De x3t>t^, silex, pierre à fusil
•villes. Les ouvriers furent enfermes, au nombre de douze ou quinze, dans des pièces peu spacieuses, exactement closes, surtout pendant l'hiver; ils travaillèrent là, pendant toute Tannée, dix à douze heures par jour et six jours par semaine. L'avilissement des salaires amena Fusage plus fréquent de la voie sèche, beaucoup plus expéditive. Enfin, les aiguiseurs vinrent demeurer en ville et leur genre de vie se modifia du tout au tout.
Depuis Knight, nous avons à enregistrer les belles recherches de HoUand, celles de Favell, de Hall en Angleterre et celles de Desayvre en France. Une des professions où la vie de l'ouvrier est le plus en danger, la fabrication des armes, a été surtout l'objet des études de Desayvre. Là encore, les ouvriers aiguiseurs sont les plus exposés.
« On ressent habituellement dans ces usines, dit Desayvre, et quelle que soit la température de l'air extérieur, un certain froid, qui dépend : 1° de la vapeur d'eau froide répandue dans l'usine et résultant de l'aiguisement par la voie humide, qui est en vigueur à la manufacture; 2° de l'eau qui mouille le pavé de l'usine et coule même dans les endroits les plus déclives; 3° enfin du courant d'air qui s'établit entre les fenêtres nord et sud, quand elles sont ouvertes simultanément. Il résulte de ces conditions physiques que les aiguiseurs, échauffés et souvent mouillés de sueur par un travail pénible, respirent un air froid et saturé d'humidité; ce qui, joint à leurs imprudences, expHque la fréquence de bronchites parmi eux, indépendamment de l'action de la poussière sur rapi)areil respiratoire. »
On se sert de préférence, pour l'aiguisement, de meules naturelles^ ainsi nommées parce qu'on les taille dans les carrières ; elles sont faites avec le grès dit bigarré et comi)osées de silex uni par un ciment calcaire. Elles sont d'une grande dureté et n'éclatent presque jamais. Pour Vaiguisement des armes, il est nécessaire de creuser à la circonférence de la meule des cannelures; c'est à cette opération que l'on donne le nom de riflage. Lorsque l'ouvrier ride la meule, il se dégage une grande quantité dépoussière; celle-ci prend deux directions: une partie s'élève un peu et vieni tomber sur la planche placée auprès de la meule; une autre partie, beaucoup plus considérable, tombe comme une masse épaisse et s'élève ensuite en poussière fine pour remplir toute l'usine d'un nuage pulvérulent tellement épais qu'on a peine à voir à quelques pas devant soi. Une réforme radicale a été introduite dans l'hygiène de la i)rofession des aiguiseurs et a api)orté à leur sort une amélioration considérable; c'est l'introduction du ventilateur^ ou plutôt de l'appareil ventilateur, qui a pour base essentielle une roue à aubes courbes placée en dehors de l'usine.
Tous les aiguiseurs ne sont pas dans les mêmes conditions pendant leur travail. L'aiguisement de la cuirasse est très fatigant, principalement à cause du poids considérable de cette armure, que l'ouvrier doit supporter pendant tout le temps de l'opération.
L'aiguisement en travers, qui s'applique à la baïonnette et aux autres armes, moins la cuirasse, mérite aussi une mention spéciale; cet aiguisement se fait, ou plutôt se faisait, sur une meule d'environ cinq centimètres de diamètre. L'ouvrier travaillait assis, appuyait la lame sur ses genoux et se courbait très fort pour voir son travail, d'où résultait d'abord une très grande fatigue ; ensuite, il travaillait à sec et était obligé de retailler à chaque instant la meule, ce qui l'exposait à aspirer énormément de poussière. Le colonel Ancelin, frappé de tous ces inconvénients,
a fait établir un nouveau système de meules, qui offre le double avantage de permettre laiguisement par la voie humide et de donner à l'ouvrier pendant son travail une attitude droite.
La cause spéciale qui fait naître parmi les aiguiseurs une maladie particulière et véritablement professionnelle consiste dans l'aspiration des poussières siliceuses que lancent les meules et des particules métalliques qui s'échappent des instruments qu'on émoud. Les mêmes inconvénients se retrouvent pour toutes les catégories d'aiguiseurs, quelle que soit la matière aiguisée; le degré du danger varie toutefois considérablement, suivant que l'aiguisage est fait à sec ou par la voie humide; ce dernier étant beaucoup moins funeste et n'attaquant pas directement la vie. Les fourchettes, les aiguilles réclament l'aiguisage à sec; les rasoirs, ciseaux, couteaux de table sont soumis à l'aiguisage mixte, c'est-à-dire que, façonnés d'abord sur la meule sèche, ils sont ensuite aiguisés sur une meule humide. Enfin, la fabrication (les scies et des faux demeure, grâce à l'aiguisage humide, une des moins nuisibles.
Peacok a fait à l'hôpital Saint-Georges une étude spéciale de la maladie des tailleurs de meules {French Millstone maker Phthisis). Ces ouvriers sont occupés à tailler à coups de ciseau une pierre très dure, dite pierre meulière ou silex molaire, abondante dans le bassin de Paris et importée en Angleterre par la voie du Havre. Chaque coup de ciseau produit des étincelles et un nuage de poussière sihceuse. Les parcelles de pierre et de fer sont projetées avec force, si bien qu'elles s'incrustent dans la peau des mains et à la face des ouvriers.
C'est à Sheffield que Holland a recueilH la plupart de ses observations. Cette ville est, comme on le sait, le siège principal des grandes manufactures de coutellerie et de quincaillerie de l'Angleterre. Les cinq mille ouvriers qui sont occupés dans les fabriques de Sheffield peuvent être divisés, au point de vue de l'hygiène professionnelle, en deux catégories distinctes suivant qu'ils travaillent sur la meule humide ou la meule sèche. Ces derniers sont beaucoup plus exposés.
Les aiguiseurs de fourchettes^ travaillant à sec, paraissent, entre tous, les plus frappés par la maladie et ceux qui succombent le plus vite. Plus l'aiguiseur est jeune et plus il se montre sensible à cette influence. La poussière, incessamment produite par la rotation rapide de la meule, est si déhée, dit Holland, qu'elle peut pénétrer dans les ouvertures les plus étroites; elle remplit tout l'ateher et se dépose sur tous les objets qui s'y trouvent renfermés. L'atmosphère est chargée d'un nuage de ces particules en grande partie sihceuses. Les polisseurs d'acier^ qui emploient l'émeri et le rouge d'Angleterre, se rapprochent des aiguiseurs par les poussières nuisibles qu'engendre leur travail. Il s'exécute également au moyen d'une meule dont la circonférence est garnie d'une couche d'émeri destiné à rendre le frottement plus rude.
Il faut encore ranger parmi les ouvriers chez lesquels la phtisie professionnelle sévit de la façon la plus redoutable, les aiguilleurs (fabricants d'aiguilles) et, parmi eux surtout, l'ouvrier empointeur. h'empointage se fait à la meule sèche; des particules métalliques jaillissent sans cesse en étincelles brûlantes, en même temps que l'ouvrier respire un air chargé de poussière de grès. La gravité de la maladie des empointeurs et l'urgence des moyens préservatifs ont été tour à tour signalées par Johnston, Knight, Villermé, Desayvre.
On peut rattacher à la chahcose la maladie des potiers^ étudiée par Greenhow, et dans laquelle l'altération du poumon est déterminée par l'action de particules
siliceuses et aliimineiises. On peut en rapprocher aussi les lésions pulmonaires observées par Greenhow chez un certain nombre de séranciers ou peigneurs de lin. On trouve en effet, dans ces cas, des nodules de pneumonie chronique noirs et dans lesquels l'analyse chimique révèle la présence de la sihce. Une semblable lésion n'a rien qui doive surprendre, les cendres de la tige de lin renfermant, d'après Mussprat, 12 p. 100 d'acide silicique (Gharcot).
La maladie des aiguiseurs consiste dans un engorgement du tissu pulmonaire, quelquefois avec excavation, entretenu et aggravé par la présence de corps étrangers, lesquels ne peuvent être expulsés ni résorbés. La première période correspond à la présence seule des corps étrangers dans les poumons ; la deuxième, à l'altération du tissu pulmonaire (engouement et induration) ; la troisième, à l'existence de cavernes.
Dans la première période, caractérisée par la présence des corps étrangers dans les poumons sans altération du tissu de ces organes, nous trouvons de la toux sèche, ou plus souvent suivie d'une expectoration blanchâtre, filante, peu abondante, excepté le matin. Point d'hémoptysie. Le malade vomit souvent à son réveil des matières bilieuses, glaireuses; la respiration est vésiculaire, mais moins moelleuse qu'à l'état normal, et l'on perçoit à l'auscultation de très légers craquements. La sonorité est bonne. Du reste, point de diminution des forces. i
Dans la seconde période, qui correspond à l'engorgement du tissu pulmonaire, le malade tousse, il expectore des crachats blancs ou blancs- verdâtres, quelquefois même rougeâtres et éprouve assez souvent de petites hémoptysies. 11 ressent de la dyspnée pour le moindre exercice; la sonorité de la poitrine est beaucoup diminuée et la respiration est sourde, dure. Des râles se font entendre, ils dépendent de la bronchite qui coexiste toujours. Du reste, point de fièvre; l'appétit, les forces sont en assez bon état.
Dans la troisième période, des cavernes existent dans les poumons; l'aiguiseur est forcé, bon gré, mal gré, de s'arrêter; jusqu'alors, en dépit de l'induration partielle de leurs poumons, beaucoup d'entre eux n'ont pas interrompu leur travail. La toux est très fréquente, l'expectoration très abondante ; il se manifeste de temps en temps des hémoptysies effrayantes par la quantité de sang rejeté. A l'auscultation, on n'entend presque plus la respiration vésiculaire, mais à sa place des râles ronflants et sibilants générahsés et, dans certains points, des râles caverneux. A la percussion, on ne trouve presque partout que matité. L'état général est en rapport avec l'état local; fièvre continue avec exacerbation le soir, sueurs, insomnie, amaigrissement, dyspnée, vomissement; la mort arrive enfin.
Cette maladie se développe lentement et insensiblement. On la voit se poursuivre dix-huit mois, deux ans, trois ans, quatre ans même.
Les crachats d'un aiguiseur qui travaillait à sec renfermaient, outre les cellules d'épithéhum provenant de la bouche et du pharynx, des globules de sang, des globules de pus et de mucus, et enfin des particules d'acier et des fragments de grès, dont la quantité était d'autant plus abondante qu'il s'était écoulé un temps plus ou moins long depuis la cessation du travail K
1. Dans une autopsie faite par le docteur Hall, les parties altérées des poumons renfermaient çà et là des particules de grès, mais il n'est pas parvenu à y démontrer l'existence de particules métalliques.
Alors même qu'il ne s'est pas développé chez les ouvriers qui travaillent dans ces conditions de pneumonie spéciale, leurs poumons contiennent un taux élevé de silice; ainsi, chez les tailleurs de pierre, Kussmaul a trouvé trois fois plus de silice que chez des individus de même âge placés en dehors de la profession. Dans un travail plus récent portant sur dix-neuf autopsies, dont quatre suivies d'analyse chimique, Meinel a trouvé comme minimum de silice dans les poumons des tailleurs de pierre 23,3 p. 100, comme maximum 45 p. 100, alors que chez les vieillards placés en dehors de cette profession, le chiffre de la silice ne dépasse pas 16,69 p. 100. Riegel, de son côté, est arrivé à des résultats très analogues.
Quelle que soit la profession ayant déterminé la chahcose, les lésions anatomiques ne présentent pas, bien entendu, de différences et elles peuvent être résumées de la façon suivante, d'après les observations de Peacock, Desayvre, Hall, Meinel, etc. :
Les poumons sont farcis de nodules généralement petits, quelquefois volumineux (Hall), durs, arrêtant le scalpel. Ces petits nodules présentent en général une coloration noire plus ou moins foncée. L'analyse microscopique y fait découvrir : 1° une hypertrophie fibroïde de la gangue conjonctive entraînant le rétrécissement ou l'oblitération des alvéoles dans les parties correspondantes; 2° des particules de sihce reconnaissables à leurs caractères micro-chimiques et morphologiques, et enfin des particules noires ayant l'apparence de la matière charbonneuse. Les auteurs ne s'expliquent pas nettement à ce sujet. S'agit-il d'un pigment hématique ou bien de matière charbonneuse? Cette dernière opinion est la plus vraisemblable si l'on en juge par les faits de pneumonie chronique indépendante de la chahcose et dans lesquels on constate une augmentation manifeste dans la quantité de la matière charbonneuse; 3° dans un certain nombre d'observations, on trouve signalée l'existence de cavernes indépendantes, bien entendu, de toute lésion tuberculeuse.
Nous terminerons cette étude anatomo-pathologique, que nous empruntons aux leçons du professeur Gharcot, en donnant quelques caractères morphologiques et chimiques permettant de reconnaître les particules siliceuses au sein des foyers d'induration :
l'^ Dans plusieurs observations, on signale de petites particules cristalloïdes réfractant fortement la lumière, faciles par conséquent à distinguer des particules de charbon ;
2° Les caractères chimiques sont faciles à rechercher. On soumet les nodules à la dessiccation lente, puis on les brûle à l'aide d'un jet de gaz. Le résidu est traité par l'eau régale qui dissout tout ce qui n'est pas de la siUce. Celle-ci est alors recueillie sur une lame de platine et exposée aux vapeurs d'acide fluorhydrique qui en déterminent la dissolution.
Cependant a priori^ comme le fait observer le professeur Charcot, on est porté à penser que, de même qu'il existe chez l'homme une anthracose physiologique^ de même aussi il doit exister une chalicose phjsiologique, produite par l'introduction dans les voies respiratoires dès poussières sihceuses qui existent normalement dans l'atmosphère. Le fait, du reste, a été mis hors de doute par les recherches de Kussmaul. Démontrant que, de même que l'anthracose, la chalicose physiologique se développe avec l'âge, il a fait voir, en effet, que, tandis qu'il n'existait pas de sihce dans le poumon du nouveau-né, il en existait des traces chez un enfant de sept mois, et enfin chez l'adulte en dehors de toute influence professionnelle, on en ren-
•contrait en moyenne de 1 à 2 grammes pour les deux poumons. Ces recherches ont été, du reste, reprises et complétées par Rigel (1875), et cet auteur est arrivé à des résultats concordants, ainsi que le prouve le tableau suivant :
Enl'ant de 4 semaines silice. 0
— de 4 mois 2,44 p. 100 du poids des cendres.
Adulte de 47 ans 13,39 — —
— de 09 ans 16,69 — —
Ainsi donc, la proportion de silice dans le poumon augmente avec Page. Du reste, jamais on n'a trouvé chez des sujets placés dans des conditions normales, quel que fût leur âge, des chiffres comparables à ceux qui se produisent sous Tinfluence de certaines professions. Il importe de plus de faire remarquer avec Kussmaul que nul part dans l'organisme, si ce n'est dans les cheveux, la sihce n'est aussi abondante que dans les poumons. Dans le sang, il n'en existe que des traces. Dans le foie, la rate, les muscles, le cerveau, elle est en quantité très minime. Ces résultats conduisent à admettre que la silice qu'on rencontre dans les poumons en proportion si forte y a été introduite du deliors.
Chez les aiguiseurs, les poussières insi)irées ont été la silice et le fer, c'est-à-dire qu'il y a eu à la fois chalicosis et sidérosis. Cette forme de pneumoconiose est très grave. Des caractères importants, l'absence d'hérédité et d'éléments tuberculeux la distinguent de la phtisie tuberculeuse, avec laquelle elle offre certaines analogies ^
Le tableau suivant donne le chiffre de la vie probable chez ces différents groupes d'ouvriers.