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LE PÉRIL VÉNÉRIEN DANS LES ARMÉES DE TERRE. 1?— 68J

.Maladies vénériennes Syphilis p. l 000 hommes p. I 000 hommes deffectif. d'effectif.

Allemagne 29,9 6,8

Angleterre 174 3-5,9

Autriche 61 18,8

Belgique 33 6,5

France 37,5 7,8

Hollande... 48, '2 9

Italie 91,9 12

Roumanie 37 13

Russie 36,1 12

Dans l'armée anglaise, la proportion des syphilitiques, très élevée a toutes les époques, a subi de nombreuses fluctuations : en 1870, elle était de 71 p. 1000; en 1875, elle descendait à 42 p. 1000 ; de 1875 à 1886, elle montait progressivement jusqu'au chiffre de 1*27 p. 1 000 ; de 1886 à 1892, elle tombait graduellement à 75 p. 1000. L'ensemble des maladies vénériennes aatleint, certaines années, le tauxde 200p. 1 000 cl même de 500 p. 1000 dans l'armée des Indes.

Dans Tannée française, la morbidité vénérienne s'abaisse franchement. En vingt-trois ans, de 1880 à 1903, elle a passé de 66 p. 1000 à 37 p. 1 000. Mais la syphilis est restée à peu près stalionnaire: en 1895, 7, 8 p. 1 000 ; en 1896,6,9 p. 1 000; en 1897, 6,5 p. 1 000: en 1898, 6,8 p. 1 000. En 1895, sur 489 785 hommes présents dans l'armée, 4 355 ont été soignés pour des manifestations syphilitiques, soit 7,8 p. 1 000, parmi lesquels 13 ont succombé à des accidents tertiaires et 16 ont dû être réformés. La morbidité syphilitique a égalé presque celle de la fièvre typhoïde, qui fut, en 18(J5,de8,25p. 1000. Le nombre des journées passées à l'hôpital pour le traitement de la syphilis a été de 139 740. Le pourcentage de la vérole dans les corps de troupes stationnés en Algérie et en Tunisie est très élevé : 21,6 p. 1 000 par exemple dans la province de Constantine. La répartition de la syphilis dans les troupes métropolitaines est très inégale : les gardes républicains (16 p. 1 000), les sapeurs-pompiers (16,5 p. 1 000) sont parmi les corps les plus éprouvés. Dans les prisons et pénitenciers militaires, dans les ateliers de travaux publics, le taux monte à 19,3 p. 1 000.

En ce qui concerne les mladies vénériennes, certains corps d'armées sont beaucoup plus maltraités que d'autres. Les garnisons situées à proximité d'une grande ville, où la prostitution clandestine est florissante, paient un très lourd tribut à la syphilis et à la blennorragie.

Grâce aux mesures prophylactiques en vigueur dans l'armée allemande, le taux de la syphilis a diminué de moitié en dix-sept ans, comme le démontre le tableau suivant dressé par le Sladlarzt Fobold :

De 18S1 à 1886 9 p. 1000

{1) Uuhlitreaux, Le péril vénérien dans l'armée de terre. Soc. franc, de prophyl.

682 E. JEANSELME. — MALADIES VÉNÉRIENNES.

Etiologie et prophylaxie des maladies vénériennes dans les armées de terre. — Le plus grand nombre des contaminations syphilitiques signalées pendant la première année de séjour sous les drapeaux oui lieu avant l'incorporation (1) C'est dans les trois premiers mois, et surtout dans le premier mois après l'arrivée au régiment, qu'on relève le plus de cas de syphilis. En 1898, on en compte 526 cas en novembre, tandis que la moyenne des autres mois n'est que de 387. Pour l'armée allemande, Fobold fait la même remarque ; un grand nombre de recrues sont reconnues syphilitiques en arrivant au corps. Les statistiques militaires tendent à prouver que, dans l'armée française, 2 hommes en moyenne sur 1000 contractent la syphilis, tandis que le taux annuel de contamination syphilitique, parmi les jeunes gens de la population civile, atteindrait 6 à 7 p. 1000 (2), M. Delorme conclut d'une longue étude consacrée à la syphilis dans l'armée que le chancre induré est près de trois fois moins fréquent dans l'armée que dans la population civile du même âge (3). Toutefois, il faut reconnaître que ces chiffres, malgré leur exactitude apparente, ne sont pas à l'abri de la critique. Il est hors de doute que bien des jeunes gens, s'ils n'avaient pas été astreints aux obligations du service militaire, seraient restés indemnes de toute tare vénérienne jusqu'au mariage. Le mauvais renom qui s'attache aux villes de garnison n'est que trop justifié. Les jeunes soldats y prennent la syphilis et la blennorragie, qu'il rapporte au village après leur libération. Nombre de réservistes et de territoriaux se contaminent pendant leur courte période d'instruction et, à leur retour, infectent leur femme.

De l'avis unanime des médecins militaires, la prostitution clandestine, celle qui s'exerce dans les cabarets borgnes, les cafésconcerts, les brasseries de femmes, est celle qui fait le plus de victimes parmi les soldats. « Alcoolisme, blennorragie, syphilis sont les termes d'une même équalion; et, quand ce n'est pas l'ébriété qui pousse l'homme à la folie, c'est trop souvent la femme qui sert d'appât pour allirer le soldat et l'entraîner à la consommation des spiritueux (4). »

Voici, d'après M. Chauvel, médecin-inspecteur de l'armée française, l'ensemble des moyens employés par l'autorité militaire pour combattre les maladies vénériennes. Les hommes sontsoumis à des

1901, n° 4, p. 103. — Lafeuille, La prophylaxie de la syphilis dans l'armée. Bull, de la, Soc. de méd. militaire française, janv. 1907, n° 2. — Delorme, La syphilis dans l'armée française. Acad. de méd., 23 avril 1907.

(1) Chauvel, Soc. franc, de prophyl., 1901, n° 4, p. 117.

(2) Lafeuille, La prophylaxie de la syphilis dans l'armée. Bull, de la Soc. de méd. milit. française, janv. 1907, n° 2.

(3) Delohme, Acad. de méd., 19 mars 1907.

(41 Chauvel, Soc. franc, de prophyl., 1901, n° 4, p. 122.

Pour plus de détails, consulter : Etienne, Prophylaxie rationnelle des maladies vénériennes. Revue méd. de l'Est, 1" et 15 juin, 15 juillet, 1er août et lei" sept. 1901.

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visiles de santé réglementaires. La régularité do ces inspections à date fixe, et connue d'avance, leur ôte une grande partie de leur efficacité. En outre, elles n'ont lieu qu'une fois seulement par mois : elles sont donc trop distante»- On peut encore leur reprocher d'être collectives. Il serait désirable quelles fussent inopinées et individuelles (1).

En principe, tout homme envoyé en congé doit subir la visite au départ et au retour. Mais cette dernière, en réalité, n'est pas faite régulièrement.

Pour restreindre les sources d'infection provenant des femmes contaminées, tout homme atteint de mal vénérien récent doit faire connaître le nom de la femme qu'il soupçonne l'avoir infecté, et, si c'est possible, l'endroit où ont eu lieu les rapports. En général, le soldat français considère cette dénonciation comme une lâcheté et donne un nom au hasard ; aussi huit fois sur dix, sinon davantage, le bulletin de déclaration est faux, et la femme accusée par le soldat est reconnue non malade à l'examen médical. Dans l'armée allemande, il règne un autre esprit, et l'enquête donne les meilleurs résultats. « Grâce à la désignation du lieu où s'est effectuée la prise du contage, dit Fobold, du temps de l'incubation et du signalement exact de la personne suspecte, l'autorité civile possède les moyens de retrouver presque à coup sûr l'origine de l'infection. »

Pour prévenir le transport de la contagion, les soldats malades et les conscrits arrivant au corps avec une maladie vénérienne sont maintenus àl'infirmerie ouà l'hôpital jusqu'à guérison des accidents contagieux.

Pour éviter la transmission entre camarades, les soldats syphilitiques doivent faire usage d'ustensiles personnels, et il leur est interdit de boire aux cruches des chambrées.

Lorsqu'un établissement est signalé et reconnu comme un foyer de contagion, le commandement peut le consigner à la troupe.

Depuis quelques années, les jeunes soldats sont mis en garde contre le péril vénérien par des conseils individuels ou collectifs, des conférences, des affiches ou des notices. Gréer des attractions dans la caserne pour y retenir le soldat aux heures de repos serait à coup sûr plus efficace. La chambrée, le soir, est froide, triste et mal éclairée, dit M. Granjux (2). Après la soupe de cinq heures jusqu'au

(1) « Gomme il faut aller vite, dit M. Vallin, voici comment on faisait jadis et comment on fait encore quelquefois. On range les hommes au pied de leur lit clans la chambrée, parfois même tout un escadron en cercle autour du manège; quelquefois l'examen a lieu au moment où les hommes vont prendre leur douche ; l'homme ouvre son pantalon, découvre le gland et presse l'urètre; le médecin jette un coup d'œil et passe. C'est à la fois illusoire et inconvenant; c'est la violation la plus intolérable du secret médical... C'est en partie pour cela que beaucoup de soldats font leurs efforts pour échapper à cette visite, et que les sousofficiers, ceux peut-être qui en auraient le plus besoin, en sont dispensés. »

(2) Grakjux, Soc. franc, de prophyl., n° 1, 1902.

,;s' E- JEANSELME. - MALADIES VÉNÉRIENNES.

coucher, les portes delà caserne sont ouvertes ; instinctivemenl le soldat va au cabaret borgne, à la brasserie où il fait chaud, où Ton chante, où Ton boit. La création d'un lieu de réunion, d un cercle à 1 intérieur de la caserne où les hommes seraient chez eux, où ils pourraient se délasser et se distraire sans contrainte, aurait pour effet de détourner bon nombre de soldats des cabarets où s'abrite la plus basse prostitution.

Le dimanche, les hommes désœuvrés errent à l'aventureet finissent presque invariablement dans un bouge. Il faut donc multiplier les permissions du samedi au dimanche soir, assez longues pour qui le jeune soldat puisse se rendre dans sa famille. Le ministre delà Guerre, dans une circulaire du 24 octobre 1901, recommande de réduire le nombre des permissions de nuit et d'augmenter celui des permissions de vingt-quatre heures.

Malheureusement cette innovation n'est réalisable que dans les corps de troupe d'infanterie à recrutement régional. Dans la cavalerie, ce n'est pas praticable, car les chevaux doivent être pansés le dimanche comme les autres jours.

Pour les hommes obligés de passer le dimanche dans leur garnison, on a imaginédespensionsdefamillede tenue correcte, où, movennant un prix modique, ils peuvent louerune chambre. Pour les déshérités, on a fondé des maisons du soldat. L'œuvre du fover du soldat, la société des jeux du soldat concourent au même but et méritent d être encouragées.

Grâce à l'initiative de la Société française de prophvlaxie. de nombreuses améliorations viennent d'être apportées aux règlements du service de santé concernant les maladies vénériennes. Ces dispositions nouvelles, d'abord adoptées dans le Gouvernement militaire de Pans (1901), puis étendues, par décision ministérielle, à loute l'armée française, sont les suivantes :

1° Une des conférences d'hygiène faites par les médecins des corps de troupe aux officiers et aux sous-officiers sera consacrée à l'exposé du péril de l'avarie et aux moyens de le combattre;

2° Il y a lieu de multiplier les conseils individuels ou collectifs, donnés aux soldats par les médecins, touchant ces graves affections; 3° La visite de santé mensuelle prescrite par le règlement sur le service intérieur aura un caractère individuel, chaque homme étant examiné isolément et séparément. Elle portera sur l'organisme entier; 4° Des mesures seront prises pour que les sous-officiers puissent se présenter à la consultation du médecin avec toutes les garanties de discrétion vis-à-vis de leurs subordonnés ;

5° La surveillance sanitaire des malades sera assurée au moyen d'un registre spécial ou de fiches individuelles, tenus par le médecin et mis à l'abri de toute indiscrétion. Les hommes atteints devront être, en outre, soumis à des visites périodiques, pour permettre d'assurer

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leur traitement pendant le temps indispensable à la guérison ;

f>° vVucune punition ne devra être infligée pour cette cause, sauf pour les cas de dissimulation notoire :

7° Les bulletins de déclaration envoyés à la police locale seront établis sous le contrôle du médecin du corps, qui interrogera luimême le militaire et spécifiera nettement la nature de la lésion dont il est atteint ;

8° Les commandants d'armes, sur la proposition des chefs de corps, consigneront à la troupe les débits de boissons et autres établissements reconnus comme des foyers de contamination, et dans lesquels des militaires auront été notoirement infectés (1).

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