‹ Traité d'hygiène industrielleChapitre 97 sur 172 · MÉGISSERIE · texte numérisé non relu

MÉGISSERIE

Par une anomalie peu justifiable, le décret du 31 décembre 1866 a inscrit à la troisième classe cette industrie que celui du 15 octobre 1810 avait placée avec plus de raison dans la deuxième, à côté de latannerie et de la chamoiserie.

Sommaire technique. — La mégisserie est une industrie qui ne fabrique queles peaux destinées à la ganterie, avec des peaux de mouton, de chevreau et d'agneau. La nécessité de respecter la laine pour les fabriques de drap et la destination de ce genre de cuir réclament des procédés particuliers qui placent les ouvriers dans des conditions hygiéniques un peu différentes de celles des tanneurs. On commence par l’enchaussenage, qui a pour but de permettre d'enlever la laine facilement, tout en la respectant, et qui

consiste à soumettre les peaux à un mélange de chaux et de sulfure d’arsenic, àles empiler pendant quinze jours, puis à les laver. Ge lavage s'effectue dans un cours d’eau, et on a la mauvaise habitude de placer l’ouvrier dans un tonneau dont le bord supérieur déborde à peine la rivière, afin qu'il puisse tremper les peaux sans se baisser. Après le lavage vient le battage avec des bâtons, pour faciliter encore l’éprlage qui s'effectue sur un chevalet par un nouveau battage. Après le dépouillement, on laisse les peaux pendant un mois dans des cuves de lait de chaux. A leur sortie, on pratique, à l’aide d’un couteau concave, l’écharnage pour enlever tout ce qui n’est pas le tissu cutané lui-même; puis, à l’aide de pilons, le foulage qui fait ressortir l’eau de chaux, d’imbibition. On passe au confit, c'est-à-dire dans un bain de son qu'on laisse fermenter, afin d'enlever la graisse ; puis à l’éfouffe, c’est-à-dire dans une dissolution chaude d'alun et de sel marin; vient ensuite l'habillage qui consiste à fouler les peaux avec les pieds dans une pâte formée d’alun, de farine et de jaune d’œuf. Enfin, après dessiccation, les peaux sont soumises au #meulage qui, par le frottement rapide d’une meule en rotation, détache les poussières et le duvet des peaux, les nivelle et les polit; et à l’éfrage ou palissonnage, qui étend la peau en la tirant sur un palisson. | Hygiénologie.—Leclassementaccordéaux mégisseries se comprend peu. La deuxième classe constituerait même une marque d'indulgence, car le lavage s'effectue ou dans des cuves, ou dans un ruisseau. Dans le premier cas l'odeur et les effets putrides de cette eau de macération sont plus à redouter que ceux descuves de tannage, qui sont en grande partie atténués par le tannin. Dans le second, l'infection du cours d’eau est aussi fâcheuse qu'avec le rouissage qu'on a placé dans la première classe. Les mégisseries compromettent encore la salubrité publique par le séjour des peaux qui n’ont pas encore été mises en travail, par la présence d’amas de rognures, par l'écoulement continuel de grandes masses d’eau fortement chargées de matières

organiques et enfin par les buées des euves à l’eau de son chaude, Contre tous ces inconvénients on se contente généralement de prescrire l'immersion des peaux dans de l’eau de chaux, dès leur arrivé à l’usine, de porter tous les deux jours les rognures aux fabricants de colle et d'engrais, de bitumer les ateliers avec pentes convenables, d’écouler les eaux par des canaux souterrains bien étanches, de les faire mème filtrer auparavant à travers une couche de tannée et en tous cas de retenir par une grille les rognures égarées. Il me semble qu'on pourrait bien exiger en outre l'emploi de tonneaux purgeurs ou laveurs, avec écoulement des eaux de lavage vers les champs où elles pourraient ètre utilisées en irrigations, avec toutes les eaux résiduaires. Non seulement on éviterait ainsi la pollution des cours d’eau, mais on dispenserait encore les ouvriers d’un travail pénible. et malsain. On doit songer qu’à l'infection putride vient se joindre une aêtion toxique grave ; car, pour facihter l'épilage, on ajoute du sulfure d’arsenic à la chaux. C'est à ces substances chimiques qu’on doit attribuer les ecchymoses, les pigeons, les abcès etles ulcérations des doigts, beaucoup plus fréquentes chez les mégissiers que chez les tanneurs. Par l’emploi des tonneaux on diminuerait pour eux les chances du contact.

Il est trois autres espèces de danger auxquelles sont exposés les ouvriers en mégisserie. Aujourd’huile meulage s'effectue à l’aide de tables en fonte, mues par la vapeur, faisant 600 tours à la minute, et sur lesquelles sont collées des feuilles de papier émeri. Ce sont des femmes qui sont chargées d'appliquer sur ces meules les peaux, et elles se trouvent continuellement plongées dans un épais nuage de poussières animales et minérales. On devrait exiger ici un système de ventilation partielle (4).

Pendant le palissonnage, il arrive parfois qu’une peau, accidentellement entaillée par le boucher, cède brusquement à l'effort de tension; et l’ouvrier vient se frapper le ventre

(1) Duchesne, Revue d'hygiène 1883, p. 397.

sur le palisson. Il en résulte une plaie de l'abdomen ; c’est ce qu'il appelle se crever la toile. On doit imposer l'usage d'un plastron de cuir épais sur le ventre.

Enfin, d’après Bompaire (1) c'est la profession de mégissier qui expose le plus à la pustule maligne. Cela tient sans doute à ce que le charbon frappe surtout l'espèce ovine et à ce que la chaux ne tue mème pas le contage. Il faudrait plus de sévérité dans la police vétérinaire et exiger la crémation de tous les animaux reconnus malades.

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