‹ Traité d'hygiène [electronic resource]Chapitre 255 sur 326 · E. Richard, Revue d'hygiène, 1896, p · texte numérisé non relu

E. Richard, Revue d'hygiène, 1896, p

Le chauffage par l'air chaud doit être a priori considéré comme insalubre, nous l'avons déjà dit. Gomme l'air possède une très faible capacité calorifique (1 kilogramme d'air à 100° ne dégage que 24 calories), il faut le surchauffer pour qu'il puisse fournir aux locaux le nombre de calories nécessaires. Au contact des surfaces de chauffe métalliques les poussières de l'air sont brûlées et lui transmettent une odeur désagréable et des propriétés irritantes pour les voies respiratoires. Ce sont là des inconvénients qu'on attribuait autrefois au défaut d'humidité de l'atmosphère; mais on a reconnu actuellement au contraire que, surtout si un assez grand nombre de personnes ont séjourné dans le local, il y a toujours trop d'humidité dans l'air.

Au point de vue de l'aération des pièces, le chauffage par introduction d'air chaud présente encore un grave inconvénient. S'il est introduit près du plancher, il monte directement vers le plafond et ne diffuse pas dans les couches inférieures, qui restent chargées d'air vicié et froid; si l'air chaud, au contraire, est introduit dans le haut de la pièce, les orifices d'évacuation sont habituellement placés dans le bas et il se fait une ventilation renversée dont nous avons déjà signalé les inconvénients.

En outre, pour ne pas provoquer de courants d'air violents, l'air chaud doit circuler assez doucement dans des tuyaux très larges; d'où, perte de calorique d'une part et perte d'emplacement de l'autre. Enfin, à moins de recourir à la propulsion mécanique, on ne peut faire parcourir à l'air chaud une distance horizontale de plus de 15 mètres.

Malgré tout, ce mode de chauffage central reste encore très répandu.

L'insalubrité de la méthode est d'ailleurs très inégale, suivant que l'air chaud provient d'un calorifère à foyer ou qu'il a acquis sa température au contact de surfaces de chauffe à circulation d'eau ou de vapeur d'^eau.

Les calorifères à air chaud consistent essentiellement en un foyer placé dans le sous-sol et traversé par une colonne d'air, venant de l'extérieur, qui s'échauffe à son contact. Une conduite spéciale distribue l'air ainsi échauffé dans les appartements. Il existe deux tirages, qui doivent rester bien distincts, celui de l'air chaud, d'une part, et celui de la fumée et des gaz de combustion, de l'autre. S'il n'existait aucune fuite dans ces tuyaux, les choses marcheraient toujours régulièrement ; mais c'est par les joints du tuyau à air, plus ou moins altéré par l'usage, que peut s'opérer la communication et suivant que l'un ou l'autre des deux tirages l'emporte, de l'air pénètre dans le foyer ou de la fumée et des gaz de combustion s'introduisent dans l'air. Il faut donc disposer les choses de telle sorte que le tirage du tuyau à fumée soit toujours le plus énergique, de manière que les habitants ne puissent jamais être incommodés.

On comprend facilement que l'air venu de l'extérieur, au heu de traverser simplement le foyer, devra faire dans son intérieur plusieurs circuits pour s'échauffer davantage; c'est donc surtout sur l'agencement des tubes et les circuits qu'on leur fait parcourir que repose la différence entre les principaux appareils fondés sur le principe de l'air chaud. Notons seulement que les calorifères à air les mieux construits présentent les mêmes avantages et les mêmes défauts que les poêles. Construits en maçonnerie ou en céramique, ils s'échauffent lentement, et par contre conservent longtemps la chaleur même après l'extinction des feux ; mais ils ont le défaut de se fissurer, ce qui présenterait de graves inconvénients dans le cas où les gaz de combustion pourraient être ainsi introduits dans la conduite d'air.

CHAUFFAGE

Les calorifères métalliques dégagent très vile du calori(iue, mais se refroidissent rapidement dès qu'ils sont éteints. C'est au contact des surfaces métalliques surchauffées que se produit la combustion des poussières de la colonne d'air, qui va se répandre dans l'habitation.

L'emploi de Vavr qui a passé su?' des surfaces de chaude à circulation d'eau ou de vapeur d'eau n'offre pas tous les inconvénients du système précédent. L'air chaud n'est plus souillé par des poussières brûlées, ni par les gaz de combustion. Les surfaces de chauffe se placent dans le sous-sol; l'air extérieur est amené à leur contact et de là suit une conduite qui le déverse dans les pièces à chauffer. Ailleurs, c'est dans la muraille des locaux, dans la cavité même des conduites d'air qu'on place la surface de chauffe.

Ce système de chauffage a été récemment appliqué à un certain nombre d'édifices ; il est assez répandu en Allemagne.

Deux hôpitaux d'enfants de Paris (Trousseau et Bretonneau), construits depuis deux ans, utilisent l'air chauffé parla vapeur d'eau. L'air pris à l'extérieur s'échauffe sur des plaques de chauffe. Celles-ci sont des tuyaux à ailettes, où circule de la vapeur d'eau sous pression ; elles sont enfermées au sous-sol dans des coffres en maçonnerie et constituent chacune un véritable calorifère alimenté d'air par une ventouse extérieure et envoyant de l'air chaud dans un nombre restreint de pièces. L'air chaud débouchant dans les salles près du sol a tendance à ressortir rapidement par les orifices d'évacuation du plafond, de sorte qu'il y a utilisation incomplète de la chaleur, qui n'est pas suffisamment diffusée.

Le chauffage par circulation d'eau chaude^ qui marque un progrès au point de vue de l'hygiène, se fait à haute ou à basse pression, suivant que la conduite communique ou ne communique pas avec l'atmosphère.

Supposons une chaudière se terminant à sa partie supérieure par un vase ouvert. Un tube part des parois de cette chaudière pour se répandre dans le local à chauffer et finit par revenir en un point inférieur de ce même réservoir. Lorsqu'on chauffe l'eau contenue dans l'appareil, elle s'élève dans le vase d'expansion, pénètre dans le tube supérieur, le parcourt dans toute son étendue et revient à la chaudière après avoir perdu la plus grande partie de sa chaleur. Le mouvement de circulation dans les conduites est produit par la différence de densité entre la colonne montante qui est chaude et la colonne descendante qui est refroidie. On peut faire décrire au tube à eau chaude une série de courbes variées, qui dirigent l'eau sur les points où elle est utile.

Lorsque l'eau circule sans pression^ elle le fait très lentement à cause de la différence très faible de température entre la colonne montante et la colonne descendante. Aussi faut-il employer de grandes quantités de liquide et des conduites d'un diamètre considérable pour obtenir un rendement de chaleur satisfaisant. De plus la mise en marche et l'arrêt des appareils sont extrêmement lents. Aussi ce procédé de chauffage est-il généralement abandonné.

Les appareils de chauffage à eau à haute pression ne présentent pas les mêmes inconvénients. Mais l'énorme pression (20 atmosphères) de l'eau exige une solidité exceptionnelle des tubes et expose à des explosions redoutables.

On a tenté d'utiliser Veau à une pression moyenne (6 à 8 atmosphères) pour parer aux inconvénients des deux procédés précédents. Les résultats ont été plus satisfais

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sants, mais Fioslallation demande beaucoup de soin, est dispendieuse et tout danger d'explosion n'est pas écarté.

La supériorité incontestée du chauffage par la vapeur est destinée à faire disparaître les installations de chauffage par l'eau chaude, sauf dans certaines agglomé-rations abondamment alimentées d'eaux chaudes naturelles.

Le chauffage par l'eau chaude a été combiné au chauffage par la vapeur d'eau,, soit qu'on ait chauffé la chaudière d'un calorilère à eau à l'aide d'un serpentin de vapeur qui la traverse, soit qu'on ait placé sur certains points des conduites de chauffage à la vapeur des récipients d'eau qu'elles traversent et qu'elles échauffent. Cette eau ayant emmagasiné une notable quantité de calorique, le restitue lentement après l'arrêt de la vapeur et continue à distribuer de la chaleur dans les pièces où sont placés les récipients. Ces appareils mixtes n'ont pafî donné tous les résultats qu'on en attendait et ils sont généralement abandonnés.

Le chauffage à la vapeur est le seul qui mérite actuellement d'être conservé. La vapeur d'eau à poids égal dégage lorsqu'elle se condense 20 fois plus de calories que l'air à 100°, et 5 fois plus de calories que l'eau à lOO'^, comme le démontre le tableau ci-dessous.

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