III. Amélioration de la composition minérale
Le premier chapitre intéresse particulièrement l'hygiène publique; les deux autres n'ont qu'un intérêt hygiénique secondaire.
Le problème de l'épuration proprement dite consiste à supprimer dans les eaux de boisson les substances organiques nuisibles qu'elles peuvent renfermer et à éliminer ou tuer les microorganismes dangereux. Dans la réalité on ne peut pas toujours déterminer avec rigueur les produits qui rendent une eau malsaine. En ce qui concerne notamment les matières organiques nuisibles, provenant par exemple de déjections d'individus atteints de maladies infectieuses leur dilution dans l'eau est généralement si considérable que leur rôle nocif direct doit être bien secondaire, leur toxicité fût-elle comparable à celle des produits les plus actifs. — Mais, il n'en <>sl pas de même des germes pathogènes, qui, introduits dans une eau en petit nombre, ont la faculté de s'y reproduire, et constituent par suite les éléments essentiellement dangereux des Traité d'hygikise. II. — 24
eaux de boisson. — Ainsi il apparaît tout d'abord que dans les procédés d'épuration, tous les efforts doivent tendre à la destruction totale des germes pathogènes. Or, les procédés de filtration, actuellement les plus répandus, laissent persister dans les eaux un assez grand nombre de germes : si dans une eau qui contenait à l'état brut 3 000 germes, parmi lesquels le bacille typhique ou le vibrion cholérique, il persiste encore après fîltralion 50 ou 100 germes, — ce qui est un beau résultat pour un filtre traitant de grandes masses d'eau, — on admettra difficilement que parmi ces germes, il n'en subsiste plus un seul virulent, ou bien qu'ils ne sont plus aptes à se multiplier dans les conduites ou réservoirs et à engendrer des épidémies. Cependant on doit reconnaître que des appareils filtrants bien dirigés améliorent beaucoup la qualité des eaux et ont une répercussion heureuse sur l'état sanitaire des villes. Inversement il est exact que des eaux filtrées dans des conditions défectueuses ont pu déterminer des épidémies graves (1).
Si parfaits que soient les appareils de filtration, ils ne peuvent, au moins à présent, offrir une sécurité absolue ; et c'est l'élimination totale des germes, c'est-à-dire la stérilisation des eaux qui parait être le but à atteindre. Beaucoup de procédés, dont quelques-uns très efficaces, ont été mis en avant. A la vérité, on n'arrive pas facilement dans la pratique à cette élimination totale des germes; quelques spores offrent une résistance particulière ; leur destruction présente de grandes difficultés ; mais ces germes très résistants sont considérés jusqu'ici comme inoffensifs, et leur présence en petit nombre dans les eaux ne saurait inspirer d'inquiétude. On les retrouve dans les eaux stérilisées par la chaleur, lorsque la température ne dépasse pas 115°, ou n'est pas maintenue pendant un temps assez long ; on les retrou ve également dans les eaux traitées par les agents chimiques les plus énergiques, comme l'ozone, les composés oxygénés du chlore, etc. — En pratique, on doit considérer comme efficaces des procédés qui ne laissent subsister dans les eaux que quelques spores de bactéries telles que B. subtilis, B. megaterium, B. mesentericus et quelques levures ou moisissures. Plusieurs procédés permettent actuellement de réaliser cette stérilisation suffisante et d'éliminer totalement les germes pathogènes. Nous passerons en revue les plus intéressants de ces systèmes.
La purification des eaux potables peut être réalisée de diverses manières : par des moyens mécaniques, physiques ou chimiques.
(1) Voy. Vaillaiw, La fièvre typhoïde à Cherbourg. Rec. des Irav. du Com. cons. d'hyg., avril 1899, t. XXIX, p. 16.
Nous étudierons d'abord les procédés mécaniques, c'est-à-dire la filtration sur le sable et les substances poreuses inertes. Parmi les moyens physiques, rappelons que la lumière est un agent d'épuration naturelle et détruit promptement beaucoup de bactéries. La pesanteur exerce aussi dans certaines circonstances une action épurante (décantation, sédimentation des bactéries dans les eaux profondes et tranquilles). L'air et la lumière sont des agents d'épuration spontanée, et d'ailleurs incomplète, dont nous n'aurons pas à nous occuper dans ce chapitre où nous traitons des procédés appliqués par l'homme à l'amélioration des eaux potables. — L'épuration par Y électricité a été mise en œuvre sous bien des formes ; mais en somme l'électricité n'est dans les procédés actuels qu'un agent intermédiaire destiné à produire certains réactifs chimiques ; ainsi dans la stérilisation par l'ozone, gaz produit sous l'influence de l'effluve électrique, l'ozone intervient en qualité d'agent chimique : aussi Tétudierons-nousen même temps que les méthodes d'épuration par les substances chimiques. — Enfin, la stérilisation par la chaleur a été appliquée depuis longtemps dans divers appareils dont nous donnerons plus loin quelques exemples.