CHAPITRE II
LA MORTALITE INFANTILE
Sommaire. — Généralités sur la mortalité infantile. — Tableau statistique de la mortalité infantile dans les diverses nations. — Tableau du nombre annuel de décès de 0 à 5 ans sur 1.000 naissances. — Tableau des décès pour 100 vivants aux divers stades de l'enfance et de l'adolescence. — Nombre de décès suivant la légitimité ou l'illégitimité. — La mortalité infantile en France dans ses rapports avec l'âge. — Tableau comparatif de la mortalité infantile avec la mortalité aux divers âges de la vie en France.
La mortalité infantile en Angleterre et dans le Pays de Galles, en Allemagne, en Suède, en Norvège, dans les Pays-Bas, en Suisse, en Espagne, dans quelques grandes villes d'Europe.
Les variations de la mortalité des enfants à Paris de 1817 à 1904. — Tableau des enfants mis en nourrice. — La mortalité infantile dans les grandes villes, dans ses rapports avec l'état social et le paupérisme. — La mortalité infantile dans les districts agricoles et industriels, spécialement en Angleterre : tableau de Milson Rhodes. — La mortalité comparée des enfants élevés au sein et au biberon. — Enquête sur la mortalité comparative des enfants au sein et au biberon dans le canton de Paimpol (Côtes-du-Nord). — Enquête sur la mortalité des enfants élevés exclusivement au sein par les nourrices choisies pour les enfants assistés de la Ville de Paris. — Enquête par le D"^ Howarth sur la mortalité comparative au sein et au biberon d'une ville anglaise de 115.000 habitants. — La mortahté infantile dans la ville industrielle du Creusot. — Etude des facteurs morbides de la mortalité infantile; statistiques de Balestre et Giletta de Saint-Joseph.
Tableau statistique du D'' Tatham. — La mortalité infantile dans les Consultations de nourrissons, les Gouttes de lait et les Crèches hospitalières.
L'étude approfondie de la mortalité infantile est une introduction nécessaire à l'hygiène du premier âge : il est indispensable en effet de connaître les facteurs très divers et les causes qui interviennent pour faire varier le taux de la mortalité chez les nourrissons, si l'on veut agir efficacement pour la réduire.
D'ailleurs, cette étude est non moins importante pour le sociologue que pour l'hygiéniste et le pédiatre. Elle nous apprend que les nouveau-nés meurent d'autant plus que les conditions de la vie deviennent plus artificielles. Les femmes de la campagne, les plus grossières, qui donnent le sein ne perdent qu'un nombre infime de nourrissons (4 % environ d'après nos statistiques personnelles). Mais dès que la population devient dense, et surtout dans les cités industrielles, la lutte pour la vie est plus âpre, la mère est obligée trop souvent de
renoncer à allaiter pour gagner sa vie et celle de son enfant, l'allaitement an biberon, l'éleveuse mercenaire s'imposent; la mortalité s'élève considérablement jusqu'à 20 et 25 %, comme dans les faubourgs de Paris, par exemple.
C'est là qu'apparaissent dans leur triste évidence les effets des inégalités sociales créées par la différence de la condition et de la fortune. Dans les quartiers riches des grandes villes, à Paris, aussi bien qu'à Liverpool, il meurt trois fois moins de nouveau-nés que dans les quartiers pauvres. On perd beaucoup plus d'enfants illégitimes que d'autres, surtout en France où la maternité est mal protégée, et où la recherche de la paternité est interdite.
Il est aisé de comprendre que la mortalité infantile variera suivant les diverses nations, en rapport avec les mœurs, avec la prospérité relative des classes de la population, avec l'organisation et le perfectionnement des diverses institutions de protection de l'enfance, avec l'application plus ou moins judicieuse des découvertes scientifiques pour l'élevage artificiel lorsqu'il devient nécessaire, avec l'instruction générale des mères, et la vulgarisation de l'hygiène infantile, etc.
En Norvège, le taux de la mortalité de 0 à 1 an est tombée à 8 %, et monte à 28 % en Russie, la grande nation voisine.
Il paraît bien certain que plus le niveau social s'élève, plus le confort se répand, aussi bien pour les habitations que pour le reste, moins les mères perdent d'enfants. Même dans les cités industrielles, lorsqu'elles sont bien administrées, lorsque le salaire des travailleurs est suffisant, pour que les femmes puissent rester dans leur foyer et allaiter leurs enfants, la mortalité infantile est relativement basse. (11 % au Greusot.)
Comme on le verra en parcourant les tableaux statistiques nombreux que nous reproduisons plus loin, la mort fait beaucoup moins de victimes dans le premier âge qu'il y a 50 et 60 ans, et à cet égard on ne peut méconnaître les effets des progrès importants de l'hygiène dans cette direction. Nous rappellerons spécialement la grande découverte de la stérilisation du lait qui a révolutionné l'allaitement artificiel et l'organisation du contrôle méthodique des nourrissons qui a déjà produit des résultats si favorables et dont on doit attendre bien plus encore dans l'avenir.
Nombreux sont les facteurs qui viennent modifier la mortalité infantile; c'est une loi démographique qu'à une natalité forte, correspond aussi une mortalité forte; il en est ainsi pour la Russie, par exemple.
On doit envisager aussi les conditions climatériques; les nouveau-nés meurent plus dans les pays chauds que dans les pays froids, cela est manifeste pour les nations d'Europe. D'ailleurs, la saison chaude est toujours plus périlleuse à cause des accidents gastro-intestinaux qui surgissent si habituellement.
Plus les enfants sont jeunes, plus ils sont fragiles, plus leur résistance vitale est faible; la mortalité est extraordinairement élevée dans les deux premiers mois qui suivent la naissance. C'est donc durant cette période surtout qu'on devra redoubler de précaution, si l'on veut sauvegarder les nourrissons et faire tout le possible pour les laisser au sein de leur mère, l'élevage artiliciel étant beaucoup plus difficile alors, qu'il ne le sera plus tard.
Enfin on doit passer en revue les dilîérents facteurs morbides qui inter-