CHAPELLERIE
Sommaire technique. — Pour les chapeaux, deux matières premières peuvent être employées, la laine de mouton et les poils de lièvre ou de lapin. Les opérations sont de deux ordres, les opérations préparatoires et les opérations de confection. Les secondes sont les mêmes quelle que soit la matière première. Les opérations préparatoires diffèrent seules avec celle-ci.
Pour les chapeaux de feutres de laine, elles consistent successivement dans le désuintage, le lavage, Yépaillage chimique, qui est une immersion dans un bain acidulé d’acide sulfurique, un second lavage et Y essorage.
Pour les chapeaux de feutre de poils, elles consistent dans le mouillage , Y ouverture ou èteiulage des peaux, le dégalage ou frottement avec une petite carde à main qui régularise et nettoie les poils, le battage, qui en chasse les poussières ; dans le sécréta ge, opération la plus dangereuse de toutes, qui s’exécute encore aujourd’hui à la main et mérite par conséquent ici une description complète. La peau est étalée sur une table. Les ouvriers trempent dans une solution de nitrate de mercure une brosse circulaire qu’ils tiennent par une poignée centrale et ils frictionnent vigoureusement les peaux dans tous les sens. Généralement les ouvriers préparent eux-mêmes la solution de nitrate de mercure en dissolvant 8 parties de mercure dans 64 parties d’eau forte, avec addition de 4 parties d'arsenic
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et de 4 parties de sublimé corrosif. L’opération est complétée par un séchage h l’étuve ; le coupage des poils qu’on substitue aujourd’hui à l’arrachement qui enlevait aussi les bulbes, lesquels rendent le feutrage plus difficile, le soufflage qui a pour but de nettoyer les poils par un courant d’air enlevant toutes les poussières qui les imprègnenl, l’ arçonnage, qui a pour but d’agiter les poils et de les mélanger intimement, en les soumettant par tas aux vibrations d’une corde tendue sur un arc et frottée par l’ouvrier à l’aide d’un fuseau ; enfin la teinture , qui s’obtient généralement avec un mélange de campèche, de noix de galle, de sulfate de fer et de vert-de-gris.
Les opérations communes, dites de confection sont: le bastissage , qui dispose et enchevêtre la laine ouïes poils en une nappe moulée sur un cône ; le sémousscige, qui donne un commencement cle feutrage produit par la pression et la friction en présence de l’humidité et de la chaleur. L’humidité est fournie par un linge mouillé placé sur le moule ou forme conique, et la chaleur par un chauffage intérieur à la vapeur. Le cône est animé d’un mouvement de rotation et l’ouvrier le frappe avec une calotte en bois; le caillotage, dans lequel on travaille le feutre naissant par un frottement avec des surfaces plus dures ; le foulage , qui parachève le tissu par une pression plus énergique encore et plus répétée. Jusque dans ces derniers temps, le foulage a toujours consisté à plonger plusieurs fois le feutre dans une chaudière chauffée à 80° et contenant de l’eau acidulée par de l’acide sulfurique et à le frotter vigoureusement, entre les immersions, avec un rouleau en bois sur un plan incliné; le dressage de foule, qui a pour but de donner au feutre la forme voulue ; le pressage, qui a pour but d’effacer les empreintes laissées par les outils du dressage; le ponçage, qui a pour but d’enlever les poils qui ressortent de la surface du feutre et qui s’obtient en frottant la surface du chapeau avec de la pierre ponce eL du papier d’émeri collé sur des morceaux de bois de forme convenable ; X apprêt, qui se donne en trempant le chapeau dans une dissolution aL Poincaré, — Hyg. industr. 3 1
cooliquc de gomme laque ; le dressage d'ap propriage , qui perfectionne la forme ébauchée par le premier dressage et altérée par les opérations subséquentes ; le passage au fer chaud, qui donne le lustre.
Hygiénologie. — Toutes ces opérations exposent les ouvriers à des dangers de différentes natures et tous sérieux. Au moment du nettoyage ils absorbent des poussières minérales qui irritent mécaniquement la peau et les muqueuses et infiltrent le poumon, ainsi que des particules organiques en voie de putréfaction qui favorisent le développement des maladies miasmatiques. En préparant le mélange nécessaire au sécretage, ils reçoivent des torrents de vapeurs hypoazo tiques qui provoquent une violente irritation des voies pulmonaires. Pendant l’éjarragc et surtout pendant l’arçonnage, ils sont dans un nuage de fragments de poils, de poussières mercurielles et arsenicales, d’où un métis d’hydrargyrisme et d’arsenicisme, qui se traduit par l’amaigrissement, la teinte plombée de la peau, de la soif, de l’anorexie, de la stomatite, de l’asthme, du tremblement, des ulcérations et des éruptions cutanées, la fréquence de l’avortement et des enfants morts-nés. Le foulage les plonge dans une atmosphère de vapeurs très acides qui contribuent à excorier les mains et à irriter les muqueuses, mais qui, en outre, produit une inflammation aiguë des gencives indépendante de la stomatite mercurielle, et amenant plus particulièrement la carie et la chute des dents.
Enfin, l’emploi de l’alcool méthylique dans l'apprêt des chapeaux détermine des coryzas et des conjonctivites très douloureux, une céphalalgie violente, des étourdissements et de l’agitation frisant l’ébriété.
Le plus grand danger de cette industrie est 1 emploi du nitrate de mercure pour le sécr étage. Aussi s’est-ou évertué à remplacer cet agent chimique d une manière quelconque. Guichard ière a obtenu de très bons feutres avec l’acide sulfurique, mais ce procédé ne réussit qu avec certains poils. Morel a obtenu aussi de bons résultats en expo-
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sant les poils sur les solives d’une étable pendant plusieurs semaines, mais cela n’aboutit à un bon feutrage qu’avec les poils de lapin. Desfossés et Molard ont eu recours à la chaux et à la soude, mais les résultats sont défectueux. Le résultat est encore plus mauvais avec un mélange de soufre d’Alicante et de chaux vive. Il est meilleur, mais encore insuffisant avec le sulfure sulfuré de calcium étendu d’eau légèrement acidulée par de l’acide chlorhydrique. M. Maumey a pensé sauvegarder l’hygiène, en chargeant une machine de faire agir le nitrate de mercure ; mais en réalité elle pulvérise cette substance, qui se répand dans l’atmospère de l’atelier sous une forme encore plus nuisible pour les ouvriers. Toutefois il ne me parait pas impossible de renfermer dans une enveloppe hermétique avec aspiration. La solution deviendrait ainsi satisfaisante. Ajoutons, d’autre part, qu’un médecin a pu de son côté prévenir l'empoisonnement par le mercure dans un établissement par un procédé ingénieux : à la suite de recherches microscopiques sur l'effet subi par les poils, il a constaté que le véritable agent du sécrétage était l’acide hypoazotique développé à l’état naissant par le contact de l’azotate de mercure avec la matière organique. Il eut donc l’idée de remplacer la solution mercurielle par une matière neutre non azotée telle que mélasse, sucre ou dextrine, qui produisent aussi l'acide hypoazotique aux dépens de l’acide azotique.
Le coupage ne doit plus se faire à la main, au moyen d’un couteau que l’ouvrier promène sur la peau, car celuici se trouve alors dans un nuage de poussières de nitrate et est encore plus exposé que pendant le sécrétage. Il faut exiger l’emploi d’une machine essentiellement formée d’un cylindre armé de lames en spirales à laquelle la peau est régulièrement présentée par deux cylindres cannelés. Cette coupeuse devra être surmontée d’une cheminée d’échappement. Il serait mieux encore de l’entourer d’une enveloppe isolatrice.
Le soufflage ne peut être obtenu que mécaniquement. C'est reconnu par tous les industriels, et il n’y a pour eux
de problème que le. choix parmi fes diverses machines imaginées à ce sujet. Tout ce que l’hygiéniste doit retenir, c’est que la machine souffleuse a besoin d’être construite de façon à battre les poils dans un milieu confiné cl vigoureusement ventilé et entraîner tout ce qui voltige dans des chambres parfaitement closes.
Quoique, après le soufflage, le maniement des poils soit devenu moins dangereux, il n’en est pas moins prudent de faire adopter le bastissage mécanique, car en dehors de la dépense musculaire il y a toujours à considérer les inconvénients de l’introduction dans les voies pulmonaires de fragments de poils, quand bien même ceux-ci ne porteraient plus de traces de nitrate ou d'autres poussières. Il est sous ce rapport une bastisseuse américaine qui donne de très bons résultats. Les poils sont amenés par une loile sans fin vers des hérissons et des brosses circulaires qui produisent un véritable arçonnage, divisent les poils et les lancent sur un cône en rotation dans lequel un ventilateur fait un vide relatif et force les poils à mieux adhérer sur lui. Enfin une pluie d’eau bouillante tombe sur ce cône et amalgame pour ainsi dire les poils entre eux.
On en arrive aussi à réaliser un sémoussage mécanique. En effet, le feutrage peut s’obtenir, en grande partie et dans d’excellentes conditions par un soufflage mécanique des poils. Une ventilation énergique refoule, fasse et intriqué les poils dans une gaine horizontale en bois. Les poils sortent mélangés à l’extrémité de ce canal par une cheminée verticale qui débouche dans une première caisse suivie de trois autres. La dernière seule est ouverte à sa partie supérieure pour laisser écouler l’air, après qu’il a déposé les poils dans les caisses. Cette ouverture est du reste munie d’un grillage qui retient encore les parcelles trop volumineuses. Mais malgré les succès obtenus dans certaines usines, l’opération se fait encore presque partout à main d’homme. Ce n’est pas très regrettable, car l’état d’humidité'dc la nappe de poil la rend peu dangereuse.
Le caillotage et le foulage sonl devenus partout l’œuvre
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de machines. L’hygiène, qui du reste n’est intéressée ici qu'au point de vue de la dépense musculaire, n'a plus rien a désirer. On sé sert plus particulièrement de fouleuses à cône qui préparent déjà la forme à obtenir. Le feutre reposant sur un cône est frappé d’une manière rythmique et frotté par un second cône venant s’emboîter sur le premier. Il existe aussi des machines qui sont adoptées à pou près par tous les industriels oL qui diminuent la main-d’œuvre pour le dressage, le pressage, l’apprêt, le dressage d’appropriage, telles que le tirant à triple effet , qui fait le fond du chapeau ou rosette et qui est composé d’ailettes s’écartant lorsque l’ouvrier presse sur une pédale ; la machine pour terminer la tension du fond, dont les segments s’écartent tout en conservant la forme d’un plateau ; la machine à abattre les bords en une seule fois ; la presse pour l’ apprêtage, la presse pour dressage d’ appropria g <• et la machine pour mettre en tournure ; toutes machines qu’il n’y a pas lieu de représenter et de décrire ici. vu que si elles amoindrissent la dépense musculaire, elles ont avant tout pour résultat de produire plus vite et plus régulièrement. Mais il est une des opérations Anales qui mérite toute l’attention des hygiénistes, c’est le ponçage qui donne lieu à un notable dégagement de poussières organiques et minérales.
On se sert aujourd’hui de ponceuses qui facilitent le travail de l’ouvrière en faisant tourner plus ou moins rapidement le cône sur lequel est emboîté le chapeau. Il est indispensable de placer au-dessous de ce tour un ventilateur aspirant les poussières et les rejetant dans un canal. Relativement à la salubrité publique qui n’est menacée du reste que par les buées des anciens ateliers de foulage et par les eaux résiduaires qui sont à la fois chargées de matières organiques et de matières tinctoriales, l’administration prescrit une élévation suffisante de la cheminée surmontant les bassins à foulage et le déversement des eaux résiduaires dans les égouts par des canaux souterrains. Les conseils d’hygiène ne doivent pas profiter de la latitude qui
leur est accordée, de tolérer le déversement à ciel ouvert, mais nocturne.
Le travail des enfants est interdit là où l’on applique les vernis et là où le traitement des poils dégage de la poussière.