ARMÉES ÉTRANGÈRES
puissances allemandes, devenues parties intégrantes dC' l'empire; c'est donc elle qui doit servir de guide. A chaque corps d'armée correspond un territoire déterminé qu'il occupe d'une façon permanente et d'où il lire son elTectif. Chaque territoire de corps d'armée est divisé en un certain nombre de départements de recrutement : un par brigade d'infanterie; chaque département, en districts de bataillon de landwehr. Les autorités qui contribuent aux opérations du recrutement sont : 1" le commandant du district de bataillon de landwehr, qui est chargé de l'établissement des contrôles et préside, de concert avec un fonctionnaire civil, la commission de recrutement du district; 2" la commission départetnentale du recrutement : elle est présidée par le général commandant la brigade et par un conseiller de gouvernement; ses attributions principales consistent dans la révision et la fixation du travail de la commission de recrutement du district; 3° la commission de recrutement de troisième instance, existante, au centre du corps d'armée, composée du commandant du corps d'armée et de la plus haute autorité civile de la province; W une commission ministérielle qui fonctionne au ministère et prononce en dernier ressort sur toutes les affaires du recrutement.
Chaque année, vers le mois de mai, la commission de recrutement du district, composée du commandant de bataillon de landwehr, du landralh (fonctionnaire administratif analogue à notre sous-préfet), d'un officier d'infanterie, iVimmédecin militaire, où, à défaut, d'un médecin civil et de plusieurs notables, se transporte dans des localités désignées à l'avance et réglées de telle façon que la conmiission n'a pas à examiner plus de deux cents jeunes gens par jour. Klle procède alors comme notre conseil de révision, statue sur les cas d'exemption et vérifie l'aptitude physique. Par rapport h cette aptitude, les jeunes gens sont divisés en trois catégories : 1" hommes complètement impropres au service pour infirmités j)alentes, définitivement exempts du service militaire; 2" hommes faibles de complcxion pouvant se fortifier par la suite : ils sont ajournés .'i l'année suivante; s'ils remplissent alors les conditions requises, ils sont incorporés, sinon, encore ajournés; à la troisième visite, s'ils sont reconnus trop faibles, la commission les range dans la réserve du recrutement; hommes affectés de quelque infirmité les rendant impropres au service armé ou n'ayant pas la taille réglementaire, mais qui pourraient être utilisés en temps de guerre (nous reviendrons plus loin sur la question de taille dans l'armée prussienne); ces hommes sont classés immédiatetiient dans U
réserve du recrulemcnt. — Après avoir prononcé sur tous les cas d'cxemplion admis par la loi, la commission fait procéder au tirage au sort qui délermiiic simplement l'ordre suivant lequel les jeunes gens seront incorporés.
Lorsque la commission du recrutement de district a terminé ses opéralions, la connnission départementale, composée du général commandant la brigade, du conseiller de gouvernement, membres permanents, et de : nn médecin militaire, un officier de la garde, un officier de landwehr et de l'aide de camp {adjudant) du généial, entreprend sa tournée; elle ne doit visiter au plus que 350 jeunes gens par jour. Après avoir statué sur toutes les opérations déjà faites par la commission de district, elle fait visiter de nouveau par le médecin qui l'accompagne, et en présence du médecin qui a fait la première expcriise, lous les jeunes gens désignés comme impropres, au service; elle examine en particulier les hommes qui doivent passer dans la réserve du recrutement et désigne les individus aptes à entrer dans la garde; c'est dans ce but qu'elle possède un officier de cette arme. — Le cas échéant, les sujets douteux sont présentés à la commission du recrutement de troisième instance; mais, en général, cette dernière connaît plutôt des cas contentieux au point de vue administratif.
Les engagés volontaires de trois ans sont admis par la commission de recrutement du district; les engagés volontaires d'un an {einjahrfi'civiUif/er) se présentent devant une commission mixte composée de deux officiers supérieurs, du président civil de la commission départementale, d'un membre de l'administration civile et de professeurs d'établissements d'instruction. Après avoir statué sur la capacité du candidat, la conmiission le fait visiter par un médecin militaire, et, d'après le cas, il est déclaré : 1" bon pour le service ; il est alors incorporé; 2" impropre au service de l'arme qu'il demande, mais bon pour une autre, dans ce cas il est renvoyé à un autre chef de corps; 3° temporairement impropre au service, dans ce cas son admission est ajournée; k° relativement impi'opre au service, ou 5^ complètement impropre au service, le jeune homme est alors signalé aux autorités de recrutement du département, qui décident s'il sera autorisé à se représenter ou s'il est décidément impropre au service.
On peut voir par ce qui précède que l'examen des futurs soldats ne se fait pas en Prusse, comme en France, suivant une juridiction à un seul degré.
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Armée auslro-hongroise[\). — Celte faculté d'appel et le double cxauion existent également en Autriche-Hongrie (loi du 5 décembre 1868). Les opé rations du recrutement débutent par l'action des commissions de classement, ainsi composées : 1" dans les pays représentés au Reichsralh : le fonctionnaire administratif supérieur de l'arrondissement, un des fonctionnaires subalternes, le médecin de l'arrondissement., deux membres du conseil d'arrondissement ou à défaut deux membres du conseil communal, l'ofTicier de la landwebr, le commandant du cercle du recrutement, uu médecin militaire et l'officier adjoint au recrutement; 2" dans les pays de la couronne hongroise : le fonctionnaire administratif supérieur du comitat, celui de l'arrondissement, le médecin du comitat., deux notables du district de classement, le commandant du bataillon de landwehr, le commandant du cercle de recrutement, un médecin militaire, un officier adjoint au recrutement, — Les opérations de la commission de classement comprennent l'examen de l'aptitude au service; le médecin militaire visite le jeune homme dans une pièce séparée et formule un certificat d'après lequel le commandant de recrutement décide si le sujet doit être incorporé, ajourné, ou rayé de la liste de classement. Dans le cas où il se décide pour l'ajournement ou la radiation, l'olficier de landwehr donne son avis, et le médecin civil procède à une courte visite. Les trois membres de la commission de classement ayant voix délibérative, c'est-à-dire le fonctionnaire administratif supérieur, l'officier de landwehr et le commandant du cercle de recrutement entrent en délibération et jugent s'il y a lieu de déférer le jeune homme à la commission de révision. Cette dernière est permanente et se compose pom- chacune des grandes divisions politiques du pays de : un délégué de l'administration supérieure du pays, un médecin inspecteur civil, un officier général et un médecin militaire; dans les pays de la couronne hongroise, on y adjoint un officier supérieur de landwehr. La commission de révision statue en appel et en dernier ressort sur les cas contentieux transmis par les commissions de classement aussi bien que sur les questions de réformes pour les hommes déjà incorporés dans l'armée ou la marine.
Il existe donc en Prusse et en Autriche-Hongrie un véritable tribunal d'appel pour les décisions prises par la première commission ayant examiné
(1) Voy. Eturle sur les institutions militaires de l' Autriche-Hongrie, in Revue militaire de l'étranger, 1872, p. 9, 20, 48, 65, 74, 211, 359, 366.
l'aptiuide physique des jeunes gens; nous retrouvons cette même disposition, mais peut-être moins développée, dans l'armée italienne.
Aimée italienne (1). — Les opérations du recrutement sont réglées en Italie par la lui du 19 juillet 1871. Aussitôt le tirage au sort, le commissaire de levée, fonctionnaire de l'ordre administratif, en présence des maires des cantons et de l'officier des carabiniers royaux, déclare impropres au service les jeunes gens dont les diiïormilés sont apparentes, manifestement incurables, ou dont la taille est inférieure à 1"',5^; il renvoie à l'examen des conseils de levée les jeunes gens dont les infirmités lui paraissent devoir être examinées par le médecin, ceux dont la taille, atteignant l^'jG'a, ne dépasse pas l^'.Sô, ceux enfin au sujet desrpiels il n'y a pas accord entre lui, les maires des cantons et l'officier de carabiniers. — Le conseil de levée, composé du préfet de la province ou du sous-préfet de l'arrondissement, de deux conseillers provinciaux et de deux officiers (supérieurs ou capitaines), du commissaire de levée et à'm\mi'decin, prononce sur les cas d'inadmission, d'exemption ou de sursis, et sialue sur les cas de non-acceptation pour causes d'incapacités physiques; ses décisions sont définitives.
Arrtvk' belge. — Dans l'armée belge (loi du 3 juin 1870), la justification de l'aptitude physique a lieu devant les conseils de milice existant dans chaque arrondissement, et composés d'un conseiller provincial, d'un échevin du ressort et d'un officier supérieur de l'armée, du commissaire d'arrondissement (avec voix consultative); ils sont assistés de deux médecins, désignés par le président du conseil de milice, qui ont également voix consultative. Sont exemptés définitivement les jeunes gens dont la taille ne dépasse pas l"\ZiO ou ceux atteints d'inlirmilés incurables, et exemptés pour une année ceux dont la taille n'atteint pas l'",55, ceux atteints d'infirmités curables. — Les décisions du conseil de milice sont susceptibles d'appel, de la part du commissaii e des levées ou des intéressés, devant la députation permanente qui se fait assister d'un médecin civil désigné par le président de la députation et d'un médecin militaire nommé par le commandant provincial. Enfin les décisions de la députation permanente peuvent être attaquées par la voie du recours à la Gourde cassation.
Ainsi en Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie et Belgique, l'examen
(1) Voy. Les opérations du recrutement en Italie, in Revue militaire de V étranger, 1872, p. 229, 239, 241.
CONDITIONS d'aptitude PHYSIQUE. 75
physique des jeunes gens peut être soumis à une double investigation, le principe de l'appel en juridiction supérieure étant toujours réservé, tandis que les décisions du conseil de révision français sont souveraines.
Armée anglaise. — Jusqu'à présent l'année anglaise n'a pour ainsi dire point de loi de recrutement, puisqu'elle ne se recrute exclusivement que par des engagements volontaires; seule en Europe, elle a pu conserver ce système que lui permettent sa situation géographique et la faible proportion d'armée régulière qu'elle entretient. Ce n'est point cependant à dire que, au point de vue de l'individu, le choix ne soit pas très-sériousement fait, tout au contraire, mais le point de départ est différent.
Les opérations préliminaires de ce mode de recrutement sont laissés entre es mains des sergents recruteurs qui, dans chaque grand centre de population, fréquentent d'ordinaire un quartier spécial, où l'on est sûr de les rencontrer; h Londres ils se tiennent généralement aux environs deWesîminsterbridge. — Les premières ouvertures entre les intéressés se font, comme autrefois en France, dans les cabarets, puis si le sergent voit que le jeune homme agit sérieusement il le mène dans un poste spécial où il lui fait subir une première visite corporelle et morale; on mesure sa taille et sa poitrine, on l'interroge sur ses antécédents, puis, en présence d'un second sergent, on lui fait signer un engageinent. A partir de ce moment il peut se rendre à la caserne où il doit se trouver en tous cas le lendemain pour être présenté au médecin après avoir, au préalable, passé par un bain généralement indispensable. La visite médicale se fait très-scrupuleusement, on amène ensuite le jeune homme dev.-rtit le magistrat pour prêter serment; à partir de ce moment il est définitivement soldat et dès le lendemain est dirigé sur son régiment.
ARTICLE IIL ~ DES CONDITIONS d'aptitude PHYSIQUE AU SERVICE MILITAIRE.
C'est un dur métier que celui des armes, on l'a dit depuis longtemps, et ce principe, vrai déjà lorsqu'il s'appliquait aux armées de l'antiquité, presque toujours en campagne, ne l'est pas moins pour les armées modernes qui, sans prendre part à des luttes continuelles, n'en doivent pas moins être prêtes pour toutes les éventualités et pouvoir, lorsque la guerre éclate, fournir une sonune considérable de fatigues, faire preuve d'un courage et d'une énergie soutenus. Il est bien évident que ces vertus ne sont
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pas le privilège des seules coiistituiions vigoureuses, le dévouement et le courage ne se mesurent point au développement matériel de l'homme, mais l'on peut dire que celui dont les forces s'épuisent rapidement ou qui lutte sans cesse contre une organisation trop débile, voit bieniôt son moral faiblir aussi, car le soldat doit puiser dans sa force physique un légitime sentiment de confiance en lui-même. Quelcjuc admirable que soit parfois l'énergie des hommes exposés à des fatigues supérieures à leur force de résistance, ils n'en sont pas moins inutiles pour l'armée, ils deviennent même de véritables impedimenta.
Nous verrons dans le cours de cette étude que la profession militaire est une des plus rudes que l'homme puisse embrasser; elle expose à des chances considérables de mort en temps de guerre, et, même en temps de paix, elle place le soldat sous l'imminence de dangers très-réels, dangers qui se traduisent par une mortalité relativement plus considérable que celle des professions civiles prises dans leur ensemble. De ce fait, il résulte que l'on ne saurait apporter une trop grande d'attenlion à l'examen des jeunes gens; le médecin qui va se trouver appelé à titre d'expert devant un conseil de révision doit se pénétrer de la grandeur, des difficullés de sa mission, et savoir s'y préparer en étudiant mûrement les questions relatives à l'aptitude physi(iue que doivent présenter les jeunes gens pour entrer dans les rangs de l'armée, y rendre de réels services et pouvoir supporter sans faiblir 1er. charges qui seront imposées à leur organisme.
L'une de ces conditions d'aptitude, l'âge, n'appartient pas à l'expertise médicale, elle a été jugée lors de l'inscription sur les listes de recrutement, et cependant nous l'avons voulu traiter en même temps que celles de taille, de bonne conformation des membres, d'intégrité fonctionnelle des organes, car elle s'y rattache évidemment de la façon la plus intime.
§ I. — De la constitution au point tic wuc de Taptitutle militaire.
Par le terme de constitution, on doit entendre l'état géjiéral de l'organisation de chaque individu et de sa nutrition, d'où résultent son degré de force physique, la régularité plus ou moins parfaite avec laquelle ses fonctions s'exécutent, la somme de résistance qu'il oppose aux causes de maladies, la dose de vitalité dont il est doué et les chances de vie qu'il possède (1).
(1) Littré çt Kobin, Dictionnaire de médecine^ etc., 1873.
CONDITIONS d'aptitude PlIYSIQUi:. — ACL. 77
La consliUilion, d'après Michel Lévy, esl la formule générale résultante (le l'ensemble et de la comparaison des éléments : âge, sexe, tempérament, idiosyncrasie, hérédité, habiuide, etc. ; on ne saurait donc, comnie quelques-uns l'ont fait, la spécifier en la rangeant dans une certaine classe ou une certaine catégorie; autant d'individus, autant de constitutions différentes; on ne peut évideinincnt la juger, comme beaiicouj) d'autres choses, que par son résultat sommaire : force ou faiblesse.
Au point de vue de l'aptitude militaire, c'est du reste ce résultat que nous avons à rechercher lorsqu'un jeune homme se présente à notre examen; notre jugement devra s'établir par la comparaison de certaines données, de certains éléments (ju'il importe d'apprécier avec rapidité et certitudeet sur lesquels nous présenterons ici quekiues considérations.
I. — Age. — A quel âge doit-on prendre les jeunes soldats? Telle est la question que se sont posés les législateurs de toutes les épo(jues. Les Perses réglèrent le temps du service depuis vingt ans jusqu'à cinquante ans, les Lact démoniens depuis la puberté jusqu'à soixante ans, les Athéniens de dix-huit à quarante. Platon l'exige dans sa république de vingt ans jusqu'à quarante ans, les Gaulois et les Francs servaient depuis l'âge de la puberté jusqu'à la plus extrême vieillesse. Chez les Romains, sous Servius Tullius, le service miliiaire durait de dix-sept à quarante-six ans; Constantin, Constance et Valenlinien fixèrent tantôt à seize, à dix-huit, à vingt ans l'âge au(iuel les jeunes soldats devaientéire incorporés. L'historien militaire Végèce conseille de lever les jeunes gens dès qu'ils ont l'âge de la puberté : « Dans ces conditions, dit-il, leur es|)rit est plus ouvert à l'instruction qu'ils vont recevoir, il faudra moins de temps pour les transformer en soldats (1). » Végèce, ne l'oublions pas, écrivait j)our un empereur romain, à propos de jeunes Romains dont la race, l'éducation physique bien entendue, le cUmat sous lequel ils vivaient, hâtaient sans doute le dévelop|)emenl.
On ne doit point méconnaître, en elTet, que la race, le climat, le genre de vie, ont une inllucnce capiiale sur la rapidité du déveloj)pement de l'organisme humain. Telle fixation qui serait parfaitement juste chez un peuple méridional, habitant de belles plaines riches et fertiles, serait au contraire des plus funestes si on l'appliquait à une population, non moins virile sans doute, mais chez laquelle un climat plus septentrional, un sol montagneux
(Ij Végèce, Institulions mili/aires, liv. I, cti. n, traduct., Turpiu de Crissé in liiOliothèquc historique mitit. Paris, 1840.
et Stérile retardent singulièrement l'évolution physiologique des individus.
La pofiulalion française est composée d'éléments ethnologiques variés, plus ou moins mélangés déjà et tendant à se fondre de plus en plus en un seul groupe par les progrès de la civilisation, du bien-être, par la facilité des communications; elle ne laisse pas que de présenter cependant des différences très-sensibles suivant les régions, en ce qui touche en particulier à la rapidité du développement des jeunes gens. Aussi quelques esprits sérieux, en particulier Maillot (1) et Artigues (2), onl-ils depuis longtemps signalé les dangers de l'égalité de l'âge au point de vue du recrutement ; ce dernier écrivain proposait même de fractionner la France en zones établies d'après les différences constatées du développement physique de leurs populations; pour les moins favorisées l'âge de l'incorporation aurait été reculé jusqu'à vingt-trois ou vingt-quatre ans.
On conçoit qu'il serait bien difficile d'introduire, dans une loi aussi générale que doit l'être celle du recrutement, des catégories d'exceptions qui eussent singulièrement entravé son application. L'établissement des zones donnerait probablement lieu à de grandes incertitudes, à moins de les multiplier à l'infini et souvent de les limiter à un seul canton. La faculté de l'ajournement, introduite dans notre législation par la loi du 27 juillet 1872, permet d'arriver au même résultat avec Ijeaucoup moins d'embarras.
Cette loi fixe l'époque de l'entrée au service au l*"" juillet de l'année qui suit celle où le jeune homme a acquis l'âge de vingt ans ; elle admet les engagements volontaires, soit pour cinq ans, soit pour un an (engagement, conditionnels) à partir de dix-huit.
Dans les races qui peuplent le sol de la France et fournissent par conséquent les contingents à son armée, l'homme de vingt ans et à fortiori celui de dix-huit, ont-ils atteint ce développement physique, cette force qu'exige le service militaire? N'oublions pas que la profession des armes est particulièrement pénible, qu'elle exige, même en temps de paix, une grande somme de résistance aux influences dépressives de toute nature.
La physiologie nous ap|)rend qu'à vingt ans le système osseux du jeune homme est loin d'avoir atteint son organisation définitive; non-seulement
(1) Maillot et Piiel, Aide-mémoire médico-légal de l'officier de santé de l'armée de terre. Paris, 1842.
(2) Artigues, VArmée^ son hygiène morale et son recrutement. Paris, 1867, p. 8 et suiv.
CONDITIOINS d'aptitude PHYSIQUE. — AGE. 79
les OS ne présentent point encore les dimensions auxquelles ils parviendront quelques années plus lard, mais l'ossificalion elle-même n'est point terminée; c'est là un fait sur lequel Ailken (I), en Angleterre, a particulièrement ai)pelé l'atlention én traitant, comme nous le faisons ici, de i'àge auquel les jeunes gens peuvent être incorporés.
Les travaux des anaiomistes français aboutissent aux mêmes résultats et fournissent, pour les différentes parties du squelette, les indications sui-vantes {'1) :
Dans la colonne vertébrale, la soudure des points épiphysaires se fait à dix-huit ans pour les apophyses trausverses et articulaires, de dix-neuf à vingt ans pour les apophyses épineuses; les lamelles épiphysaires des corps vertébraux se soudent les dernières, de vingt à vingL-cinq ans, époque où le développement de la colonne vertébrale est terminé.
Dans le thorax, les points épiphysaires des lubérositésdes côtes se soudent entre dix-sept et vingt ans, ceux de la tête de vingt-deux à vingt-cinq; la soudure des pièces supérieures du sternum n'est complète que de vingtcinq à trente ans, celle de l'appendice de quarante à cinquante, celle de la poignée ne se fait que dans la vieillesse. Le thorax n'acquiert du reste sa forme et sa capacité définitive, chez l'homme, que de trente à ti^ente-cinq ans.
Au membre supérieur, la soudure de l'extrémité sternale de la clavicule a lieu de vingt et un ù vingt-deux ans; à l'omoplate, l'apophyse caracoide et l'acromion sont généralement unis au corps de l'os à vingt ans, mais l'angle inférieur et le bord spinal ne lui sont complètement adhérents par ossification que de vingt-deux à vingt-quatre ans. L'extrémité supérieure de l'humérus se soude au corps de l'os de vingt à vingt-cinq ans, l'extrémité inférieure du cubitusà vingt ou vingt et un ans, l'extrémité inférieure du radius à peu près à la même époque.
Au membre inférieur, l'épine iliaque anléro-supérioure, la crèle iliaque, l'ischion, l'angle du pubis, ne sont définitivement sondés au corps de l'os que vers vingt-cinq ans, la crête iliaque et l'ischion, aux((uels s'attachent des masses musculaires des plus importantes, restent les dernières à s'unir au corps de l'os. Dans le fémur, le grand et le petit trochanter se soudent
(1) Ailken, On the growth of the recruil andyoung soldier. Londoa, 1802, p. ! \ et suiv.
(2) Voyez, en particulier, Heaunis et Boucliard, Nouveaux éléments cPanatomie descriptive, 2'- éd. l'aris, 1872. — t vol. ijr. iii-8, avec 40'i fi" .
80 RECRUirMENT DES ARMÉES.
à la diaphysc de vingt à viugt-liuil ans, la tête un an plus tard, l'exlrémilé inférieure cl le corps s'unissent vers vingt-deux ans.
L'cxlréniilé supérieure du libia n'est adhérente que vers vingt-deux ans; il en est de niênie pour celle du péroné.
Les muscles, prenant un point d'appui sur un système osseux encore incomplet, ne peuvent avoir le développement et la puissance d'action qu'ils atteindront plus lard. Quelelet (1) a recherché, par des expériences faites avec le dynamomètre Régnier, comment progresse avec l'âge l'intensité de la force que l'homme i)eul déployer. Nous lui empruntons les chilîres suivants, moyennes de ses consciencieuses expériences :
Observations de la force rénale suivant l'âge, estimée au moyen
du dynamomètre.