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EXPLOITATION DE LA TOURBE

Sommaire technique. — Les matières végétales en se décomposant par fermentation abandonnent à l’atmosphère une masse gazeuse où domine l'hydrogène protocarboné ou gaz des marais, et laissent un résidu solide très riche en carbone et par conséquent très combustible. Lorsque cette décomposition s'opère à l’air, le résidu constitue l’'humus favorable à la culture. Lorsqu'elle se fait sous l’eau, le résidu prend un aspect différent et constitue la tourbe em-

Poincaré. — [yg. industr. 34

ployée comme combustible. La tourbe se trouve naturellement dans les marais, mais surtout là où la végétation est recouverte d’une couche d’eau peu profonde et stagnante. C’est cette dernière condition qui crée les véritables tourbières.

Les méthodes anciennes d'exploitation des tourbières consistent : | |

1° A creuser un grand canal de dessèchement qui soutire les eaux du champ à exploiter; à découper, après dessèchement, de petits lots de tourbe avec la bêche; à enlever le gazon et la tourbe superficielle qui n’a pas de valeur et qui doit servir à recouvrir le sol après l'enlèvement de la véritable couche de tourbe utilisable. Chaque lot nécessite le concours de trois ouvriers, l’un enfonce sa bêche verticalement pour découper dans ce sens des briquettes; le second enfonce horizontalement son instrument pour détacher les briquettes du sol ; le troisième les charge et les transporte sur une brouette. Les briquettes sont ensuite superposées en une sorte de muraille à claire-voie afin de favoriser la dessiccation par la filtration de l'air. Puis des femmes les réunissent en tas serrés où la dessiccation se complète.

2° À employer l'extraction à la draque lorsque le marais ne peut pas être desséché, c'est-à-dire à retirer la vase semiliquide du fond du marais à l’aide de seaux, ou mieux à l’aide de poches écumoires armées d’un linge qui, en ne retenant que la boue et laissant écouler l’eau au fur et à mesure, rendent le travail beaucoup moins pénible; à étaler cette boue sur la berge, et à piétiner pour la tasser et aider mécaniquement à la dessiccation, et enfin à couper en briquettes cette couche lorsqu'elle est devenue plus consistante. |

De même que la houille et le bois, c’est-à-dire comme tout combustible d’origine végétale, la tourbe renferme énormément de charbon, mais contient en même temps d’autres éléments qui, par leur combustion ou leur dégagement sous l'influence de la chaleur, engendrent une buée

de produits toxiques, irritants et d’une odeur difficile à supporter. Aussi cherche-t-on souvent à la réduire, presque en totalité, à l’état de véritable charbon, c'est-à-dire à la débarrasser de ces éléments à effets désagréables, par une combustion préalable moins lente que celle qui dans la nature a amené le tissu végétal à l’état de tourbe, mais moins complète et moins active que celle qui doit l'utiliser comme combustible, ou pour mieux dire, par une véritable distillation; cette carbonisation s'effectue soit en meules, ou tas qu'on allume après avoir mis un revêtement de mousse et de terre laissant seulement quelques points découverts pour l’échappement de la fumée; soit dans des fours macçonnés surmontés d’une cheminée, soit enfin dans : des cylindres en tôle dans lesquels on fait arriver de la vapeur surchauffée dans des tuyaux portés au rouge et arrivant avec une pression de quatre atmosphères.

En Belgique, en Hollande, en Allemagne et mème dans le Nord de la France, on pousse la combustion jusqu’à l’incinération et on utilise les cendres comme engrais pour les fourrages artificiels. On se sert d’une grille de fer sous laquelle on place du bois qu'on enflamme; on recouvre la grille de tourbes sèches et par dessus on met des tourbes humides.

Hygiénologie. — Le danger principal, tant pour la salubrité publique que pour les ouvriers, consistant dans les émanations paludéennes, il importe d’abréger la durée des opérations par l'emploi de machines, d’aytant plus que celles-ci diminuent la main-d'œuvre, et par suite les causes de fatigues, ainsi que le nombre des ouvriers exposés aux miasmes. Dans ce but il ne faut plus permettre l’exploitation de la tourbe qu'à la grande industrie, c’est-à-dire à des compagnies ou des industriels assez puissants pour ètre outillés convenablement. |

Le champ d'extraction sera d’abord-sillonné de tranchées profondes pour le dessécher. Ces canaux doivent être creusés par des charrues mises en mouvement par une locomobile, Ce moteur mettra ensuite en action des char-

rues qui détacheront la couche de tourbe. Celle-ci ne sera plus desséchée par l’exposition de l'air, mais par la chaleur artificielle dans des fours spéciaux, dont il existe déjà une assez grande variété, mais dont le plus perfectionné permet d'amener la tourbe dans des chariots glissant sur des rails dans une chambre chauffée par la circulation de gaz enflammés, qu’on peut même emprunter à des hauts fourneaux, s'il en existe dans le voisinage.

Quand la tourbe sera arrivée au degré de dessiceation voulu, elle: sera découpée mécaniquement en petits morceaux. Les morceaux seront ensuite fusionnés en pâte et laminés en passant entre deux cylindres compresseurs; puis la bande obtenue sera découpée en briquettes en passant sous des scies circulaires. Un complément de dessic-

cation sera enfin donné dans l’étuve.

Par cet emploi de machines qui diminuent la durée de l'opération et le nombre de bras nécessaires, on se trouvera donner satisfaction à la fois aux indications motivées et par le danger d'intoxication paludéenne et par celui de l'excès de fatigue, à l'hygiène ouvrière et à l'hygiène publique. Toutefois il reste une mesure complémentaire à prendre, pour ne pas laisser les vides résultant de l’exploitation des tourbières, devenir des surfaces marécageuses infectes, c’est de remblayer au fur et à mesure les entailles qui ont atteint les limites inférieures de la couche de tourbe.

L'État n'a pas eu évidemment à classer les tourbières, pas plus que les mines, puisqu'elles se trouvent là où la nature les a formées. Le classement ne pouvait porter directement que sur la carbonisation de la tourbe, dont le siège peut être choisi ou déplacé et qui dégage une fumée nuisible. On à placé avec raison dans la première classe la carbonisation en meules, et dans la deuxième la carbomisation en four ou en vase clos. Mais il y a lieu de demander ou que les gaz de dégagement soient ramenés dans le foyer, comme cela se pratique dans les environs de Paris, ou que ces produits de distillation soient amenés dans un récipient de condensation.

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