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III. — Liqueur d'iodure mercurico-potassique

On met dans une fiole 13 gr. 55 de bichlorure de mercure pulvérisé, 36 gr. d'iodure de potassium, et 100 ce. d'eau environ; on agite jusqu'à dissolution complète et on étend à 1 litre aA^ec de l'eau distillée.

Pour effectuer les dosages de caséine, on commence par faire un essai préliminaire destiné à déterminer une fois pour toutes une constante, qui interviendra dans tous les essais ultérieurs.

On met dans une fiole conique :

10 ce. de liqueur cyanurée ; 10 ce. de liqueur mercurio-potassique; 12 à 15 ce. d'ammoniaque; 100 ce. d'eau.

On y verse, au moyen de la burette, de la liqueur d'argent jusqu'à trouble persistant : on lit alors sur la burette la quantité de liqueur employée et on l'exprime en dixièmes de centimètres cubes, soit Q ce nombre.

Le dosage de la caséine s'opère ainsi :

Dans une fiole on met :

15 ce. lait;

12 ce. liqueur iodure mercurico-potassique; 1 ce. acide acétique; Eau Q. S. pour 120 ce.

On agite et on filtre; on recueille 100 ce. du filtratum qu'on met dans une fiole et on y ajoute :

10 ce. liqueur cyanurée.

12 à 15 ce. d'ammoniaque.

On y verse, au moyen de la burette, de la solution décinormale de nitrate d'argent jusqu'à opalescence persistante. On lit sur la burette la quantité de liqueur employée et on l'exprime en dixièmes de centimètre cube; soit P ce chiffre; on en retranche la constante Q déterminée auparavant. (Voir plus haut.)

D'après le chiffre P — Q ainsi obtenu et en cherchant dans le tableau dressé à cet effet par Denigès, on a immédiatement la quantité de caséine renfermée dans 1 litre de lait.

iU PROCEDES D'ANALYSE

Tableau de correspondance entre les doses de caséine et le nombre de divisions (dixièmes de centimètre cube) d'azotate d'argent décinormal employées.

Caséine

Caséine

Liqueur d'argent

en grammes

Liciueur d'à

rgent

en grammes

en dixièmes de ce.

par litre.

en dixièmes

de ce.

par litre.

F. Guiraud a appliqué ce procédé de dosage aussi bien à des échantillons de colostrums que de laits de femme et il a obtenu des nombres très suffisamment concordants en comparaison avec la méthode de Roux, basée sur l'emploi de l'acide trichloracétique.

La méthode de Denigès parait devoir être recommandée à cause de la facilité des manipulations nécessaires.

Dosage du lactose.

L'existence dans le fait de femme d'une substance albuminoïde lévogyre, dont on ne peut pas se débarrasser par les précipitants usités habituellement, fait que le dosage du lactose au polarimètre est délicat.

On y arrive pourtant au moyen du procédé indiqué par Denigès

Dans une fiole jaugée de 100 ce. on met 10 ce. de lait, 2 ce. 5 de solution aqueuse de métaphosphate de soude à 5 %; on verse 50 ce. d'eau, on agite; on ajoute 1/2 ce. d'acide chlorhydrique, puis on complète à 100 ce. et on agite; le liquide filtré est examiné au polarimètre; il faut se rap|)olor que le lait a été dilué au 1/10.

Lorsqu'on examine une solution do lactose au polarimètre dans un tube de 20 centimètres de long, telle que celle que l'on obtient par le procédé Denigès, la teneur en lactose en grammes pour 100 ce. du liquide examiné est égale à 0,957. ^a, «pa étant l'angle lu, en degrés.

Il est donc facile de calculer la quantité de lactose avec cette formule.

Pour le dosage par la méthode de Fehling, on peut se servir soit du liquide

provenant du dosage du beurre, par la méthode d'Adam (voir dosage du beurre), soit du lait. Dans ce dernier cas, on le traite par la méthode de Denigès décrite plus haut et on place le liquide clair obtenu dans une burette.

Dans un petit ballon, ou une capsule de porcelaine, on place 5 ce. de liqueur de Fehli'ng ayant été titrée par rapport à une solution de lactose à concentration connue et rigoureusement exacte; on fait bouillir cette liqueur et on y verse peu à peu la solution de lactose à doser; il se fait un précipité rouge d'oxydule de cuivre, et la liqueur qui était primitivement bleu foncé se décolore peu à peu; quand elle est devenue tout à fait incolore, ce dont on s'assure en laissant reposer le dépôt d'oxydule de cuivre, on lit sur la burette la quantité de solution qu'il a fallu employer pour réduire les 5 ce. de liqueur de Fehling.

Supposons qu'il ait fallu employer b ce. de solution de lactose et que 1 ce. de liqueur de Fehling corresponde à un poids p de lactose.

La teneur en lactose du liquide dosé sera par litre de :

SxpxlOOO ^ = b

Ainsi, soit une liqueur de Fehling, dont 1 ce. = 0 gr. 005 de lactose; supposons qu'il ait fallu 20 ce. de liqueur renfermant du lactose pour réduire ces 5 ce. La solution renferme :

5x0,005x1000 ^ or j 1 X ,-i — = 1 gramme 25 de lactose par htre.

Il existe un grand nombre de formules de liqueur de Fehling; contentonsnous de donner la suivante, due à Boussingault :

Sulfate de cuivre 40 gr.

Eau 200 ce.

Faire dissoudre :

Tartrate de potasse 40 gr.

Soude caustique en plaque 130 gr.

Eau 600 ce.

Faire dissoudre : mélanger à la première solution, compléter à 1 litre; faire bouillir quelques minutes après la préparation.

Afm d'éviter l'altération de la liqueur de Fehling, on peut employer les formules suivantes dans lesquelles le sel de cuivre et le tartrate sont gardés séparément : pour l'usage, on prend 10 ce. de chacune des liqueurs :

! Sulfate de cuivre cristallisé 35 gr.

Acide sulfurique pur 5 ce.

Eau distillée Q. S. pour 1000 ce.

f Sel de Seignette 150 gr.

Solution B } Lessive de soude à 36 B 300 ce.

f Eau distillée Q. S. pour 1000 ce.

Il est recommandé, en général, d'opérer sur des solutions renfermant au plus 1 % de lactose; d'autre part, la réduction de ce sucre se fait moins facilement que le glucose et l'ébullition demande à être maintenue davantage.

En raison de la difficulté de bien saisir la fin de la réaction, Causse a indiqué un procédé que Bonnaus (1) a modifié et que nous allons décrire.

Il consiste dans l'emploi des deux solutions précédentes A et B, plus une troisième, la solution C, dont la formule est la suivante :

Solution C

Ferrocyanure de potassium 50 gr.

Eau Q. S. pour 1000 ce.

Pour un dosage, on emploie 10 ce. de A, 10 ce. de B et 5 ce. de C. Dans ces conditions, au fur et à mesure que l'oxydule de cuivre se forme, il se dissout dans la liqueur dont la décoloration progressive peut mieux être suivie; la couleur devient vert nickel, puis franchement jaune et lorsqu'on ajoute quelques gouttes de liqueur sucrée en excès, il y a production d'une coloration brune : le liquide devient trouble et sale, c'est l'indice que la réaction est terminée.

Le titrage de la liqueur se fait aussi avec une solution de lactose à concentration rigoureusement connue et en employant 10 ce. de A, 10 ce. de B. et 5 ce. de C.

Patein a enfin indiqué le procédé suivant, qui est excellent et relativement facile :

On recueille dans un ballon jaugé de 50 ce. la partie aqueuse inférieure séparée de la couche éthérée dans le traitement du lait par la méthode d'Adam et correspondant à 10 ce. de lait, on y joint les eaux de lavage de l'ampoule et on ajoute 4 ce. du réactif nitro-mercurique de Patein. Pour obtenir ce réactif, on met dans une capsule 160 ce. d'acide azotique de D = 139, et on ajoute 220 grammes d'oxyde rouge de Hg. Au bout de cinq à six minutes d'agitation, on ajoute 160 ce. d'eau distillée et on porte à l'ébullition. Après dissolution totale de l'oxyde, on laisse refroidir et on verse en filet mince 40 ce. de lessive de soude au quart. On agite, on complète le volume à 1 litre avec de l'eau distillée et on filtre.

Après avoir introduitjCommenousl'avonsdit, les4cc.du réactif précédent de Patein, on achève de remplir le ballon jusqu'au trait de jauge avec de l'eau distillée. On mélange et on filtre. On a ainsi une dilution au 1/5 qu'on agite avec 2 grammes de poudre de zinc sans neutralisation préalabk^ pour éliminer le mercure. Après une heure de contact, on mesure 25 ce. du liquide filtré dans un ballon jaugé de 50 ce. on ajoute goutte à goutte de la soude étendue jusqu'à neutralisation complète et on complète le volume à 50 ce. On a ainsi une dilut ion au 1/10 que l'on filtre et sur laquelle on effectue le dosage du lactose au moyen d(! la liqueur de Fehling, titrée précédemment avec uii(> solution de lactose anhydre à 1 %.

Dosage des nudéones (2).

500 ce. ou 1 litre de lait sont étendus de cinq fois leur volume d'eau; ou acidulé avec de l'acide acétique et on fait passer un courant di^ gaz carl)onique.

(1) [{oiin.'iiis, ('(iiitribiiliiin <) Vi'luth: du i>oin'iiir rrdiirlrii r ilrs sucres pin/siolofiiqitcs. Thèse, Bordeaux

(2) 2" supplément au Dictionnaire de Chimie de Wurtz, l. VI, j). 202.

On filtre pour séparer la caséine et l'on précipite àl'ébullition les matières albuminoïdes.

En ajoutant du chlorure de calcium et de l'ammoniaque, on précipite les phosphates; le liquide filtré est additionné de perchlorure de fer.

Il se fait un précipité d'oxyde ferrique qui contient toute la nucléone; le précipité est filtré, puis lavé à l'eau, à l'alcool, à l'éther, puis séché et pesé; l'azote est dosé dans le précipité par le procédé Kjeldahl (chauffage avec l'acide sulfurique concentré, puis dosage de l'ammoniaque formée); en multipliant le chiffre d'azote trouvé par le facteur 6,1237, on a la nucléone.

Dosage des lécithines (1).

Dans un bécherglass d'une contenance de 500 ce. environ, on met 100 ce. d'alcool à 950, 100 ce. d'eau et 10 gouttes d'acide acétique cristallisable ; on fait couler dans ce mélange, en agitant constamment, 100 ce. de lait.

On filtre le coagulum qu'on lave plusieurs fois avec 50 ce. d'alcool tiède.

On distille à sec l'extrait alcoohque; on reprend le résidu par un mélange ■d'éther et d'alcool à parties égales, on filtre et on évapore à sec; on saponifie le résidu par la potasse et on décompose le savon obtenu par de l'acide azotique au 1/10, on évapore à sec au bain-marie.

On ajoute au résidu 10 ce. d'acide nitrique et on fait tomber des cristaux de permanganate de potasse, en excès; l'oxyde de manganèse formé est dissous au moyen d'une solution de nitrite de soude, on chasse les vapeurs nitreuses; on pré^ cipite l'acide phosphorique par du réactif molybdique (solution de molybdase d'ammoniaque dans l'acide nitrique). Le précipité jaune de phosphomolybdate d'ammoniaque obtenu est redissous dans l'ammoniaque ; on traite par la mixture magnésienne (solution ammoniacale de chlorure de magnésium et de chlorure d'ammonium). Il se fait un précipité de phosphate ammoniaco-magnésium; on le filtre, on le lave avec de l'eau ammoniacale, on le dessèche, on le calcine et on le pèse : on a ainsi du pyrophosphate de magnésie dont le poids, multiplié par le facteur 1,5495, donne le chiffre d'acide glycérophosphorique contenu dans 100 ce. de lait .

Résultats fournis par l'analyse chimique du lait de femme.

Généralités. — Il a été publié un certain nombre d'analyses du lait de femme; mais on ne doit pas prendre toutes ces analyses indistinctement, car on s'exposerait à conclure sur des bases inexactes.

Nous avons vu, dans l'exposé des méthodes d'analyses, que la détermination de certains principes du lait de femme était très délicate : c'est ainsi qu'on a indiqué les causes d'erreur, relatives au dosage de la caséine et du lactose; or, dans les analyses anciennes, on n'avait certainement pas tenu compte de ces causes d'erreur et il n'y a qu'à consulter les tableaux d'analyses figurant dans les livres classiques en la matière pour se rendre compte des énormes écarts qui existent, et qui seraient vraiment inexplicables sans cela.

(1) 2« supplément au Dictionnaire de Chimie de Wurtz, t. VI, p. 202.

A côté de ces chiffres, qu'on consulte les nombres publiés par Guiraud (1), Féry (2), parLajoux (3), Variot et Lassablière, par Barbier, entre autres, et l'on verra d'un coup d'œil que ces analyses ne présentent pas ces grands écarts dont on peut s'alarmer à bon droit.

En outre, dans les analyses, on doit toujours bien spécifier à quoi sont rapportés les résultats et sous quelle forme le chiffre est exprimé; aussi, certains auteurs expriment les résultats en grammes par litre, et c'est ainsi que nous estimons que l'on doit toujours faire, d'autres en grammes par kilogramme, d'autres encore en composition pour cent, sans aucune autre indication.

Il en est qui donnent des chiffres de lactose sans dire s'il s'agit de lactose anhydre ou hydraté.

Une analyse est pourtant un travail assez méticuleux et assez délicat pour qu'on prenne la précaution d'en donner les résultats avec quelque précision; de la sorte, un travail très consciencieusement fait et qui a coûté beaucoup de peine, risque fort d'être tenu pour non avenu, par suite de l'ambiguïté qui plane sur la présentation des résultats.

Aussi, pour ne donner que des résultats certains et en toute connaissance de cause, avons-nous fait complètement table rase des résultats qui nous paraissent incertains ou douteux à quelque titre que ce soit et avons-nous tenu compte seulement de quelques travaux assez récents qui nous paraissent présenter quelque garantie.

Nous aurions pourtant voulu utiliser plus de documents, mais vraiment il y a trop de résultats qui paraissent erronés, même à première vue; c'est d'ailleurs ce que Guiraud avait déjà signalé (1897).

Dans tout ce qui va suivre, nous ne comprendrons sous le nom de lait, physiologiquement parlant, que la sécrétion des mamelles à partir du quinzième jour après l'accouchement jusqu'au moment du sevrage.

Pendant les derniers moments de la grossesse et quinze jours après, on a affaire au colostrum.

En séparant ainsi nettement ces produits : colostrum et lait, on ne fait que classer deux produits bien tranchés, tandis qu'en faisant entrer les analyses de colostrum en ligne de compte avec celles de lait proprement dit, on s'exposerait à troubler les moyennes et à les fausser.

Lait physiologique. — Nous l'avons vu, c'est le lait depuis le quinzième jour après l'accouchement jusqu'au moment du sevrage.

Nous présenterons les tableaux donnés par Guiraud et par Féry, bien que comprenant un nombre important d'analyses; mais nous estimons que c'est nécessaire quand on veut discuter et avoir de bonnes moyennes.

Nous ne donnons pas les chiffres do Lajoux parce qu'ils renferment des analyses de laits pathologiques; d'autre part, le nombre d'analyses de laits sains ne nous a pas paru assez élevé pour enfreindre la moyenne.

Voici d'abord des tableaux empruntés à Féry :

(1) (iiiiraud, l.c Lait de jcmiiin à l'vtal plnjsiolofiiquc. Tlu\se (h; liordcaux, 18"J7.

(2) Kéry, Etude comparée sur le lait de la femme, de Vânesse, de la vache cl de la chèvre, Paris, 1884.

(3) Lajoiix, l.'cdu potable, le lait de femme et le lait de vache. Reims, l'JOO.

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