‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 85 sur 181 · I. — Eaux pluviales · texte numérisé non relu

I. — Eaux pluviales

Le degré de sécheresse ou d’humidité des climats et des localités dépend en grande partie de la quantité des eaux météoriques qu’ils reçoivent, et du mode d’après lequel elles leur sont départies; ces deux conditions sont ellesmêmes subordonnées à la latitude, à la hauteur et à l’exposition des lieux. Par l’époque de leur précipitation et par leur ordre de succession, les pluies différencient les climats entre eux, et servent avec la température à caractériser la marche des saisons. Soit qu’elles grossissent les fleuves et les collections d’eaux immobiles, soit qu’elles s’infiltrent dans le sol et déterminent sur une étendue plus ou moins vaste le régime des eaux courantes, elles influent notablement sur la salubrité des pays, et leur communiquent ou leur ôtent ce que l’on peut appeler la tolérance pour l’espèce humaine. Leur durée, leur intermittence ou leur continuité impriment à l’atmosphère des qualités stables ou passagères qui modifient transitoirement le jeu physiologique des organes, ou transforment l’ensemble de l’économie. Indépendamment de ces effets généraux, elles ont une action particulière suivant les saisons et les climats; les averses d’été répandent une fraîcheur agréable, et procurent aux individus surexcités par les chaleurs une sensation de détente, aux individus énervés par les sueurs une diminution d’activité cutanée; les pluies froides de l’automne portent rapidement l’atmosphère à son maximum d’hygrométrie et produisent tous les effets du froid humide. Les eaux pluviales rendent une activité funeste aux marais temporaires, qui, tour à tour secs et mouillés, deviennent le siège d’une fermentation plus énergique ; sous l’influence des chaleurs d été, leur flaque centrale se rétrécit, s’amincit par évaporation, et laisse à nu une zone périphérique formée d’un opulent terreau, de détritus végéto-animaux, et recouverte le plus souvent d’une végétation vivace et spéciale où pullulent les innombrables espèces d’une faune éphémère. Ailleurs, les thalwegs, seuls indices du cours des ruisseaux desséchés, les lits d’anciens torrents, présentent des conditions plus ou moins analogues; d’immenses terrains recouverts d’une litière végétale, brûlés par les chaleurs caniculaires, accumulent à leur surface les débris des plantes et d’animaux momifiés; la sécheresse torride délété arrête leur décomposition. Viennent des pluies alternées avec des jours de

pRlvÉE] des EAUX. — MER, ATMOSPHÈRE MARITIME.

soleil, et tous ces foyers à l’étal d’attente, toutes ces surfaces de dégagement miasmatique entrent en activité ; on voit alors, dans des régions qui semblent exemples de marais, l’apparition des fièvres coïncider avec les pluies chaudes. Celles du printemps n’ont pas la même efficacité, les foyers étant encore noyés par suite des pluies d’hiver, et les bandes de terrains ambiantes n’étant pas encore pourvues du détritus fermentescible. C’est en automne que la putréfaction végéto-animale acquiert son maximum d’intensité, c’est alors que la terre fermente sous l’action des eaux pluviales, et que l’insalubrité se révèle dans les gorges des montagnes et jusque sur leurs rampes par la condensation nocturne des brouillards miasmatiques.

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