‹ Traité d'hygiène industrielle à l'usage des médecins et des membres des conseils d'hygièneChapitre 24 sur 101 · ATELIERS DE CONSTRUCTION · texte numérisé non relu

ATELIERS DE CONSTRUCTION

Sommaire technique. — On donne ce nom dans 1 industrie aux ateliers où l’on construit des machines et des appareils soit pour l’agriculture, soit pour l’industrie manufacturière, soit pour les chemins de fer, soit pour la marine. La construction de ces machines nécessite une série d’opérations de divers ordres auxquelles sont consacrés en général des ateliers distincts. Ces opérations peuvent être rapportées à deux catégories successives. Celles de la première constituent ce qu’on appelle le travail à chaud du métal ou matière première; celles de la seconde, le travail à froid de cette même matière.

Le travail à chaud se fait par fusion si le métal est très fusible et par percussion s’il est malléable. Dans le traitement par fusion, il y a deux opérations : la fonderie et le moulage. Le métal est fondu soit dans un fourneau à réverbère, soit dans un cubilot ou fourneau à la Wilkinson, puis coulé dans des moules bivalves. Dans le traitement par percussion, il n’y a qu’une seule opération et qu'un seul atelier, qui est dit de forgeage. Le forgeage est une véritable sculpture par pression, condensant ou déplaçant la matière. La pièce de métal, rougie dans un foyer activé par un soufflet, est portée sur une enclume et frappée à la fois par le marteau « devant que manie le maître et par des marteaux frappeurs que manient des servants.

Au travail à chaud, par fusion ou par percussion succède le travail à froid qui, suivant les besoins de la pièce, consiste : 1° à couper ou rogner la pièce avec des cisailles ; 2° à la buriner , c’est-à-dire à la creuser en certains points avec un ciseau sur lequel on frappe à l’aide d’un maillet ; 3° à la limer , pour parfaire les formes ébauchées par le forgeage ou le moulage ; 4° à la percer en certains points de trous àl’aide d’un foret; 5° à la tourner , ce qui réalise une sculpture par . usure obtenue par l’action d’un instrument tranchant sur la pièce exécutant un mouvement de rotation rapide ; 6° à fo-

rer certaines pièces, c’est-à-dire à les creuser d’un canal intérieur suivant leurs axes ; 7° à aléser , c’est-à-dire à parfaire géométriquement les surfaces concaves des trous et des gouttières par le frottement àl’aide d’une pièce convexe de même diamètre ; 8° à planer , c’est-à-dire à raboter les surfaces de façon à les niveler parfaitement ; 9° à mor taiser , c’est-à-dire à pratiquer dans une pièce une rainure ou une échancrure; 8° à diviser et fendre le pourtour d’une roue pour lui donner de la denture d’engrenage ; 9° à fileter, c’est-à-dire à creuser une surface cylindrique de façon à obtenir des rainures et des saillies hélicoïdales alternatives; 10° à ajuster, c’est-à-dire à agencer entre elles les pièces préparées isolément; 11° à émoudre, c’est-à-dire à user certaines surfaces sur des meules; 12° à roder , opération quia pour but de dégrossir deux surfaces emboîtées l’une dans l’autre et destinées à glisser l’une sur l’autre, ce que l’on obtient en les faisant se mouvoir avec interposition de sable fin ou d’émeri arrosé d’eau ; 13° à polir, qui est un émoulage avec des poudres plus fines.

Hygiénologie. — L’opération du forgeage est incontestablement, de tous les travaux manuels, celui qui exige la plus grande dépensé musculaire et qui produit le plus vite l’épuisement général. Aussi les ouvriers, après avoir acquis pendant les premières années des apparences athlétiques, ce qui n’est que de l’hypertrophie musculaire par accaparement fonctionnel, s’usent très vite. Leur économie devient rapidement incapable d’un rendement musculaire ordinaire, en même temps qu’elle offre moins de résistance sur le terrain pathologique.

A toutes les époques de leur vie ouvrière, ils sont en outre sujets à des lumbagos, à des sciatiques, des inflammations muqueuses et viscérales, à des affections oculaires, à des sueurs profuses et des blessures par suite des efforts musculaires, des transitions brusques de température, de la lumière et de la chaleur des foyers et des pièces, des poussières et des éclats enflammés. Les progrès de la civilisation et de l’industrie, en nécessitant de produire vile, beau-

coup et à bon marché, en même temps que d’agir sur des pièces plus considérables, ont fait naître l’idée du forgeage mécanique par un marteau-pilon , mû directement par la vapeur, d’un manœuvrage docile et prompt. C’est là certainement un grand progrès hygiénique. Mais si l’épuisement musculaire n’existe plus, les effets des poussières, des éclats, de la chaleur et de la lumière ne sont qu’un peu atténués.

Les admirables inventions de la mécanique moderne ont considérablement amoindri les dangers des autres opérations. Aujourd’hui il existe des machines à fileter qui tracent elles-mêmes des pas de vis sur une tige unie, des machines à percer des trous, des machines à creuser des cylindres, des machines à fraiser, qui creusent des rainures; des machines à mortaiser, des machines à tailler des roues dentées, des machines à tarauder, à raboter, à planer, à limer, des machines à estamper qui, à l’aide de balanciers et de matrices en acier, permettent de mouler par pression des pièces de métaux malléables, comme le cuivre et le plomb. C’est une véritable sculpture par impression. Les tours, qui sont des appareils au moyen desquels un corps en mouvement vient se présenter au tranchant de l’outil en repos,

: sont, aujourd’hui même, dans les ateliers de peu d’importance, mis en rotation par un moteur et non plus par une pédale maniée par le pied de l’ouvrier. En outre, pour beaui coup de cas, l’outil tranchant lui-même peut être tenu et i conduit mécaniquement.

Mais toutes cesnnachines n’ont pas fait disparaître complètement les effets du travail manuel, parce que la main 1 de l’homme est seule capable do donner le fmi voulu et doit par conséquent parachever la plupart des pièces, et parce i que celles de pctiL volume sont confiées entièrement à la main-d’œuvre. Aussi rencontre-t-on encore chez quelques ouvriers ce qui autrefois devenait tôt ou tard un fait géné- I ral, c’est-à-dire des durillons, des mains avec crevasses sanieuses et douloureuses en hiver ; haute épaule et même i gibbosité latérale, déviation du genou droit en dehors par

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relâchement des ligaments internes ; déformation du sternum, asymétrie de la cage costale ; rétraction de l’aponévrose palmaire ; blessures de l’œil par les éclats; des congestions pulmonaires, des hémoptysies, de l’hypertrophie du cœur par suite des efforts musculaires de l’asthénopie accommodative due au travail minutieux des yeux pour donner aux différentes parties des proportions et des surfaces d’une rigueur tout à fait mathématique.

Il est quelques autres petits inconvénients qui restent entiers. Ce sont: le dégagement d’ammoniaque et d’acide suifhydrique quand on coule, aux points d’agencement des pièces, du mastic de fonte qui se compose de limaille de fer non oxydé, de sel ammoniac et de fleurs de soufre ; le dégagement de vapeurs alcalines dues à l’arrosement du burin par de la potasse destinée à prévenir son oxydation, et son trop grand échauffement sous l’influence du frottement; c’est enfin celui qu’a signalé Pouchet (1). Pour graisser et nettoyer les machines on emploie une grande quantité de chiffons qui, par leur malpropreté, engendrent souvent des phlegmons septiques et diverses maladies. On devrait toujours désinfecter par la vapeur l’approvisionnement de chiffons. Il suffit de les placer dans une caisse en tôle munie d’un couvercle fermant hermétiquement et traversé par un tuyau amenant de la vapeur. Les chiffons reposent sur un double fond percé de trous. La vapeur condensée s’écoule au dessous et sort par un tuyau partant du fond plein. On doit continuer tant que le liquide sort sale. C’est surtout pour les chiffons blancs que la désinfection est indispensable, parce qu’ils proviennent de vêtements qui ont été en contact direct avec la peau des malades.

Les ateliers de construction ne compromettent la salubrité et la quiétude publiques que par la fumée, les poussières et le bruit. Mais il y a là certainement de quoi justifier l’inscription dans la deuxième classe.

(lï Revue d’hygiène 1885, p. 392.

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