INDUSTRIES DU COLLODION
Sommaire technique. — Elles sont de deux sortes : la fabrication du collodion et la fabrication des vêtements de collodion.
On obtient le collodion en dissolvant du coton-poudre dans un mélange d’alcool et d’éther, en filtrant à travers un linge, et décantant après repos. Le collodion ayant besoin d’être coloré pour la plupart de ses applications industrielles, la coloration s’effectue encore dans ces mêmes usines-mères en mélangeant le produit avec des couleurs préalablement broyées dans de l’huile de ricin. Le collodion ainsi coloré donne des peintures qui sèchent avec une grande rapidité et adhèrent intimement aux corps sur lesquels elles sont appliquées. /
Pour fabriquer des vêtements de collodion on étend le collodion dans un mélange d’alcool et d’éther, on le coule entre deux glaces dont l’écartement décidera de l’épaisseur de l’étoffe. L’éther s’évaporant presque instantanément, la coulée se solidifie et va s’enroulant et se déroulant sur une série de tambours chauffés à la vapeur.
Le collodion peut en outre aujourd’hui servir à la confection de tous les objets qu’on a l’habitude de réaliser avec le caoutchouc et la gutta-percha. Mais c’est là une industrie devenue distincte, celle du celluloïde.
Hygiénologie. — Les incendies et les explosions sont d’autant plus à craindre que presque tous les fabricants de collodion préparent eux-mêmes leur coton-poudre. Il y a là une tolérance d’autant plus regrettable que, comme il se manie dans ces usines, pour les autres opérations, de grandes quantités d’alcool et d’éther, il y a plus de chances d'inflammation accidentelle et, par suite, d’explosions que
Poincaré. — llyg. industr. 9
TRAITÉ D’IIYGIÈNE INDUSTRIELLE.
dans les fabriques de matières fulminantes elles-mêmes. En les forçant à s’approvisionner auprès de celles-ci de cette matière première, on éviterait aussi l’inconvénient de l’emploi de l’acide azotique. Même avec cette mesure préalable, il faut encore se montrer excessivement sévère au sujet de l’observation des prescriptions applicables aux matières combustibles et explosibles. En raison des dangers des inhalations d’éther, il faut en outre s’attacher à prévenir la diffusion des vapeurs de ce corps dans l’atelier et ventiler parfaitement ce dernier.
FABRIQUES ü’ÉTOFFES IMPERMÉABLES
Sommaire technique. — Ilya ici deux ordres d’opérations, la préparation des apprêts et leur application sur les tissus.
Aujourd’hui les apprêts les plus employés sont connus sous les noms à' huile brune et d 'huile blonde azotée. La première s’obtient en faisant bouillir dans une chaudière, pendant trois jours, de l’huile de lin, de la terre d’ombre et de la litharge. La seconde s’obtient en faisant cuire encore de l’huile de lin avec de la litharge, mais sans terre d’ombre, puis en chauffant doucement dans une chaudière émaillée le produit de la première coction avec de l’acide azotique. Il faut agiter vigoureusement. Il se dégage des vapeurs nitreuses, et il finit par rester un résidu spongieux et jaunâtre qu’on dissout dans de l’essence de térébenthine.
On fabrique certains autres enduits avec des poussières de zinc mêlées à de l’huile de lin, avec de la laque dissoute dans du borax et bouillie dans de la potasse en dissolution, avec du caoutchouc dans une solution albumineuse, etc., avec de la gélatine dans du savon de suif.
L’application de l’apprêt sur l'étoffe se fait avec un pinceau,soit avec un sparadrapier, soit en déroulant l'étoffe dans l’enduit liquéfié. Dans tous les cas il faut ensuite exprimer l’étoffe en la faisant passer entre deux rouleaux.
Hygiénologie. — La fabrication des étoffes imper-
méables exigeant avant tout la confection d’apprêts qui s’obtiennent par la coction de diverses substances dans de l’huile de lin et qui nécessitent aussi 1 intervention de la térébenthine, reproduit naturellement les conditions hygiéniques des fabriques de vernis. Elle est donc forcément passible du même classement et des mêmes mesures, qu’il est inutile d’indiquer ici. Elle met même en jeu des substances toxiques nouvelles, au détriment de la santé des ouvriers, telles que le zinc, 1 alun, le caoutchouc, la gélatine, l’oxyde de plomb, le borax, la potasse. Les précautions individuelles et générales contre les poussières el les vapeurs s’imposent donc ici d’une manière particulière.
FABRICATION DE l’aCIDE SULFURIQUE
Sommaire technique. — Cette fabrication comprend deux grandes phases, la production d’acide sulfureux et la transformation ‘de cet acide sulfureux en acide sulfurique hydraté.
1° Production de l'acide sulfureux. — Pour l’obtenir on peut employer soit du soufre, soit des pyrites, et particulièrement le sulfure de fer. On peut demander le soufre à deux provenances: au produit des solfatares dit soufre brut, ou au produit de l’épuration chimique du gaz d’éclairage. Dans cette dernière Opération, le peroxyde de fer du mélange de Laming s’empare du soufre de la houille. Le sulfure de fer formé s’oxyde spontanément et son soufre est mis en liberté après une certaine exposition à l’air.
Le soufre et les pyrites ont naturellement besoin, l’un et l’autre, d’être bridés au contact de l’air pour fournir l’acide sulfureux, mais pour le soufre l’opération est dite combustion du soufre, et pour les pyrites, elle est dite grillage des pyrites. La combustion du soufre peut se faire dans différents fours à soufre dont le plus répandu consiste en un bâtiment maçonné dont la sole reçoit des marmites dans lesquelles est placé le soufre. Des ouvertures permettent de régler l’entrée de l’air et un tuyau de dégagement con-
duit l’acide sulfureux dans les appareils de transformation. On allume le soufre à. l’aide d’une tige de fer rouge; une fois la combustion en train, l’ouvrier n’a plus qu’à retirer les marmites pour en verser les résidus et les recharger.
Le grillage des pyrites doit être précédé de \& préparation des pyrites qui consiste à broyer le minerai et le faire passer dans un crible de façon à obtenir de petits fragments à peu prés uniformes. On les fait ensuite griller dans des fours de systèmes variés.
Transformation de l’acide sulfureux en acide sulfurique . — L’agent principal de cette transformation est l’acide nitrique qui doit procurer à l’acide sulfureux J’oxygène nécessaire pour l’élever à l’état d’acide sulfurique. Il peut déjà céder de son oxygène directement, mais il agit surtout d’une autre manière. En cédant de l’oxygène, il devient bioxyde d’azote qui, ayant une grande affinité pour l’oxygène, en enlève instantanément à l’air, pour devenir acide hypo-azotique qui, sous l’influence de la vapeur d’eau qu’on injecte dans les chambres, se transforme en acide azotique et bioxyde d’azote. C’est grâce à ce rôle d’entremetteur du bioxyde d’azote que la même quantité d’acide azotique peut servir longtemps. L’acide azotique nécessaire à l’opération est emprunté à du salpêtre qu’on décompose avec de l’acide sulfurique. Dans le mélange d’acide sulfureux et de vapeurs nitreuses, il est aussi nécessaire de faire intervenir de la vapeur d’eau.
Il faut donc faire arriver ces trois agents de la réaction, acide sulfureux, vapeurs nitreuses et vapeur d’eau, dans un même contenant qui prend le nom de chambre de plomb , parce que pour offrir la résistance nécessaire à l’action chimique, cette chambre a besoin d’être revêtue à l’intérieur de feuilles de plomb. Le résultat n’esl complet qu’à la condition de prolonger le contact en faisant circuler les gaz et les vapeurs dans une série de chambres de plomb. Cette série de chambres doit aujourd’hui se terminer par X appareil dit de Gay-Lussac qui a pour but de condenser les vapeurs nitreuses qu'entraînent, toujours les gaz à la sortie des chambres.