PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
De toutes les hygiènes professionnelles, il n'en est certainement pas de plus importante que celle du marin, puisqu'elle entoure de sa sollicitude plus d'un million d'hommes qui, sortis des diverses contrées de l'Europe, affrontent tous les jours les périls de la noble et rude carrière de la navigation ; il n'en est pas non plus
de plus spéciale.
En vain essaierait-on d'appliquer aux conditions physiques tout exceptionnelles dans lesquelles vit l'homme de mer les données de l'hygiène générale, on n'arriverait qu'à formuler des préceptes sans précision et sans utilité pratique. •
La vie du marin ne ressemble, en effet, qu'à elle-même ; elle enlève l'homme à toutes les conditions matérielles ou morales pour lesquelles il a été créé, et le condamne à une lutte incessante contre des périls de toute nature. Resserrer un grand nombre d'hommes dans un espace restreint, mesurer en quelque sorte à chacun d'eux la place, l'air et la lumière, suivant les exigences d'une rigoureuse nécessité; les arracher à leurs affections, à leur pays, quelquefois même, suivant les conditions de notre recrutement maritime, à leur profession habituelle; les faire passer brusquement sous des influences climatériques qu'ils sont destinés à échanger contre d'autres, avant même d'être complètement acclimatés aux premières ; les exposer tour à tour aux inclémences des chaleurs torrides et aux rigueurs des froids polaires ; les nourrir d'une manière qui, malgré les efforts d'une généreuse philanthropie, ne peut être que monotone et uniforme : telles sont les conditions que l'hygiène navale a mission de rendre aussi peu nuisibles que possible, puisqu'il ne lui est pas donné de les neutraliser complètement.
Nous sommes heureux de le reconnaître, l'hygiène navale a, depuis vingt-cinq ans, sous la libérale initiative des ministères qui se sont succédé, réalisé des progrès immenses ; bien des améliorations qu'on eût considérées comme impossibles sont mainte-