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FABRIQUE DE COMBUSTIBLES AGGLOMÉRÉS ARTIFICIELS

Technique. — Le but industriel est d'utiliser les poussières et les déchets combustibles, en les agglomérant sous forme de petites briquettes, ce qui les rend plus maniables et plus propres à devenir des objets de commerce. On utilise ainsi, tantôtle menu de paille, surtout en Russie, où la culture est presque la seule industrie; tantôt la tannée, ce qui se fait dans presque toutes les tanneries; tantôt la sciure de bois, dans les régions où il y a beaucoup de scieries; tantôt les déchets gras de diverses industries ; tantôt la tourbe dans les pays marécageux; tantôt enfin et sur une beaucoup plus grande échelle, le menu de coke et de houille. L'agglomération de ces divers débris et poussières peut s’obtenir de deux manières, par compression simple ou à l’aide d’un cément. |

La compression n’est plus guère appliquée qu'aux briquettes de tourbe et de tannée.

Le premier ciment employé a été la terre glaise. On s’en sert encore pour agglomérer la paille et la sciure de bois, dans plusieurs pays. Pour les agglomérés de coke et de houille, on s’est naturellement adressé au goudron, dont la production relevait du même ordre d'industrie et qui, de plus, avait l'avantage d’être très combustible lui-mème. Mais comme ce liant ne donne pas une solidité suffisante et comme sa combustion dégage des odeurs désagréables, on le remplace généralement par le braë, ou résidu de la distillation des huiles de houille; certains industriels emploient du brai gras, c'est-à-dire du goudron débarrassé seulement de 25 p. 100 de matières volatiles. D’autres se servent du brai sec, c'est-à-dire du goudron débarrassé de toutes ses parties volatiles par une température de 300 degrés.

Les procédés de fabrication varient avec la nature du ciment employé.

Si le ciment consiste en du goudron brut, le mélange peut se faire à froid. L'appareil employé consiste en une auge demi-cylindrique et disposée horizontalement. Une pompe sert à y verser le goudron, pendant que le menu est répandu par une noria. Dans l'intérieur de l’auge se meut un arbre muni, dans toute sa longueur, de bras de fer qui brassent le mélange, et portant vers l'extrémité de sortie de l’auge une hélice en tôle destinée à pousser la pâte produite dans la machine agglomérante. Si le ciment est du brai gras, il devient nécessaire de chauffer le charbon et le braiï, afin que celui-ci soit maintenu liquide pendant la malaxation. Autrefois on chauffait à feu nu et on disposait un foyer sous l’auge. Aujourd'hui, dans les fabriques d’une certaine importance du moins, on chauffe à la vapeur qu’on verse directement dans la pâte quand le charbon est sec, et qu'on fait cireuler dans les parois quand le charbon est humide.

Si le brai employé est sec, il faut-le broyer avant de le livrer au malaxage. Ce broyage s'opère dans un broyeur conique ressemblant à un gigantesque moulin à café.

L'agglomération où moulage des briquettes se fait par compression. On peut indifféremment se servir de machines assez variées : 1° de machines à piston et moules fermés ; 2° de machines à piston et moules ouverts; 3° de machines à roues tangentielles. D'une manière générale, avec les premières machines, la pâte est placée dans des moules fermés, mais à parois mobiles. La presston est exercée à travers la paroi supérieure, soit par une presse hydraulique, soit par un piston mù par la vapeur. Avec les secondes, le piston agit directement sur la pâte dans l'intérieur du cylindre ou tube à paroi résistante, mais ouvert à ses deux extrémités. De la nouvelle pâte arrive incessamment en dessous du piston, afin de combler le vide qui se fait par le tassement progressif des premières portions introduites. A l'extrémité inférieure du tube la pâte sort, fortement condensée en formant une briquette sans fin qu'un couteau

divise ensuite. Enfin, dans la troisième méthode, tantôt la machine consiste en deux roues, dont l’une est armée de moules creux dans lesquels la pâte s’introduit et dont l’autre est armée de dents qui, par la rotation, viennent s’engager successivement dans un moule correspondant et exercer une pression sur le contenu; tantôt en deux cylindres laminoirs qui donnent naissance à une bande d’agglomérés sans fin qui est successivement fractionnée par un couteau.

Hygiénologie. — Dans le hangar où se fait le broyage du brai, l'atmosphère est obscurcie par une fine poussière quise ramollit au contact de la peau et de la sueur, détermine un enduit gluant qui s'engage dans les glandes sébacées et sudoripares.

D'autre part, les ouvriers qui chargent dans des wagons les briquettes à peine moulées et encore chaudes sont exposés à des vapeurs àcres et irritantes.

Sous l'influence de ces conditions, 1l se produit très souvent une mélanodermie spéciale. Presque tous lés ouvriers présentent une coloration bronzée, luisante et uniforme. Il y a, en outre, un certain degré d'épaississement de la peau.

Les granulations de brai s’infiltrent dans les cellules épithéliales et adipeuses. Des fragments entiers s'engagent mème jusque dans le tissu sous-cutané. Il se produit aussi des pustules qui s’indurent sous forme de tubercules, en fournissant une suppuration fétide et qui laissent des cicatrices nacrées, indélébiles, des verrues, des anthrax, du prurigo, du psoriasis. Il se développe parfois sur le scrotum des cancroïdes qui sont des épithéliomes papillaires.

Beaucoup d'ouvriers se plaignent d’éprouver de vives douleurs à la face. On observe la production d’ophthalmies, d'amblyopie, d'héméralopie, de photophobie, des incrustations du conduit auditif externe et même de l’otite externe suppurée, du coryza, des tubercules ulcérés des fosses nasales, des troubles gastro-entéro-hépatiques, de l'hypertrophie du foie même, de la toux, avec expectoration noire et des râles abondants, de la dypsnée, des dou-

ad

leurs vagues à la base de la poitrine, de l'emphysème, de la mélanose pulmonaire, des pneumonies caséeuses. Le tout s'accompagne d’une grande faiblesse et d'émaciation.

Les ouvriers doivent prendre la précaution de porter des lunettes avec cage latérale qui protégeront Fappareil de la vision contre les poussières et de maintenir dans leurs oreilles des tampons de coton fréquemment renouvelés. Ils feront bien, en outre, de pratiquer des injections d’eau savonneuse dans le conduit auditif. Ils devront s’astreindre à des ablutions et à des bains fréquents et porter des vêtements non béants. Mais c’est surtout par de bonnes installations et un bon outillage qu'il convient de lutter à la fois contre les poussières, les vapeurs irritantes et la fatigue : musculaire. [1 semble résulter cependant de la description donnée par Manouvrier (1), à qui nous devons le meilleur mémoire spécial sur ce sujet, que, même dans une compagnie aussi importante que celle d’Anzin, les dispositions laissent à désirer. Des canaux d'écoulement relient l'usine à coke à celle d'agglomérés. Le brai arrive, chaud et fumant, et s’accumule dans des bassins à ciel ouvert, où il se refroidit au contact de l'air. Des ouvriers sont chargés de favoriser le refroidissement en remuant la masse. De là des vapeurs excessivement àcres et irritantes qui se dégagent à profusion dans l'atmosphère de la cour et que les ouvriers inspirent directement. Que la solidification soit obtenue dans l'usine à coke ou dans celle d’agglomérés, peu importe pour l'hygiène, puisque dans l’un et l'eutre cas il y aura toujours des ouvriers compromis. Mais dans l’une ou l’autre usine, ne serait-il pas possible de favoriser le refroidissement par une circulation d’eau froide autour des bassins et de surmonter ceux-ci de hottes avec cheminées élevées? Au moment où le brai, solidifié parle froid, estextrait des bassins et disposé en tas dans la cour par les ouvriers, l'exhalation continue encore sous l'influence de la chaleur

(1) Annales d'hygiène, 2° série, t. XLV, p, 459.

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solaire. Pourquoi ne pas établir ces tas sous des bangars avec cheminées d'appel?

Le broyage du brai est effectué dans des caves dont l’atmosphère est complètement obscurcie par la poussière. Pourquoi ne pas établir le broyeur sous des hangars, ou mieux, pourquoi ne pas employer des broyeurs avec enveloppes hermétiques et ventilation partielle? En tout cas, il faut au moins appliquer aux caves le moyen indiqué par Manouvrier. Il consiste à faire projeter de l’eau pulvérisée par des pommes d’arrosoirs adaptées au plafond de la cave.

Pour les autres opérations, 1l n’y a plus à exprimer à Anzin, comme dans toutes les grandes usines, que quelques vœux correctifs.

Quand le brai est gras, on est obligé, pendant le malaxage, de chauffer les matières, c'est-à-dire le mélange de charbon et de brai. Il convient non seulement d'exiger une agitation purement mécanique, à l’aide d’un arbre muni de bras de fer, mais aussi d'interdire le chauffage à feu nu et de le remplacer par un chauffage à la vapeur qui, étant plus régulier, donne moins lieu à ces torrents de buées surprenant les ouvriers. C’est ce qui, du reste, se fait à peu près partout aujourd'hui; mais pour hâter l'opération lorsque la houille est sèche, on fait arriver directement des jets de vapeur dans la masse. Ce n’est que quand elle est humide qu'on se contente de faire circuler la vapeur autour de l’auge, sous une double enveloppe, afin de ne pas provoquer par la vaporisation de l’eau des projections dangereuses. Ce dernier mode devrait seul être admis. Car la sécheresse d’un même filon de houille n'est pas constante sur tous ses points.

C'est à l’industrie qu'il appartient avant tout de faire un choix parmi les trois méthodes indiquées dans la technique et les différentes machines afférentes à chacune de ces méthodes. Mais l'hygiène est en droit de demander qu'on s’at-

tache : 1° à employer des appareils aussi clos et ré ‘pandant aussi peu de poussière que possible; 2° àdiminuer la maind'œuvre, autant que faire se peut, pour exposer un moins

grand nombre d'ouvriers ; 3° enfin, dans le même but, à faire exécuter les transports par des pompes, des norias et des wagons fermés. Quelques observations de détail méritent cependant d’être faites. Parmi les machines à pistons à moules fermés, 1} en est, comme celle de Maisais, qui nécessitent, par économie de temps, d'agir sur un moule considérable donnant une masse aglomérée de 465 kilogrammes, qu'on est obligé de diviser ensuite avec un marteau. De là un dégagement de poussières. I est indispensable de leur adapter le chariot de Middleton. Plusieurs petits moules sont placés sur une plaque circulaire qui, en tournant, vient placer successivement chacun d'eux sous le coup du piston. La machine de Revollier qu'on tend à adopter aujourd’hui en France, à côté d’autres avantages, remplit le même but, à l’aide d'un chariot qui est animé d’un mouvement rectiligne au lieu d’un mouvement circulaire et sur lequel les petits moules sont disposés en ligne. Cet inconvénient n'existe pas avec les machines à moules ouverts, celles à cylindres ou roues tangentielles, puisque ou la bande sans fin d’agglomérés est sectionnée mécaniquement par un couteau avant dessiccation, ou bien les briquettes n'ont que Îa dimension voulue. Mais elles entraînent à peu près toutes un autre inconvénient qui intéresse plus encore le consommateur que l'ouvrier. La machine à moules ouverts ne fonctionne bien qu'avec de la houille très sèche mélangée avec du goudron qui donne lieu à d’abondantes fumées irritantes pendant la combustion. Il en est de même avec les machines à roues tangentielles. De plus, leur produit s’écaille facilement en dondant de la poussière nuisible pour les consommateurs et pour ceux qui sont chargés de la manipulation commerclale. | Charbon moulé de Paris. — Il est une industrie née à Paris, qui n’est qu'une application particulière de la précédente. Elle a pour but d’agglomérer des menus de charbons de bois, de façon à simuler les cylindres habituels du charbon de meules. Le menu charbon utilisé consiste

en poussier de charbon de bois et de tourbe, qu'on recueille en balayant les usines et les magasins, et en celui qu'on obtient par la carbonisation des brindilles et menues branches des forêts, des genèts, des bruyères et du tan épuisé.

Le charbon des deux provenances est humecté d’eau et broyé dans la machine représentée par la figure 183. Le broyage est continué avec du goudron de houille.

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