‹ Traité d'hygiène (volume 2)Chapitre 113 sur 158 · Troubles de la parole · texte numérisé non relu

Troubles de la parole

Calcul.

Lecture.

Écriture.

Mémoire ?

Attention ?

Tests mentaux.

compter qu'elles sont, au point de vue de l'observation scientifique d'excellents centres d'éindes;.

Dans ces internats, les enfants sont groupés suivant leurs aptitudes, plus que suivant leur âge; si certains de ces écoliers présentent une tendance ou un goût spécial, on dirige leur éducation dans le sens ainsi favorisé ; le séjour continu dans rétablissement permet de transformer chacun des actes de la vie journalière en un moyen éducatif : repas, récréations, séances de gymnastique, promenades, tout est occasion à redressement des mauvaises tendances ou à perfectionnement des connaissances intellectuelles.

Les externats pour anormaux existent en nombre considérable, surtout à l'étranger. Ils sont désignés en France sous le nom de classes de perfectionnement : on trouvera dans les documents reproduits à la (in de cet ouvrage la réglementation de ces classes spéciales.

Les écoles d'anormaux, en Allemagne, sont extrêmement nombreuses; l'organisation de Mannheim est particulièrement à citer; elles sont fréquentées par tous les écoliers qui présentent un relard quelconque dans leur éducation. Quelques classes sont spécialement éservées aux épileptiques ou aux hystériques.

Les résultats obtenus dans les classes d'anormaux sont extrêmement variables suivant la forme d'anomalie à laquelle on s'adresse.

Il faut d'abord ne pas considérer comme des anormaux les enfants qui sont simplement des arriérés pédagogiques; nous avons insisté déjà sur celte primordiale distinction : l'arriéré pédagogique est. en effet, un enfant intelligent dont le relard tient à la non-fréquentation de la classa pendant un temps plus ou moins long ; quelquefois aussi c'est un enfant qui a fréquenté l'école, mais qui n'en a pas tiré profit à cause d'une incapacité sensorielle, auditive ou visuelle, sans coïncidence de déficit intellectuel ; pour ces enfants, il n'est pas besoin de méthodes spéciales d'enseignement; ils pouvent, par les méthodes habituelles, rattraper un retard qu'on pourrait qualifier d'accidentel ; il arrive même, et ceci est la preuve de l'intégrité de leurs facultés mentales, qu'ils soient à peu près capables de s'instruire par leurs propres moyens.

Ce serait donc une faute que de considérer comme un succès pour les écoles d'anormaux les heureux résultats obtenus chez les arriérés pédagogiques ou sensoriels: pour ces enfants, l'enseignement banal suffit ; tout au plus serait-il utile de les réunir dans une classe pour éviter à de grands enfants, encore à peu près ignorants, le contact d'enfants beaucoup moins âgés qu'eux.

Pour les anormaux véritables, arriérés intellectuels simples ou déséquilibrés, V éducation spéciale donne des résultats fort variables suivant la forme ou la variélé de l'anomalie. Ce ne sont pas toujours les plus intelligents parmi les anormaux qui fourniront les meilleurs résultats pédagogiques : l'instable, en particulier, qui est capable de

retenir vite ce qu'on lui apprend, ne peut pas conserver longtemps les notions qu'il vient d'acquérir; si cet instable est en même temps un pervers, comme cela se rencontre souvent, les tentatives les plus assidues d éducation n'auront qu'un résultat très aléatoire; l'éducation d'un arriéré simple peu intelligent donne souvent de meilleurs résultats que l'éducation d'un instable intelligent ( Paul-Boncour).

Chez le premier, les notions acquises le sont avec une certaine solidité ; chez lui, l'attention et la mémoire sont susceptibles de se cultiver et de se développer.

Chez le second, au contraire, instable et inattentif, les mêmes facultés ne sont susceptibles que d'un développement minime; la preuve de ces faits se trouve facilement dans la manière dont ces deux catégories d'anormaux exécutent certains mouvements de gymnastique orthophrénique, méthode sur laquelle nous aurons à revenir tout à l'heure ; tant que les exercices sont simples et courts, l'instable les exécute avec une évidente facilité : l'arriéré, pour ne pas commettre de fautes, déploie déjà une attention soutenue; quand les exercices se compliquent, on voit l'arriéré redoubler d'attention et parvenir à exécuter à peu près correctement les mouvements commandés ; à côté de lui, l'instable commet dès lors des fautes multiples : son attention a été incapable de résister à cette épreuve.

Cette démonstration objective illustre très bien la façon dont pourront se comporter dans la vie ces deux variétés d'anormaux. Le premier, peu intelligent, mais sans autre tare mentale, suivra à peu près directement la voie qu'on lui aura tracée, à la condition, bien entendu, qu'elle réponde à ses faibles aptitudes ; l'instable, au contraire, quelle que soit la façon dont il sera guidé, apportera dans la vie la même fantaisie et la même incapacité; de sa part, il faudra s'attendre à toutes les sottises et à toutes les fautes.

L'éducateur qui se contenterait d'apprécier les résultats de l'école d'anormaux par la valeur purement scolaire des élèves risquerait donc d être grossièrement induit en erreur : il ne suffit pas qu'un écolier anormal ait appris à lire, à écrire, à compter ; il ne suffit pas qu'il fasse preuve d'une certaine intelligence au cours des examens qu'on lui fera passer : il faut que son caractère et que son tempérament soient adaptés à ta vie en société ; un ignorant peut être apte à faire figure honorable dans la vie; un déséquilibré, au contraire, si intelligent qu'il puisse paraître, risquera toujours d'être un incapable, parfois nuisible ou même dangereux.

Ceci revient à dire que le redressement moral dans l'école d'anor maux tient une place au moins aussi grande que le redressement intellectuel: et nous devons malheureusement ajouter que, si l'éducation intellectuelle peut assez souvent être notablement améliorée, il n'en est pas de même pour l'éducation morale : pour celle-ci nous man-

(juons de moyens d'action, et les méthodes que nous employons n'aboutissent qu'à des résultats bien incertains.

Pour ces anormaux de caractère, aussi bien que pour les arriérés amoraux ou pervers, les moyens de persuasion ou de répression restent à peu près sans effet ; ils ne sont pas davantage accessibles aux raisons d'ordre sentimental ou affectif, pour ce motif que l'affectivité est chez eux à peu près inexistante. Les sentiments religieux nont pas d'influence sur ces anormaux auxquels convient malheureusement, et malgré leur apparence, le qualificatif d'inédut'ubles. Leur vie en société demanderait une surveillance constante ; et pour eux ce ne sont pas des écoles d'anormaux qu'il faudrait instituer, mais bien des maisons d'anormaux, où ils pourraient passer toute leur existence.

Les résultats définitifs fournis par les écoles d'anormaux ne peuvent, en somme, être appréciables que pour un nombre assez restreint d'enfants; il faut que les arriérés appartiennent à la catégorie des arriérés non déséquilibrés ou au moins peu déséquilibrés ; il faut, de plus, que leur arriération ne soit pas trop profonde; il faut, enfin, que leur éducation spéciale puisse être continuée pendant de longues années. Pour ces multiples raisons, les classes d'anormaux annexés aux écoles primaires ne nous paraissent pas appelées à rendre les services que beaucoup en ont attendu ; elles reçoivent indistinctement une trop grande variété d'anormaux pour que leur éducation puisse être assurée d'une façon suffisante ; elles reçoivent aussi des anormaux qui sont complètement imperfectibles, soit que leur arriération mentale soit trop profonde, soit qu'ils appartiennent à la catégorie des anormaux instables pervers inéducables, soit enfin que leur anomalie soit due à une affection organique sur laquelle les moyens thérapeutiques n'ont qu'une action insuffisante.

Même en admettant que la plupart des enfants qui fréquentent les classes d'anormaux en retirent un profit certain, il faudrait prouver qu'à l'âge auquel on les rend à la vie courante ils sont capables de (( se débrouiller » dans l'existence et de former ce que nous appellerions volontiers des « unités sociales utilisables ». En Allemagne, où les écoles d'anormaux sont très développées, les résultats ne paraissent pas être particulièrement encourageants; dans les divers congrès on a pu apporter des statistiques relatives au nombre d'anormaux fréquentant ces écoles, mais on a trop peu insisté sur la vie de ces enfants après leur sortie de l'école. Et c'est précisément ce qui serait intéressant à connaître.

On est en droit de se demander si, pour la plupart des anormaux qui restent peu éducables, il ne serait pas préférable d'instituer des sortes d'établissements où on pourrait continuer à les faire travailler dans le sens qui convient à leur tempérament, et où ils seraient l'objet d'une surveillance constante; il s'agirait de sortes d'ateliers

où les anormaux, tout en -devenant des producteurs et des « imités sociales utilisables», ne risqueraient pas de se transformer en dévoyés et en candidats à la m en licite et au vagabondage. La question d'éducation, pour ces anormaux, se juxtapose à une question (Y assistance.

Il était nécessaire qu'au début de ce chapitre sur l'éducation des anormaux nous fassions ces importantes réserves : on a peut-être trop répété que, grâce aux classes d'anormaux, cette catégorie de malades»était assurée de recouvrer une santé intellectuelle parfaite. Nous pensons que ce serait- s'exposer aux pires déboires que de créer une vaste organisation en faveurdes anormaux dans l'espoir de les ramener tous et complètement à la vie normale ; les résultats obtenus seraient loin de compenser les sacrifices que cette organisation exigerait. Pour beaucoup d'anormaux, ta question d' 'assistance prime ta question d'éducation ; et c'est ainsi que le problème, malgré toute la bonne volonté et tout le dévouement des éducateurs, doit être envisagé pour un nombre malheureusement trop élevé d'anormaux.

Si l'on considère les heureux résultats donnés chez les débiles et chez les prétuberculeux par les écoles de plein air, combien ne doiton pas souhaiter voir ces institutions tenir une plus large place dans les préoccupations des milieux dirigeants ! Là au moins, ce sont des unités sociales utilisables que l'on ramène à la santé.

Le TRAITEMENT MEDICAL ET HYGIENIQUE DES ANORMAUX doit, dailS

bien des cas, précéder toute tentative d'éducation ; l'établissement de la fiche médico-pédagogique aura parfois révélé l'existence d'un déficit sensoriel ou organique qu'il faudra tout d'abord s'efforcer de corriger : rappelons seulement les cas fréquents d'insuffisance de la vue, de l'audition, de la respiration.

La pathologie glandulaire a pris, ces dernières années, une place prédominante ; le traitement opothérapique sera donc tenté toutes les fois que l'on pourra seulement supposer l'existence d'une insuffisance de quelque glande à sécrétion interne, qu'il s'agisse d'une insuffisance isolée ou, au contraire, d'une insuffisance associée. Si, dans la plupart des formes de myxœdème, le traitement thyroïdien n'apporte que des modifications à peu près nulles, dans quelques cas l'amélioration pourra être surprenante: il en fut ainsi dans le fait rapporté par le I)rZuberen février 1913, à la Société de pédiatrie de Paris (fig. 334 et 335) : à l'Age de huit ans, l'enfant avait l'aspect typique du myxœdémateux congénital ; il pèse alors 12 kilogrammes et mesure 80 centimètres ; il ne marche qu'en se tenant à la main, ne parle pas, ne dit que « maman >; d'une voix rauque et forte ; son développement physique et intellectuel est celui d'un enfant de dix huit mois. Soumis à partir de ce moment au traitement thyroïdien, les progrès sont continus : et aujourd'hui ce garçon, Agé de vingt ans, mesure Traité d'hygii'im:. VI. — 'i4

lm,59, pèse -48^,500; il a encore un grand embarras de la parole, mais son développement intellectuel est celui d'un enfant de quinze à seize ans; il était, il y a deux ans, de force suffisante pour passer son certificat d'études ; il écrit très correctement, lit avec plaisir, sait bien sa grammaire, sa géométrie, etc. ; il fait des problèmes, extrait des racines carrées, calcule des surfaces. Le Dr Zubereslimc que ce garçon sera parfaitement apte à être employé dans un bureau

Fig. 334. — Malade myxœdémat eux à l'âge Fig. 335. — Le malade même à l'âge de

de sept ans dix mois, avant le début du vingtans, après treize ans de traitement,

traitement thyroïdien. Taille : 80 cen- Taille : lm,59. Poids : 48ks,500 (Zuber). timètres. Poids : 12 kilos (Zuber).

comme expéditionnaire, à la condition que le traitement thyroïdien soit continué d'une façon régulière et quotidienne.

L'hygiène physique sera strictement réglée ; il faut éviter à ces enfants toute cause d'excitation ; ils ont besoin de beaucoup de calme, d'un sommeil prolongé; leur alimentation doit être calculée d'après leurs besoins, car nous savons que, chez les anormaux, l'appétit est souvent déréglé ; les excitants de toute nature sont sévèrement proscrits ; le régime lacto-végétarien est indispensable au repas du soir.

On fera une large place à Y aération, voire même à l'insolation.

\S hydrothérapie sera également un adjuvant précieux dont il faudra savoir discerner les indications : la balnéation chaude et prolongée convenant dans certains cas, les douches froides s'appliquant à certains autres.

L'éducation proprement dite devra être réglée aux trois points de vue physique, sensoriel et intellectuel.

L'éducation physique des anormaux a une très grande importance ; la gymnastique, sous forme de mouvements réglés et rythmés, a une influence certaine sur le développement cérébral ; la coordination des mouvements, leur précision, leur adaptation à un but défini, peuvent servir à perfectionner certaines facultés sensorielles ou mentales ; la gymnastique peut ainsi contribuer à développer le sens musculaire, le sens stéréognostique, les qualités d'agilité et d'adresse qui jouent un rôle évident dans l'appréciation et la connaissance des objets qui constituent le monde extérieur. Nous ne parlons pas ici, bien entendu, des avantages généraux de l'éducation physique sur le développement en général, bien que les arriérés soient très souvent porteurs de tares physiques ou organiques que la gymnastique contribue largement à corriger ou à améliorer.

Nous avons vu déjà que beaucoup d'arriérés étaient, au point de vue moteur, des débiles; très souvent, même dans les cas d'arriération mentale peu marquée, un examen attentif montre une certaine lenteur, une certaine maladresse, une sorte d'inadaptation des mouvements volontaires. Dans ces cas, la discipline qui préside à l'exécution des mouvements commandés joue un rôle éducateur de premier ordre.

L'éducation physique ne comporte pas seulement l'ensemble des exercices gymnastiques. Il faut que cette éducation cherche à développer les qualités d'habileté motrice qui manquent chez les anormaux ; cette habileté est développée en faisant exécuter des travaux manuels simples : pliage du papier, découpaged'images. On peut faire exécuter aussi des mouvements qui demandent l'entrée en jeu d'un plusgrand nombre de muscles ou de groupes musculaires; on peut exercer l'agilité des membres, en même temps que la justesse du coup d'œil, en habituant les enfants à viser un but avec une balle, etc. L'éducation du sens musculaire et du sens stéréognostique peut se faire en demandant à l'enfant de reconnaître la forme, le volume ou le poids de différents objets contenus dans un sac. Ces exercices peuvent être variés à l'infini ; nous n'insisterons pas davantage.

L'éducation sensorielle tient une place primordiale dans les méthodes applicables aux anormaux. Là encore, les moyens sont multiples, et l'ingéniosité des maîtres peut se donner libre cours. Nous ne pourrons pas donner ici les détails complets des procédés

employés par les éducateurs ; il nous suffira d'indiquer, à titre d "exemple, quelques-uns de ces procédés.

Le professeur ne doit pas perdre de vue que les organes des sen< demandent chez l'anormal à être perfectionnés et à être maintenus dans un état d'activité continuelle, (les organes, en effet, sont indispensables à l'anormal pour enregistrer le plus grand nombre possible d'impressions ; et comme ses facultés d'enregistrement, mémoire el attention, sont habituellement en état de déficit marqué, il faut que les impressions reçues de l'extérieur par les organes des sens se renouvellent et se multiplient sans cesse pour être, à la longue, retenues. L'arriéré, nous l'avons dit plus haut, est comparable, pour son développement intellectuel, à un enfant moins âgé que lui de plusieurs années ; or, nous savons que, si le jeune enfant vient à perdre par accident, avant l'âge de cinq à sept ans, l'usage de la vue, ou celui de l'ouïe, il ne gardera aucune notion relative aux couleurs ou aux sons ; chez l'arriéré, il en est de même pour l'ensemble de toutes les acquisitions sensorielles ; dès qu'elles ne sont plus renouvelées et entretenues, ces acquisitions disparaissent peu à peu, pour bientôt être complètement effacées.

Le sens du toucher paraît être le premier en date dans son apparition ; c'est peut-être celui dont le développement importe le plus : ce sens n'est-il pas capable, dans une certaine mesure, de suppléer à tous les autres ? On sait que des enfants sourds, muets et aveugles, ont pu arriver à avoir une notion suffisante du monde extérieur. grâce au seul toucher.

Les moyens propres à éduquer ce sens peuvent être multipliés à l'infini ; l'enfant, au cours d'exercices variés, apprendra à distinguer le contact du papier et de l'étoffe, du chaud et du froid, du sec et de l'humide, etc. Après avoir reconnu des corps simples, on donnera au cours de ces exercices à apprécier des pièces de monnaie ou de menus objets placés dans un sac, et qui demanderont, pour être reconnus, un certain effort d'attention.

L'éducation de la vue donne lieu à un nombre d'exercices également considérable ; elle comporte la désignation de la forme des objets, de leur distance, de leur couleur. On peut donner à l'enfant des échantillons d'étoffes ou de papiers diversement colorés qu'il s'agit d'appareiller par nuances exactes, ou de graduer suivant une gamme régulière. On peut aussi lui donner à reproduire, avec des morceaux de bois ou d'étoffe coloriés, divers dessins ou diverses formes géométriques. Les moyens indiqués dans la méthode de Frœbel, dans celle de M"e de Montessori ou de M"eBrandt, sont en somme applicables à l'éducation sensorielle des anormaux.

L'éducation de Coreille est poursuivie avec un soin analogue ; l'enfant est amené progressivement à reconnaître l'intensité, la direction et la valeur des sons; chez certains anormaux, l'ouïe

est très développée, et il faut utiliser chez eux le goût musical, dans le sens spécial où il paraît s'affirmer soit au point de vue du rythme, soit au point de vue de la mélodie.

Le sens du goût et celui de l'odorat sont exercés dune façon analogue, bien que leur influence sur le développement des facultés intellectuelles ait une importance moindre.

L'éducation du langage comporte la répétition de toute une série de mouvements : celte gymnastique linguale, qui ne diffère pas, en somme, de celle que Molière faisait pratiquer à M. Jourdain, facilite l'expression de la pensée par le langage; chez les anormaux qui présentent un trouble du langage, l'insuffisance de la fonction peut entraver le développement des idées, auquel le langage devrait normalement servir de moyen d'expression. En facilitant son moyen d'expression, on favorise en même temps la faculté d'idéalion.

L'éducation intellectuelle doit s'attacher d'abord à cultiver les facultés de réception : mémoire et attention.

Un principe général doit régler l'effort du maître, c'estde maintenir le moins de temps possible l'attention de l'enfant sur un même objet ; l'anormal sera susceptible d'acquérir d'autant plus que les acquisitions seront plus variées : la difficulté est dès lors de réaliser une instruction à peu près complète, en étant dans l'obligation de passer sans cesse d'un objet à un autre.

La mémoire ne peutentrer enjeu quesirattentionestsuffisantepour enregistrer les objets perçus par des organes des sens suffisamment exercés. C'est ainsi que le développement des facultés intellectuelles supérieures reste sous la dépendance des facultés de réception, alors que celles-ci n'ont pu se perfectionner que grâce à l'intégrité des fonctions d'acquisition sensorielle. Sous une forme nouvelle, c'est l'affirmation de ce principe que l'éducation sensorielle doit précéder toute tentative d'éducation intellectuelle.

Ce sont ces principes que nous avons vu appliquer à l'école d'anormaux de la rue des Poissonniers, à Paris, où les résultats obtenus dans le développement de l'attention et de la mémoire sont des plus satisfaisants ; celte méthode utilise directement les facultés sensorielles dans leurs rapports avec les facultés intellectuelles : c'est par l'intermédiaire des organes des sens que l'attention et la mémoire sont développées.

Voici quelques exemples desexercices employés à cette école, tels que M. Berthonneau, inspecteur primaire, les a établis, et qu'il a bien voulu nous communiquer :

I. Culture de l'attention et de la mémoire par la rision. — Sept objets parfaitementeonnus des enfants sont placés sur le bureau du maître et dissimulés par un rideau mobile. Les élèves sont prévenus qu'ils auront à reconnut Ire et à dessiner ces sept objets sur une

MERY ET GENEVRIER.

HYGIENE SCOLAIRE

feuille de papier qui leur aété préalablement remise et qui est divisée en compartiments destinés;» recevoir, dans l'ordre où ils sont placés, les sept objets. Le rideau est ouvert pendant cinq secondes comptées au métronome. Les élèves dessinent ensuite les objets reconnus. La moyenne de ces reconnaissances est de six objets sur sept objets présentés (fig. 330).

On remarquera que ce nombre d'objets est très élevé pour un temps si court de reconnaissance (cinq secondes). Ce n'est qu'a la suite d'un long entraînement et d'une longue progression (d'un à sept objets)

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Fig. 336. — Culture de l'attention et de la mémoire par la vision (l'écolier a dessiné six des objets sur sept qui lui avaient été présentés pendant cinq secondes : toupie, coquetier, salière, cuiller, verre, clé).

que l'on a pu obtenir cette moyenne, que n'atteindraient pas des normaux sans entraînement.

IL Culture de Vattention et de la mémoire par V audition. — Trois verres sont placés sur le même bureau. L'un est vide, l'autre est rempli à moitié, le troisième est plein d'eau. Le rideau est ouvert. Le maître frappe plusieurs coups sur chaque verre en demandant aux enfants de regarder et écouter. Puis il ferme le rideau qui leur cache les verres. Il frappe sur l'un des verres, que les élèves doivent représenter sur leur feuille préparée, vide, à moitié rempli, ou tout à fait plein, selon le verre frappé et le son entendu fig. 337).

Est-il besoin d'ajouter qu'on n'arrive à faire exécuter cet exercice qu'après avoir exercé l'oreille des élèves à entendre des sons très différents d'abord, de plus en plus rapprochés ensuite?

La moyenne des dessins justes est de sept sur huit verres vides

ou différemment remplis (l'exercice a élé exécuté sur des verres au quart plein, moitié plein, aux trois quarts pleins, pleins).

III. Culture de l'attention et de la mémoire par le toucher. — Les élèves ont les yeux bandés. Ils reconnaissent au toucher :

1° Les poids de la série du système métrique placés sur une table et dans un ordre quelconque ;

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Fiff 337. - Culture de l'attention et de la mémoire par l'audition (l'écolier a indiqué par des hachures le niveau atteint par l'eau dans la série des verres successivement frappés, en dehors de sa vue).

2° Toutes les pièces de monnaie françaises ;

3o La nature de graines différentes placées les unes à côté des autres et dans un ordre quelconque ;

4o Ces mômes graines mélangées deux par deux, trois par trois. La moyenne des reconnaissances est de neuf sur dix.

IV. Culture de Vattention et de la mémoire par le goût. — Les élèves ont les yeux bandés. Ils reconnaissent en dégustant :

Du cacao, du chocolat, du café, de la chicorée, du vin, du vinaigre, du lait, de la bière, de l'eau, de Teau salée, etc. La moyenne des reconnaissances est de huit sur dix.

V. Culture de Vattention et de la mémoire par l'odorat. — Les élèves ont les yeux bandés. Ils reconnaissent à l'odeur : du pétrole, de l'alcool à brûler, de l'alcool camphré, de la benzine, du vinaigre, de la teinture d'iode, de l'arnica, etc.

La moyenne des reconnaissances exactes est de neuf sur dix.

i')96 MÉRY ET GENÉVRIER, — HYGIENE SCOLAIRE.

« Tous ces exercices peuvent cire variés jusqu'à la limite de l'ingéniosité des maîtres qui les appliquent. Il est bien évident qu'ils ne peuvent être exécutés sous cette forme complexe que lorsqu'ils ont été précédés d'une longue série d'exercices simples, qui sonl capables de former l'appareil nerveux à l'enregistrement de la sensation simple. La culture de l'attention ne saurait être que la résultante do la culture longue, paliente, constante, des sens.

« En d'autres termes, la culture des sens, dans ces classes de perfectionnement comme partout où l'on s'occupe de pédagogie, n'est qu'un moyen. Le but est le développement intellectuel. Etl'on pourrait se demander si cette préoccupation de la culture des sens n'est pas un peu exclusive. La facilité avec laquelle les élèves accomplissent, après un pareil entraînement, de petits exercices scolaires fournit une réponse péremptoire. Tel élève, à qui l'on n'a pu apprendre à lire en deux ans dans une classe normale, lit couramment en six mois dans une classe de perfectionnement.

« Ne pourrait-on conclure, après cela, que les classes de perfectionnement devraient servir au « perfectionnement » de la pédagogie tout autant qu'à celui desarriérés (1)?»

Les facultés supérieures d'association des idées, de jugement, de délibération ou de volition, ne peuvent être développées que par un effort continu et une méthode rigoureusement adaplée à l'état de développement des facultés des enfants auxquels on s'adresse : pour ces facultés supérieures, l'éducation individuelle devient presque une nécessité.

L'association des idées s'exerce en donnant à l'enseignement un caractère d'enchaînement facile à suivre par l'enfant ; nous avons vu, par exemple, chez le Dr Paul-Boncour, un maître profiter des commentaires sur une promenade faite la veille pour fournir à un groupe d'élèves un enseignement auquel ils s'intéressaient vivement et qui exerçait tout spécialement leurs facultés d'association d'idées : la leçon se faisait par interrogations, dont chacune était une suite logique à la précédente ; en même temps, chacune de ces interrogations portait sur un point complètement différent de celui auquel se rapportait la question précédente : « On était passé sous le pont du chemin de fer; qu'est-ce que le chemin de fer? C'est un moyen de communication. Quels sont les autres moyens de communication? La Seine et les bateaux, les ballons, la bicyclette, l'automobile. Qu'y a t— il autour des roues des automobiles? Du caoutchouc. Qu'est-ce que le caoutchouc? D'où vient-il? etc., etc. » Dans une heure de classe les sujets les plus divers ont été abordés sans que l'attention,

(1) Ces reflexions de M. Berthonneau corroborent ce que nous disions à propos des méthodes d'enseignement (pour les enfants normaux: : pourquoi les méthodes capables de rendre les arriérés moins inintelligents ne sont-elles pas utilisées pour rendre les normaux plus intelligents^.

des enfants ait faibli un seul instant et sans qu'ils manifestent la moindre fatigue.

Les qunlilès de jugement sont développées par des combinaisons d'exercices spéciaux : on demande aux élèves, parmi des séries d'exemples constamment renouvelés, quelles sont les actions bonnes et recommandables et quelles sont les mauvaises et les répréhensibles ; ce qui est beau et ce qui est laid, ce qui est juste et ce qui est injuste, est appris de la môme façon. Dans d'autres exercices, les enfants apprennent à corriger des phrases absurdes ou à reconnaître les fautes commises dans un texte.

La volonté enfin demande à être cultivée d'une façon toute spéciale; cette faculté ne peut pas être exercée isolément, sans participation de l'attention et du jugement. Mais elle doit êlre développée dans ses différenls domaines, aussi bien dans celui de l'activité volontaire que dans celui de la volonté appliquée à des actes purement moraux ou intellectuels.

La gymnastique orlhophrénique, telle que l'a conçue le Dr Paul- Boncour, peut jouer un rôle très important dans l'éducation de la volonté. Elle consiste à faire exécuter à un groupe peu nombreux d'enfants des mouvements variés, dans l'exécution desquels sont placées des difficultés graduées.

Cette méthode est extrêmement intéressante par les heureux résultats qu'elle peut donner, et nous résumerons brièvement ses principes et leur application.

Nous rappellerons d'abord que la gymnastique ordinaire, et plus particulièrement la gymnastique rythmique, ont une influence très heureuse sur le développement général du corps, et indirectement sur celui de l'esprit ; la gymnastique rythmique en particulier sera ulile dans la cure de l'inslabilité physique el mentale: mais à elles seules ces méthodes ne joueront qu'un rôle insuffisant dans la cure physique des anomalies mentales. Nous avons dit, en eflet, dans un précédent chapitre, comment les exercices physiques aidaient certaines qualités intellectuelles ou morales à s'affirmer : décision, courage, sang-froid, volonté, etc Mais, chez l'anormal, il ne s'agit pas de perfectionner des facultés déjà existantes; chez cet enfant, l'éducateur doit s'occuper de développer des facultés rudimentaires ou insuffisantes, ou de corriger des tares mentales plus ou moins profondes. Ce rôle orthophrénique n'appartient nullement à la gymnastique ordinaire; cette dernière aboutit vite adeYaulomatisme, c'est-àdire que, dans l'exécution des mouvements qui composent ses divers exercices, la réflexion et la volonté deviennent vile d'une complète inutilité.

Dans la méthode de Paul-Boncour, les organes sensoriels aussi bien que les facultés intellectuelles sont constamment maintenus en éveil, et leur intervention reste indispensable à l'exécution des divers

mouvements ; ceux-ci sont combinés de telle façon que jamais ils ne peuvent être exécutés par simple automatisme.

La désignation de quelques-uns de ces exercices montrera qu'ils exigent d'abord l'application des divers sens, musculaire, visuel et auditif, et que, d'autre part, ils demandent une participation active des facultés intellectuelles d'attention, de mémoire, et surtout de volonté.

La volonté, au cours de ces exercices, est développée dans ses deux ordres principaux de manifestations : volonté d'action et volonté d'arrêt-, tantôt c'est la difficulté ou la complication des mouvements qui exigent l'entrée en jeu de la volonté d'action; tantôt c'est un mouvement brusquement interrompu, alors que logiquement il devait être continué, qui exerce la volonté d'inhibition. Nous avons dil déjà qu'au point de vue moral cette volonté d'arrêt jouait un rôle au moins équivalent à celui de la volonté d'action. Au point de vue du développement intellectuel, l'influence n'est pas moins favorable, et l'heureuse formule de Paul-Boncour mérite d'être retenue : « L'augmentation des possibilités musculaires marche parallèlement au perfectionnement mental. »

Dans les formes d'anomalie où l'instabilité mentale s'accompagne d'instabilité motrice, ou d' « infantilisme moteur », la gymnastique orthophrénique a une influence particulièrement favorable ; dans ces cas, les acquisitions motrices, ou en autres termes la « cinétogenèse», s'accompagnent le plus souvent d'un développement simultané des facultés intellectuelles.

Nous donnons ci-dessous un résumé des divers mouvements utilisés par la gymnastique orthophrénique ; ces mouvements sont toujours exécutés avec accompagnement de musique :

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