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L'ATMOSPHÈRE

Si le père de la physiologie moderne a défini la vie : une lutte perpétuelle contre les milieux qui nous entourent, nous ne saurions accepter aujourd'hui ce point de vue essentiellement erroné. Non, les milieux dans lesquels nous sommes plongés ne sont pas des adversaires contre lesquels nous luttons, ainsi que le voulait Bichat; ce sont, au contraire, les soutiens indispensables de la vie, sans lesquels nous ne pourrions exister une minute.

C'est surtout de l'air atmosphérique qu'il est juste de dire qu'il pabulum vitœ^ le premier, le plus indispensable de tous les aliments. Et cela est vrai, non seulement de l'oxygène qu'il renferme, mais de tous les éléments qui le composent à l'état normal. Toute variation, tout changement dans sa composition, lorsqu'ils dépassent certaines limites, deviennent une cause de mort. L'oxygène en excès devient lui-même un poison, comme l'ont si bien démontré les travaux remarquables de P. Berl.

L'air atmosphérique réagit sur l'économie aussi bien par ses propriétés physiques que par sa composition chimique. En effet, s'il fournit au sang, miheu intérieur, une partie importante des éléments de rénovation de nos tissus, s'il est indispensable à l'accomplissement des combinaisons et des dédoublements qui s'accompKssent dans l'intimité de l'économie, il imprime aussi à nos fonctions des modalités différentes, suivant qu'il est plus chaud ou plus froid, plus dense ou plus raréfié.

D'autre part, il faut encore tenir un grand compte des éléments accidentels qui peuvent modifier la composition de l'air. Que ceux-ci soient gazeux ou sohdes, qu'il s'agisse de fumées, de poussières inorganiques ou organiques, leur influence sur la vie humaine est trop importante pour que leur étude ne nous arrête pas un moment. Parmi les éléments organiques que peut tenir en suspension l'air atmosphérique, se trouve une infinité de microbes saprophytes ou pathogènes. Leur connaissance a pris une telle place en hygiène qu'il est indispensable aujourd'hui de réserver un paragraphe de ce traité à l'étude bactériologique de l'air.

PROUST, TRAITÉ d'hygiène.

Nous aurons donc à envisager Tair almospliérique el son aclion sur Torganisme au double point de vue de ses ])ropriélés physiques et de sa composition.

Dans ce chapitre où nous considérons Tair en général, nous ne ferons ([ue loucher à certains points de son étude, devant y revenir jdus longuement en différentes parlies de cet ouvrage, à i)ropos des climats, où ces questions trouveront })lus naturellement leur place.

Pression atmosphérique. — L'air qui nous entoure est retenu à la surface du globe })ar la pesanteur et entraîné avec lui dans ses révolutions. Bien que les calculs qui ont été faits pour évaluer la hauteur de l'atmosphère soient sujets à contestation, on est généralement d'accord pour admettre que cette hauteur est d'environ 60 000 mètres. On sait, depuis les expériences célèbres de Torricelli et de Pascal, que la pression atmos})hérique équivaut, en moyenne, à une colonne de mercure de 76 centimètres. Cette pression se modifie d'ailleurs avec les lieux, suivant différentes conditions, que nous aurons à étudier plus tard, et elle entre comme un élément important dans la détermination des climats.

En admettant comme chiffre moyen de la pression barométrique 76 centimètres, on peut évaluer à 20000 kilogrammes environ la pression que supporte le corps de l'homme. Cette pression, également répartie dans tous les sens, fait équilibre à celle qu'exercent de dedans en dehors les gaz et les liquides de l'économie. On conçoit donc que l'intégrité dans la distribution comme aussi, à un certain degré, dans la composition de ces derniers, sera étroitement liée au maintien.de la pression atmosphérique au taux normal.

On sait que la pression barométrique diminue d'un centimètre par lOo mètres d'élévation. Quand l'organisme est soumis à des pressions qui descendent sensiblement au-dessous de la normale, voici les effets que l'on observe : les mouvemenis s'exécutent avec plus de difficulté, l'anhélation et la fatigue se produisent plus facilement; le pouls devient plus fréquent, d'autant plus fréquent que la pression barométrique baisse davantage, la respiration entin s'accélère; on peut même voir se produire des hémorragies par la muqueuse respiratoire si la diminution de la pression est très grande. Tous ces phénomènes, qui sont le résultat de la diminution brusque de la i)ression, s'observent surtout dans les ascensions et constituent ce qu'on a appelé le mal des montagnes. Nous y reviendrons à l'article sur les Climats et nous aurons alors à insister sur la pathogénie spéciale de ces phénomènes, dont l'interprétation a donné lieu à différentes théories.

Les phénomènes morbides produits par un fort abaissement de la pression atmosphérique sont encore plus marqués dans les ascensions en ])allon, car la dépression se fait brus(iuement. De nombieuses relations d'aéronaules nous ont fixé sur les accidents qui se produisent à partir de 5 000 mètres et on a encore i)résent à l'esprit la catastrophe où Crocé-Spinelli et Sivel (1875) trouvèrent la mort après s'être élevés à 8 000 mètres.

Comme l'a montré Paul liert, ces accidents sont dus à la diiiiinutioii de tension de l'oxygène dans l'atmosphère et par suite à la désoxygénation du sang, (pii détermine

l'atmosphère S15

un abaissement de la niitiilion dans tous les tissus. Aussi le remède héroïque n'est-il autre que l'oxygène lui-même, dont il serait nécessaire d'être toujours approvisionné dans les ascensions élevées.

Lorsque des individus habitent des lieux où l'air est habituellement raréfié, les hautes montagnes, par exemple, on n'observe plus les symptômes que nous venons de signaler, et qui sont dus au passage brusque d'une atmosphère à pression normale dans une atmosphère à pression moindre. Mais l'organisme s'adapte, en quelque sorte, aux conditions spéciales du milieu dans lequel il doit fonctionner : de là dans la constitution, dans les habitudes, dans le mode des différentes fonctions physiologiques des différences bien nettes. Les habitants des hautes montagnes, comme ceux des plateaux de l'Anakuac, dont a parlé Jourdanet, obUgés de respirer un air moins dense, par conséquent à volume égal moins chargé d'oxygène, condamnés d'autre part à gravir des pentes rapides, à exercer un travail musculaire assez considérable, et obligés d'absorber pour suffire à ce travail une grande quantité d'oxygène, ont la poitrine plus large, très ample, avec une taille peu élevée; la respiration est plus fréquente, la circulation plus active, comme pour amener plus fréquemment le sang au contact de l'air dans l'intérieur du poumon. Il y a là une sorte de fonctionnement tout spécial des organes respiratoires et circulatoires, tenant à la conformation particulière du thorax et à une habitude transmise par hérédité chez les indigènes ; ce qui exphque la difficulté que les Européens, comme l'a montré Jourdanet, ont à s'acchmater, ne pouvant du jour au lendemain adapter le fonctionnement de leur organisme aux conditions nouvelles dans lesquelles ils se trouvent placés.

Il semble acquis aujourd'hui que la diminution de la pression barométrique ne joue qu'un faible rôle dans les bons effets que donne l'altitude dans le traitement de la tuberculose pulmonaire. Cette influence favorable paraît surtout due à la pureté de l'atmosphère, à la sécheresse de l'air, à l'insolation et à la ventilation plus actives. Nous avons d'ailleurs déjà traité cette question dans le chapitre consacré à la tuberculose (voir p. 283).

Les effets que produit sur l'organisme l'augmentation de la pression atmosphérique ont été bien étudiés. Hamel (1820), Colladon (1836), s'étaient occupés déjà des effets de l'air comprimé sur les ouvriers de la cloche à plongeur. Triger, en 1850, dans ses travaux relatifs au refoulement des eaux par l'air comprimé, fournissait des données importantes sur l'état des ouvriers qui travaillent sous une pression de plusieurs atmosphères. Les recherches de Pravaz à Lyon, de Milliet à Nice, de Tabarié à Montpelher, celles de Jourdanet faites dans différents établissements pneumatiques, enfin les expériences de Paul Bert ont jeté un grand jour sur la question.

La compression rend l'air plus chaud, plus hygrométrique, plus comburant. Dès qu'on pénètre dans une cloche à air comprimé, on éprouve au niveau des oreilles une sensation plus ou moins pénible, quelquefois des douleurs excessivement vives, accompagnées de tintements aigus. Ces phénomènes s'expliquent par la distension que subit la membrane du tympan, par suite de la brusque rupture de l'équilibre entre la pression de l'air contenu dans l'oreille moyenne et celui du conduit auditif externe. Ces sensations pénibles ne durent d'ailleurs qu'un instant et, dès que l'équi. libre est rétabli, elles disparaissent. Les ouvriers qui pénètrent journellement dans

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les liibes à air comprimé s y habituent à la longue,"et bientôt ces sensations douloureuses cessent d'être perçues. Cependant, on a maintes fois signalé, chez ces ouvriers,

des surdités temporaires ou même permanentes.

Lorsque la pression augmente, de une ou deux atmosphères seulement, les respirations deviennent moins fréquentes, plus profondes; la circulation se ralentit, la peau de la face pâUt, les mouvements musculaires sont plus faciles. Des accidents graves peuvent survenir dès que la pression atteint un degré élevé, cinq atmosphères par exemple, et, dans ce cas, ils se produisent, non pendant que le sujet est soumis à l'influence de la pression, mais au moment de la décompression. Chez les ouvriers qui travaillent dans ces conditions on peut observer des douleurs musculaires ou articulaires parfois intenses, des congestions cérébrales, des hémoptysies, des épistaxis, qui sont dues au passage rapide d'une atmosphère plus dense dans une atmosphère moins dense. Rameaux a montré que la décompression brusque peut amener la mort par le retour à l'état gazeux des gaz du sang, particulièrement de l'azote, et par l'obturation des capillaires par les bulles gazeuses.

Si la pression augmente jusqu'à vingt atmosphères, la mort, comme l'a montré P. Bert, arrive avec des convulsions tétaniques ou épilepliformes . D'après cet auteur, les changements de la pression barométrique n'ont d'influence que par les modifications qu'elles apportent dans la tension de l'oxygène ambiant et les changements qui en résultent dans les ])rocessus chimiques de la nutrition, l'oxygène en excès étant incompatible avec la vie. L'air comprimé à vingt atmosphères arrête, en effet, la germination des graines, em])ôche la fermentation en tuant les ferments.

Certains travaux se font dans de l'air comprimé dont la pression reste en général au-dessous de 5 atmosphères. Tels sont ceux des scaphandriers et surtout des ouvriers qui pratiquent les forages des puits dans des mines infiltrées d'eau ou

Fig. 66. — Schéma représentant le forage d'une pile de pont par les tubes à air comprimé (procédé Triger).

construisent au fond des cours d'eau des piles de pont dans des tubes de fonte (fig. 66).

Pendant la compression, en dehors des phénomènes du côté de lappareil auditif signalés plus haut, on n'observe 'guère, et encore assez rarement, que des épistaxis.

Mais des accidents plus sérieux peuvent se montrer au moment de la décompression, particulièrement lorsqu'elle est trop rapidement faite. On note alors des démangeaisons vives (puces), des tuméfactions musculaires (moutons)^ des douleurs articulaires, enfin de l'affaiblissement des membres pouvant aller jusqu'cà la paralysie plus ou moins durable. On a même signalé la mort dans quelques cas.

Pour prévenir ces accidents, il faut après le travail placer les ouvriers dans des chambres d'équilibre, où la décompression se fait lentement et les couvrir de vêtements chauds afin d'éviter le refroidissement. On remédie aux phénomènes morbides, en faisant respirer aux ouvriers de l'oxygène pur (P. Bert).

Heller, Mager et von Schrœtter ^ conseillent de ne jamais soumettre les ouvriers à une pression supérieure à 5 atmosphères. Tous devront avoir subi un examen médical, qui permettra d'éliminer ceux qui sont atteints d'affections cardiaques ou pulmonaires ou dont l'appareil auditif n'est pas en bon état. La mise en pression sera réglée à raison de dix minutes par atmosphère pour les nouveaux ouvriers et pour les anciens à raison de dix minutes pour 1 atmosphère 1/2, de quinze minutes pour 2 atmosphères 1 /2 et de quarante minutes pour 5 atmosphères. A la fin du travail la décompression ne devra jamais dépasser un dixième d'atmosphère par dix minutes.

Les bains d'air comprimé jusqu'à 1/2 atmosphère ont été préconisés contre un grand nombre d'affections, surtout contre les affections des poumons, la tuberculose, la bronchite chronique, l'emphysème, l'asthme. Bien que leurs bons effets aient été peut-être systématiquement exagérés, ils n'en doivent pas moins être considérés comme une précieuse ressource pour l'hygiène et la thérapeutique, grâce à la propriété qu'ils possèdent de faciliter l'hématose et les fonctions respiratoires.

Température de V atmosphère. — La température de l'atmosphère est soumise à des influences nombreuses qui la modifient dans des limites étendues. Ces influences seront étudiées plus loin en détail, la température atmosphérique constituant un des éléments importants dans la détermination des climats. Nous rappellerons ici que l'air s'échauffant aux dépens de la terre, sa température est d'autant plus élevée que les rayons solaires tombent à la surface de notre sol sous une incidence moins oblique. Voilà pourquoi les régions équatoriales sont beaucoup plus chaudes que les régions polaires, les premières recevant les rayons du soleil à peu près verticalement, tandis que les secondes les reçoivent au contraire très obliquement. De même, en hiver, les rayons solaires arrivant sous une incidence plus oblique, la température baisse, bien que la terre soit plus rapprochée du soleil qu'en été. D'autre part les couches de l'atmosphère, empruntant directement à la surface du globe leur calorique, seront d'autant moins chaudes qu'elles seront plus élevées, c'est-à-dire plus distantes du sol. Les modifications de la température sont donc soumises à l'influence de ces trois éléments principaux : la latitude, les saisons, l'altitude. Les écarts entre les températures maxima et les températures minima peuvent être d'ailleurs considérables. On a cité une température observée à l'ombre

\. Congrès international de navigation intérieure, 1898.

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de + 47°, 4 à Esne dans la Haute-Eg\ pie; la température de — 06'', 7 a été constatée par le capitaine Back, dans rAméri(|iie du Nord. A Paris le maximum de température s'est élevé à 38°, 4 le 8 juillet 1793, et le minimum est tombé a — 23°, 7 le 26 décembre 1778 K

Ces modifications dans la température de Tatmosplière ont sur l'organisme de grandes influences. L'homme, comme tous les animaux à sang chaud, possède, on le sait, la propriété de maintenir sa température intérieure à un chiffre qui est sensiblement toujours le même : 37" à 37°, 5. Pourvu d'un système nerveux qui, comme l'a montré Cl. Bernard, joue le rôle de régulateur, notre organisme réagit contre les temi)ératures trop élevées ou contre les températures trop basses, soit en fabriquant plus ou moins de chaleur, soit en en consommant davantage. Il produit par jour 2 000 à 3000 calories.

1. A l'observatoire de Montsouris, le thermomètre s'est abaissé à — 24°, 5 en décembre 1879 à Paris.

Le maximum de froid constaté jusqu'à ce jour Ta été dans la Sibérie orientale à Irkoutsk. Ce jour-là, Severow nota une température de — 59° 1/2. Un médecin-major de l'armée russe affirmait avoir constaté, en Sibérie également, un froid de 03°. Dans ce pays, le mercure reste souvent gelé pendant des mois.

Dans l'Amérique du Nord, sur le Smith-Sound, continuation septentrionale de la baie de Baffin, Kane observa plusieurs fois des températures de — oO à 56", pendant le cours des deux hivernages qu'il passa dans cette contrée. Mac-Clure vit un jour à la baie de Mercy le thermomètre descendre à 54 degrés au-dessous de zéro; il constata que la température moyenne du mois de janvier 1853 fut de —42°. A Fort- Reliance, l'un des comptoirs de la Compagnie de la baie d'Hudson, on a relevé une fois — 57°.

On ne trouve pas de froid pareil en Europe. Depuis l'établissement des stations météorologiques le thermomètre de Saint-Pétersbourg n'a pas encore marqué — 40°.

Le froid le plus grand, observé jusqu'à ce jour, dans la partie du monde que nous habitons, l'a été en Suède, à Enoutékis, à 250 mètres au-dessus du niveau des mers : — 48°.

On n'a vu que deux fois à Vienne, en Autriche, un froid de — 33°. Pour rencontrer sous nos latitudes de l'Europe des températures aussi basses qu'à Irkoutsk et à Fort-Reliance, il faudrait s'élever à 9 000 ou à 10 000 mètres d'altitude ; mais si nous franchissons l'Atlantique, nous trouvons sur la côte des Etats-Unis des villes, situées aux latitudes de Berlin et de Vienne, supportant des froids tels qu'on n'en trouve en Europe qu'à l'extrémité septentrionale du golfe de Bothnie.

L'extrême chaleur ne se rencontre pas près de l'équateur; mais dans le désert immense qui s'étend, en arc de cercle, avec quelques interruptions, des iles du Cap-Vert à la grande muraille de Chine. Le nord et l'est du Sahara, le pied de l'Himalaya, la vallée du Gange, les steppes sans fin de l'Afghanistan et de la Boukharie, ce sont là les « fours de la terre ».

A Massaoua, sur la côte occidentale de la mer Rouge, la moyenne du mois de juillet est de 37°; le maximum observé a été de 52°.

Dans l'Inde, la moyenne du mois de mai est de 37°,6 à Selkampore (altitude 306 mètres), de 37°, 8 à Mynpcerie, de 38° à Gorgaou, de 37" à Anebola et à Allahabad.

En Afrique, Gérald Rohlfs, dans son voyage de Nouerzouck à Kouka, a constaté à Schimmedrou (oasis de Kaouar) une température moyenne de 38°, 2 pour le mois de mai et un maximum de 53° : pendant vingt jours consécutifs, les maxima dépassèrent 50°.

A Abou-Arich, en Arabie, on a noté 53°; à Suez 52°; à Assouane, en Egypte, 53°; à Ghadamès, dans le Sahara, 53°. Enfin, à Mourzouk, dans le Fezzan, on a plusieurs fois relevé des températures de 56°. Ces températures ont été prises à l'ombre. Rohlfs et d'autres voyageurs ont vu dans le Sahara 69 à 70° au soleil; en même temps, le sable, sur lequel ils marchaient, était à 50 à 56".

On n'a point encore relevé des températures semblables dans l'Amérique du Nord ou dans l'Amérique du Sud. En Australie, dans les plaines basses de la rivière Macquarie, on a reconnu 53° à l'ombre.

En Europe, ni l'Espagne, ni l'Italie, ni la Grèce n'ont fourni jusqu'à ce jour de chaleur supérieure à 45°.

Ainsi, les extrêmes observés sont séparés par 116".

Lorsque l'organisme est exposé à la chaleur, la circulation s'accélère, le pouls bat plus vite, la peau se couvre d'une sueur abondante, la respiration devient plus fréquente et l'exhalation pulmonaire plus active; grâce à cette perspiration cutanée et pulmonaire, l'équilibre de la température, que la chaleur extérieure tendait à rompre, est établi. Aussi, dans les pays les plus chauds, la température intérieure de l'homme ne s'élève-t-elle que dans une proportion restreinte. J. Davy a observé que la température des habitants de l'île de Ceylan dépassait à peine de 1*^ celle des habitants des régions tempérées. La température des matelots, prise après le passage de la ligne, a été trouvée supérieure de 1^,1 à ce qu'elle était au moment du départ. Sous l'influence des températures élevées les mouvements volontaires sont moins énergiques, les mouvements réflexes au contraire plus marqués, le système nerveux est plus excitable, et les statistiques ont étabh que les crimes et les suicides étaient plus fréquents en été qu'en hiver.

La chaleur est plus difficilement supportée dans une atmosphère humide que dans un air sec. C'est qu'en effet, dans ces conditions nouvelles, la sécrétion de la peau et l'exhalation pulmonaire, qui tendent, par leur exagération, à rétablir l'équilibre, sont entravées ou même empêchées. Delaroche n'a pu supporter que dix minutes un bain de vapeur porté de 37^ à M^. Les expériences ont d'ailleurs démontré que la température du corps n'est susceptible de s'élever que de peu de degrés. A 45^^ la mort arrive infailliblement.

Lorsque l'organisme est exposé à une basse température l'hématose devient plus active, la quantité de chaleur produite est plus considérable et ainsi est rétabli l'équilibre. L'homme, d'ailleurs, ne peut résister aux températures basses qu'à la condition de se couvrir de vêtements, de se ménager des abris, de faire usage d'aUments appropriés aux circonstances, d'exécuter des mouvements suffisants, enfin d'être doué d'une certaine énergie morale et d'une bonne constitution. La température du corps peut descendre assez loin au-dessous de la normale, sans que la mort s'en suive fatalement. Gurrie admet que le terme de 29^^ est déjà menaçant pour la santé et qu'au-dessous de 25*^, la mort serait inévitable, si l'on n'était promptement soustrait à l'influence réfrigérante et réchauffé énergiquement.

On sait que l'élévation ou l'abaissement de la température ont une très grande influence sur la vitalité ou le développement des bactéries. La très grande majorité des microbes pathogènes réclame pour végéter une chaleur dont le degré le plus favorable est voisin de celui de la température du corps humain, soit 37^^. Ils cessent de se développer à des températures plus ou moins basses ; aucun ne se reproduit plus au-dessous de O'* ; mais leur vitahlé et même leur virulence ne sont guère diminuées par les températures les plus froides des hivers rigoureux. W. Kasanski l'a démontré pour les bacilles de la diphtérie et de la peste. Prudden avait déjà prouvé la longue résistance à la congélation du staphylocoque doré et du bacille typhique.

Lorsqu'au contraire la chaleur s'élève au-dessus de la température optima de végétation, les microbes perdent assez rapidement leur virulence et la propriété de se reproduire, surtout s'ils sont exposés à la chaleur humide. L'exposition à 70° suffisamment prolongée les détruit presque tous dans leur forme adulte, comme le prouve la méthode de stérilisation de Tyndal ; seules les spores résistent au delà de 100°.

On voit par là que si les variations de la température atmosphérique peuvent

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avoir une influence importante sur la virulence et la multiplication des germes pathogènes, elles présentent rarement des écarts assez considérables pour arriver à les détruire.

Mouvements de ratmosphère. — Vents. — Les mouvements de Fatmosplière sont produits le plus souvent par Tappel qui se fait dans les points où la densité de l'air est diminuée. Ce dernier phénomène est en général la conséquence de réchauffement. L'air chaud tend à s'élever vers les couches supérieures de l'atmosphère et ainsi se trouve réalisée une sorte d'aspiration, d'où naissent la plupart des courants aériens. Dans certains cas la subite condensation de la vapeur d'eau de l'atmosphère produit une raréfaction de l'air et par suite un appel. Enfin les mouvements de la mer et des cours d'eau entraînent les couches atmosphériques qui prennent contact avec la surface de l'eau (Fonssagrives).

Nous étudierons à propos des climats les courants réguliers des vents et leurs origines particulières.

La vitesse du vent peut varier de 50 centimètres à près de 50 mètres par seconde. Lorsqu'elle dépasse 20 mètres par seconde, le vent souffle en tempête.

Les vents ont une action dynamique sur la surface du sol, dont ils déplacent les parties désagrégées et pulvérisées par suite des alternatives de sécheresse et d'humidité. Nulle part cette action n'est plus évidente que dans les déserts sablonneux, que sur les grèves maritimes, ou les vents modifient incessamment la configuration de la surface du sol et en accumulent les fragments sous forme de dunes qui peuvent atteindre jusqu'à 200 mètres de hauteur.

Au point de vue physiologique le vent, en frappant la surface du corps, la dessèche et par suite y active l'évaporation, d'où une perte incessante de calorique. Le courant d'air peut ainsi devenir dangereux pour la santé humaine en déterminant un refroidissement local. C'est aussi le vent qui soulève les poussières contenant des microbes pathogènes et les mélange à l'air que nous respirons.

Mais, à un point de vue plus général, les mouvements atmosphérique ont une influence sanitaire favorable, car ils tendent à égaliser sur la surface terrestre la chaleur ou le froid, la sécheresse ou l'humidité ; ils renouvellent et purifient les couches aériennes chargées d'éléments étrangers nuisibles.

Luminosité de Vatmosphère. — La lumière a une action bienfaisante sur le développement des animaux comme des végétaux. Cette action est surtout due aux rayons chimiques, dont la source la plus riche est la lumière solaire. Il nous paraît inutile de nous étendre sur cette notion devenue banale.

Nous insisterons davantage sur le rôle que joue la lumière solaire vis-à-vis des microbes.

Les expériences de Downes et Blunt, de Tyndall, de Jamieson, de Duclaux, d'Arloing, de Straus et de Roux ont montré que l'action de la lumière diminuait et finissait par détruire la vilalité des bactéries; les si)ores se sont montrées encore plus sensibles à cette influence que les formes adultes des microbes. Janowski, Geisler, Kotliar, Galeotti, Dieudonné ont étabh que cette action destructrice de la lumière appartient surtout aux rayons chimiques. Roux et Momont ont vu qu'elle était particulièrement favorisée par l'humidité, retardée au contraire i)ar la dessicca-

COMPOSITION DE L'AIR 521

tion. La principale cause de cet effet nocif de la lumière sur les microbes relève de phénomènes d'oxydation qui portent aussi bien sur le milieu nutritif qui contient les bactéries que sur leur protoplasma même.

La lumière solaire constitue donc un facteur important de désinfection. On connaît d'ailleurs la propriété très manifeste qu'ont les locaux obscurs de conserver et d'entretenir pour un temps très long les germes de diverses maladies infectieuses, particulièrement de la tuberculose, de la diphtérie et probablement aussi de la fièvre jaune.

État électrique de l'atmosphère. — Tandis que le globe terrestre est habituellement chargé d'électricité négative, on observe d'ordinaire l'électricité positive dans l'atmosphère. Cet état électrique de l'air n'est modifié que dans certaines perturbations atmosphériques, pendant les orages principalement.

L'influence sanitaire de l'électricité qui charge l'atmosphère est à peu près inconnue actuellement ; nous savons seulement que le temps orageux place certains organismes affaiblis, les convalescents, les nerveux, les cardiaques, les tuberculeux, les asthmatiques, par exemple, dans un état de malaise très pénible.

Les tentatives faites pour déterminer l'influence de l'électricité sur les microbes n'ont pas donné jusqu'ici de résultats concluants. L'action observée dans ces expériences était due soit à des modifications physiques (chaleur), soit à des modifications chimiques (production de chlore, d'hypochlorites, d'eau oxygénée, d'ozone) provoquées par l'électricité.

COMPOSITION DE L'AIR

L'air atmosphérique est un mélange de gaz dont les principaux sont l'oxygène. Fazote et l'argon; ce dernier gaz a été découvert en 1894. Jusqu'à cette époque on pensait que l'air était formé d'oxygène et d'azote mélangés dans la proportion d'environ 21 volumes du premier pour 79 du second. On sait aujourd'hui que ce volume d'azote contient 0,941 volume d'argon. En outre, Ramsay a constaté que l'air contient encore des quantités extrêmement minimes d'autres gaz, tels que le néon, le crypton et le métargon.

Cailletet, en 1877, a démontré la possibilité de liquéfier l'air par compression et détente brusque. On obtient ainsi un hquide incolore qui bout à la température de — 192^, sous la pression de l'atmosphère, et se solidifie à — 225° (Wroblewski, 1884).

Linde est parvenu à rendre industrielle la liquéfaction de l'air.

L'oxygène est l'élément indispensable à toutes les combustions: c'est un agent nécessaire de la vie animale et végétale. L'homme absorbe environ 24 litres d'oxygène par heure. Quant à l'azote, bien qu'il prenne une part importante à la constitution des végétaux et des animaux, il n'est pour eux directement assimilable que dans des conditions spéciales. Le sol absorbe l'azote de l'atmosphère sous Finfluence de certains microorganismes (microbes nitrifiants).

Le tableau suivant, que" nous empruntons à V. Regnault \ indique la quantité exacte d'oxygène que renferme l'air puisé dans divers milieux.

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