FABRICATION DES INSTRUMENTS DE MUSIQUE
C’est là au fond Un mode particulier de construction métallique, avec les inconvénients communs aux diverses industries du même genre. Mais cette fabrication mérite une note particulière, parce qu’elle expose à l’intoxication saturnine. C’est Napias qui a attiré le premier l’attention sur ce fait, à la Société de médecine publique. Le laiton, qui constitue la matière première, est un composé de cuivre el de zinc ; mais il contient toujours une certaine
I Deutsche Yierchfl fur o/f'enl Gesundheitsp/leffe, I. XIV, p. 216.
quantité de plomb. En outre, les soudures nécessitées par la forme de l’instrument se font à Pétain et au plomb. 11 résulte de là des poussières plombiqucs pendant le ciselage, le tournage et le limage. Le danger est encore plus considérable dans 1 operation dite le cintrage, parce qu alors ce sont des vapeurs plombiqucs que respire l’ouvrier. En effet, pour soutenir le laiton que l’on cintre, on le remplit de plomb que l’on fond et qu’on coule ensuite dans la cavité. Quand ce cylindre intérieur est solidifié, on martèle le laiton jusqu’à cintrage uniforme. Enfin on retire le plomb par une nouvelle fusion. Napias recommande de remplacer le plomb par un mélange de poix de Bourgogne, de colophane et de goudron. Mal heureusement ce mastic ne parait convenir que pour les tubes d’un gros diamètre.
FABRIQUES d'aiguilles ET FABRIQUES D EPINGLES.
Sommaire technique. — Fabrication des aiguilles. — Une aiguille passe avant d’ètrc livrée au commerce, par les mains de plus quatre-vingts ouvriers différents. U y a cinq groupes distincts d’opérations. Le premier groupe, qui a pour but le façonnage de l’ aiguille, comprend seize opérations de détail, à savoir: 1° le choix des fils, qui consiste à juger de leur résistance après chauffage au rouge et immersion dans l’eau froide; 2° le calibrage des fils, qui se fait par le passage dans une filière; 3° le décrassage des fils, qui s’obtient en les frottant avec du mâchefer ; 4° deuxième passage à la filière ; 5° le déviclage des bottes de fils sur un rouet; 6° le sectionnement en deux faisceaux de la botte de fil enroulée sur le rouet; 7° sectionnement des faisceaux en fragments de la longueur de deux aiguilles ; 8° le redressement des fils ainsi divisés; 9° Y aiguisage (les petites pointes sur des meules ; 10° la division en deux aiguilles des petits fils aiguisés à leurs deux extrémités ; 11° aplatissement de l’extrémité restée mousse, à l’aide d’un marteau; 12° chauffage au four des aiguilles,
INDUSTRIES NON CLASSEES.
ayant pour luit do les empêcher de se casser dans 1 opération subséquente; \3° perforation linéaire de la tète de l’aiguille, à l'aide d'un poinçon sur une enclume d’acier; 14 0 trocage, qui a pour but d’enlever les parcelles d’acier restées dans l’ouverture faite; 15° Yécidage , qui a pour but d’arrondir la tète et de former une cannelure autour de la fente et qui s’effectue avec des limes ; 16° tassement, avec parallélisme, des tas irréguliers d’aiguilles, qui s’obtient par des secousses méthodiques imprimées à une boîte les renfermant.
Le second groupe, qui a pour but général la trempe, comprend de son côté neuf opérations: 1° la pesée par 15 kilogrammes; 2° étalage de chaque lot de 15 kilogrammes sur un plateau ; 3° le trempage proprement dit, qui consiste à chauffer les aiguilles jusqu’au rouge brun et à les verser dans un bain d’eau froide ; 4° nouveau tassement avec parallélisme ; 5° nouveau dégraissage , mais qui s’obtient en passant un rouleau humide sur les aiguilles rangées; 6° le recuit au four, pour donner de l’élasticité; 7° troisième tassemen t ; 8° redressement des aiguilles bosselées; 9° quatrième tassement.
Le troisième groupe, qui a pour but le polissage, comprend comme objectifs principaux: 1° le groupement des aiguilles en couches alternant avec des couches de poudre d’émeri et l’enroulement de la masse dans des linges ; 2° le passage de rouleaux polisseurs sur ces sacs ; 3° le polissage des aiguilles dans des tonneaux en rotation; 4° le vannage dans une cuve en cuivre pour chasser les poussières; 5° Y essuyage avec un linge de toutes les aiguilles, une à une.
Le quatrième groupe a pour but le triage des aiguilles polies: une série d'ouvriers groupe les aiguilles eu plaçant les tôles du môme côté, en rejetant celles qui sont cassées par le milieu, celles qui sont cassées à la tète ou émoussées à la pointe, redresse au marteau celles qui sont bosselées, et enfin les divise en trois catégories de longueurs différentes.
Le cinquième groupe a pour but les derniers tours de main et la mise en paquet. Un enfant dispose les tètes du même côté, en les faisant dépasser le bord d’une table de cuivre. Un ouvrier applique en dessous de ces tètes une barre de fer rougie, ce qui leur donne une teinte bleuâtre. C’est lù le bronzage. Un ouvrier perfectionne les trous en les présentant à un fin burin en acier, mis en rotation. C’est le dnllage. O11 donne le dernier poli en passant un lot d’aiguilles sur une bobine en peau de buffle. Enfin vient V empaquetage.
Fabrication des épingles. — Le fil de laiton arrivant à la fabrique, en écheveau, un ouvrier est d’abord chargé de le dévider en le redressant. Pour cela, il saisit un bout avec une tenaille, puis il le tire en courant l’espace de 10 mètres. Il coupe la partie tirée et recommence l’opération de façon à obtenir des fils ayant tous la longueur de 10 mètres. Un autre ouvrier prend en mains, en les plaçant sur un même plan, un certain nombre de ces fils dont il use les extrémités en pointe, sur une meule d’acier. Un troisième ouvrier coupe au-dessus de cette pointe à la longueur d’épingle, et il rend le faisceau au précédent pour qu’il épointe de nouveau, ainsi de suite. Une autre série d’ouvriers est préposée à la confection des tètes. Pour cela on emploie du fil de laiton beaucoup plus mince que celui des épingles. On le tortille en hélice sur une petite broche. On coupe le toron qui en résulte en fractions ne comprenant que deux tours. Les fragments sont entassés dans une cuillère qu’on tient au-dessus d’un brasier jusqu’à teinte rouge, on les projette dans l’eau froide. Après ce trempage, on les frappe pour les tasser; on les jaunit en les plongeant dans de la lie de vin ou dans une dissolution de crème de tartre. On les lave à l’eau avec soin, on les étame pour les blanchir; on les lave de nouveau, on les sèche, on les polit par rotation dans un tonneau contenant du son, on les vanne pour chasser les poussières; onlin on les pique dans des feuilles de papier.
Hygiénologie, — * l)ans la fabrication des aiguilles
INDUSTRIES NON CLASSÉES. 609
comme dans celle des épingles, l'opération la plus nuisible osl celle de l'empoinlage, qui se fait ordinairement à sec pour prévenir la rouille. Il se produit une poussière si pénétrante que les ouvriers meurent de pneumonie caséeuse ou de phthisie au bout de dix ou quinze ans. 11 faut exiger une disposition, qui a été établie pour la première fois a Aix-la-Chapelle. La meule est revêtue d'une enveloppe en tôle qui ne laisse qu’un étroit passage pour les aiguilles et qui porte en un autre endroit une plaque de verre à travers laquelle l'ouvrier surveille son travail. L'espace compris entre la meule et l’enveloppe se continue par un tuyau jusqu’à une cheminée. La meule produit elle-même la ventilation nécessaire pour entraîner les poussières. Abraham a eu l’idée de compléter l’action ventilatricc par des barreaux aimantés qui attirent et fixent les poussières d’acier loin de l’ouvrier. Il faut même, ce qui a déjà été réalisé dans quelques fabriques, remplacer l’aiguisage à la main par un aiguisage mécanique à l’aide, soit de la machine Schlcicher qui consiste eu deux meules frottant, à angle droit, l’une contre l’autre, soit de la machine Neuss, qui est formée d’une seule meule sur laquelle appuie une bande de gutta-perclia, soit de la machine de Graf, dans laquelle les meules sont remplacées par de petits tambours en acier, rayés à leur surface, et sous lesquelles on fait arriver un plan d’acier portant les aiguilles. Cette dernière machine est certainement le dernier mot de l’hygiène, car elle supprime réellement les poussières; malheureusement son rendement est moindre.
Pour les épingles en cuivre ou en laiton on a pu arriver à mieux encore. En raison de la plus grande malléabilité de ces matières premières, on peut, à l’aide des machines dites américaines, supprimer tout à fait la main-d’œuvre. La machine prend elle-même le laiton sur la bobine et le rend sous forme d’épingles toutes faites, et cela sans répandre la moindre poussière dans l’atelier.
Contre les inconvénients de la fabrication des tètes d’épingle en verre, on ne peut que conseiller une ventilation Poincaré. — Hyg. industr. 3fl
GiO
active et de nombreuses interruptions du travail. Les meules par elles-mêmes peuvent par leurs ruptures occasionner des accidents sérieux. Les fragments sont alors lancés avec une telle violence qu’ils produisent toujours des blessures graves et même mortelles, siégeant particulièrement à la tête et à la poitrine. La cause gît presque toujours dans les coins de bois que l’on met pour adapter le centre de la meule à son arbre. Passant alternativement de l’état sec à l’état liumide, ils gonflent, refoulant excentriquement la pierre. H faut donc employer un bois d’un faible pouvoir d’imbibition. Il est préférable du reste de combler les vides non avec des coins de bois, mais avec du soufre coulé, qui en outre scelle parfaitement la meule à son arbre. La cause peut aussi se trouver dans le peu d’homogénéité et de' cohésion de la pierre. 11 importe donc, avant de poser les meules, de s’assurer de leur état matériel, en les frappant delégers coups de marteau. Le moindre son fêlé doit faire renoncer à la meule. Il faut recourir au même mode d’exploration après le posage, afin de s’assurer que cette opération n’a point ébranlé sa résistance. Une bonne précaution est de soutenir les deux faces de la meule dans leur zone centrale par deux plateaux en fonte qu’on peut serrer à volonté par des écrous.