II. — CROISSANCE VISCÉRALE
En môme temps que la taille et le poids, les organes s'accroissent et subissent des modifications dans leur volume, leur [ constitution et leur fonctionnement. Cette croissance viscérale se fait progressivement et sans à-coups jusqu'à la période prépubère, mais à ce moment les modifications anatomiques et physiologiques qui se produisent sont considérables et méritent d'être connues.
Appareil circulatoire. — Pitt et Beneke ont montré que le cœur double presque de volume de dix-huit mois jusqu'à quatre ou cinq ans. Après un arrêt de l'accroissement, vers onze ou douze ans, une nouvelle augmentation de volume se produit entre quinze et seize ans, et telle qu'on peut dire que le cœur d'un jeune homme est hypertrophié normalement à cette période (G. Sée). Ces modifications se produisent dans les deux sexes et déterminent les troubles fonctionnels si fréquents à cette époque de la vie : céphalée, dyspnée, palpitations, lipothymies.
Au contraire du cœur qui est petit, les vaisseaux sont larges jusqu'à la période prépubère. C'est le type infantile.
Dans l'enfance, l'artère pulmonaire est relativement large, l'aorte étroite ; puis le diamètre des deux artères devient égal. Il en résulte que la tension artérielle passe de 97 millimètres à quatre ans à 113 millimètres de douze à quatorze ans. Il faut savoir d'ailleurs que, chez l'enfant, la tension artérielle varie selon la taille du sujet,' selon l'état fonctionnel de son cœur, selon l'émotivité.
Le pouls se modifie aussi : de 90 dans les années précédentes et chez les deux sexes, il passe à 75 chez le garçon, à 82 chez la fillette aux approches de la puberté.
En d'autres termes, le nombre des pulsations est plus élevé chez l'enfant que chez l'adulte, et la différence est d'autant plus marquée que l'enfant est plus jeune. Nous reproduisons un tableau de Gilbert, résumant les résultats obtenus dans des écoles américaines ; d'après A. Binet et V. Henri (1), à qui nous empruntons ces documents, ces chiffres doivent être considérés comme trop élevés; il faut attribuer cette exagération à ce fait qu'il suffit d'adresser la parole ou de prendre le pouls à un enfant pour que son cœur subisse une certaine accélération :
(1) A Binet et V. Henri, La fatigué intellectuelle, Paris, 1808, Schleicher frères, echt.
Age.
6 ans.
Nombre de
pulsations
en 30 secondes.
Garçons.
Filles.
il, 5
Les chiffres du tableau précédent ont été reportés par A. Binet et V. Henri sur le graphique suivant (fig. 127) :
Pulsations par 30 secondes
Garço,
; Filles
Ni
., Vf
ks
tfO
to
Fig. 127. — Cette figure représente le nombre des pulsations par demi-minute, chez des enfants d'âge différent. Le pouls est plus fréquent chez les garçons les plus jeunes. Il n'y a pas de différence nette entre les garçons et les filles (d'après Binet et Henri).
La température reste au-dessus de 37° jusqua la puberté; elle tombe ensuite au-dessous de ce chiffre, qui est la moyenne de l'adulte.
Pour le sang, les recherches de Sabrazès ont montré entre dix et quinze ans une diminution légère des hématies (moins de* cinq millions par millimètre cube) et un abaissement du taux de l'hémoglobine (75p. 100). Les globules blancs ne varient pas sensiblement.
Appareil respiratoire. — On connaît mal les modifications exactes des dimensions des poumons, mais on est mieux fixé sur leur état physiologique. La capacité pulmonaire (Langlois,Pagliani) subit un ralentissement entre treize et quatorze ans, puis s'élève entre quinze et seize ans.
Le nombre des respirations varie dans des proportions considérables avec l'âge des enfants. Nous empruntons à A. Binet et V. Henri le tableau suivant, qui résume les observations faites sur ce sujet par un certain nombre d'auteurs :