LAMINOIRS
Le but de ce genre d'industrie est de mettre en feuilles ou en lames certains métaux, tels que le fer, le cuivre, le zinc, le plomb. Le métal chauffé au rouge blanc passe entre un ou plusieurs couples de deux cylindres tournant en sens inverse. Pour obtenir des lames les deux premiers cylindres doivent être cannelés; les autres sont à surfaceunie. Les premiers sont dits dégraisseurs, les seconds finisseurs. L'ouvrier saisit la masse incandescente dans un creuset avec de grandes pinces ; il le porte sur le fablier ou plaque de fonte qui est fixée au niveau du plan de contact des deux cylindres et de là il l’engage entre eux. Un autre ouvrier se tient à l’extrémité de l'équipage et saisit avec des pinces la barre sortante. Pour les feuilles, c’est le même genre d'appareil, sauf qu’on n'étire pas le métal à travers les cylindres et que ceux-ci sont plus larges (voir Généralités, fig. 32).
Ces opérations suffisent pour le fer. Mais pour le cuivre, comme on est obligé de le faire passer plusieurs fois entre les cylindres, qu'il se refroidit et se durcit, on est obligé de le recuire plusieurs fois pendant l'opération. En outre, pour le désoxyder on est obligé de tremper les feuilles plusieurs jours dans une fosse remplie d'urine, de chauffer pour chasser l’ammoniaque, et de les frotter avec un morceau de bois.
Pour le zine, il a besoin d’être fondu et coulé en plaques avant d'être laminé. Pendant le laminage, les plaques ont besoin d'offrir une température de 120° à 150°.
Pour le plomb, 1l faut aussi le couler en plaques, mais il doit être laminé à froid.
Hygiénologie. — Les laminoirs ne figurent pas dans le tableau de classement du décret de 1866. Même quand le laminage s'effectue sur du fer, Vernois l'indique comme appartenant à la première classe à cause des inconvénients des fourneaux. Mais il est évident que pour la salubrité
publique ils ne sont pas plus dangereux que les hauts fourneaux. Par conséquent, il y a lieu, par assimilation, de les mettre dans la deuxième classe.
Toutefois, pour les ouvriers, 1l est évident que le travail est beaucoup plus pénible que dans les hauts fourneaux. Les uns sont chargés d'aller saisir dans la fournaise, avec d'énormes pinces, une forte masse du métal chauffé au rouge blanc et de la transporter en courant jusqu'aux cylindres. De là fatigues excessives, sueurs et refroidissements, action calorifique et lumineuse du foyer et de la masse transportée, enfin danger de brûlures pour les porteurs et les voisins. Les ouvriers qui sont chargés d’étirer les barres à l’autre extrémité de l'équipage de cylindres lamineurs, subissent encore l’action calorifique et lumineuse de la barre, font aussi des efforts musculaires, marchent souvent à reculons, ce qui les expose à des chutes compliquées presque forcément de brülures.
Tous sont en outre exposés aux émanations d'acide carbonique et d'oxyde de carbone que peut fournir un fer chauffé à blanc, et toujours incomplètement décarburé.
S'il s'agit du cuivre, les dangers sont plus considérables encore, puisque le métal a besoin d’être recuit plusieurs fois, ce qui multiplie les transports, et puisqu'il se fait des émanations cuivreuses. Avec le plomb la chaleur n'intervient plus, mais l'atmosphère peut encore se charger de poussières plombiques.
Il est important, dans le cas d'accidents aussi bien que pour les éventualités du travail, de pouvoir arrèter le train à volonté. Une disposition dont le mécanisme ne nous importe pas, le permet.
Il est inutile aujourd’hui de recommander, pour que l’ouvrier soit moins exposé à être saisi par le train, lorsqu'il y engage la masse de fer rougie, de placer à niveau voulu et à l'entrée des cylindres une plaque en tôle, dite {ablrer, sur laquelle il n’y a qu'à faire glisser cette masse. Comme il faut faire passer plusieurs fois la barre, on dispose au-dessus du laminoir un cylindre sur lequel l’ouvrier reporte la barre
sortante, et ce cylindre en tournant l’engage de nouveau dans le laminoir. Or on peut faciliter singulièment cette manœuvre au moyen de leviers à crochets suspendus à des chaines.
Avant et après le laminage, le fer a besoin d’être soumis à un véritable corroyage. On le martelle d'abord pour le condenser et lui donner la forme d’un noyau susceptible de s'engager entre les premiers cylindres. Après, on le frappe, lorsque la barre est encore chaude, avec des maillets de bois sur une plaque de fonte.
Faites à mains d'homme, ces opérations de corroyage peuvent non seulement causer du surmènement musculaire, mais encore donner lieu à une pluie de parcelles de fer enflammées. Il faut en arriver à le faire exécuter partout avec la machine à loupes (voir fig. 96). R
Dans la plupart des laminoirs, on fabrique, en dehors des barres de fer du commerce, des raïls de chemins de fer. Il suffit de donner aux cylindres lamineurs des cannelures donnant à la barre la forme en gouttière voulue. Les rails manqués doivent être coupés en morceaux pour repasser au four. Mais ce sectionnement se fait encore mécaniquement à l'aide de deux scies circulaires. [l n’en est plus de mème du redressement qu'on imprime aux rails réussis. Les ouvriers les saisissent avec des tenailles aux deux extrémités, les transportent sur un bane en fonte, les soulèvent et les rabattent alternativement avec force sur ce plan résistant sans les abandonner. Puis, sur un autre banc, ils les frappent longtemps avec des maillets. C’est là un travail excessivement pénible qui produit des éclats pouvant même aller frapper au loin d’autres ouvriers. J'ai vu un employé passant à distance perdre ainsi complètement un œil. Jusqu'à présent, on n'a pas cherché à réaliser la chose mécaniquement. En lout cas on devrait exiger Le port de lunettes et l’interposition de boucliers autour des banes de redressement. |
La fabrication de la tôle ne présente à considérer rien de particulier au pomt de vue hygiénique.