LA PLUIE
On a vu que, loin des villes et des usines, l'eau de pluie est pure par excellence (4 bactéries et 4 mucédinées par centimètre cube, selon Miquel) ; la difficulté est de la recueillir sur des surfaces ou dans des récipients inaccessibles aux causes de pollution ; même le creux naturel d'une roche ne sera pas, au moment où les gouttes de pluie vont s'y réunir, exempt des matières organiques
(1) Tribune médicale, 13 août 1901.
ou des germes suspects ou malsains agglomérés par l'évaporation de la précédente précipitation ou survenus pendant la période sèche : l'artificielle citerne esl vieille comme l'humanité, et l'antiquité nous en a laissé d'admirables modèles à Carthage, Constanlinople, Baies, etc. Actuellement encore celles d'Aden sont célèbres, et quand parfois elles sont à sec, il faut recourir à l'eau de mer distillée pour ce port. Vézélay, dans l'Yonne, a de bonnes citernes publiques, etc., mais on n'ignore point les infinies précautions, bien rarement observées, qu'elles comportent : propreté absolue des toils (irréalisable en fait à cause des germes, des poussières atmosphériques et des feuilles) et des gouttières (où trop souvent on déverse les eaux de toilette des mansardes ou combles), installation méticuleuse et renouvellement annuel d'un filtre à charbon et sable au point d'arrivée des eaux dans la citerne, étanchéité absolue contre les infiltrations des latrines et pierres d'évier voisines, nettoyage annuel du récipient avec les mille soins antiseptiques presque toujours négligés (1) (instruments n'ayant jamais servi et stérilisés, sabots et vêtements neufs ou désinfectés s'il faut descendre dans le récipient, état sanitaire parfait du voisinage au moment de l'opération, etc.). Une bonne citerne rentre dans la catégorie des desiderata théoriques d'eaux !
De la neige je ne dirai rien, l'eau de fonte qu'elle fournit n'étant que très exceptionnellement propre.
Dans les villes, d'ailleurs, l'eau de pluie est souillée ; celle du Strancl, à Londres, renferme un peu plus de 1 décigramme de matières solides par litre (sel marin, suie, sulfate d'ammoniaque, etc.).
2° LES ÉMERGENCES
Elles ne sont pures qu'à l'état de sources, surtout dès terrains arénacés et détritiques, à nappes d'interstices; en général, leur débit est faible ou moyen ; le nombre l'emporte sur le volume ; pour une alimentation copieuse, il faut en trouver et capter beaucoup.
Les résurgences, issues des courants libres au sein des terrains fis-
(1) L'éloquent tableau de ces desiderata est fait, à propos des caisses à eau des navires, par Couteaud et Girard, dans l'excellent livre déjà cite ici plusieurs fois (L'hygiène dans la marine de guerre moderne) :
« Le soin de la caisse et celui de la vérification du niveau de l'eau sont confiés à un matelot, le calier. Quand il veut mesurer l'étiage de l'eau, il ouvre le trou d'homme, il repère le niveau à l'aide dune perche en bois abandonnée au premier endroit venu, au milieu des poussières et des souillures des rats. Yeut-il pomper de l'eau? il introduit dans la caisse une manche en cuir suspendue à découvert dans la cale, et qui a servi peut-être auparavant à pomper de l'eau de terre. Mais toutes ces énormités ne sont rien à côté du nettoyage méthodique de la caisse. Armé d'une éponge plus ou moins suspecte et d'un l'aubert qui a déjà rendu de longs services, le calier s'introduit par le trou d'homme, et, les pieds nus, s'acquitte en conscience du travail qui lui est confié. Quelle pléiade de microbes cette éponge, ce faubert et ces pieds, i-ans parler des vêtements et des mains, ont mis en culture dans ce vaste récipient ! »