EXTRACTION DE L'ARSENIC ET FABRICATION DES COMBINAISONS ARSENICALES
Sommaire technique. — 1° Extraction de l’arsenic. — L'arsenic ou acide arsénieux s'obtient comme produit secondaire dans le traitement des mines de cobalt et d’étain de la Saxe et de la Bohème, dans lesquelles l’arsenic se trouve à l’état d’arséniure, mais en Silésie,on le retire comme produit principal d’un minerai formé de sulfure et d’arséniure de fer. Les pyrites arsenicales extraites de leur gisement et transportées à l’usine sont grillées dans des fours à réverbère. Il s’en dégage de l'acide arsénieux qui s'engage avec les flammes du foyer dans une longue galerie de 60 mètres de long, 2 mètres de haut et 2 mètres de large. Cette galerie aboutit à une cheminée haute de 55 mètres. La plus grande partie de l'acide arsénieux se
condense, chemin faisant, dans la galerie, et la cheminée
est considérée comme ne donnant plus issue qu'aux autres gaz et à des traces d’arsenic. Quand la galerie paraît suffisamment refroidie, après la cessation du grillage, on ouvre des portes latérales en tôle qui sont restées parfaitement lutées pendant l'opération, et c'est par ces ouvertures que les ouvriers retirent avec des pelles l’arsenic condensé, qui apparaît alors sous forme d’une farine blanche. Avant de la livrer au commerce, on lui fait subir des opérations qui ont pour but de la transformer, soit en fleur d’arsenic, soit en arsenic vitreux. La fleur d’arsenic s'obtient par une nouvelle sublimation ; l’arsenic vitreux par la fusion de la farine arsénicale.
2 Fabrication des combinaisons arsénicales. Un seul arséniate est employé dans l’industrie et, par conséquent, fabriqué en grand, c’est l’arsénite de potasse. On fait fondre dans des cylindres de fonte un mélange d’arsenic et de salpêtre. On sature ensuite l’excès d'acide par de la potasse et on obtient un arséniate neutre incristallisable. Cette dernière opération de neutralisation est souvent supprimée, lorsque le produit est destiné à l'impression de certaines indiennes. |
L'arsénite de potasse, qui ce à la fabrication du vert de Scheele, se prépare en faisant une dissolution de potasse sur un excès d'acide arsénieux. On filtre ensuite la liqueur et on la fait évaporer. Il reste une masse mamelonnée très déliquescente. |
Le vert de Scheele, qui est un arsénite de cuivre, s'obtient soit en traitant une solution de sulfate de cuivre par de l’arsénite de potasse, soit en dissolvant dans de l’eau une partie d'acide arsénieux et 10: parties de sulfate de cuivre, puis précipitant avec un carbonate alcalin.
Le vert de Schweinfurt, qui est beaucoup plus beau que le précédent, s’obtient en décomposant à chaud une solution aqueuse de 6 parties de sulfate de cuivre par une autre solution contenant 6 parties d'acide arsénieux et { partie de potasse du commerce. Après précipitation, on ajoute 3 parties d'acide acétique. Quelques heures après,
le précipité est devenu une poudre verte formée par un mélange d’arsénite et d’acétate de cuivre.
L'acide arsénique se prépare en chauffant de l'acide arsénieux avec de l'acide azotique.
Hygiénologie. — A priori, ces industries paraissent pouvoir compromettre la salubrité publique par les vapeurs arsénicales qui s’échappent de la cheminée des usines d'extraction, par les poussières arsénicales qui peuvent se propager au delà de l’enceinte; enfin, par les eaux résiduaires et de lavage des ateliers. La première circons tance est généralement considérée comme négligeable, parce que l’arsenic se condense, dit-on, à peu près complètement avant l’échappement par la cheminée, et parce que aucun fait d'observation n’est encore venu démontrer l’existence d'un danger. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’aceidentellement une chaudière de sublimation peut se perforer, et alors, la farine arsenicale tombant sur le feu, il se produit un tel torrent de vapeurs que celles-ci peuvent se diffuser au loin.
Quoiqu'on n'ait pas encore signalé d'accidents extérieurs imputables au transport des poussières arsenicalés par le vent, il est certain qu’on ne peut pas nier leur possibilité, et que l'hygiène doit aussi veiller de ce côté. Mais le danger le plus sérieux, en même temps que le plus insidieux, est celui qui peut être créé par les eaux de lavage des ateliers, et par les eaux de pluie qui ont lessivé le sol des usines. Car, par des infiltrations souvent lointaines, elles peuvent aller contaminer des puits d’alimentation. La science a eu à enregistrer plusieurs faits de ce genre. D'autre part, des cours d’eau peuvent être assez altérés pour nuire au poisson. (
Le danger intérieur, lui, est incontestable et constant. Les accidents auxquels sont exposés les ouvriers sont aussi fréquents que variés. Ils ont été décrits dans les généralités à la page 26. |
Dans les usines d'extraction, les ouvriers les plus expo- sés à ces divers accidents sont ceux qui retirent la farine
d'arsenic des galeries, la fleur d’arsenice des chambres de sublimation et ceux qui la mettent en barils.
Dans les usines où l'on prépare, avec l’arsenic brut, les diverses variétés arsenicales du commerce, les ouvriers sont exposés non seulement aux vapeurs et aux poussières d’arsenic, mais encore à des vapeurs nitreuses abondantes, et cela dans la préparation de l’acide arsénique, ainsi que dans celle de l’arséniate de soude. Aussi en dehors des accidents arsenicaux habituels, ont-ils souvent des accès de suffocation, de la toux violente, des douleurs sous-sternales, et même des hémoptysies. |
Dans le cas de rupture accidentelle d’une chaudière, la matière se répandant sur le brasier, il se produit tout à coup une grande quantité de vapeurs d’arsenic qui s’engouffrent dans les poumons des ouvriers et produisent une intoxication intense et presque instantanée. Le premier phénomène, qui est immédiat, est un sentiment de chaleur àcre à la gorge. En même temps apparaissent une soif ardente qui augmente sans cesse, des vomissements répétés, des douleurs stomacales et intestinales très violentes. Les traits s’altèrent, le pouls devient très petit; les extrémités se refroidissent et bleuissent. Il y a une grande tendance à la syncope. Puis survient une diarrhée qui peut persister quelques jours.
Dans les fabriques de produits chimiques, il se dégage parfois accidentellement de l'hydrogène arsénié. Il est extrèmement vénéneux, 1l agit énergiquement sur la matière colorante du sang qu'il sépare des globules et qui se dissout dans le plasma.
La législation se borne à interdire le travail des enfants dans les industries arsenicales, et à classer celles-ci parmi les industries dangereuses. Encore accorde-t-elle la deuxième classe à celles où l’on effectue l'absorption des vapeurs. Elle laisse ainsi bien des lacunes qu'il appartient aux conseils d'hygiène de combler, à propos de chaque demande en autorisation. R
Dans l'intérêt de la salubrité publique, on ne devrait to-
lérer aucun déversement des eaux résiduaires et de lavage, ni dans les égouts, ni dans les cours d’eau, et ne pas hésiter à imposer les frais d'une évaporation et l’utilisation ultérieure de l’arsenic restant par sublimation en chambre close. IT ne faudrait pas se contenter d'exiger une grande surélévation des cheminées d'évacuation, mais s'assurer par plusieurs essais que la fumée ne renferme plus d’arsenic et, dans le cas de résultat positif, faire donner plus de longueur à la galerie de condensation ou mieux encore, comme dans l’usine de Richenstein, adopter le four repré-
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Fig. 139. — Four pour le grillage des minerais arsenifères.
senté par la figure 139, donner peu d’étendue à la galerie et la faire suivre d’un système de chambres de condensation dont le type adopté est reproduit par la figure 140. Les vapeurs viennent ainsi frapper sur une série de cloisons, et leur condensation totale est bien plus assurée. La cheminée d'échappement de ce système n’est plus Le siège que d’un courant à peu près indemne d’arsenic. Il est vrai que les ouvriers se trouvent tout autant exposés, si ce n’est plus, à des nuages de poussières arsenicales, lorsqu'ils ont à retirer l’arsenic pulvérulent. Mais les trappes ménagées sur les planchers des chambres permettent de faire tomber leur contenu des supérieures dans les inférieures, et les ouvriers n'ont plus à pénétrer que dans ces dernières. Du reste, on peut espérer pouvoir faire arriver la poudre mé-
caniquement dans les barils eux-mêmes, de manière que les ouvriers ne soient plus forcés de la retirer avec des pelles, de la transporter et de la tasser à main d'homme dans ces tonneaux.