à lésions cardiaques et vasculaires, y sont compromis. Il y faut entrer avec des vêtements chauds pour s’en couvrir au moment de l’éclusement; inutile de se bourrer les oreilles de coton : les douleurs d’oreilles cèdent h 1 instillation de
pmvÉE] ATMOSPHÈRE. — PRESSION,
l’huile de Jusquiame, la surdité à celle de l’éther sulfurique, les myodynies et les arthralgios aux sudations.
2° Effets de la diminution de pression.
Pour les étudier avec méthode, il convient d’examiner successivement divers cas que l’on a confondus jusqu’à présent et; qui présentent une complexité croissante d’éléments étiologiques.
I. Le plus simple est celui de la diminution de pression atmosphérique dans l’intérieur de la cloche de Junod; l’homme qui s’y trouve installé traduira l’effet unique et vrai de cette cause par les phénomènes qu’il ne tardera pas à ressentir. Pression diminuée d’un quart : La membrane du tympan est relâchée, d’où résulte une sensation passagère analogue à celle qui est causée par la compression; la respiration est gênée, les inspirations sont courtes et fréquentes; au bout de quinze à vingt minutes, il survient une véritable dyspnée. Le pouls est plein, dépressible et fréquent; tous les ordres de vaisseaux superficiels sont dans un état d’évidente turgescence ; les paupières et les lèvres sont distendues et boursouflées; assez fréquemment il survient des hémorrhagies avec tendance à la syncope; une chaleur incommode se fait sentira la peau, la perspiration est abondante. Les sécrétions glandulaires semblent suspendues; on éprouve un sentiment de faiblesse générale et d’apathie complète. Si l’on fait alterner à diverses reprises la compression avec la raréfaction de l’air sur le même individu, tous les phénomènes produits par ces deux opérations contraires deviennent de plus en plus manifestes. La voix subit des modifications particulières, soit par la condensation, soit par la raréfaction de l’air. A mesure que la pompe joue pour raréfier l’air, la voix perd de son intensité et acquiert, sous l’influence de la paroi vibrante qu’elle traverse, un caractère étrange. Dans le cas de condensation, elle prend au contraire un éclat, un timbre métallique non moins prononcés (t). Il faut ajouter que la transpiration cutanée augmente dans l’air raréfié. Des grenouilles transpiraient par heure, en moyenne, 0,0020 du poids de leur corps à l’air, et 0,0076 sous le récipient de la machine pneumatique (2).
II. — Les ascensions aéronautiques portent brusquement les voyageurs dans les couches supérieures de l’air en ménageant la dépense des foires musculaires presque autant que la simple entrée dans la cloche de Junod ; mais à de grandes hauteurs, l’action du froid s’ajoute à celle de la pression diminuée de l’air; l’état moral complique ces effets, ainsi que la forte tension des esprits appliqués sans relâche à diriger, à observer, à écarter des périls. Le 2 1\ août 1804, Biot et Gay-Lussac s’élevèrent en ballon, à dix heures du matin, le baromètre était à 0m,765 ; — à 2724 mètres, les animaux qu’ils avaient logés
(1) Rapport à V Académie des sciences.
(2) Edwards, Influence de la vie, p. 584.
DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène
dans leur nacelle 11e donnaient aucun signe de souffrance ; le thermomètre ' marquait encore -f- 1 3° cent. Laissons parler Biot : « Nous étions très-surpris de I ne pas éprouver de froid, au contraire, le soleil nous échauffait fortement; nous avions ôté nos gants que nous avions mis d’abord et qui ne nous ont été d’aucune utilité. Notre pouls était fort accéléré ; celui de M. Gay-Lussac, qui bal ordinairement 62 pulsations par minutes, en battait 80 ; le mien, qui donne ordinairement 79 pulsations, en donnait 111. Cette accélération se faisait donc sentir pour nous deux à peu près dans la même proportion. Cependant notre respiration n’était nullement gênée, nous n’éprouvions aucun malaise et notre I situation nous semblait extrêmement agréable. » Au terme de leur ascension, j à 3898 mètres, limite bien supérieure à celle des neiges éternelles, par la latitude de Paris, ils n’ont pas noté sur eux-mêmes d’autre trouble que l’accélération du pouls.
Le 29 septembre de la même année, Gay-Lussac s’élève du Conservatoire des arts et métiers à 9 heures AO du matin, le baromètre marquait 765mm,25, et le thermomètre 27°, 75. Six heures après, il avait atteint la hauteur de 7016 mètres et il retrace ainsi ses propres sensations : « Quoique bien vêtu, je commençais à sentir le froid, surtout aux mains que j’étais obligé de tenir exposée à l’air ( — 9°, 5 c.). Ma respiration était sensiblement gênée; maisj’étais encore bien loin d’éprouver un malaise assez désagréable pour m’engager à descendre. Mon pouls et ma respiration étaient très-accélérés; aussi, respirant très-fréquemment dans un air très-sec, je ne dois pas être surpris d’avoir eu le gosier si sec qu’il m’était pénible d’avaler du pain. Avant de partir, j’avais un léger mal de tête provenant des fatigues du jour précédent et des veilles de la nuit, et je le gardai toute la journée sans m’apercevoir qu’il augmentât; Ce sont là toutes les incommodités que j’ai éprouvées. >>
Le 27 juillet 1850, Barrai et Bixio, partis à A heures du soir, se trouvaient dès A heures 50, entre 7016 et 6753 mètres de hauteur : « Nos doigts sont midis par le froid, mais nous n’éprouvons aucune douleur d’oreilles, et la respiration n’est nullement gênée. » Nous mentionnons, d’après Leroy de Méricourt, l’ascension de Glossher, en septembre 1862, la plus haute qui ait eu lieu, entre 9 et 10 000 mètres, et qui a failli lui coûter la vie, ainsi qu’à son compagnon : un peu avant de perdre connaissance, il avait enregistré sa dernière observation au baromètre (0"’,A0) et au thermomètre ( — 38°, 5).
III. — Dans l’ascension des montagnes, la pression de l’air diminue avec une gradation réglée par le pas des voyageurs ; ils s’arrêtent où il leur plaît, ils séjournent plus ou moins longtemps dans les stations intermédiaires; la locomotion sur les pentes plus ou moins roides intervient ici dans la production des phénomènes observés et s’ajoute aux effets du ‘froid et de la raréfaction de l’air, subordonnés eux-mêmes aux diversités de latitude, de localité, des conditions du voyage et de celles de l’individualité.
S’agit-il de l’habitation sur des montagnes d’élévation moyenne, l’organisme s’adapte aisément à une diminution peu considérable de l’air atmosphérique:
ATMOSPHÈRE. — PRESSION
privée]
à peine la respiration s’y accélère-t-elle, sans perdre de son ampleur; une circulation plus active entretient dans les organes l’excitation nutritive et fonctionnelle, et donne au visage de vives couleurs; l’appétit est énergique, la digestion facile; mais le besoin de l’activité et la promptitude des mouvements restreignent l’embonpoint. Les montagnards présentent ces caractères : leur agilité, leur souplesse, leur courage, leur esprit remuant, inquiet, ardent à l’indépendance, sont autant de traits historiques qui les distinguent des habitants des plaines ; ces différences proviennent sans doute de plusieurs causes, notamment de la configuration et des productions du sol ; mais la plus considérable de ces causes est l’air plus sec, pins froid, plus pur, et par conséquent plus riche de principes vivifiants, quoique relativement moins dense que l’air des plaines, chargé de vapeur aqueuse et d’émanations de toute nature. Beaucoup de faits prouvent que les vicissitudes modérées de pression agissent d’une manière presque insensible sur l’organisme : les chasseurs de chamois passent le même jour, et alternativement, des vallées aux sommets des Alpes, sans en : être incommodés. De Sixt aux Fonds, la différence de pression est d’environ 22 lignes; or les femmes d’un village voisin de Sixt vont, pendant i l’été, passer la nuit aux Fonds pour y traire leurs vaches et redescendent chaque matin pour assister leurs maris dans les travaux d’agriculture : elles i subissent donc chaque jour et sans inconvénient le maximum et le minimum de pression qui s’observent à de longs intervalles de temps dans le même lieu. Burdach fait ressortir le peu d’influence qu’exercent à nos latitudes les variations de pression atmosphérique, et il ajoute : « Quiconque est au courant ; des résultats récents de la météorologie sait que le baromètre n’est point, dans les zones tempérées, l’instrument propre à indiquer la marche régulière des phénomènes du temps pendant le cours de la journée et de l’année (1). ».
Quant à l’ascension des hautes montagnes, elle a été tentée par un grand nombre de savants et de gens du monde qui nous ont laissé l'histoire discori dante de leurs sensations et beaucoup moins d’observations exactes(2). Rapide,
" elle détermine, comme toute série d’efforts, une grande fréquence dans les
(1) Burdach, Traité de physiologie considérée comme science d'observation , traduit > de 1 allemand sur la 2e édition, par J. A. L. Jourdan. Paris, 1839, t. V, p. 310.
(2) Voy. de Humboldt, Nouvelles Annales de voyages, 3e série, t. XX. D’Orbigny
• Voyage dans l'Amérique méridionale, t. II. - Roulin, Fréquence du pouls dans les montagnes (Journal de Magendie, t. VI, p. 1). Jacquemont, Correspondance , t. I.
De Saussure, Voyage dans les Alpes, t. II à IV. — Shervill, Bibliothèque univerw e. — Desor et Agassiz, Relation d’une ascension à la Jungfrau. — Hcy, Influence ■'U/ le corps humain des ascensions sur les hautes montagnes ( Revue médicale, dé- I, ... . Pe Lepileur, Mémoire sur les phénomènes physiologiques dans les Alpes
, u. 18ûo). — Lombard, Le climat des montagnes , etc. Genève, 1858. — Jourdanet,
\ Les altitudes de F Amérique tropicale, etc. Paris, 1861. - Léon Coindet, Lettres sur e i exique, m Gaz. hebdorn. de méd. et de chirurg. 1863-1864. — Le Roy de Mérif’ court, art. Attitudes du D/rf. encycl. des sciences méd. Paris, 1865.
346 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hyciène
battements du pouls, une disposition aux nausées (mal des montagnes), un ' sentiment général de malaise, une lassitude telle que la force de marcher manque ; il faut s’arrêter souvent pour respirer, et si l’on s’arrête quelque temps, on s’endort. Suivant Weber (1) et de Humboldt (2), cette lassitude musculaire provient en partie de ce qu’une moindre pression extérieure de o l’air soutient moins la cuisse dans l’articulation coxo-fémorale. Le bourrelet ,1 orbiculaire et ligamenteux fait office de soupape ; aussi la jambe, que la sec- ) tion des muscles et de la membrane capsulaire ne fait point tomber sur un cadavre, tombe aussitôt que la cavité cotyloïde reçoit l’air extérieur, sans que 4 le ligament rond ni la membrane capsulaire aient été intéressés. Les phéno- a mènes mentionnés surviennent à des hauteurs qui varient suivant les disposi- 1 tions individuelles et les circonstances de l’ascension ; la fatigue, l’émotion des ^ périls qui se révèlent y entrent pour une part. De Saussure, qui n’éprouvait 4 un commencement de malaise qu’à llôOO pieds, a eu des guides, d’ailleurs très-robustes, qui souffraient déjà à 9000 pieds, d’autres à 7000, quelquesuns même à 5000. Agassiz et Desor, qui gravirent la Jungfrau le 28 août i 1841, n’ont éprouvé aucun accident pendant plusieurs semaines qu’ils vécurent à une hauteur de plus de 8000 pieds. Un voyageur anglais, Moorcroft, un peu au-dessous du Niti-Ghôt, dans l’Himalaya, sentit sa respiration s’accé- ! lérer à 15 600 pieds, et il était contraint de s’arrêter de cinq pas en cinq pas. | Sur le col de Ghôt, la difficulté de monter redoubla ; il succombait au besoin : de dormir; enfin, une forte angoisse l’obligeait à respirer fréquemment et ( profondément. Le capitaine Web, dans les mêmes lieux, ressentit les mêmes 1 symptômes et une tendance à l’apoplexie, et il a observé que les chevaux et les yaks (taureaux du Thibet) ne sont point exempts de ces troubles. Une fatigue extrême, une grande faiblesse, de violents maux de tête, voila ce qu’éprouvèrent le lieutenant Gérard et ses gens dans trois expéditions en trois endroits différents de l’Himalaya, à 15 600, à 17 500 et à 18 500 pieds. Dans leur tentative d’ascension à la cime du Chimborazo (juin 1803), de Humboldt et Bonpland, après avoir grimpé une heure en partant d’un point dont la hauteur avait été déterminée à 17 160 pieds, commencèrent à sentir une envie de vomir accompagnée de vertiges et beaucoup plus pénible que la difficulté I de respirer ; ils avaient en même temps les lèvres et les gencives saignantes, la conjonctive oculaire gorgée de sang. Une fois sur le volcan du Pichincha, élevé seulement de 13 800 pieds, de Humboldt, quoique exempt d’hémorrhagie, avait ressenti un si violent mal d’estomac avec vertiges, qu’on le trouva étendu à terre sans connaissance au moment où il venait de quitter ses compagnons pour faire des expériences électrométriques. Dans une nouvelle tentative pour atteindre la cime du Chimborazo (1831), Boussingault et le colonc Hall s’arrêtèrent à une hauteur de 18 500 pieds, par une température
(1) Weber, Encyclopédie anatomique. Paris, 1843, t. U, P- 23/ et suiv.
(2) Humboldt, Académie des sciences, 23 janvier 18o/.
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de -j 7°, 8 et le baromètre indiquant 13 pouces 8 lignes et demie : obligés de s’asseoir, ils se relevaient presque aussitôt et ne souffraient que pendant le temps qu’ils étaient en mouvement. De môme, au mont Blanc, Saussure ne pouvait avancer de quinze pas sans s’asseoir pour reprendre haleine. Au repos, il ne lui restait qu’un peu d’oppression précordiale ; mais le moindre mouvement ou la simple contention do l’esprit l’obligeait à s’arrêter de nouveau et à haleter pendant quelques minutes encore, la face tournée au vent. Mêmes symptômes éprouvés plus récemment au mont Blanc par le capitaine Sherwbill, le docteur Barry, Atkins et mademoiselle Dangeville ; à 4500 mètres, et à 4660 mètres d’élévation, Martins, Bravais et Lepileur, faisaient d’abord, sans reprendre haleine, 80 pas, puis 70, et enfin, entre les Petits- Mulets (4 660 mètres) et la cime du mont Blanc (4811 mètres), seulement 30 à'40 pas. 11 importe de considérer que sur le sommet du mont Blanc, à l/i 700 pieds, ces explorateurs se trouvaient plus haut que de Humboldt à 18 200 et Boussingault à 18 500 dans les Cordillères, et que Moorcroft et Gérard à 18 500 dans l’Himalaya, puisqu'on Europe les limites de la neige fondante sont à 8000 pieds environ au-dessus des mers, tandis qu’elles commencent à 14 800 pieds en Amérique et h 15 700 pieds en Asie. Sur le col du Géant, à 687 toises au-dessous de la cime du mont Blanc, Saussure et ses compagnons éprouvèrent une excitation du système nerveux qui les rendait irritables, impatients : « Près de la cime, l’air est si rare, que je ne pouvais faire que 15 à 16 pas sans reprendre haleine; j’éprouvais même de temps en temps un commencement de défaillance qui me forçait à m’asseoir. Tous mes guides,
2 proportion gardée de leurs forces, étaient dans le même état... Arrivé sur la i cime, quand il fallut me mettre à disposer mes instruments et à les observer, je me trouvai à chaque instant obligé d’interrompre mon travail pour ne m’occuper que du soin de respirer... Toute observation faite dans cet air rare fatigue, parce que sans y penser on retient son souffle, et, comme il faut suppléer 4 la rareté de l’air par la fréquence des inspirations, cette suspension me causait un malaise sensible... Le genre de fatigue qui résulte de la rareté de 1 air est absolument insurmontable; quand elle est à son comble, le péril le plus imminent ne vous ferait pas faire un pas, etc. » Lepileur, Martins et Bravais, sur la cime du mont Blanc, n’ont point éprouvé ces sensations en observant leurs instruments, et ils n’y ont souffert que du froid. Martins eut quelques nausées, il vomit quelques grains de raisin sec pris une heure auparavant : il compara son malaise avec le mal de mer ; leur appétit n'était pas nul . Lepileur ne recouvra complètement le sien qu’en descendant à la hauteur I de 3046 mètres, et sa soif devint alors plus vive qu’au Grand-Plateau. Rey ' rapporle’ suivant lR témoignage du capitaine Shcrwhill, qu’après les rochers nommés les Grands- Mulets (3046 mètres), la soif devint intolérable pour sa r nom M-ouse escorte. On ne pouvait plus parler sans prendre de la neige mêlée II, u raisin sec pour se rafraîchir la bouche et s’humecter le gosier, tandis que e besoin de manger fut à peu près nul. Lepileur et ses compagnons avaient
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tous la langue blanche; celle des guides l’était moins. En 1837, Atkins em- • mena avec lui, au sommet du mont Blanc, le chien de son guide; cet animal partagea les souffrances de ses maîtres : il tombait pour s’endormir aussitôt ; il regardait autour de lui avec une expression d’inquiétude; à la différence des hommes, il ne perdit point l’appétit, mais il eut des vomissements continus. Sherwhill, de Tilly et Atkins parlent d’une sensation de légèreté extraordinaire qu’ils ont éprouvée en descendant ou à l’état de repos; Lepileur, Bravais et Martins ne l’ont point éprouvée. Sur le sommet du mont Blanc, le pouls de trois personnes, de Saussure, de son domestique et de son guide, donnait pour moyenne 100,3 pulsations par minute : le jour suivant, à Chamounix, la moyenne fut de 60,3 ; la différence est donc de AO pulsations pour une différence de pression atmosphérique égale à 7176 livres. Lepileur (trentequatre ans) a observé sur lui-même la marche suivante du pouls : à 802 mètres au-dessus de la mer, 63 pulsations ; a 1050 mètres, 60 pulsations , à 2069 mètres, 82 pulsations; à 30A6 mètres, 92 pulsations; à 3911 mètres, 90 pulsations ; à A811 mètres, 88 pulsations. A Guaduas, situé à 10.j2 mètres, Roulin a constaté les moyennes suivantes chez lui-même et deux compagnons : 86, 81, 102 ; à Santa-Fé (26A3 mètres), 96, 86, 100. Ainsi l’accélération du pouls est l’effet constant de l’ascension à partir d’un certain niveau. Quant aux hémorrhagies, Guérard les attribue à l’expansion des gaz qui, en raison du raccourcissement de la colonne barométrique, ne restent plus eu dissolution dans le sang et s’échappent en chassant le sang hors de ses vaisseaux ; explication reproduite par Gavarret (1). Toutefois, on n’a guère obsené dans les ascensions que des saignements de gencives et de lèvres par gerçures, par sécheresse extrême ; l’injection de la face et des conjonctives provient de la congestion que détermine vers les téguments la réverbération du soleil par les neiges. Brescbet et Becquerel se sont assurés que la température du corps est la même au Saint-Bernard et dans la plaine, fait déjà signalé par de Saussure à une élévation presque double. On sait enfin que sur les très-hautes cimes, la détonation d’une arme à feu est à peu près nulle, et qu’au mont Blanc aucun bruit ne peut trouver d’écho ; mais le son se propage assez loin . à 300 mètres de distance, Lepileur et ses compagnons entendirent les voix de leurs guides qui causaient entre eux, et le bruit du crayon qui frappait le ver-
nier du baromètre était perçu à quinze et vingt pas.
Les phénomènes qu’on observe à de grandes hauteurs sur le globe ont une origine complexe, et quelques-uns se rapportent aux dispositions individuelles (saignement scorbutique des gencives observé par Bouguer, imminence d hémoptysie chez le docteur Clark et d’apoplexie chez Moorcroft, épistaxis chez
d’Orbimiy etc); d’autres à des circonstances accessoires : tels sont la somnolence, un peu de congestion vers la tête, l’étal pâteux de la bouche, qui résultent d’un exercice musculaire violent avec privation de sommeil pendant
Gavarret, Dici. encyclop. des sciences mèdic. Art. Atmosphère.
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ou deux. nuits ; l’abus des alcooliques chez les guides et souvent chez les voya- „eurs, ajoute aussi ses effets à ceux de la raréfaction de l’air. Mais, déduction laite de ces inlluences, il reste un ensemble de phénomènes qui constitue le mal des montagnes. Bouguer l’attribue h la fatigue, oubliant qu’elle provient elle-même en partie de la difficulté de respirer dans un air raréfié ; de Saussure, au relâchement des vaisseaux par suite de la diminution de la pression atmosphérique ; Rey, au mouvement plus pénible et moins habituel des membres abdominaux pendant l’ascension. D’après Brachet(l), les muscles en contraction désoxygénant le sang qui les traverse plus que pendant le repos, la respiration est accélérée par le mouvement dans un air raréfié; pendant les haltes, le sang demande moins d’oxygène aux poumons et en laisse moins dans les muscles locomoteurs, et comme ceux-ci ne se peuvent contracter que sous l'influence du sang artériel, il s’ensuit qu’arrosés pendant les haltes par un sang presque veineux, ils sont moins aptes au mouvement : ainsi s’expliquent et l’anhélation et la lassitude, éléments principaux du mal des montagnes. Lepileur objecte à cette théorie, que tel s’arrête par essoufflement, tel autre par fatigue, et que l’anhélation presque toujours permettrait encore quelques pas quand déjà les jambes défaillent; dans la production de cette fatigue douloureuse, il fait pourtant intervenir la congestion sanguine des muscles en action, congestion proportionnelle à leurs efforts et d’autant plus rapide que le pouls s’accélère lui-même dans un air raréfié; aussi bien le repos rétablit l’équilibre, et les hommes qui ont le plus exercé leurs muscles sont aussi les derniers à ressentir la fatigue locale des montagnes. Quant à la disposition nauséeuse avec inappétence, à l’imminence syncopale, à la céphalalgie violente pendant- la marche et cédant au repos, ces troubles succèdent à toute série d’efforts non interrompus, à un exercice gymnastique de six à huit minutes, à l’ascension rapide d’un escalier, etc. ; et pour peu que les efforts continuent, on observe le trouble de la vue, des vertiges, une lassitude douloureuse dans les membres, la prostration des forces; que si l’on s’arrête pour prévenir les effets de l’hypérémie cérébrale et pulmonaire, le sang reflue vers le cœur, la face pâlit et la défaillance s’annonce. Sur les hauteurs, mêmes phénomènes à marche plus rapide, l’afflux considérable du sang vers le cerveau comprimant les forces motrices et sensitives, comme son reflux trop brusque les laisse dans un état de collapsus : de là mal de tête, battement des carotides, impuissance à se mouvoir, inclinaison instinctive du corps et de la tête en avant et syncope imminente, lorsqu’en érigeant la tête on facilite le reflux du sang vers le cœur. La malaise de l’estoinac, très-analogue au mal de mer, est sans doute sympathique de l’hypérémie encéphalique, à moins qu’il ne soit dû à un effet de la tension gazeuse de l’estomac et des intestins, augmentée sous une pression décroissante de l’atmosphère (2).
(1) Brachet, Revue médicale, novembre 18&A.
t^) Voy. Maissiat, Mémoires de physique animale. Paris, 1 843, p. 259 et suiv. — Les
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Gavarret, reprenant l’idée de Brachet et la précisant à l’aide des observa-- i tions de Joule, Ilirn et Béclard, rattache le mal des montagnes à une intoxi- 4 cation par l’acide carbonique dissous en trop forte proportion dans le sang. L’homme adulte brûle en une heure 12 grammes de carbone en dégageant t 22 litres d’acide carbonique par les voies respiratoires ; la chaleur produite $ par cette transformation du carbone représente les 8/10 de la chaleur totaledue aux réactions chimiques qui s’opèrent dans les réseaux capillaires; les- 1 2/10 restants sont fournis parla combustion de l’hydrogène des matériaux i organiques du sang. L’intensité de ces combustions respiratoires est en raison ■i directe de la dépense des forces : toutes les fois que l’homme élève un kilogramme à 425 mètres de hauteur ou 425 kilogrammes à 1 mètre de hauteur, < il brûle dans ses capillaires généraux plus de matériaux organiques que n’exige le maintien de sa température propre, et cet excès de combustion dont l’elfel thermique est nul, représente une quantité de chaleur transformée en force mécanique, capable d’élever de 1 degré cent, la température d’un kilogrammed’eau. L’adulte, que nous supposons du poids de 75 kilogrammes, s’il a monté à pied au sommet d’une montagne de 2000 mètres de hauteur, a exécuté un travail utile de 150 000 kilogrammèlres, représentant 353 unités de chaleur i sans effet thermique, mais transformées tout entières en force mécanique et fournies par les combustions respiratoires. Les 8/10 de celte chaleur transformée étant fournis par la combustion du charbon, il a fallu, pour créer la force mécanique correspondant au travail utile de l’ascension, produire 65 litres d’acide carbonique, en sus des 22 litres par heure nécessaires au maintien delà température du corps. Conséquences : dépense énorme de matériaux organiques, épuisement des forces, accélération des mouvements respiratoires et circulatoires, et pour absorber tout l’oxygène que nécessitent des combustions si énergiques, et pour expulser un tel excès d acide carbonique; sinon, le sang . en demeure surchargé, et l’anxiété respiratoire, la céphalalgie, les vertiges, la somnolence sont les symptômes de cette intoxication.
Le mal des montagnes ne se fait sentir qu’à la limite des neiges perpétuelles, quelle qu’en soit la hauteur absolue. Cette règle ne s’applique qu’aux régions i situées en deçà du 55e ou du 60e degré de latitude, et, malgré les exceptions l dont elle est passible, on peut l’admettre d’après la plupart des relations de voyages dans les Andes, l’Himalaya et les Alpes. Lepileur l’explique naturellement en rappelant que le voyageur, parti des pays les moins élevés, séjourne toujours un peu dans la région de la grande végétation, parallèle à celle des neiges persistantes, avant de s’élever dans le désert de la montagne; il a donc eu le temps de s’habituer graduellement à l’air plus ou moins raréfié que 1 on respire à la limite du séjour de l’homme ; mais de cette limite à une nouvelle hauteur de 12 à 1500 mètres, la transition est brusque et l’on atteint un point où les effets de la raréfaction atmosphérique se prononcent, mémoires V et VI contiennent les éléments d’une théorie physique des effets de la raréfaction de l’air ambiant.
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Parmi ces effets, le froid est encore celui qui éprouve le plus les voyageurs qui séjournent à de grandes hauteurs. Bouguer (1) et de Saussure (2) ne pouvaient se rendre exactement compte des causes qui le produisent; aidé des progrès de la physique moderne, Ch. Martins les a mieux précisées (3). L’atmosphère absorbant une partie de la chaleur solaire, le rayon calorifique qui frappe un sommet élevé de 3000 mètres traverse une moindre épaisseur de couches d’air que celui qui tombe sur une plage au niveau de la mer; il doit donc être plus chaud que ce dernier. Des expériences faites simultanément (18 août 18/té) sur le grand plateau du mont Blanc et à Chamounix par Ch. Marlins, Aug. et Camille Bravais, ont montré qu’à une différence de niveau de 2890 mètres, et quoique la température de l’air fût de 22°, 2 inférieure à celle de la vallée, la chaleur due au soleil était dans celle-ci de 1°,09 et sur le grand plateau de 1°,22. Le sol des montagnes s’échauffe beaucoup plus relativement que l’air, tandis que dans la plaine la température moyenne de l’air dépasse presque toujours celle du sol. Le maximum moyen de neuf jours d’expériences a été pour le sol de la montagne, à 1 décimètre de profondeur, de 13°, 07; à sa surface, de 19°, é8, et pour l’air, seulement de 8°, 99. Ces phénomènes se continuent dans l’arrière-saison : du 21 septembre au 1er octobre 18/] A, la température i moyenne de l’air a été de 3°, 15, celle de la surface du sol 5°, 89, et à 0D',25 de profondeur, 5°,/i8. C’est cet échauffement du sol qui explique dans les Alpes la variété d’espèces végétales et le nombre d’individus qui y fleurissent à la limite même des neiges éternelles; ces plantes sont plus chauffées par la ■ terre qui les porte que par l’air qui les baigne; au Spitzberg, au contraire,
; malgré la persistance du jour pendant tout l’été, la végétation est indigente et rare, les rayons obliques du soleil étant absorbés en partie par la grande épaisseur de l’air qu’ils traversent et n’ayant plus le pouvoir d’échauffer cette terre glacée (Martins). Et cependant, sur les Alpes comme sur toutes les hau- ! leurs, l’air s’échauffe moins et se refroidit infiniment plus que l’air des plaines : raréfié, il absorbe moins que l’air dense des plaines les rayons directs ou î réfléchis du soleil; le sol se refroidit la nuit par rayonnement plus que l’air; dans les deux saisons (été et automne), Bravais et Martins ont constaté que le refroidissement nocturne de la surface du sol s’élève au double de celui de l’air; ce qui s’explique en partie par l’immersion des sommets dans l’océan aérien, l’air raréfié quiTentoure de toutes parts favorisant encore l’émission de la chaleur. Sont-ils couverts de neige, ils rayonnent avec plus d’intensité, ta neige à l’état pulvérulent refroidit énormément les corps solides qu’elle touche, 1 air qui la baigne et celui vers lequel elle rayonne : un thermomètre déposé à la surface de cette neige, et légèrement recouvert par elle, marquait 12 ,o0 au-dessous de celui qui était exposé à l’air libre. A minuit, dans les
(1) Bouguer, Voyages au Pérou, p. 51.
(2) Saussure, Voyages dans les Alpes , chapitre XXXV.
(3) Charles Marlins, Annales de chimie et de physique , 3° série, 18C0, t. LVIII
On o 1 3 3 3 3
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quatre nuits des 28, 29, 30 et 31 août, il était descendu en moyenne à — 19",2(J, ■ ■»; l’air étant à — 6°, 45. La neige iloconneuse qui tapisse en hiver le sol des 1 contrées boréales n’a point le pouvoir émissif de la neige poussiéreuse; tassée et fondant en partie, elle ressemble à celle qui, dans les Alpes, est à l’étal de » névé, c’est-à-dire en fusion le jour et regelanl la nuit. Une moindre pression sur les montagnes a pour effet d’activer l’évaporation qui est une cause de réfrigération pour l’air et pour le sol, en même temps qu’elle détermine le phénomène appelé par Pellicr le fumage des montagnes. C’est par les beaux « n jours que celte évaporation s’effectue et donne lieu à des sécheresses d’air i inconnues dans la plaine; mais quand il pleut ou que le sommet est coiffé de > nuages, l’humidité est au moins égale à celle des régions basses. Enfin, une q dernière cause de refroidissement sur les montagnes est due à la dilatation de . l’air des courants ascendants. Favre et Silbermann ont trouvé que le décroissement de la température avec la hauteur étant de + 10 degrés centigrades 4 pour 180 mètres, la fraction due à la dilatation de l’air serait de 0°,32. Ajoutez <1 pour l’homme qui s’aventure à ces hauteurs l’acliou des vents et des rafales >| qui y soufflent, quand pas une feuille ne tremble aux arbres de la vallée, la basse température de la neige sur laquelle on marche à 3000 mètres d’éléva- r tion (• — 8°, 2), la compression des orteils par le cuir gelé et rigide des chaus- i sures, l’effet plus dangereux encore de la neige fondante qui imprègne les *1 chaussures les plus imperméables, la sécheresse de l’air activant les transpirations pulmonaire et cutanée, ou l’humidité glaciale des nuages, l’insuffisance de l’hématose dans un air raréfié, etc. (1).
• Le caractère essentiel de l’organisation humaine, au point de vue hygiéni- ( que, est de s’adapter à une grande variété d’influences extérieures et de se familiariser par l’habitude avec les conditions les plus opposées en apparence à sa conservation : c’est ainsi que des masses d’ouvriers vivent et travaillent dans les galeries de mines très-profondes, sous une pression beaucoup plus forte que celle de l’atmosphère. A une hauteur de 9808 mètres au-dessus du niveau de la mer, Quito, dans la république de l’Équateur, présente une population florissante de 70 000 habitants; dans la Bolivie, la ville de Potasi, t qui comptait au XVIIe siècle une population de 150 000 âmes, monte dans ses ■ < quartiers les plus élevés à éi 1 6(5 mètres; dans les Andes péruviennes, la | métairie d’Anlisana prospère à MOI mètres, etc. A part les différences tranchées de pression atmosphérique que l’homme s’accoutume à supporter d une manière permanente, ses fonctions continuent de s’exercer avec régularité sous l’empire des variations barométriques qui s’observent dans notre atmosphère pendant les phases du jour et de l’année. 11 est même probable que
(1) Au bord de la mer, sous la pression de 7G0 millim. de mercure, un demi litre I d’air ration moyenne de chaque inspiration, pèse <)er,(>5, et contient en poids 0pr,t<’ d’oxygène; sous une pression de A 75 millim. il pèse 0er,A0, et ne contient plus que ! Qgr io d’oxygène ; au sommet du mont Blanc, où la pression est de A20 millim., chaque ) inspiration n’introduit dans le poumon que 0fe’r,09 d’oxygène. (Ch. Martins.)
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ces oscillations sont liées à une loi conservatrice des êtres organisés, et que pour les fonctions influencées directement par l’air, comme pour les fonctions nutritives, la règle est dans une certaine variété de modifications. La sensation de malaise et d’accablement, la gêne de la respiration que l’on éprouve aux approches des orages, sont attribuées, à tort, tantôt à l’augmentation, tantôt à la diminution de la pression atmosphérique. Guérard, qui a souvent suivi la marche du baromètre dans cette circonstance, a pu se convaincre que ces phénomènes dépendent de l’influence de l’électricité. Quand le baromètre subit une dépression brusque et forte, les fluides font effort contre les parois des vaisseaux, les veines de la périphérie se gonflent, une fausse pléthore se prononce; il y a menace de congestion vers la tête, abattement et pesanteur du corps : ce qui fait dire vulgairement que l’air est lourd, quoiqu’il soit rare et par conséquent plus léger. Si la variation affecte plusieurs degrés barométriques, des accidents peuvent survenir : au mois de décembre 1747, Duhamel vil en. moins de deux jours le baromètre tomber à 1 pouce 4 lignes, ce qui équivalait à une diminution de 1400 livres dans le poids de l’atmosphère; aussi y eut-il beaucoup de morts subites.
3° Action des vents.
Les vents, considérés d’une manière générale, agissent sur l’homme : 1° par la quantité de mouvement qu’ils communiquent aux couches d’air ébranlées ; 2° par les qualités météorologiques de cet air; 3° par les propriétés qu’ils empruntent aux surfaces qu’ils ont parcourues; 4° par les matières qu’ils lancent dans une direction déterminée; 5° par leurs variations. Les courants d’air, qui se brisent dans une atmosphère médiocrement agilée, peuvent elre comparés aux vagues de la mer quant aux percussions qu’ils exèreent sur les corps; modérés, ils sont des douches d’air. On connaît peu les effets de ces chocs répétés; on a dit qu’ils sont toniques : le bain d’air, comme dit Hufe- Jand (1), ne doit pas seulement son utilité à l’action mécanique de l’air en mouvement; on comprend sans peine qu’elle fortifie les tissus cutanés et y lavorise peut-être la circulation. Les vents plus forts compriment comme si le poids de air était augmenté. Les vents qui ont une grande impétuosité proinsent une commotion dansles parties qu’ils frappent brusquement; celles-ci indépendamment d’une rapide soustraction de calorique et d’humidité, subisune attemte véritablement traumatique. Plus la percussion es. violente
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m. lévy. Hygiène, 5® édit.
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exagérées par la vitesse du mouvement qui lui est transmis : l’air froid, mais • , en repos, nous impressionne beaucoup moins que ce même air agité par le vent; même par une température douce, nous sentons les moindres courants d’air. Cela tient à ce que le vent projette incessamment au contact de notre corps des masses d’air nouvelles qui lui enlèvent de nouvelles quantités de calorique ; cette déperdition s’accélère encore quand le vent est humide. I/air chaud semble faire exception, car la ventilation en tempère les effets ; mais ce phénomène ne diffère point du précédent quant à sa cause : si l’air chaud et immobile nous paraît étouffant, c'est que la même couche , d’air baignant notre peau ne tarde point à se saturer d’humidité, et dès lors s’oppose à l’évaporation des produits de la transpiration pulmonaire et cutanée, tandis que le plus faible courant nous apporte au contact de la peau de nouveaux volumes d’air avides d’eau et qui nous rafraîchissent en activant la vaporisation dermique, Des grenouilles placées à l’einbrasure d’une fenêtre fermée éprouvèrent par heure une perte moyenne de 0,0167 du poids de leur corps ; d autres grenouilles placées à l’embrasure d’une fenêtre ouverte perdirent 0,0520 ; des lézards transpirèrent dans le premier cas, 0,0041, dans ie second, 0,008 ; (1). Dans un air calme et chargé d’humidité, la transpiration se trouve réduite à son minimum, c’est-à-dire qu’elle devient cinq à dix fois moins abondante que dans l’air sec et en mouvement. Lorsque les vents ont une certaine duree, la nature des terrains et l’espèce de climat qu’ils traversent, leur communiquent des propriétés caractéristiques : ainsi, dans notre France, les vents du nordest sont froids et secs ; ils ont parcouru la Sibérie, la Russie et une partie de l’Allemagne; ils doivent donc participer à la température de ces contrées, et ils deviennent d’autant plus secs que, passant sur des zones de moins en moins froides, ils restituent à l’état latent la petite quantité de vapeur qu ils contenaient Les vents du sud et du sud-est soufflent de l’intérieur de 1 Afrique; en roulant sur la Méditerranée, ils se chargent de vapeurs abondantes ; aussi, lorsqu’ils atteignent les côtes de Provence, possèdent-ils au plus haut degre les propriétés de l’air chaud et lmmide. Les habitants de celte partie du Midj en connaissent l’influence déprimante; tant qu’ils soufflent, la prostration es universelle : ils les appellent généralement sirocco. En Algérie, ce vent es justement redouté. Félix Jacquot, qui l’a enduré pendant trois jouis dans désert, en a vivement retracé l’effet. L’air est aride, lourd, énervant la icsp ration saccadée et sonore; la poitrine oppressée et aspirant, pat des effoj d’ampliation, le plus grand volume de cet air dilaté; barre frontale ebhiuissement bruissement d’oreilles, conslriction à la gorge et a 1 ep.gastre, lèvres Tffles crevassées par la poussière ardente que fouette le vent; marche chancelante; par intervalles, bouffées de chaleur à la face, suivies quelquefois d va"ues frissons et d’un surcroît de défaillance voisin de la syncope ; v sag d’ailleurs vultueux, lèvres cyanosées, pouls fort et rebondissant, ou faible
(1) Edwards, p. 590 et 608.
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irrégulier, parfois plein, souple et lent; intelligence obi use, sens paresseux et peu sûrs ; répugnance au mouvement, anxiété, agitation ; on étouffe sous la tente; en plein air, la rafale brûlante suffoqua j on ne peut se tenir debout, et l’on craint de se coucher, à cause de la température plus forte des couches inférieures de l’atmosphère échaudées par le sable; le contact du sol brûle la main, la sueur coule à Ilots, la soif est insatiable, et quand l’estomac est distendu par l’eau ingérée, la dyspnée augmente avec le malaise général et l’anxiété épigastrique. C’est avec raison que F. Jacquot rapproche ces accidents de la calenture, et qu’il les explique par l’hypérémie cérébrale, souvent compliquée d’un état semi-asphyxique (1). Les vents de l’ouest, saturés des vapeuts qu ils balayent sut 1 Océan, sont ordinairement pluvieux, surtout quand ils surviennent par une température froide qui précipite leurs vapeurs en pluies. On conçoit d’ailleurs que ces effets sont subordonnés aux conditions et aux rapports des localités très-étendues : ainsi, dans le Dauphiné et sur les côtes de la Méditerranée, le vent du nord-est, appelé tramontana, est proportionnellement plus froid que pour les autres parties de la France, différence qui provient du voisinage des Alpes. Le vent du nord-ouest est sec en Provence, où ou le nomme mistral ; il est humide sur les côtes de l’Océan voisines de 1 Espagne : c est que, dans ce dernier cas, il souffle immédiatement au-dessus de l’Océan, tandis qu’il n’atteint la Provence qu’après avoir traversé l’Angleterre et la France. La différence des régions intermédiaires que traverse le même vent peut influer sur la moyenne annuelle de la température dans les contrées ou d arrive : c’est ce qui fait que l’Afrique occidentale est beaucoup plus chaude que l’Afrique méridionale, quoique le soleil leur déverse une égale quantité de chaleur. Mais le vent d’est qui règne dans l’une et dans l’autre leur vient par une région différente : tandis qu’il souffle de la mer sur 1 Afrique occidentale, il traverse, pour arriver à l’autre Afrique, la plaine méridionale du Grand- Désert, et tant qu’il règne, du Sénégal à Podhor, l’air est obscurci par des nuées d’insectes, les campagnes se couvrent de sauterelles les plantes se flétrissent, les verres se fendillent, les meubles s’écartent une poussière très-fine pénètre de toutes parts, la sécheresse est excessive,’ et la chaleur qui embrase l'atmosphère semble le rayonnement d’un four incandescent Ainsi le même vent est très-froid au Malabar, où il se précipite des hautes montagnes qui 1 avoisinent; il est brûlant au Sénégal et sur la côte de Coromandel, qui le reçoit de longues plaines sablonneuses (2).
Les vents agissent encore par les matières dont ils sont les véhicules - ceux
brûllnm11 1 duertS dC l’A'ViqUe Se chargont d’une Potière sablonneuse et " "T u P08™1 2 T l°US 'eS °bjetS Ct ch“ souvent à de grandes d stances; cette poussière s’insinue dans les habitations par toutes les ouver-
res, et contribue au développement des ophthalmies endémiques. Suivant le
(1) Félix Jacquot, Gazette médicale , 1846, p. 715 et suiv.
(2) Thévenot, Maladies des pays chauds. Paris, 1840, p. 56.
DES MODIFICATEURS. — C1RCUMFUSA. [hygiène
témoignage des voyageurs, les vents du nord emportent une poussière de glace qui fatigue douloureusement les yeux et déchire le visage ; quelques-uns assurent qu’elle est une cause de congélation des pieds etdes mains, mais le seul effet du vent du nord y suffit. Ailleurs, les vents servent de véhicule aux émanations délétères qui se dégagent des eaux stagnantes, des terres humides et incultes, des foyers pestilentiels que développent certaines industries. Le marais de la Djalowa est distant d’environ deux lieues de Navarin (Morée); chaque fois que le vent se levait dans la direction des marais, les lièvres intermittentes et rémittentes apparaissaient parmi les troupes françaises qui occupaient le fort de celte petite ville. C’est par le transport des miasmes que l’on s’explique le développement des fièvres intermittentes dans des localités trèsélevées de la Grèce et de la Corse (voy. Marais ). Les vents et les ouragans, dit Boussingault (1), les courants ascendants dus aux inégalités de température les volcans par l’émission continue de gaz, de vapeurs et de cendres tellement divisées que souvent elles vont s’abattre à des distances prodigieuses, portent et maintiennent dans les plus hautes régions de l’air des corpuscules enlevés à la surface du sol ou arrachés à la partie interne du globe. La permanence de ces substances si diverses et si ténues dans l’atmosphere se dénoncé 'a l’œil, dès qu’un rayon solaire immerge dans un lieu obscur, et fait poudiovei ce que Berghmann appelle énergiquement les immondices de l’air. Ces poussières que nous respirons sans cesse, ajoute le même savant, établissent pom ainsi dire le contact entre les individus les plus éloignés des uns et des autres, et « bien que leur proportion, leur nature et, par conséquent, leurs effets soient des plus variés, ce n’est pas s’avancer trop que de leur attribuer une parue de l’insalubrité qui se manifeste habituellement dans les grandes agglomérations d hommes ». Enfin, les vents deviennent nuisibles quand ils se remplacent brusquement; leurs variations soudaines agissent, mais avec plus d intaiM , comme les alternatives instantanées de chaud et de froid qui ont lieu dans 1 mTe jonr. Mais les vents ont aussi leur utilité, et elle est immense : ans Darler c|u transport et de la répartition des nuages qui fertilisent, en s epanc , Z e rt des Lurent* climats, sans mentionner leur rôle dans la féconda,, des .égétan, nnisexnels, n'ont-ils point pour effet généra de modem £ ch leurs, de brasser l'atmosphère, et d'en maintenir l'un, for, ne compost» ■ r tous les Doints du globe, de la dépouiller des vapeurs et des miasmes. L ouragans même les plus désastreux sont des ventilateurs puissants qui sccouen l’atmosphère, divisent et propulsent au loin dans l’abîme océanique es pio ni qu elte rèçôh incessamment par l’évaporation du globe et parle—fieux règnes organiques. On a dit avec raison que l air immobile » « des deux g f du sol ce que Peau bourbeuse des marais est aux
poisson^ de rivière (2). La succession régulière des vents n’est pas .noms
(!) Boussingault, Annales de chimie et de physique, 3» série, 1854, t. XL, p. (2) Tourtelle, t. I, p. 303.
pmvÉE] ATMOSPHÈRE. — COMPOSITION CHIMIQUE.
nécessaire : « Elle correspond aux besoins des divers climats, et, en prononçant l’effet des températures, elle exerce plus énergiquement la puissance de réaction de l’économie animale. Cette influence ne se borne point au corps, elle s’étend au moral : les secousses fréquentes que donne le climat mettent dans le caractère la rudesse, et y éteignent la douceur et l’aménité. C’est pour cela, je pense, que les habitants de l’Europe sont plus courageux que les habitants de l’Asie (1). »