VII. LE MOBILIER SCOLAIRE
Il faut d'abord étudier, au point de vue théorique, les conditions anatomiques et physiologiques qui doivent guider la fabrication et le choix du mobilier scolaire.
La première condition à exiger, c'est que le mobilier soit adapté à V enfant et non l'enfant au mobilier, ce qui est trop souvent le cas. Il faut donc connaître ce qu'est l'enfant et ce que doit être son attitude normale.
Il y a trois ordres de conditions qui régissent les attitudes des écoliers :
Les conditions anatomiques;
Les conditions pathologiques, malheureusement trop fréquentes et qui dépendent de diverses maladies du squelette, dont nous n'avons pas à nous occuper à propos de l'enfant normal ;
Enfin les conditions physiologiques et, en particulier, le rôle des muscles et de la fatigue musculaire.
Ce sont surtout les conditions anatomiques qu'il faut rappeler : d'abord les inflexions normales de la colonne vertébrale avec ses diverses courbures, dont deux sont à convexité postérieure, dans les régions dorsale et sacrée, deux à concavité postérieure dans les régions lombaire et cervicale. L'étude de ces courbures est particulièrement intéressantepourla construction dudossier et du siège. Les inflexions ou courbures latérales n'ont pas une importance énorme. On a prétendu que l'aorte déjetait légèrement à droite les vertèbres dorsales : quand elles existent d'une façon appréciable, ces inflexions sont d'ordre pathologique et rentrent dans l'étude de la scoliose à l'école, qui sera traitée dans un autre chapitre.
Relativement aux conditions physiologiques, on placera au premier plan le rôle joué par les muscles, leur activité fonctionnelle et l'apparition de la fatigue musculaire, qui est le principal facteur étiologique des attitudes et des déformations vertébrales à l'école (1).
La fatigue musculaire intervient surtout dans les attitudes fixes, où les muscles doivent rester en état de contraction plus ou moins absolue ; la mobilité empêche la fatigue musculaire ; on peut citer l'exemple suivant, pour montrer combien une attitude fixe et même un mouvement monotone amènent vite la fatigue musculaire, alors que des mouvements variés, bien plus prolongés, ne la causent point : lorsqu'on fait promener un jeune enfant par la main le long d'une rue ou d'un boulevard, la fatigue survient très rapidement, au bout d'une demi-heure par exemple ; laissez jouer ce jeune enfant
(1) En étudiant la scoliose, la myopie, et aussi les méthodes d'écriture, nous aurons à revenir avec plus de détails sur ces conditions de statique : on trouvera à ces chapitres des dessins et des photographies.
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librement pendant des heures, il ne se plaindra jamais de la fatigue. Et la fatigue musculaire interviendra encore plus facilement dans une attitude absolument fixe, lorsque cette attitude exigerapour être conservée la contraction prolongée de certains muscles.
Théoriquement, l'attitude normale correcte est celle où l'équilibre demande le moins possible à la contraction musculaire, autrement dit celle qui engendre la moindre fatigue musculaire. Pour chercher à réaliser cette attitude la moins fatigante, il faut rappeler ce que Sont le centre de gravité du. corps, qui répond à un point situé un peu en avant de la dixième vertèbre dorsale, et la ligne de gravité, qui est la perpendiculaire abaissée de ce point au sol, dans les diverses attitudes.
Dans ïattitnde debout, la ligne de gravité passe entre les deux pieds, mais cette attitude droite, correcte, n'est possible que grâce à la contraction des nombreux groupes musculaires, fixant dans l'immobilité les articulations qui assurent au corps sa mobilité dans le sens antéro-postérieur: cou-de-pied, genou, hanche, articulations vertébrales; les masses musculaires antérieures de la cuisse supportent le principal de cet effort ; après un certain temps de contraction et pour se reposer de la fatigue qui en est résultée, l'enfant abandonne sa position correcte, pour prendre la position hanchée, droite ou gauche, incorrecte, et cause d'une attitude vicieuse qui est considérée souvent comme l'origine de la scoliose.
Dans la position assise, un premier et principal point d'appui est formé par les deux ischions ; mais ces deux points d'appui, situés dans un même plan transversal, ne sont pas suffisants, car le corps aura une tendance, pour trouver l'équilibre, à s'incliner en avant ou en arrière. Lorsque le corps s'incline en avant, la ligne de gravité tend à tomber en avant des ischions. Il faut, de toute nécessité, un troisième point d'appui, qui, en avant, peut être fourni par le contact avec le siège de la face postérieure des cuisses, ou bien par la plante des pieds en contact avec le sol. Ce sont là des points d'appui mobiles. D'autre part, les muscles qui unissent la partie postérieure du bassin à la partie postérieure des fémurs doivent incessamment entrer en jeu pour empêcher le corps de trop s'incliner en avant et pour le maintenir en arrière.
Le fait important à retenir est donc que dans cette position, où la ligne de gravité tend à passer en avant des ischions, le troisième point d'appui ne peut être que mobile, et qu'il ne peut entrer en jeu sans entraîner de fatigue musculaire.
(Vest pourquoi, chez cet écolier assis et obligé de s'incliner en avant, pour lire ou pour écrire par exemple, le besoin d'un point d'appui nouveau se fait bientôt sentir, dès qu'apparaît la fatigue musculaire des muscles fémoraux ou lombaires. C'est sur la table que va se prendre ce point d'appui, soit par l'intermédiaire des coudes ou
(les avant-bras, ce qui peut constituer une bonne attitude de repos en position correcte et symétrique, soit par l'appui de la face antérieure du thorax sur le rebord de la table, ce qui est toujours une attitude incorrecte et dangereuse.
Au contraire, si on cherche à faire passer la ligne de gravité en arrière des ischions, en inclinant le dos un peu en arrière, on pourra trouver un troisième point d'appui solide fourni par le contact du sacrum ou de la partie inférieure des vertèbres lombaires avec un dossier : ce sera l'attitude normale de la station assise, celle dans laquelle interviendront le moins possible les muscles, et celle qui entraînera le minimum de fatigue.
On peut conclure que, dans l'attitude normale assise, il faut que la ligne de gravité passe autant que possible" en arrière des ischions et que le troisième point d'appui soit ourni par le contact du sacrum ou de la colonne lombaire avec un dossier annexé au siège.
Nous devons signaler une attitude recommandée par quelques hygiénistes : dans cette position « en réclination », avec inclinaison exagérée du dos en arrière, la ligne de gravité passe très en arrière des ischions et vient couper la partie inférieure de la colonne lombaire. C'est là une attitude de repos qui nécessite l'appui du dos entier sur un dossier très haut ; ce n'est plus une attitude scolaire.
Quand l'enfant est correctement assis dans l'attitude que nous venons de décrire, môme avec un bon point d'appui dorso-lombaire, la presque totalité du poids du corps n'en est pas moins supportée parles ischions; il en résulte une certaine fatigue, et bientôt se produit un besoin instinctif de modifier ces points d'appui ; l'enfant, sans y prêter attention, évite la pesée trop uniforme sur les ischions en adoptant une position unifessière, tantôt droite, tantôt gauche, position dans laquelle un seul des ischions joue un rôle actif, aidé par la partie postérieure de la cuisse qui s'est rapprochée du banc dans le mouvement d'inclinaison latérale du bassin. Ce besoin de répartir plus diversement le poids de son corps est pour l'enfant une nouvelle raison d'appuyer les coudes ou le thorax sur la table, ou de faire porter sa tête sur ses mains.
Une attitude idéale, nous devons le dire dès maintenant, est difficile à conserver, et si nous n'avons pas à insister ici sur les conséquences pathologiques des attitudes vicieuses, que nous étudierons ailleurs en détail, nous devons faire remarquer la difficulté éprouvée pour la conservation des attitudes correctes, même avec un mobilier bien adapté à la taille des enfants ; un tel mobilier est certes une nécessité de premier ordre; mais il ne faut pas croire que la possession de ce mobilier libérera le maître de toute surveillance relative à l'attitude de ses élèves; et nous croyons indispensable, de la part des médecins scolaires, de chercher les moyens aptes à faire reposer l'enfant le plus souvent possible au cours de la classe : ceci
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sera obtenu en lui permettant de varier souvent sa position, en le maintenant debout pour beaucoup d'exercices, ou en coupant fréquemment les classes, comme cela se faiten Allemagne, par de courts exercices de gymnastique respiratoire.
Telles sont les quelques notions préliminaires que nous devions rappeler relativement à l'attitude générale du corps ; on en retiendra surtout que, dans la position assise, le tronc doit être légèrement incliné en arrière, pour que la ligne de gravité passe en arrière des ischions. Mais il faut également voir quelles sont les conditions que nous devons demander pour les attitudes des membres.
L'enfant doit être assis, de façon que la jambe fasse avec la cuisse un angle droit, et de façon que les pieds reposent sur le sol d'une manière complète par leur face plantaire.
Pour que les membres supérieurs restent dans une attitude correcte, reniant doit avoir une table lui permettant d'écrire en reposant sur la table les mains et les deux avant-bras dans les deux tiers de leur longueur, sans que la hauteur de la table le force à soulever les épaules. Le tiers postérieur de l'avant-bras doit rester en dehors de la table; la pointe du coude doit donc être à un niveau inférieur (3 ou 4 centimètres) à celui du bord postérieur de la table.
Il faut également que la tête, sans présenter d'inclinaison importante, soit environ à 30 centimètres du cahier ou du livre dont se sert l'enfant. Il faut également que la disposition de la table soit telle qu'une ligne abaissée par Taxe visuel sur le plan formé par le cahier ou le livre se rapproche autant que possible de l'angle droit. C'est pour cela qu'on a été obligé de donner une légère inclinaison au pupitre et que, dans les sièges où l'on a exagéré l'inclinaison en arrière du dossier, on a été forcé d'exagérer également l'inclinaison du pupitre, qui atteint ainsi 20° et plus.
Ces diverses notions théoriques permettent d'établir quelques conclusions pratiques; l'enfant assis à sa table de travail doit avoir les pieds posés à plat, bien d'aplomb, sur le sol ou sur un appuiepieds de largeur suffisante; ses jambes doivent former avec ses cuisses un angle droit, comme aussi les cuisses avec le tronc, sauf la légère inclinaison due à la « réclination » du banc et du dossier : le tronc est dans la rectitude, sans inflexions latérales de la colonne vertébrale ; les bras descendent parallèlement le long du corps ; le thorax n'est pas gêné dans ses mouvements respiratoires parle bord antérieur du pupitre ; le bassin est appuyé également sur les deux ischions en attitude « bifessière » exactement symétrique ; la tête, légèrement inclinée en avant, est à 30 centimètres environ du plan de la table, l'axe des deux yeux restant bien parallèle au bord antérieur de ce plan; les avant-bras, engagés aux deux tiers sur la table, y reposent sans y appuyer.
Pour <|iie toutes ces conditions soient remplies, il est nécessaire
que le banc et la table soient exactement appropriés à la taille de l'enfant : les parties constituantes du mobilier devront avoir des proportions déterminées d'après celles du corps et des membres des écoliers.
Avant de déterminer les dimensions que doivent avoir les tables et les bancs scolaires, il faut donc procéder à des mensurations des écoliers; et, sur ce sujet, nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter à Dufestel ses conclusions : voici les mensurations qu'il juge indispensables pour donner à l'enfant la table-banc qui lui convient :
« 1° La taille ;
« 2° La hauteur de la jambe prise sous le genou, l'enfant étant bien assis à angle droit et les pieds bien à plat. Cette mesure donne la hauteur du siège au-dessus de Tappuie-pieds;
« 3° Le diamètre antéro-postérieur du corps pris sur le sternum et qui, augmenté de 5 centimètres, donne la distance du pupitre au dossier (1) ;
« 4° La longueur du fémur, dont les deux tiers représentent la profondeur du siège ;
« 5° Enfin, la hauteur du creux épigastrique, au-dessus du siège augmentée de quelques centimètres, indique la hauteur du pupitre (2).
« Nous ajouterons que, par suite de la croissance rapide de l'enfant, ces mensurations devraient être prises deux fois dans le courant de l'année scolaire, au début de chaque semestre, époques avec lesquelles on ferait coïncider les changements de places des enfants. »
Stéphani a imaginé un appareil très intéressant, qui permet de prendre rapidement toutes les mensurations utiles pour le choix du mobilier scolaire que l'on veut adapter à la taille des différents segments du corps de l'enfant; voici la description succincte de cet appareil (3) : il consiste essentiellement en un siège, qui en est la seule partie fixe ; de ce siège, pris comme point de départ, des mensurations peuvent être prises dans les trois directions de l'espace; dans le sens vertical, une toise sert à mesurer l'enfant debout; une seconde toise sert à mesurer l'enfant assis ; dans cette position assise, l'enfant pose ses pieds sur un appui-pieds mobile, qui est divisé en deux parties indépendantes et également mobiles, grâce à un système de vis, pour le cas où les deux jambes seraient d'inégale longueur; dans le sens horizontal, un volant permet de reculer ou
(1) Notons que, si l'on adopte la table-banc à distance nulle ou négative, cette distance du dossier au pupitre reste sous la dépendance de la largeur du banc, calculée elle-même d'après la longueur du fémur.
(2) Il nous paraît plus pratique d'évaluer la différence en mesurant la ligne verticale qui sépare la pointe du coude, collée au corps, de la face postérieure (ou inférieure) des cuisses de l'enfant assis, ou, ce qui revient au même, du plan sur lequel l'enfant est correctement assis, en ajoutant à cette mesure 3 à 5 centimètres suivant la taille <le l'enfant. Nous reviendrons sur ce sujet un peu plus loin.
(3) Voy. Gesund. Jugend, mai 1907.
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d'avancer toute la partie mobile formant dossier, pour la mensuration des cuisses; enfin des curseurs servent à prendre les diamètres . transverse ou antéro-postérieur du corps. Le dossier est réduit à un cadre très léger, qui ne masque pour ainsi dire pas le dos de l'enfant, et qui permet de vérifier s'il conserve une attitude correcte pendant les mensurations.
Cet appareil, malgré son ingéniosité, nous paraît toutefois destiné plutôt aux laboratoires d'études qu'aux examens pratiques et journaliers de nos écoliers.
Ces principales notions étant acquises, nous pouvons maintenant décrire les différents éléments du mobilier scolaire.
Banc scolaire. — La hauteur du banc sera fournie par la distance verticale qui sépare la plante du pied du plan horizontal dans lequel, l'enfant étant assis, la face postérieure de la cuisse coupe le creux du jarret. Cette hauteur correspond aux deux septièmes du corps environ. Avec un banc trop bas, les pieds de l'enfant sont repliés en avant ou en arrière ; avec un banc trop haut, les pieds restent ballants et ne peuvent trouver de point d'appui.
La. profondeur du banc doit égaler les deux tiers de la longueur de la cuisse; il ne faut pas aller jusqu'au creux du jarret, parce qu'il y aurait une compression gênante des vaisseaux poplités. La longueur de la cuisse est, en général, d'un cinquième de la longueur du corps.
La hauteur du banc varie donc avec la taille des enfants ; pour les enfants de 1 mètre à 1 m , 1 0 par exemple, la hauteur sera de 27 centimètres.
La profondeur du siège, pour des enfants de même taille, sera de 21 centimètres. Nous ne donnons ces chiffres qu'à titre d'exemple : on trouvera plus loin des tableaux indiquant toutes les dimensions convenables pour les mobiliers destinés aux enfants de différentes tailles.
Le siège ne doit pas être horizontal ; il aura une petite inclinaison de haut en bas et d'avant en arrière, le bord antérieur du banc étant, en général, de 2 à 3 centimètres plus élevé que le bord postérieur. L'angle que forme ainsi le siège à «' réclination » avec l'horizontale est de 8° à 10°. Cette légère inclinaison en arrière, ou réclination, a été établie pour empêcher le glissement en avant.
Avec un siège de 21 centimètres de largeur, on calcule qu'il y a environ 8 à 10 centimètres d'espace en arrière du point où portent les ischions. Cet espace varie avec la largeur du banc, suivant une égale proportion.
Table. — D'une façon générale, il vaut mieux choisir des tables un peu hautes que trop basses.
Pour déterminer le rapport entre les hauteurs de la table et du banc, on conduit une ligne verticale du bord postérieur de la table
au bord antérieur du banc ; la hauteur qui sépare ces deux plans s'appelle la différence entre la hauteur du banc et celle de la table; elle doit être telle que l'enfant puisse écrire sans lever les épaules.
En cas de différence insuffisante, la table est trop basse ; l'enfant est obligé de rapprocher la tête, de l'incliner, de se courber; la ligne de gravité tombe alors en avant de l'axe des ischions.
Dans le cas de différence trop grande, c'est-à-dire de table trop haute, l'enfant est obligé de lever les épaules, surtout l'épaule droite, d'où possibilité de scoliose à convexité droite.
On a cherché à déterminer cette différence en calculant la distance qui sépare la pointe du coude du banc sur lequel l'enfant est assis. Pour les uns (Flenning, Passavant), la table ne doit pas être plus haute que l'extrémité du coude libre. Fahrner, au contraire, réclame que la table soit un peu plus élevée que le coude; il fait remarquer que le coude est légèrement au-dessous du niveau de la table, tandis que l'avant-bras s'élève un peu en suivant l'inclinaison de la table elle-même. C'est pourquoi il ajoute, à la hauteur séparant la pointe du coude collé au corps du plan passant par la face postérieure des cuisses de l'enfant assis, 3 à 5 centimètres, et même un peu plus chez les fillettes à cause des jupons. Autrement dit, pour Fahrner, la différence doit égaler la hauteur du coude au-dessus du banc, ce qui correspond à environ un huitième du corps ; il faut y ajouter 3 à 4 centimètres de correction pour les deux sexes, et, chez les fillettes, lcm,5 à 2 centimètres en plus à cause de l'épaisseur des jupons.
D'autres auteurs, au contraire, ont mesuré la différence en prenant comme point de repère la région ombilicale. Dorber veut, par exemple, que le bord postérieur de la table corresponde à l'ombilic de l'écolier.
Dufestel, sans préciser davantage, indique la région épigastrique pour servir de base à cette mesure.
Diverses mensurations que nous avons pratiquées nous ont montré qu'il n'y avait pas parallélisme absolu entre la longueur du bras et la situation du coude, d'une part, et la hauteur du tronc, d'autre part; de telle sorte que, avec des enfants de taille égale, les coudes peuvent varier de situation relative. Il faudrait théoriquement que les mensurations servant à établir la différence soient prises chez chaque enfant, quelle que soit d'ailleurs la méthode employée.
La distance (fig. 90) est la longueur qui sépare le plan vertical passant par le bord postérieur de la table du plan vertical passant par le bord antérieur du banc ; cette distance peut être positive, négative ou nulle.
Le plan abaissé perpendiculairement du bord postérieur de la table peut tomber en arrière du bord antérieur du banc : c'est ce qu'on appelle la distance négative.
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Les plans passant par les deux points de repère que nous avons indiqués peuvent se confondre : c'est la dislance nulle.
Ou bien encore, le plan, passant parle bord postérieur de la table, tombe à 2, 3, 5 centimètres en avant du bord antérieur du banc : c'est la distance positive.
Dans l'ancien mobilier scolaire, la distance positive pouvait aller jusqu'à 6 ou 8 centimètres, de façon à permettre la libre circulation dans le banc et la station debout entre le banc et la table ; mais, dans la position assise, l'enfant était obligé de s'incliner en avant pour écrire ou pour lire, obligé aussi de prendre appui sur la table par ses avant-bras, ses coudes, ou bien encore par son thorax ou son creux épigastrique ; de là des attitudes vicieuses, une tendance à la cyphose, une prédisposition à la myopie.
On doit préférer la distance négative qui assure le meilleur encadrement de l'enfant dans le banc, à condition cependant qu'on
Distance positive D. nulle D négative
Fig. 90. — Les distances.
réserve entre le bord postérieur de la table et le dossier une distance suffisante pour que l'enfant n'y soit pas comprimé ; cet espace varie naturellement suivant les tailles des enfants : on peut augmenter ses proportions en ménageant une échancrure dans la table.
La distance négative, pour Buckner et Hermann, doit être de 5 à 6CIU,5, pour Kohn de 2cm,6, pour Esmarck de 2 à 3 centimètres. Elle ne doit jamais être excessive.
La largeur de la table est une question surtout pédagogique ; il faut que l'enfant ait une place suffisante pour ses cahiers, de façon qu'il puisse écrire la dernière ligne sans être obligé de ramener ses bras trop en arrière, de façon aussi à garderies deux tiers de l'avantbras engagés sur la table. Étant donné que les cahiers ont "22 à '23 centimètres de hauteur, il faut donner à la table un diamètre antéropostérieur au moins double de ce chiffre, soit de 40 à 50 centimètres.
La longueur de là table à une place est un peu plus grande que la largeur, soit 50 à 55 centimètres.
L'inclinaison de la table doit être calculée de façon à ce que le plan du cahier soit perpendiculaire à l'axe des yeux. La lecture est ainsi plus facile. Cette inclinaison répond à un arc de 5° à 6° et à un angle de 15° environ.
Thaité d'hygiène. . VI. — 10
Autant que possible, il ne faut pas placer sur le bord inférieur de la table une baguette pour empêcher la chute des livres, car elle gêne la circulation du sang dans l'avant-bras.
Lorsqu'on emploie le banc à réclination, il faut augmenter l'angle du pupitre jusqu'à 20° au moins ; mais les tables fortement inclinées ont l'inconvénient de fatiguer les muscles de l'avant-bras et de laisser tomber les livres.
La partie antérieure de la table peut ne pas être inclinée et rester horizontale, de façon à placer l'encrier. Cette tablette peut avoir 10 centimètres de large.
On peut placer sous la table un pupitre, à condition que ce pupitre ne gêne pas les genoux et qu'il n'arrive pas jusqu'au niveau de la partie antérieure du banc.
Les pieds de l'enfant devant toujours reposer à plat sur le sol, la barre d'appui est condamnable, et elle ne peut que favoriser le développement des attitudes vicieuses.
Dossiers. — H y a trois types de dossiers :
Le dossier à point d'appui sacré, qui ne dépasse pas en hauteur le bord postérieur et supérieur de l'os coxal :
Le dossier sacro-lombaire, qui va jusqu'à la dernière vertèbre lombaire au moins, et qui présente une convexité antérieure pour encadrer la concavité de la colonne lombaire;
Enfin le dossier dorsal, qui s'élève au moins jusqu'au sommet de la convexité dorsale, au niveau des omoplates.
Le dossier en situation de réclination forme un angle de 15° avec la verticale. Il oblige à une grande distance négative, de 7 à 12 centimètres, et, comme nous l'avons dit, à une grande inclinaison de la table.
Différents types de mobilier scolaire. — Nous avons étudié jusqu'ici les conditions théoriques de l'établissement des mobiliers scolaires : notions d'anatomie et de physiologie, mensuration des différents segments du corps, et enfin adaptation des éléments du mobilier scolaire à la taille des enfants.
Avant de présenter les différents modèles de mobilier couramment employés, nous devons dire quelques mots des considérations d'ordre pratique qui ont guidé les constructeurs dans l'établissement de leurs modèles; ils ont, en effet, le souci de faire simple et économique, en même temps que de se conformer aux données fournies par les physiologistes et les hygiénistes.
Les modèles les plus simples et les moins coûteux sont fixes, c'est-àdire qu'ils ne conviennent qu'aux enfants d'une taille donnée ; pour meubler une classe, il est nécessaire d'y placer des tables de différentes tailles, ce qui, malheureusement, est loin d'être toujours réalisé ; ces mobiliers fixes sont de beaucoup les plus répandus ; ce sont les seuls dont s'occupent, en France, les Instmclions ministérielles,
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qui indiquent les dimensions à donner aux différents types; on trouvera plus loin tous ces détails. Avec la table et le banc fixes, à distance nulle, l'enfant ne peut se tenir debout à sa place, et il doit se placer en dehors du banc pour réciter ses leçons.
Le siège mobile a pour but de remédier à cet inconvénient, en permettant à l'enfant de se tenir debout à sa place ; les instituteurs reprochent aux bancs à bascule ou à glissières d'être l'origine de légers accidents, et plus encore d'être très bruyants et d'être une cause de trouble dans la classe. Les écoles de la ville de Paris sont en partie meublées de tables-bancs à siège mobile.
Dans un certain nombre de modèles, c'est à un pupitre mobile que l'on a recours pour permettre à l'enfant de se tenir debout à sa place ; le plus souvent, une simple glissière permet à la planchette d'être déplacée en avant ou en arrière ; mais certains dispositifs assurent en même temps le recul et l'élévation du pupitre, si bien que l'enfant debout peut conserver son livre ou son cahier à distance normale de ses yeux. On peut ainsi délasser l'élève en lui faisant occuper successivement les positions assise ou debout : mais ces systèmes sont peutêtre un peu délicats pour résister aux turbulences de classes nombreuses et difficiles à surveiller.
Le siège et le banc sont mobiles dans de nombreux modèles que l'on a voulu rendre adaptables à la taille de tous les enfants: la table peut, pour ainsi dire, croître en même temps que l'écolier. La ville de Paris vient d'adopter en principe un de ces modèles ; jusqu'ici leur emploi était surtout répandu dans les familles, ou dans quelques établissements d'éducation, particulièrement soucieux de l'hygiène.
Enfin la table, avec chaise indépendante, tend à être adoptée dans bon nombre d'établissements d'enseignement secondaire ; quand la table peut être adaptée à la taille de l'enfant, et que les chaises sont de hauteurs assez différentes pour convenir à tous les écoliers, ce système nous paraît très recommandable.
En somme, tous ces modèles ont leurs avantages : les plus parfaits, pour l'hygiéniste, sont ceux qui peuvent à tout moment suivre l'enfant dans sa croissance ; mais ce sont les plus coûteux d'achat el aussi d'entretien. Les mobiliers fixes, à la condition que chaque classe possède des modèles de tailles différentes, sont suffisants en pratique : on exigera, bien entendu, qu'ils soient établis d'après les proportions étudiées plus haut.
Les constructeurs de mobiliers scolaires doivent aussi se préoccuper d'établir des meubles d'entretien et de nettoyage faciles ; les moulures, les cannelures, tous les ornements capables de recueillir les poussières seront supprimés ; la table-banc devra être facile à laver dans toutes ses parties.
Quand la table est fixée au sol, le lavage du plancher devient difficile : pour obvier à cet inconvénient, on a imaginé de rendre facile-
ment déplaçables les tables dans la classe ; nous signalerons quelquesuns de ces intéressants modèles de mobiliers amovibles.
Nous allons maintenant passer en revue quelques-uns des mobiliers tes plus employés ; nous présenterons également quelques types récents de tables-bancs, qui, moins répandus, présentent certains avantages au point de vue de l'hygiène.
Nous passerons complètement sous silence les mobiliers condamnables, qui existent malheureusement encore dans de trop nombreux établissements.
Voici d'abord le mobilier recommandé par les Instructions ministérielles françaises ; nous reproduisons textuellement ces instruclions, en les illustrant des figures empruntées aux Documents administratifs (Projets et modèles d'établissements scolaires, Imprimerie nationale, 1881) :
Les tables-bancs seront à une ou deux places, mais de préférence à une place.
Quatre types seront établis pour les écoles des communes dans lesquelles il n'existe pas d'école maternelle (écoles à classe unique).
Le type I, pour les enfants dont la taille varie de 1 mètre à lm,10 ;
Le type II, pour ceux de lm,ll à lm,20 ;
Le type III, pour ceux de 1Œ,21 à lm,35 ;
Le type IV, pour ceux de lm,36 à lm,50.
Trois types seulement, les types II, III et IV, seront adoptés dans les écoles qui ne reçoivent les enfants qu'à six ans, c'est-à-dire au sortir de l'école maternelle (écoles à plusieurs classes).
Un cinquième type pourra être établi pour les enfants dont la taille excéderait lm,50.
On inscrira sur chaque table-banc le numéro du type auquel elle appartient, avec indication de la taille correspondante. Exemple : III, lm,21 à 1*,35.
Les instituteurs devront mesurer leurs élèves une fois par an, à l'époque de la rentrée des classes.
La tablette à écrire aura au-dessus du plancher, mesures prises au bord de la table, les dimensions ci-dessous :
TYPES
^er
ni.
Longueur pour la table-banc à une
Longueur par place d'enfant, pour
LE MOBILIER SCOLAIRE
L'inclinaison varie de 15 à 18°, sans être jamais inférieure à 15°. , Le banc sera fixe, légèrement incliné en arrière et aura les dimensions ci-dessous :
TYPES
jer
Hauteur au-dessus du sol, prise
Largeur d'avant en arrière
Longueur (banc à deux places). . . .
in.
Le dossier du banc à une seule place et du banc à deux places consistera en une traverse de 0m,10 de largeur dressée droite avec arêtes abattues; il aura les dimensions suivantes :
TYPES
Jer
ge
Hauteur de l'arête supérieure au-
ni.
Longueurégaleà celle du banc pour
la table-banc à une seule place .
Et pour la table à deux places . . .
Le banc et le dossier seront continus ; toutes les arêtes seront abattues. La table à écrire peut être mobile ou fixe.
Suivant qu'on fera emploi de l'une ou de l'autre, les règles ci-dessous énoncées devront êtres observées.
TABLE-BANC A TABLETTE MOBILE (fig. 91).
1° Situation où la tablette est rapprochée de l'enfant.
\ei
ge
TYPES
La verticale tombant de l'arête de la tablette devra rencontrer le banc à une distance du bord antérieur de ce banc égale à . . .
L'intervalle entre l'arête de la tablette et le dossier sera de . . .
ni.
2° Situation où la tablette est éloignée de l'enfant.
TYPES
\er
Entre ladite verticale et le bord antérieur du banc, l'intervalle sera égal à
in.
Fig. 91. — Table-banc à tablette mobile.
La tablette dite à bascule, formée de deux parties se repliant l'une sur l'autre au moyen de charnières, est interdite.
TABLE-BLANC A TABLETTE FIXE (fig. 92).
La distance entre le banc et la table sera nulle, c'est-à-dire que la verti-
Fig. 92. — Table-banc à tablette fixe.
cale tombant sur l'arête de la table rencontrera le bord antérieur du banc ("g. 93).
Un casier pour les livres sera aménagé sous la table à écrire.
Un encrier mobile de verre ou de porcelaine à orifice étroit sera adapté à la table et placé à la droite de chaque élève.
LE MOBILIER SCOLAIRE
Les traverses, barres d'attache, barres d'appui pour les pieds, reposant les unes et les autres sur le plancher sont interdites.
Fis. 93. — Distance nulle.
Ces prescriptions, qui n'ont pas d'ailleurs de « caractère impératif » et ne sont données qu'à titre d'indications, sont, en somme, satisfaisantes. Il serait souhaitable, seulement, que le nombre des modèles soit plus considérable, afin que les enfants de tailles différentes soient assurés de trouver une table-banc bien adaptée à leurs besoins.
Si ce mobilier était utilisé suivant les prescriptions ci-dessus rapportées, nous aurions lieu de nous déclarer satisfaits.
Malheureusement, il est bien rare de trouver une salle de classe munie de tables répondant à la taille des élèves ; le plus souvent, chaque classe ne contient qu'un seul modèle, et l'on voit les enfants, petits ou grands, s'adapter au mobilier qu'on leur impose ; si les maîtres pratiquent les mensurations annuelles recommandées par le règlement, ils n'en peuvent pas tirer de conclusions pratiques, puisque le mobilier de leur classe ne se compose guère que d'un type unique de tables-bancs. Il semble que, sur ce point, il y aurait de grands et faciles progrès à réaliser.
Nous disions que les dimensions fixées par les Instructions ministérielles pour l'établissement des tables scolaires étaient satisfaisantes ; elles répondent, en effet, à peu près aux desiderata que nous exprimions plus haut. Nous reproduisons ci-contre, d'après Dufestel (Voy. p. 152) un tableau qui résume les mensurations prises sur 4000 enfants parisiens par Cardot, en vue de l'établissement d'un mobilier idéal, dont le type a été jadis établi, mais n'est pas entré dans la pratique courante.
On peut comparer les chiffres de cet auteur et ceux des Instructions ministérielles ; on constatera que les différents éléments du mobilier recommandé pour nos écoles ont des dimensions très voisines de celles qu'aurait un mobilier établi d'après les mensurations de Cardot ; ces chiffres eux-mêmes sont comparables à ceux qu'ont obtenus les auteurs qui se sont occupés de la « croissance physique » de l'enfant (Voy. à ce chapitre les tables de Chaumet et Variot, de Carstadt, etc.). On peut aussi les juxtaposer aux chiffres donnés par la Commission scolaire viennoise, dont nous signalons plus loin les travaux.
La plupartdes fabricants français se sont inspirés des Instructions ministérielles pour établir leurs modèles. A quelques détails près, les mobiliers introduits récemment dans nos écoles se rapprochent de ce type.